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Strabon, t. IV, c. 6, § 3, édition bidot, p

quérants de l'Italie, au commence ment du iv» siècle avant notre ère, a pour elle, il est vrai, l'aulorilé de Calon cité par Pline : Ccnomnnns juxta Massiliain habitasse in Volcis. Klle s'accorde avec le passage où Tile-Live nous montre l'invasion gauloise en Italie se faisant parle pays des Taurini. Mais le système'suivanl lequel tous les conquérants gaulois seraient arrivés en llalie de la Gaule de César, ne peut se concilier avec la leçon des bons manuscrits de Tile-Live qui fait passer une partie de ces conquérants par les Alpes Juliennes. L'itinéraire d'Antonin et la carte de Peutinger placent les Alpes Juliennes sur la roule d'Aquilée à Laybach, une des routes par lesquelles, de Noréia en Styrie, l'antique capitale des Taurisques (Pline, m, 23) et du Noricuni, on gagnait l'Italie. Le fragment de Sempronius Asellio qui, un demi-siècle avant Tite-Live, comprend Noréia dans la Gaule, jette sur le passage de Tite-Live la plus vive clarté. On ne peut révoquer en doute l'autorité de .Sempronius Asellio (l.ôO-SO), contemporain de la bataille oij, sous les murs de Noréia, 113 av. J.-C., le consul Cnéius Papirius Carbo fut défait par les Cinibres. Du reste, l'exactitude de Sempronius Asellio est confirmée par Posidonius, qui écrivait à la même époque. En efl'et, Sirabon, après avoir raconté la défaite de Papirius Carbo par les Cimbres, près de Noréia (p. 214), décrit plus loin, d'après Posidonius, la marche des Cimbres, et il nous les montre traversant le pays des Taurisques dont, comme nous venons de le dire, Noréia était la capitale ; puis il ajoute que, suivant Posidonius, les Taurisques étaient Galatos (p. 293), c'est-à-dire Gaulois. Ainsi la Gaule de la fin du ii" siècle et du commencement du i" avait d'autres limites que celle de César et de Tite-Live. A plus forte raison, la Gaule du commencement du iv" siècle, qui a envoyé dans l'Italie du nord ces armées conquérantes, n'était pas identique à la Gaule de César et de Tite-Live, à la Gaule des années 58 et suivantes avant J.-C.

« La conclusion est que, dans le chapitre xxxiv du livre V de Tite-Live, on trouve, associées à la vieille tradition de la double migration de Sigovèse et de Bellovèse, d'autres notions de date relativement récente, qu'il faut remettre à leur place chronologique et qui ne peuvent servir de base aux systèmes par lesquels on prétend éclairer les obscurités des origines celtiques.

« Telle est la doctrine de Niebuhr, de Zeuss, de Jacques Grinini, de M, Mommsen.

« Je ne crains pas (ju'on me taxe d'esprit aventureux, parce que je la partage. Je devrais plutôt craindre d'être accusé de présomption pour avoir entrepris de la défendre ; et, malgré l'excuse que la discussion engagée m'apporte, je ne puis m'empèclierd'éprouverun certain embarras, quand, à la suite des quatre noms illustres dont celte thèse est signée, j'ose placer le mien. »

Après cette lecture, M. Quicherat présente à la Société une série d'observations qui peuvent se résumer ainsi qu'il suit :

« En matière de critique, il n'y a qu'une autorité : c'est l'évidence. Les meilleurs érudils, les plus habitués à rencontrer juste, peuvent se tromper

parfois, et leur mérite bien connu ne fait pas que l'erreur où ils ont été entraînés devienne vérité. Les Allemands ne sont pas à l'abri de cette éventualité. Il y a des questions sur lesquelles ils se méprennent. L'antiquité de la nation gauloise est du nombre.

« Il est certain qu'il y a eu dans l'anticpiilé deux opinions sur l'époque de la conquête de la haute Italie par les (î.uilois. Suivant les uns, cet événement précéda immédiatement la prise de Home ; suivant les autres, il en fut séparé par un grand intervalle de temps.

