Aristot., l'u/il., M, fi
d'Asie en Europe, quelque longue qu'y ail élé leur occupalion, n'onl-ils tiou fondé de durable. Leur nom u'esl altaché à aucun groupe de monuments, à aucun usage, ;i aucune divinité locale ou de Iribu dont on puisse as'ec certitude leur faire honneur.
C'est à ces bandes guerrières, au contraire, qne sont empruntés presque tous les traits de courage individuel et de témérité qui forme comme le fond légendaire du caractère gaulois. C'est d'un de ces groupes que s'est détaché le Celte (lisez Galate) qui, au nom des siens, répondait à Alexandre le Grand campé sur le Danube chez les Gètcs : « Nous ne craignons rien que la chute du ciel. » C'est de Tune de ces associations mercenaires, les Gœsales, que Polybe raconte qu'ils combattirent nus à l'une de ces sanglantes batailles livrées aux Romains en Italie, la bataille de Télamon. « Les Boïens, dit Polybe, se présentèrent au combat couverts de braies et de saies légères ; mais les Gœsates, par forfanterie autant que par audace, avaient négligé de se vêtir, et nus, avec leurs armes seules, ils se placèrent au premier rang. )> Ce sont ces groupes, tant du Danube que de la Cisalpine ou de la Thrace, qui fournirent des mercenaires à toute l'Europe et même à une partie de l'Asie et de l'Afrique pendant plus de trois siècles (du iv' au i" siècle avant notre ère). C'est chez ces mêmes Gaulois que nous trouvons particulièrement l'habitude de couper les tètes des ennemis, de les lixer à l'extrémité de leurs piques au-devant de leurs habitations, on de les suspendre à la selle de leurs chevaux. Enfin, il est évident pour nous que c'est d'une de ces bandes armées qu'Aristote a voulu parler quand il a accusé les Celtes d'habitudes autipbysiques.
On a dit et répété que les Gaulois présentaient les plus étranges contrastes. Si l'on s'adresse à des groupes nettement délimités, si l'on se borne à interroger les écrivains qui ont été plus ou moins directement en rapport avec les Gain ou Gdlatx primitifs, cette assertion est erronée. Le groupe dont nous venons de nous occuper offre, au contraire, à son début et dès qu'il nous apparaît, jusqu'au moment où il dis-
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paraît du riiisloirc ut perd sa personnalité, des traits communs très accentués, reliés entre eux par des caractères moraux de même ordre où tout s'enchaîne logiquement. Les contrastes ne commencent à se dessiner que quand on confond des groupes distincts ou appartenant à des époques différentes.
Les rites funéraires jouent un grand rôle dans la vie des peuples primitifs. L'inhumation et l'incinération, en particulier, marquent, à l'origine, des courants do civilisation très tranchés. Celle vérité devient de jour en jour plus évidente. Il serait donc très utile de savoir quels étaient, à cet égard, les usages traditionnels des Cisalpins et de leurs frères du nord. Malheureusement les textes sont peu précis. Toutefois, la probabilité est qu'ils pratiquaient en généraU'inhumation, bien que l'incinération ne leur fut pas plus étrangère que chez les Thraces leurs voisins (IIérod.,V, G)'. Ce qui paraît plus certain et n'est pas sans signification, c'est qu'ils attachaient une médiocre importance au manque de sépulture. Pausanias (X, 21) nous dit positivement que ceux qui attaquèrent Delphes sous le second Brennus (et ceux-là appartenaient bien au groupe dont nous parlons), au grand scandale des Hellènes, ne demandaient point de trêve pour enlerier les morts. Il leur paraissait indifférent de devenir sur le champ do bataille la proie dos animaux carnassiers ou des oiseaux dévorants. Ce manque de respect pour la mort existait également chez les Parthes (Justin, XLI). C'est un fait d'autant plus précieux à noter qu'il pourrait expliquer pourquoi on n'a point jusqu'ici découvert de cimetières galates dans la haute Italie".
Nous ne connaissons qu'imparfaitement l'habillement et l'armement de ce groupe ; nous avons toutefois, à cet égard, quelques données positives auxquelles on n'a peut-être pas fait assez attention. Nous savons, par exemple, que l'arme
\. Il nous ijjiniît tri's iinib.iblo (luc les Celtes incinéraient et ([iip les r.al.ilos inliumiiient. Les incinénitinns dans li'S eontrées .'/«/a/jV/^/cv appartiennent peutêtre aux groupes (-elticiues mêlés sur tant de points aux Galates.
