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Les SÉNONES

tableau qui no contient qu'un seul nom commun, celui des Sénones '. Mais ce qui étonne le plus, ce n'est pas qu'aucune des populations de la liste de Ïite-Live, les Sénones exceptés, ne se retrouve dans Polybc, c'est qu'aucune ne se retrouve dans aucun document historique, ni en Italie, ni sur le Danube; c'est que l'auteur même de celte liste, Tile-Live, qui avait la prétention de la tenir d'une antique tradition, se soit cru oblig'é, au chapitre suivant, de la compléter, sans réflexion aucune, en nous apprenant qu'une troupe de Cénomans, de Salluviens, de Boïens, de Lingons et de Sénones (les Sénones qui figurent déjà dans la première liste) vint bientôt prendre place auprès des premiers émigrants. Or, n'est-il pas surprenant que ce soit ce second ban d'envahisseurs, dont la tradition la plus ancienne ne parlait pas, qui seul ait fondé en Italie des établissements durables ? Comment se figurer que des populations aussi vivaces que les Biluriges, les Arvernes, les Éduens, les Carnutes, encore à la tête du pays au temps de César, eussent, dès le temps de Polybe, complètement disparu au sud dos Alpes, si elles avaient été la souche des populations cisalpines? Comment s'expliquer que, par une bizarre compensation du sort, ces Boïens, ces Sénones, ces Cénomans si célèbres et si puissants, soit on Italie, soit dans les Noriques, eussent cessé, bien avant César, déjouer aucun rôle politique sérieux en Gaule, si réellement ils en avaient joué un prépondérant autrefois? Ainsi, d'un côté, les populations les plus vivaces de la Gaule ne se retrouvent point en Italie, et, de l'autre, les populations les plus connues de la Cisalpine ne forment plus en Gaule, à l'époque où l'histoire est fixée par des récits authentiques, que des civitates insignifiantes. N'y a-t-il pas là motif à réflexions? Ne semble-t-il pas que Tite-Live ait eu deux listes sous les yeux : l'une légendaire, do fabrication réconte, puisque les populations qui y sont inscrites sont exclusivement celles qui, de son temps, faisaient figure dans

1. Madvig, ilatis son l'ililiori ciituiuc de Tile-Livo, ictranclio les SéiioiiPs; il n'y aui'ait alors aucun nom commun entre la liste de Tite-Live et celle de

Polvbc.

d'après polybe 391

la partie de notre pays que César appelle plus particulièrement la Gaule Celtique ' ; l'autre réelle et représentant les vrais habitants de la Cisalpine, sensiblement distincts des habitants de la Gaule centrale ; et qu'il ait été lui-même fort gêné en présence de ces documents contradictoires, à un moment surtout où tous les regards étaient tournés vers la Celtique de César, devenue la principale et presque la seule Gaule aux yeux des Romains? Si nous ajoutons à ces considérations que le récit Je Tite-Live, en dehors de bien d'autres invraisemblances de détail^ a été déjà victorieusement attaqué au point de vue du synchronisme de l'émigration gauloise placée au temps de Tarquin l'Ancien et de la fondation de Marseille par les Phocéens — synchronisme dont l'auteur, quel qu'il soit, tire un épisode si pathétique — nous serons bien tenté do voir dans ce chapitre xxxiv"" une véritable légende -. Il faudrait, en tout cas, avoir d'autres témoignages que le récit do Ïite-Live, dont l'historien lui-même semble n'accepter la valeur que sous bénéfice d'inventaire, accepimus, pour croire à l'origine celtique, je veux dire biturige, éduenne, arvernc et carnute, des populations des versants nord et sud des Alpes et des vallées et plaines voisines. Or, ces témoignages manquent.

A la difficulté de s'expliquer comment des colonies aussi importantes que celles de la Cisalpine et du Noricum avaient, au temps de Polybe, perdu tout souvenir de leur première patrie, s'ajoute une difficulté plus grave, celle de faire sortir un type physique très caractérisé et tout septentrional de ce mélange de populations dont aucune, à l'époque de César, ne nous présente au même degré ce type en Gaule.

Mais ce n'est pas le type physique seulement qui diffère. Les tendances morales, religieuses et sociales, si je puis dire, de la Gaule Celtique, aussi bien que ses institutions, nous apparaissent avec un tout autre caractère que celles des

4. M. Gaidoz nous signale un phapilrc dfi l'Histoire ancienne des peuples rie l'Europe où le conito du liuat exprimait (!i'j:\ les mêmes idées en 1772. Voir plus loin, à l'appenilire, un extrait de ce chapilre.

2. On sait que dans les légendes, même quand elles s'appuieni sur un fait vrai au fond, il n'y a ru i-luonologie, ni géographie positive.

Gaulois de la Cisalpine et du Danube. Pour s'en convaincre, il suffit d'ouvrir le YF livre des Commentaires de César ', où il nous est parlé pour la première fois clairement et en détail de la Celtique, cette troisième partie de la Gaule d'où Tite- Live fait partir l'émigralion de Sigovèse et de son frère.

« Il n'y a, dit César, en Gaule que deux classes qui comptent et qui aient de l'influence ; la plèbe est presque en état de servitude; elle n'ose rien par elle-même et n'est jamais consultée. » Ce texte seul suffirait à prouver que nous ne sommes plus au milieu de populations exclusivement guerrières et chez lesquelles chaque homme a le droit de porter les armes, comme cela avait nécessairement lieu chez les Cisalpins, d'après le récit même de Polybe. « Ces deux classes, continue César, sont celles des druides et des chevaliers, » ou, comme nous dirions, le clergé et la noblesse.

Les Druides. — Quelque importance qu'aient donnée, et très justement donnée au druidisme les derniers écrivains qui se sont occupés de la Gaule, il nous semble, chaque fois que nous reprenons le récit de César, qu'ils sont encore restés au-dessous de la vérité. On est confondu de la puissance que révèle chez cet ordre l'énuméralion des droits que César lui reconnaît, et qui faisait dire à un écrivain grec do la fhi du i" siècle de notre ère que « les rois sur leurs sièges d'or et au milieu de leurs palais, n'étaient que les ministres et les serviteurs des commandements de leurs prêtres ■ ».

<< Les druides, écrit César, président aux cérémonies religieuses, font les sacrifices publics et privés, interprètent les signes de la volonté divine. Une jeunesse nomlirouse vient s'instruire auprès d'eux. Ils jouissent dans le pays de la plus

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