« La seconde opinion est à coup sur celle qui offre le plus de vraisemblance ; car comment admettre qu'une nation aussi puissante, aussi avancée en civilisation que les Étrusques, ayant des armes perfectionnées et des villes fermées de murailles, aurait été dépossédée d'une immense étendue de pays tout d'un temps, par l'efTet d'une seule poussée de barbares ?

« L'opinion contraire ne s'appuie pas sur un si grand nombre de lénioigiiages, la plupart des auteurs ayant mentionné les deux faits à la suite l'un de l'autre sans assigner de date à aucun. Seul, Diodore de Sicile a établi le synchronisme, ou plutôt a fourni de quoi l'établir.

« Le témoignage de Tite-Live se présente avec bien plus de titres à la recommandation, puisque cet historien donne les deux versions; et c'est parce que la première lui a paru inacceptable qu'il a cherché et trouvé la seconde.

« Les épithètes dont il s'est servi pour peindre l'efTarement des Romains et des autres à la vue des barbares, n'impliquent de sa part aucune contradiction. Dans sa pensée, les Gaulois, quoique maîtres depuis longtemps du bassin du Pô et renouvelés sans cesse par l'émigration des Transalpins, étaient restés cependant séquestrés dans leurs possessions et sans rapports avec les autres peuples d'Italie, séparés qu'ils en étaient par la chaîne des Apennins.

« Quant aux arguments allégués pour détruire le synchronisme de la première invasion des Gaulois en Italie avec la fondation de Marseille, ces arguments ne consistent qu'en des conjectures tout à fait gratuites, sauf un seul, qui est la revendication de la nationalité gauloise pour les Salves. Or, si quelque chose est établi par les témoignages de l'antiquité, c'est la nationalité ligurienne des Salyes. Slrabon dit positivement que les Salyes avaient été appelés Ligyes ou Ligures par les anciens autours grecs, et l'Ora marilima d'Aviénus, qui est l'écho de ces anciens auteurs, place les Salyes sur la rive ligurieiuie du Uhùne, après avoir signalé ce tleuve comme la ligne de démarcation entre les Ibères et les Ligures,

« Ue ce que la criticpie moderne est entrée, non sans raison, en défiance contre Tite-Live, il ne serait pas juste de lui refuser tout discernement. Il n'est pas de ceux dont on peut dire que le sens commun Iimm' a manqué. Ses fautes en histoire ont leur source dans sa partialité pour Rome. 11 était homme à voir juste et à choisir les bonnes sources. C'est ce qu'il fait dans le cas présent, et si son récit do l'entrée des Gaulois en Italie contient des détails de mise en oeuvre qu'on est libre de rejeter, le fait

capital qui en esl le fond subsistera tant qu'on n'aura pas à y opposer d'autres arguments que ceux dont on s'est servi jusqu'à présent.»

M. Alex. Bertrand demande à répondre brièvement à M. Quicberat :

(I II ne comptait pas, dit-il, prendre la parole sur une question qui, cependant, lui est particulièrement à cœur, et qu'il se fait honneur, comme le reconnaît M. d'Arbois de Jubainville, d'avoir le premier mise à l'ordre du jour en France. Il aurait voulu attendre la publication d'un mémoire qu'il va lire à l'Institut, mémoire achevé déjà depuis quelque temps et qui, il l'espère du moins, est de nature à éclairer les obscurités de la question. La solution du problème esl, suivant notre confrère, dans la distinction, non admise par M. d'Arbois, et que M. Quicherat rejette également, des Celtes et des Galates (Gatli des Romains). Les difficultés inextricables auxquelles se heurtent tous ceux qui ont abordé jusqu'ici ce difticile problème viennent toutes de celle confusion.