2. Nous avons vu rependant plus haut, p. :it9, que trois tombes gauloises à inlaimation avaient été découvertes à Marzabotto. — D'autres sont signalées à Kste et autour du lac de Corne. — Deuxième édition.
ofTensivo principale des Gaulois en Italie était l'épée, non pas l'épéc de bronze, mais l'épée de fer, une épée qui ne ressemblait en rien ni à l'épée grecque ni à l'épée romaine, et dont la lame remarquablement longue, à deux trancbants, mais à pointe mousse et faite, par conséquent, pour frapper de taille, était d'une trempe si mauvaise qu'il fallait presque à chaque coup la redresser sous le pied. Cette arme est tout à fait caractéristique et d'autant plus intéressante que les fouilles exécutées sous le patronage de la Commission de la topographie des Gaules' dans l'est de la France en ont déjà exhumé plusieurs spécimens bien conservés. Polybe (XI, 30, 33) donne positivement à cette épée l'épithète de galatique. La petite épée ibérique, à pointe aiguë, ne fut employée par les armées gauloises, du moins en Italie, qu'à l'époque des guerres puniques. Nous avons là des dates précises et déterminées par des textes. Les Cisalpins portaient le bouclier comme arme défensive, mais ce bouclier protégeait moins efficacement le corps que celui des Romains de la même époque. C'est Polybe qui nous l'apprend. Le casque paraît avoir été rare, du moins chez les bandes de la haute Italie. Elles se servaient, au contraire, avec grand succès, de chars de guerre" dont l'usage se perdit plus tard, et qu'au temps de César nous ne retrouvons plus que chez les Bretons. C'est à propos des Galates et des Gaesates particulièrement qu'il est fait mention des bracelets et torques en métal brillant, or ou airain, dont était orné le col et les bras des guerriers. Il n'est point sur que les bandes gauloises portassent toutes indistinctement ces signes de valeur. Cette mode paraît n'avoir été ni générale ni constante chez les Gaulois. Les Cisalpins et leurs frères des Alpes étaient peu vêtus, au moins durant leurs expéditions. Les Boïens et les Galates, à la bataille de Télamon, portaient des braies (àvaçupîSat) et de larges saies [cx'yoi) analogues a.u plaid écossais.
Eu présence de l'état social que nous venons de décrire,
1. Voir notre mémoire sur les Tumulus de la commune de Magny-Lamberl.
2. Polybe, II, 23. Des chars de guerre figurent parmi les trophées galatiques (le Peigume. — Deuxième cdition.
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011 ne doit pas s'attenche à trouver l'art du muunayage très développé chez les Gaulois; c'est uniquement chez eux un art d'imitation. Sont-ils établis en Macédoine, ils copient avec plus ou moins de perfection les tétradrachmes de Philippe et d'Andoléon, roi de Péonie; s'avancent-ils vers la Thrace, ils copient les tétradrachmes de Thasos. Les Sénones de Rimini prennent pour modèle l\vs (jrave italique et romain ; dans le nord de l'Italie, se trouvant en contact avec des nations qui usent du système monétaire de la drachme et de ses multiples et divisions, les Gaulois le copient jusqu'au moment où ils sont refoulés sur le Danube. En Ligurio, ils copient les drachmes massaliètes. Campent-ils sur les rives du Danube, dans le iN'orique, ou dans la Rhétie, ils copient encore les systèmes monétaires de leurs voisins. Des tétradrachmes des Bo'iens sur lesquelles est inscrit le nom do BIATEC, l'un de leurs chefs, reproduisent le type du denier romain de la famille Fulia frappé entre Tan G2 et l'an 39 avant J.-C. En un mot, la môme habitude d'imitation se retrouve partout au berceau de la numismatique gauloise propi'ement dite : sur la rive gauche du Rhin, ce sont les statères d'or do Philippe qui servent de modèle pour l'or et parfois pour l'argent ; dans l'Aquitaine, ce sont les pièces iVEynporiœ, de Rhoda et de Massalia. L'Armorique et les contrées limitrophes sont les premières qui adoptent pour leur monnaie des types que l'on peut dire nationaux, bien que reflétant encore celui des statères macédoniens. Remarquons que nous sommes là dans une des régions les plus celtiques de la Gaule : il est donc naturel que la diversité de génie des deux races celtique et gauloise s'y manifeste plus clairement.
