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DEUXIÈME QUESTION

Les réponses à la deuxième question avaient été faites indirectement, en grande partie du moins, durant les discussions relatives à la première. Le débat en a été très abrégé. Les conclusions des premières séances étaient les suivantes :

1° La Suède, inhabitée jusque-là, a été peuplée par dos tribus (jui connaissaient l'usage de la pierre polie.

2° Elle a rec^u sa population du Danemark en même temps que les animaux domestiques, les céréales, les tombeaux mégalithiques et l'inhumation.

d. On CDmiiÈCiul qnr si Ir ii'iiiii' rlail iluiiicsliinir. il ni' si'i'iiil («is rtonnani ipi'il iiL'iil p.is sui'vOcu ;'i la civilisation oii il .juiiail un si Kiaïul rôlo. Il y aurait à l'cclu'irlii'r, dans cette liypotlii'sc, si les populalions nuniailcs qui en avaicnl soin n'étaient pas venues du nord avec leurs troupeauv. Ainsi s'evpliqueraient les rapports (|ui seuililent exister entre certains types liuniains de l'éiioque di's cavernes et certaines races boréales. Il faudr.iit ilone clieiclier au nord-est id non au sud la iiatrie de nos premiers li'Ojjlodyli>.

Au r.oxi.RKS Di; Stockholm 49

3° La Scanie a été la première province colonisée; la civilisation s'est de là peu à peu étendue vers le nord jusqu'au 6S° degré de latitude.

4° A une époque plus ou moins éloignée de cette première colonisation, des peuplades originaires de l'Rst, et d'un caractère autre, sont venues occuper l'extrême jNord. Il y a eu ainsi dualité dans les populations de la péninsule ; mais cette dualité correspond à des limites géographiques suflisamment déterminées. Il n y a pas eu, ou il n'y a eu que dans des proportions très restreintes, mélange ou superposition de populations appartenant à des races distinctes.

Il s'agissait de donner ;i ces faits plus de valeur en les précisant et en leur imprimant la certitude de la statistique. M. Oscar Montélius s'est chargé de ce soin. Une grande carte de Suède ', exposée dans la salle des séances, et sur laquelle l'emplacement des divers monuments mégalithiques de la Suède avait été marqué à l'avance, mellail sous les yeux du Congrès un tableau de l'état de nos connaissances actuelles. M. Montélius a exposé très clairement la loi de distribution de tous ces monuments, signalé leurs différents caractères, mis en évidence les notions historiques que les fouilles opérées sur différents points du territoire ont permis de recueillir. Il faut lire ce travail dans les publications du Congrès.

En Suède, comme en Gaule -, les monuments mégalithiques sépulcraux se rencontrent généralement sur les côtes ou à proximité des cours d'eau ; ils peuvent se diviser en (rois groupes : les dolmens, les allées couvertes, les cists. Les provinces où ces monuments dominent sont les eûtes de la Scanie, les environs de Falkôping en VVestrogothie, le Bohuslœn. le Ilalland et l'île d'Oland. On en trouve également en Néricie et dans la Sudermanie occidentale. Un seul dolmen a été signalé en Norvège.

1. Cf^tlt; carte a été exposi'C, dopuis, au OongnVs iiilcriiational de. géoRraphii» tnnu à Paris au mois de juillet 1873. Elle appartient, aujourd'hui, au musée de Saint-Germain, l'.iutoiir l'ayant gracieusement ofl'erte à cet établissement.

2. Voir plus loin les conclusions de notre mémoire couronné par l'Institut en 1862, sur la question des mnnumi'nt= dits re/ti'}iip.t.

30 LAKCflÉOLOGlE PRÉUlSTORInUli

Les cist.s. qui soûl des espèces de dolmens dégéuérés, semblent former la Irausitiou enlre les monuments de l'âge de la pierre et ceux de l'âge du bronze. On les signale dans les mêmes contrées, plus en Dalsland et dans la région sudouest du Vermland. L'extension géographique de ces diverses sépultures montre que la plus grande partie du Gotaland actuel, le Vermland méridional, la Néricie et la Sudermanie occidentale, étaient déjà plus ou moins peuplés avant la tin de l'âge de la pierre polie. Mais, de toutes les parties do la Suède, la Scanie présentait alors incontestablement la population la plus dense. Les musées et collections particulières de Suède possèdent plus de trente-six mille antiquités de pierre. Près de trente mille proviennent de la seule Scanie. On n'en connaît que deux mille du Svealand et du Nordland réunis. Voilà des chiffres assez éloquents. La Suède, comme on l'a dit plus haut, a été évidemment peuplée par le sud. La rareté des mêmes antiquités en Norvège achève la démonstration '. Il ressort également de ces faits que dans toute cette première période la civilisation de la Suède n'est qu'une émanation de celle du Danemark. La Finlande el les contrées du sud-est ne jouent alors aucun rôle dans 1 histoiiH' de leurs voisins de l'ouest. Cette uniformité de la civilisation, tant en Suède qu'en Séeland, en Fionie et même en Jutland, entraîne-t-elle, comme conséquence, unité de race chez les tribus qui habitaient ces divers pays? M. Monlélius n'avait pas cru devoir aborder la question. M. Ilans Hildebrand a tenté de combler cette lacune. Sans oser affirmer qu'il y eût alors plusieurs races sur le sol de le Suède — toute la région, dite Scandinave, en opposition à la région arctique, semble en effet avoir été peuplée par des tribus de même origine — \\. Hildebrand constate toutefois que des variétés assez sensibles se font remarquer dans cet ensemble au fond homogène. Et d'abord les mœurs de la plaine ne sont pas celles de la montagne. Les dolmens se rencontrent surtout sur le bord de la mei', les