« M. Quicherat nous dit : de quoi s'agit-il au fond ? de savoir si la conquête de la haute Italie par les Gaulois précéda immédiatement la prise de Rome ou en fut séparée par un grand intervalle de temps. La seconde opinion, suivant M. Quicherat, est la plus vraisemblable. Nous ne le nions pas, mais il faut s'entendre. Car alors comment s'expliquer, ainsi que l'ont fait remarquer du Buat, Niebuhr, Zeuss, Jacques Grimm et M. Mommsen avant M. d'Arbois de Jubainville, que deux cents ans après l'invasion rapportée par Tite-Live à l'an 600 environ, les Gaulois soient encore appelés par l'assemblée des Étrusques, leurs voisins depuis longtemps au dire de Polybe, gentem invisitatam, novos accotas ; comment justifier les expressions de formas hominum invisitatas, de novum gcnus armorum, qui figurent dans un autre chapitre du grand historien latin.' Comment justifier l'opinion que les Étrusques eux-mêmes paraissaient avoir eue qu'il s'agissait de combattre en 389 des hommes venus de l'extrême Nord, de contrées voisines de l'Océan?

(t Comment s'expliquer, de plus, qu'aucune mention de ces Galates ou Gain, établis en Italie depuis Tarquin l'ancien, ne se trouve, dans les historiens tant latins que grecs qui nous ont été conservés, avant la date très récente relativement de 260'.' Quoi ! ajoute M. Bertrand, une grande invasion a eu lieu six cents ans environ avant notre ère, elle s'est étendue des Alpes à l'Adriatiiiue, dépassant le Pô, dont elle a occupé les deux rives, elle a refoulé les Étrusques au delà des Apennins, et deux cents ans plus tard non seulement les envahisseurs sont encore traités d'hommes nouveaux, de guerriers aux armes inconnues, d'aventuriers venus en Italie des extrémités les plus septentrionales de la terre, mais leur nom, au moins sous la forme la plus connue de GalU, n'a pas été prononcé par les historiens ou poètes anciens avant Timée (260 ans avant J.-C.)! Tout cela est, il faut l'avouer, bien extraordinaire, bien singulier. Ceux qui en ont fait la remarque, qu'ils soient Allemands ou Français, ont fait preuve d'une saine critique. Ces faits méritent explication.

<i Faut-il croire ccpendaLt, comme le voudrait M. d'Arbois de Jubainville, que le grand mouvement qui a poussé les Celtes d'Orient en Occident

et les a amenés lanl sur le Pu que sur le Kiiûiie, ne remonte pas plus haut que l'an 500? Mais d'où viendrait alors, lui demande avec raison M. Quicheral, l'opinion unanime des anciens concernant l'ancienneté et la puissance de la race celtique, ancienneté et puissance qu'il est impossible de nier?

« Ainsi, d'un côté, affirmation très nette par Tite-Livemème du caractère nouveau de l'invasion de 390, et de l'aulre, aftirination non moins nette de l'antiquité de la race celtique et de son établissement dans la haute Italie non seulement dés l'an GOO, mais bien antérieurement, si, comme on le doit, croyons-nous, il faut rattacher à cette race les Ombriens, vetercs Galli. Ces assertions, en apparence opposées, sont-elles donc contradictoires? Aucunement. 11 faut simplement, pour les concilier, faire des Celtes et des Galales ou Galli deux branches distinctes d'un même tronc: ra/.iTai to-j KeXxixoO yévo'j; (Plut, in Camlllo). Les Celtes mentionnés par Hécatée (500 ans environ avant J.-C), par Hérodote (en 450), par Scjlax, probablement à la même époque, sinon antérieurement (Scylax qui, dans son périple, les trouve établis sur l'Adriatique, près de Rimini), par Platon (400), Aristolo (350), Éphore (310), avant que le nom des Calâtes ou Galli ait été ])rononcé une seule fois, ne peuvent être considérés sérieusement par personne comme une race nouvelle en 390. C'étaient eux, les Celles, qui, suivant Éphore (un peu avant 300), occupaient en majorité les contrées du Couchant, parallèlement aux Indiens qui occupaient l'Orient, aux Scythes qui occupaient le Nord, aux Éthiopiens qui occupaient la partie méridionale du monde, dont les Hellènes formaient comme le centre. Cette géographie, acceptée par Aristote, était encore enseignée à peu près généralement peu de temps avant Auguste. Les Celtes sont donc bien une antique et puissante race, nous ne contredirons point M. Quichcrat sur ce point. En taxant de légende le récit de Tile- Live, nous n'avons jamais pensé rien retrancher de l'antiquité de la race celtique, ni même de l'ancienneté delà prise de possession par quelquesunes de ses tribus des contrées de la haute Italie aussi bien que de la Gaule. Nous disions expressément dans notre article Gaulois : « Il ne faut « pas croire que le silence fait par nous volontairement autour du mot <c Ct/te tienne à ce que nous méconnaissions la grandeur et l'importani'e '< (ajoutons aujourd'hui l'anliquili;) de la civilisation à laquelle on donne « généralement le nom de civilisation celtique. » Nous sommes donc d'accord avec M. Quichcrat sur un point, la date très anciemie do l'entrée de (|uelques tribus celtiques en Gaule et en Italie; mais à part ce fait, (jue nous acce|i(ons avec toutes ses conséquences, nous ne pouvons partager la manière de voir de notre estimable confrère, et nous nejiouvons consentir à appliquer ;i ces pn'mieres invasions les détails contenus dans le xxxiv" chapitre du V" livre de Tite-Live, soit qu'il s'agisse de prendre ;i la lettre la date de 600, soit môme qu'il soit question seulement, date à part, de tenir pour réelle la descente des Biluriges, des Arv(>rnes, des Kdui'iis, des Carnuti'S, etc., en llalie à celte é[iiiipie reculée, ou bien d(^ considérer comme parfaileinenl authentique le point de départ de l'invasion fixé