Nous avons dit que, dans les récils relatifs à l'ilalie, à la Grèce ou à l'Asie Mineure, aucune mention n'est faite soit de druides, soit de prêtres organisés à leur imitation, (hi cherche en vain à se renseigner sur ce que pouvait être la religion d(' ces bandes armées. Toutefois Polybe parle d'un lemfde de Minerve (Athéné) d'où, vers l'an 1220 avant J.-C., les Insubres tirèrent, comme signe de guerre à outrance, les
oriflammes d'or qui y étaient renfermées et qui portaient le nom à'immobiles. Fait isolé, mais à noter. Il est bon de remarquer qu'il s'agit des Insubres, les plus sédentaires de tous les Cisalpins et les plus anciennement mêlés aux populations liguriennes et ombriennes'. Il est d'ailleurs difficile de savoir ce qu'il faut entendre par le xà if,^ 'A6va; t£p:v dont parle Polybe. Toutefois, de ce texte et de quelques autres, on peut conclure que les Cisalpins avaient moins horreur pour l'idolâtrie que les populations qui s'inspiraient des doctrines du druidisme.
De quelle contrée venaient ces bordes à demi nomades dont l'Italie eut pendant plus de trois siècles à soutenir les assauts presque incessants? Où chercher le centre d'impulsion de ces mouvements tumultueux? Dans quel rapport les Cisalpins et les population des Alpes étaient-ils originairement avecles vieilles populations de la Gaule Celtique, delà Gaule de César? Devons-nous croire qu'au milieu des bandes guerrières que nous venons de décrire, nous sommes eu présence de ces Celtes^ dont la réputation avait, bien avant cette époque, retenti jusqu'au fond de l'Orient?
Si nous n'avions à notre disposition que les récits de Polybe et des auteurs grecs où il nous est parlé des Galates, riularque et Pausanias en particulier, nous n'éprouverions aucune hésitation dans nos réponses : c'est au nord-est des Alpes, dans la vallée du Danube, sur les confins du Pont- Euxin '", et au delà jusqu'au bord de la Grande mer des anciens, que nous irions chercher celte officina Barbaronim^ vers laquelle le monde latin et grec, quatre cents ans avant notre ère, tourna tout à coup des regards si effrayés; mais il ne nous est pas possible de nous laisser aller ainsi naïvement à la pente naturelle de notre esprit. Nous nous trouvons tout d'abord en présence d'un préjugé fort enraciné d'après lequel, contrairement au sentiment qui ressort si nettement de la lecture de Polybe, le centre de ce mouvement aurait été le
1. Les Insubres étnicnt iirohablcment des Celtes, non des Galates.
2. Nous croyons qu'il faut rattaclior les Galates au^; Cimméricns. Telle (l'tait déjà l'opinion de l''rt''ret.
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pays des Bittiriges, le cœur même de la Celtique de César, préjugé qui s'abrite derrière un bien grand nom, celui de TiLo-Live. S'il fallait s'en rapporter au xxxiv" chapitre du V livre des Décades, le problème serait en effet résolu dans un tout autre sens que d'après les récits de Po]ybe ot de Plutarquo. Suivant une tradition recueillie par l'historien latin, mais dont nous ignorons l'origine, les instigateurs des premières invasions gauloises en Italie seraient deux princes bituriges, et les émigrants descendus avec eux dans l'Italie supérieure d'un côté, dans la forêt Hercynienne de l'autre, auraient été la souche première de toutes les agglomérations de Gaulois dont l'histoire fait plus tard mention, sur le Danube et sur le Pu. Los civitates ayant originairement pris part à ce mouvement seraient les suivantes : 1" les Bituriges ; 2° les Arvernes ; 3° les Kduens ; 4" les Ambarres ; S" les Carnutes ; 6" les Aulerkcs ; 7" les Sénones. Les invasions en Italie n'appartiendraient donc point à ce grand courant naturel qui a si longtemps poussé les peuples d'Orient en Occident. Ce serait, si je puis dire, un choc en retour dune époque oii l'on avait déjà perdu le souvenir de l'origine orientale de nos pères. Nous ne pouvons accepter sans examen cette manière de voir, qui se heurte à des invraisemblances de toutes sortes.
Une première remarque n'échappera à personne, c'est que, à l'exception dune seule, aucune des peuplades énumérées par Tite-Live dans ce xxxiv" chapitre n'est connue de Polybe et ne figure dans son récit. Si nous mettons en regard les listes de l'hislorien grec et de l'historien latin, no us avons en effet le tableau suivant :
LISTE DE POLYIJE'
d. Les L.Ei(?).