LES TUMULUS GAULOIS DE MAGNY-LAMBERT
Voici donc plus de quarante rasoirs italiens d'une date qui, pour tous ceux dont la provenance est connue, dépasse de beaucoup tout renseignement historique sur la Gaule. D'autres sans doute ont été découverts dont nous n'avons pas eu connaissance. Nous devons toutefois constater que le cimetière de Marzabotto, voisin de Bologne, comme Yillanova, mais plus récent que ce dernier et d'un caractère étrusque à peu près incontestable, n'en a point fourni, quoique les objets recueillis par le comte Aria dans les fouilles qu'il y a fait pratiquer, d'après les conseils de M. Gozzadini, se montent à un nombre très considérable et soient de la nature la plus variée. On n'en a pas trouvé davantage dans les fouilles que M. l'ingénieur Zannoni a dirigées avec tant de succès à la Certosa (Chartreuse) de Bologne, autre cimetière à peu près contemporain de celui de Marzabotto'.
Comptons, pour l'Italie supérieure seulement, quarantedeux rasoirs connus.
Si, abandonnant la Cisalpine proprement dite, nous nous dirigeons vers la Rhélie par la vallée de l'Adige, nous retrouvons des rasoirs : 1° à Vadena, près de ïrenle, au nombre de trois (deux dans la collection de M. le comte de Thun, au château de Thun, un au couvent de Gries, près Botzen)' ; 2° deux au musée de Trente, provenant des environs de la ville, sans désignation précise \ Enfin, après avoir passé le Brenner et pénétré dans la vallée de l'Inn, un à Innsbriick
(^■trusque de Florence, ceux de Chiusi sont tous également sans provenance précise. Nous appelons sur ce point le contrôle de nos confrères italiens.
1. Di un andca necropoli a Marzabotto net Bo/ognese, Bologna, ISfiri. — Di u/teriari scoperte neW anlica necropoli a Marzabotto net Bolor^nese, Bologna, 1S70, publié par le comte Giovanni fiozzadini. Cf. Rapport sur la nécropole étrusque de Marzabotto et sur les découvertes de la Certosa de Boloyne, par J. Conestahile, dans le Congrès international de Bologne, p. 242, Bologne 1873; — et Sugli scavi délia Certosa, relazione dc/f ingef/nere urcintetto capo Antonio Zannoni, Bologna, 1871.
2. Renseignements de M. Pellegrino Stroliid, de Parme, qui nous a donné un dessin de ce dernier rasoir. Ceu\ du comte de Thun ont élé publiés par M. le comte Conestaliile dans les Annales de correspondance archéolor/ir/iic de Home, année IS.'ifi.
;i. Communication de M, le l)' Amliri)si, liibliotliécaire rie la \ille de Trenle.
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(au Musée), faisant partie des remarquables objets sortis des tombes à incinération de caractère tout à fait antique de Matrai*. Soit six, dont quatre de provenance connue et do source très ancienne, le long' de cette vieille voie de communication de la vallée du Danube en Italie, voie dont l'usage paraît remonter aux temps les plus reculés.
Nous ne pénétrerons pas plus avant en Allemagne pour deux raisons : 1° parce que les renseignements que nous avons pu recueillir sur les découvertes de rasoirs dans cette contrée nous paraissent tout à fait insuffisants'; 2° parce que le caractère de rasoirs est refusé à ces instruments pour l'Allemagne du Nord, au moins, par un homme d'une grande compétence, le docteur Liscb, qui d'ailleurs affirme que tous les prétendus rasoirs qu'il connaît appartiennent dans cette contrée à des tumulus de l'àge de bronze.