4 i 4 APPENDICE

sur les rives du Cher, de l'Allier ou du RluMie. De toutes ces populations, pas une seule ne nous semble avoir occupé la Cisalpine avant l'an 390.

« Les nouveaux venus, les terribles envahisseurs qui imprimèrent dans l'esprit des Romains une terreur ineffaçable, ce furent non les Celtes, mais les Galates, les Galates du Danube et des Carpathes, ot FaurâTat Vcùàza:'', o'i Boïoi y.j.lo-j\i.eyoi. VaXitii, ainsi que s'exprime Polybe. Ces Galates, qu'ils soient descendus en Italie à titre de mercenaires à l'appel des Celtes' et particulièrement des Insubres, ou qu'ils aient envahi la péninsule de leur propre mouvement ou sur l'invitation d'un chef étrusque mécontent, avaient en effet des armes nouvelles (l'archéologie le démontre), une tactique et des mœurs à part, distinctes de celles des Celtes de l'Italie : ïwv xaTa TT,v 'lTa),îav Kû.xww (Pohbe, II, 13). Polybe ne manque jamais de donner à ces armes, à cette tactique l'épithète de ra).ïTixâ (Polybe, 11, 30, 43; m, 02, 114, etc.), même dans des chapitres où il se sert presque exclusivement du terme KeXto;. Recrutés, comme nous venons de le dire, sur le Danube ou en Thrace, et en communication constante, selon toute vraisemblance, avec des tribus de même race riveraines de la Baltique, ces Galates avaient conservé leur type septentrional presque sans altération. C'est à ce type, à ce type exclusivement, que s'appliquent, comme nous l'avons déjà affirmé dans notre article Gaulois, les descriptions non seulement de Polybe. mais de Tite-Live et de tous ses imitateurs jusqu'à Ainmien Marcellin, qui n'a fait que copier ses devanciers, comme il l'affirme lui-même.

« Tel est, suivant nous, le nœud de la question.

(( Je maintiens donc, comme je l'ai déjà dit, le caractère légendaire du récit de Tite-Live. Une légende, on le sait, tout en s'appuvant sur des faits réels (ici ces faits sont la présence des Celtes en Italie dés la plus haute antiquité), les altère de mille façons, ne connaissant ni chronologie, ni géographie positive. Le récit de Tite-Live fait allusion à une invasion réelle de l'Italie avant 390, sans que pour cela nous devions prendre à la lettre les détails et les dates qu'il contient, pas plus que nous n'accordons un caractère historique aux fantaisies du cycle de Charlemagne.

i< La véritable histoire des Celtes d'Italie et des Galates doit être dierché'' non dans Tite-Live, mais dans Polybe. J'espère le démontrer un autre jour.

« En résumé, M. d'Arbois de Jubainville a raison de nier le caractère historique du récit de Tite-Live. 11 a tort, à mon sens, de nier l'ancienneté de l'établissement de la race celtique en Italie. M. Quicherat, de son côté, a raison de réclamer en faveur de l'antiquité do la race gauloise, mais il n'est pas fondé à nier le caractère légendaire du récit de l'historien latin.

« Le récit de Polybe concilie tout. Il suffit, pour s'en apercevoir, de ne point confondre, ainsi que l'ont fait toutes les traductions tant françaises que latines, les Celtes et les Galates. »

1. Nous penchons de plus en plus vers celte explication. — l>eiixiétiic cdiliùii.

DE LA VALEUR DES EXPRESSIONS Ki\-:i ET Foù.iix'

(Compte rendu du mùnioiic de JI. Alex. Derlrand, Bullclin de l'Acadcmic des Inscriptions.)

M. Alexandro Bertrand lit un mémoire intitulé; De la valeur des expressions Kù.To'. et l'aXâTïi, IvcXtixt, et TaXaTix dans Pi)lj/he. M. Rerlrand y soutient la thèse suivante: Les traducteurs de Polybe (traductions latines aussi bien que traductions françaises) rendent par un seul mot, Gaulois ou Gain, les termes grecs employés par Polybe, qui sont tantôt K:),to;, tantôt raiâxai. Ils appellent Gaule ou Gallia la contrée à la([uelle Polybe donne successivement les noms de TaXatix et de Ke),Tiy.Yi. Dans l'esprit des érudils qui ont traduit Polybe, les mots IveX-oi et raXât-xi, ra'/.axia et Ktlf.xt] sont donc absolument synonymes et peuvent être indifféremment employés. On peut sans altérer le sens n'user (]ue de l'un des deux à l'exclusion de l'autre. M. Bertrand cherche à démontrer, par l'étude minutieuse de tous les chapitres où Polybe emploie ces deux expressions, que cette manière de voir des traducteurs est une erreur grave, que Polybe n'emploie point indifféremment ces deux termes, et qu'il est nécessaire de respecter sous ce rapport, comme sous tous les autres, le texte de l'historien grec.

Les Grecs, antérieurement à César, ne confondaient point les Celtes et les Galalcs. Diodore de Sicile, cincjuante ans avant J.-C, vo vant que cette confusion commençait à s'établir, avertissait ses contemporains (liv. V, chap. xxxii) que « le nom de Celtes s'appliquait exclusivement aux peuplades établies au-dessus de Marseille, entre les Alpes et les Pyrénées. Celles ipii habitent le long de l'Océan et de la forêt Hercynienne jusqu'à la Scythie sont appelées Galatos. » C'est un point, ajoute-t-il, » utili' à définir, quoique ignoré du beaucoup de [)crsonnes. » Slrabon, quelque cinquante ans plus tard, « avait idée ([ue les Grecs avaient emprunté le nom de Celtes aux habitants de la Gaule narbonnaisc voisins des Massaliotes » (Strabon, IV, p. i89). La phrase par laquelle César ouvre le récit de la guerre des Gaules : qui ipsorum linrjua Ccllx, nostra Galli appellantur, montre que les Gaulois eux-mêmes ne considéraient point les deux expressions comme synonymes. Plularque, bien plus tard, ayant à parler des Galates, déclarait qu'ils étaient de race celtique: faXâ-rxi toC ICîXtixoO yÉvo'j; (Plut, in Camillo, c. xv). C'était évidemment les distinguer des Celtes pris dans le sens restreint. Pour Plutar(|ue, à côté des Celtes proprement dits, existaient des pojmlalions de race celli(pie qu'il ne fallait pas confondre avec eux et au nombre desquelles étaient les Galates. L'expression KtXxoi xa'i l'aXciTai, familière à plusieurs écrivains de répo()uc

impériale, est une preuve de plus qu'aucun des deux mois Keî.to! et Voùdzxi ne suflîsait à leurs yeux, pris séparémeni, pour désigner la race celtique tout enlière. On a souvent cité, enfin, le texte de Sulpice Sévère {Dial. I, 20) : vel ccltice mit si mavis gallice loqucre, à Tappui de l'existence de deux dialectes, sinon de deux langues parlées en Gaule antérieurement au y" siccle de noire ère. Il y a là un problème déjà posé par les anciens et que l'on résout trop facilement en le supprimanl.