Sachons donc avoir de la patience, vertu bien nécessaire en archéologie, et contentons-nous de constater qu'en Italie, y compris le Tyrol, comme en Gaule, nous ne trouvons le rasoir qu'aux époques les plus reculées et dans des conditions qui nous placent au début de l'Age du fer, et nous font loucher, pour ainsi dire, à l'âge du bronze ^
En somme, l'étude géographique, qu'on nous permette cette expression, de l'épée et du rasoir du Monceau-Laurent nous a conduit en dehors de la Gaule, d'un côté dans la vallée du Danube et particulièrement dans l'ancien Norique, de l'autre dans le Bolonais, le Parmesan et la Rhétie, c'est-à-dire dans la Cisalpine; deux contrées éminemment gauloises aux
1. /,(■ aiilir/iilit liezin-clnische scoperle pre.isoMalrni ne/ mai)r/io\S'i5,n>P)»0J'ia (le/ conle lieiuidvtlo tiinvanel/l ; découverli' (IpsijIiis im]iur(;mtcs ]ioiir l'Iiisloiro des temps primitifs de la h.iiitp Italie.
2. Cf. U'' L. LiiidcnsiOiniit dans A/leii/iiime.r, Rtc, qui n\ signale : 1° t. I, 8* liv.pl. IV, f. U, un au musée de Landslait, provenant de Oriesbach ; t. Il, 8'' liv., pi. II, f. 18, un seeond provenant di' liûrule (Wurtemberg), dans la colleetion du romte de Wurtemberg; même livraison, pi. iV, tlg. 1 et 9, un troisif'me et un quatrième provenant d'Amberg (liavière) au musée de Munieli ; mais on ne nous dit pas dans quelles circonstances ces rasoirs ont (5té trouvés.
:i. Voir plus haut, p. 236, la lettre de M. Conestabile, sur le caractère antivoitalicjue de ces instruments.
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époques anlé-romaines, avec des points de rapprochement moins certains, toutefois, au nord du côté du Mccklembourg et du Hanovre, reliés à la vallée du Danube et à la Cisalpine par des points isolés le long du Rhin. Nous avons reconnu de plus que les cimetières d'où sortaient ces armes et ces instruments dataient, suivant l'appréciation des savants les plus compétents, d'une époque qui, pour Villanova et les terramares, paraît antérieure au vn" siècle avant notre ère et au vi'' ou v° pour Hallstatt '.
Ces premiers résultats dune étude de pure statistique et de géographie archéologique comparative, en dehors de toute théorie préconçue, ne paraîtront pas, nous l'espérons, sans importance.
Les bracelets et les anneaux de bronze simples ; les bracelets de lirjnite ; l'ai(juille et l'épingle de bronze ; la céramique brune'.
Nous dirons très peu de chose des anneaux et bracelets en bronze de nos tumulus. Le caractère banal de ces objets, si je puis m' exprimer ainsi, leur abondance dans les cimetières gaulois de toutes les catégories,' ne les rend point propres à
1. Nous donnons ici les ctiiffies les plus modérés, ceux qui ont été adoptés par les archéologues les moins hardis ; mais nous ne serions assurément démenti ni par le comte Gozzadini, ni par le comte Conestabile, ni par MM. Pigorini et Chierici, c'est-à-dire par ceux (|ui connaissent le mieux ces questions, encore moins par E. Desor, si nous parlions pour Villanova, les terramares du Reggianais et du Parmesan, les cimetières de Yadena et de Matrai, non pas du vu» ou vni'', mais du ix^' ou xi^ siècle avant notre ère, et du viin ou VMi" pour Hallstatt. Conestabile, en particulier, a bien voulu nous dire qu'il considérait, ainsi (jue nous, comme prouvé aujourd'hui que les Étrusques, l'i l'époque de leur grand développement, avaient déjà l'épée et le poignard de fer. Or, le fer est très abomlaiil à Holasecca, cimetière inconteslableiueul antérieur à l'ère étrusque dans l'Italie du Nord. C'est avec ces réserves que nous maintenons les dates généralement .idoplées, mais selon nous trop rap[irocbées (le notre ère de deux ou trois siècles. Il faut doimer le tenijis au\ es[iiits Imii imbus de l'éducalicjn classique de s'habituer à ces dates reculées.
2. Voir, à la tin du volume, lis planches annexées à cet article.