Après ce préambule, M. Bertrand constate que, dans ses quarante livres, Polybe emploie 107 fois le mot Ks).to;, 101 l'ois le mol roXàrai, 2 fois le mot Kû.i'.oL, 2 fois le mot KïXtixiî, 16 fois ra/,aT;a. Polvbe se sert-il indifféremment de l'une ou de l'autre de ces expressions? Le groupement des deux termes livre par livre n'est pas favorable à ce préjugé. M. Berirand remarque en effet que dans le 111= livre, par exemple, KeXToi parait 50 fois conlre 8 fois FaXaTai ; dans le XXII" livre, ra).c(Tïi se montre 16 fois sans que l'on renconire un seul KeItoi. I,e classement, chapitre par chapiire, dénote la même prédominance alternative de l'un ou de l'aulre des deux termes. Dans le livre 11, où les deux expressions au premier abord semblent se balancer, puisque l'on y trouve 43K£),Toi conlre 40 ra),âTai,on compte, du chapiire xxv au chapitre xxviii, 15 Kù.xol contre 1 FaJ.itat. Il ne semble pas que ces différences puissent s'expliquer par le seul besoin d'euphonie. On peut conclure, dit M. Berirand, que, mémo cxiérieuremeni, et à ne s'en prendre qu'aux apparences sans peser chaque expression à part, tout conduit à penser qu'il n'y a point identité chez Polybe enlre les termes FaXâTai et IûXto!.

Mais cette vérité devient évidente à la suile de l'examen des condilions dans lesquelles chacune des expressions est employée. On trouve en effet très facilement, par la différence des applications, le secret de cette distribution anormale des deux termes dans l'ensemble. Les quarante livres de Polybe peuvent se diviser en deux groupes : l-lll, où il est surtout question des affaires d'Ilalie ; IV-XL, où le récit a Irait surloul aux affaires d'Orient. Dans les Irente-sept derniers livres, Talâzoïi domine absolument, dans la proportion de 53 Valàtou contre 9 K^X-coi. Or, dans ces Irenle-sept livres, Polybe ne varie jamais, raXâtat désigne exclusivement les bandes guerrières mercenaires et autres, figurant dans les cxpédilions de Thrace, de Macédoine, de Grèce, de S\'rie et d'Asie Mineure. KîXto! parait seulement dans les parenthèses où l'auteur fail un retour vers les événements de Gaule ou d'Ilalie. L'étude détaillée de ces neuf mentions des KeXtoi', poursuivie par M. Berirand dans son mémoire, ne peut laisser de doute à cet égard. Nous donnons la parole à l'auleur lui-même.

« Concluons : dans les trente-sept derniers livres de Pol3'be, le terme FaXÔTat a un sens propre et distinct du mot KeXto! ; il s'applique à des populations de race celtique, sans doule, mais ayant cerlainetnenl une organisation parliculière et (|ue l'on peul déllmiler géograplii(]ucment. Le conlre d'action de ces Iribns, la ntclic principale d'où parlent les essaims, doit èlre placée sur le liaul Danube, en 'llirace, sur les rives du

AI'PKN'DICE

Bosphore, et plus tard en Asie Mineure. Dans aucune circonstance Polybe, en parlant de ces populations, ne leur donne le nom de KeXto:; dans aucune circonstance il ne laisse supposer qu'elles soient originaires des contrées de l'Ouest. »

Cette distinction radicale des termes Kilx'A el ra)»™;, constatée dans les trente-sept derniers livres de l'historien grec, est-elle applicable aux trois premiers? M. Bertrand croit pouvoir le prouver. Polybe ne confond pas plus dans les premiers livres que dans les derniers les Celtes et les Calâtes. Les Celtes sont pour lui les populations depuis longtemps établies à côté des l'>trusques dans la haute Italie, à côté des l.igures dans la Gaule méridionale; les Calâtes sont les bandes armées des Transalpins qui, descendues en Italie à plusieurs reprises depuis l'an 390, se trouvent mêlées aux Celtes dans les combats livrés contre Rome, soit avant, soit pendant les guerres puniques. « Ce qui a trompé, généralement, les criliiiues même les plus sagaces, dit l'auteur du mémoire, c'est (|u'ils n'ont pas remarqué que pour Polybe, comme pour la majorité des Grecs de son temps el des temps antérieurs, tout ce qui, dans l'Italie du nord, n'était pas Ligurien ou Étrusciue, était Celte au même titre que les populations de la Gaule méridionale. La Cisalpine, comme les contrées du littoral méditerranéen à l'ouest du Hhône, portait particulièrement et spécialement chez les géographes grecs de ce temps le nom de Celtique, KzXz-M ou Kî/.Tf/.r, ; PaÀiTia était le nom nouveau imposé par les Uoniains à la province créée par eux dans ces contrées. Il n'y a donc rien d'étonnant à ce que, ayant à faire l'histoire rétrospective de l'Italie circumpadane et transpadane, Polybe ne trouve d'abord sous sa plume, passezmoi l'expression, que le terme ICeXto:. »

Mais dès qu'apparaissent les Transalpins, c'est-à-dire las Calâtes, Polybe ne manque pas de le constater. « La dix-neuvième année après la bataille d'^gos-Potamos la sixième après la bataille de Leuctres, les Calâtes, PaXccTai, dit Polybe, (II, 22), venaient de s'emparer de Uoine et l'occupaient tout entière. » roVotrat xa-ci xpÔTo; ti.vnzi à'jTT|V tt,v V(!i\i.r,t Ymûyo'i ii>.T,v ToO K-xtiitm/.'oj. Les Ccites disparaissent ici devant les Calâtes. 0 Souvenez-vous, disent plus loin (II, 22) aux Gœsates Calâtes (Voù.itix^ itpo(raYopeuo[;.évo'j; Vaini-zoM-) les Boïens et les Insubres qui sont allés au nord des Alpes implorer leur secours, souvenez-vous de cette expédition glorieuse de vos ancêtres où non seulement vous avez vaincu les Romains, mais encore, a[irês ce succès, pris Roine d'assaut. Maîtres de la ville et de ce (|ui y était renfermé, pendant sept mois, vous ne l'avez remise aux lioiii.iins que de votre plein gré et par grâce, puis, sans perte, sans dommage, vous êtes rentrés dans vos foyers chargés de butin. » A ces souvenirs, ajoute l'historien grec, les chefs ga-sates furent saisis d'une telle ardeur que jamais armée plus nombreuse, plus illustre et plus brave ne sortit de ces contrées do la (inlalie, éx to-jcwv twv tôtimv tî,; raV.aria;. La jialrie des Cu'Sales était donc la Galalie transalpine'.

t. Inn (les principales villes de cette Galatie primitive était iNoréia. Voir plurt liant la note de M. d'.Vrbois do .Tubainville, p. illl.

Celle insistance tie Polybe à qualifier, dès qu'il les rencontre, les Transalpins de Galales, raXàtai, leur couUée de FaXatia (c'est le nom qu'il donne, comme nous venons de le voir, au pays des Gœsates transalpins), ne saurait paraître insignifianle à qui a conslafé que le ternie KeXtoî, le pendant de VaXi-zai dans les histoires de Polybe, ne se rencontre pas une seule fois dans les trente-sept derniers livres de l'historien des guerres puniques, à moins qu'il ne s'y agisse des premières et antiques populations de l'Italie supérieure ou de la Gaule méridionale, et ne s'applique jamais aux Galates transalpins.

La question parait donc se présenter à nous de la manière suivante : un ensemble de peuplades apparentées vraisemblablement aux Ombriens (veteres Galll) occupaient depuis longtemps, sous le nom de Celtes, KeXtoc, l'Italie supérieure, quand, vers 390 avant notre ère, d'autres peuplades de même race, cantonnées en partie dans les Alpes septentrionales où elles s'étaient peut-être établies de date récente, vinrent se joindre à ces premiers occupants, appelés par eux, selon toule probabilité, à titre de mercenaires, les entraînèrent contre les Étrusques et delà jusqu'à Rome.

Ce sont ces nouveaux venus, d'un type beaucoup plus septentrional que les Celtes d'Italie et dont l'armement était nouveau pour les Romains, que Polybe distingue des Celtes et, d'accord avec les historiens latins, désigne sous le liom de Valâ-zai, forme grecque de l'ethnique Galli. " Polybe ne s'y trompe jamais. » C'est là cette gens longinqua et ignolior dont parle Tite-Live, ce sont là ces novi accolx humori et frigori assueti. expressions qui ne peuvent s'appliquer aux Celtes des bords du Pô et sont au contraire 1res exactes appliquées aux Galates.

M. Bertrand fait remarquer que quand il s'agit de l'armement nouveau des troupes gauloises, celtiques ou galatiques (les Celles avaient probablement adopté l'équipement plus perfectionné des Galates, et entre autres la grande épée de fer), Polybe emploie loujours l'épilhètc de ya/atixa (Polybe, IIF, 63, 114; 11, 30; I, 91, etc.).

Si l'on veut bien se placer à ce point de vue, la préférence de Polybe, tantôt pour le mot KîXtoi, tantôt pour le mot PaXâTïi, s'explique tout naturellement. Le récit nous transporle-t-il dans les contrées ]Mirciiient galatiques, versant seplenlrional des Alpes, vallée du Danube, rives de la mer Noire, Polybe emploie le terme Va/.à-cxi, exclusivement et sans exception. Polybe a-t-il à parler des antiques populations de la Gaule cisalpine ou de la Gaule méridionale, c'est le mot Keato! qu'il adopte. Mais que dans ces contrées interviennent tout à coup des groupes galatiques, il ne manque pas de nous en avertir. Les Gœsates prennent Rome; il les qualifie aussitôt de Galates : oi raioàTïi npocraiofeuonévoi TaXâtai. Parmi les populations occidentales des Alpes, les Allobriges sont des Galates; Polybe s'empresse de nous le dire : oî 'AXXoêpIye; xa)o'j[iévoi TaXaTat. Enfin, au sud des Alpes, à côté des anciens Celles, se sont établis des Bniens, Galates également; la même expression revient à ce propos : oi Bo'oi y.iXo'JiJ.Évoi rïXdtTX!. An service d'Aniiibal, Galates el Celles semèlenl, quoique dans des pioportinns diverses, comme ils élaienl déjà mêlés

APPE.NDICK

dans les invasions antérieures depuis l'an 390. 11 arrive alors quelquefois qu'après s'être servi du mot l'a/âTa'. pour désigner particulièrement des usages ou un détail d'armemonl particulier et propre aux nouveaux venus, Polybe emploie immédialemenl après le terme général IveXtoî de la manière suivante : « La grande épée galati((ue à pointe éraoussée et mal trempée était une cause d'infériorité des Celtes vis-à-vis des Romains. )> Celtes est mis ici pour Celles et Calâtes réunis, armée celtique, comme on dirait dans un récit de la guerre de 1870 : c( Le canon prussien Krupp fut d'un grand avantage aux troupes allemandes. » La confusion ne va jamais plus loin que la substitution dans des cas fort rares, et pour les aft'aires d'Italie uniquement, du terme général KeJ.to; au terme plus restreint raXàrai, qu'il renferme jusqu'à un certain point : ViXizïi To-j xsXTixoO yévo'jç, comme dit Plularque. 11 est essentiel de laisser subsister dans le récit de Polybe ces nuances évidemment intentionnelles. L'histoire a tout à y gagner.

« Je crois donc indispensable, dit en concluant M. Bertrand, que dans les traductions, soi*- latines, soit françaises, de Polybe, on rétablisse désormais ces deux mots partout oii ils se trouvent, sans jamais substituer l'un à l'autre. Je ne formulerai pas d'autres conclusions. J'espère que dans cette mesure l'Académie voudra bien appuyer le vœu que j 'exprime. »

Kig. 107. — SnnKliçr-enseigno gaulois {ancienne collection (Jréau). l'iguiiiic en bronze trouvée au\ environs de Luxembourg.

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