1. Les iiuisrcs (II' Noi'Nc'jAC ne iiossùtlciil qur liiillr à oii/c cimiIs uliji'ls en pierre, ilunt trois cent soi.\;inte seulement eu silex.

ai: i:oMiRKS de stoi.kiiolm ol

allées converU's dans les hautes vallées. Si, sur les Ireiite-six mille objets en pierre recueillis en Suéde, vinj^t-six mille, c'est-à-dire plus des deux tiers, sont en silex, il se trouve que dans la Sudermanie la proportion est tout autre. Soixante seulement sur huit cents sont fabriqués en cette matière. Il'y a donc dans le mode de construction des monuments, dans la nature des matériaux employés et même dans la variété du Iravail. des dilTérences notables, indices de tribus ayant des habitudes et des instincts différents. Un coup d'œil rapide jeté sur l'ensemble de la civilisation de la piei're polie en Europe corrobore cette manière île voir.

La civilisation de la pierie polie s'étend, un le sait, sur une grande partie de l'Ecosse, de l'Angleterre et de l'Irlande, do la France, de l'Allemagne du Nord et du Sud, de l'Espagne et tle 1 Italie. Les monuments mégalithiques se retrouvent de plus dans certaines vallées du Caucase. Il n'est pas facile de croire que dans toutes ces contrées nous rencontrions un seul et même peuple, si nous songeons surtout que la présence de monuments analogues a été également signalée en Algérie, en Syrie et jusque ilaus l'Inile, où certaim^s peuplades, les Kassiens ', en élèvent encore aujourd'hui. Bien plus, les dolmens d'Afri(iue contiennent non seulement de l'argent, mais du fer. Ceux de la Gaule méridionale recouvrent quelquefois des objets et des armes de bronze ; le fer nH"'me y apparaît. Dans je nord, on n'y rencontre que des armes de pierre. D'autre part, les aimes et outils de pierre, d'un pays à l'autre, varient de forme et de matière. S il y a une sorte de parenté entre les objets de i industrie de la pierre en Hollande, dans l'Allemagne du Nord et les pays Scandinaves, ces produits ne sont plus les mêmes en Suisse et en France. En Allemagne, des conti'ées entières, où l'on n'a jamais élevé de dolmens, possèdent un grand nombre d'ustensiles de pierre polie ■. S'il est donc incontestable qu'il y a eu en Europe, à cette époque, une civilisation commune, il paraît évident que les

\. l'ciiiilailcs s;Mlv,■^^'l•s ilr> li.iiils lil;it(;au\ Ju DijcMi.

■2. OollMIMMliciliDri (le M. Vjri'liilW .

52 i>'Aiir.nÉOLor.ib; phéhistorich k

éléments de cellr civilisation onl été mis en œuvre par ries tribus, pour ne pas dire des races différentes. Tandis que les tribus de l'Allemagae du Nord travaillaient le siU-x, celles du centre préféraient des pierres plus dures, la diorite et la néphrite. En Suisse et en Armorique, on trouve fréquemment la fibrolithe, la jadéite, la chloromélauite, la calais et même le jade oriental'. Ci' sont assurémentià des distinctions qu'il n'est pas inutile de constater.

L'idée mère du dolmen, selon M. llildebrand, disciple eu cela de M. Milsson, aurait été l'imitation de l'habitation des vivants. La pensée de tombeau.x semblables n'aurait donc pu naître que dans les hautes régions du (^aucasi; ou dans les contrées boiéalos. où l'habitude d habitations souterraines osl une conséquence du climat. L'ii Anglais, M. Howorth, croit que lorigine de ces sépultures est caucasienne. 11 est regrettable que M. Iloworth n'ait pas donné plus de développement à sa pensée. M. .Xilsson en cherche, au contraire, le modèle chez les Esquimaux groënlandais \

lllOISn'vME nrKsrio.N

La découverte des métaux marque dans l'histoire de la civilisation le commencement du vrai progrès. Sans doute il serait injuste de considérer comme des sauvages h^s diverses populations qui ne connaissaient pour armes et ustensiles que l'os et la pierre polie. Des populations qui possédaient presque tous nos animaux domestiques, les céréales, les habitations lacustres, des tombeaux comme ceux de GavrTnis et de Carnac, qui poussaient jusqu'à la porfeclion le polissage des pierres dures, doivent nous inspirer un sentiment de respect. Nous ne pouvons pas nous empêcher d'admirer leur énergie,

1. Il est [U'oliiililf (|ili> li'S liiiclirs ili'.jadi' el dr i-liloÈiimrl.niitr ■■ImiiiiI aiipoiliM^ tout ouvrées par îles relations coiiiiiK'reiales dont on nr iicut encore lixer rétondue.

2. Cf. Niisson, Les luihifanls ptimilifs de la Scandinar'w. clioz Reinwald (1868), p. 170 oL pi. XIV, lig. Ji3-231. Voir plus loin notre article sur /'origine i/c.i (/o/me.t.i cl allces vouverles.

AU CONGRÈS nr STOCKHOLM 53

leur activité, leur génifi inventif. N'était-ce rien que de se livrer à l'agricullure. à l'élevage du bétail, de façonner des vases d'argile, dont un grand nombre ne manquent point d'élégance, de travailler le bois avec ail, de creuser des barques, de fabriquer des chariots, de construire des cabanes spacieuses, d'avoir inventé l'Iierminette, la scie, la gouge, l'arc, la tlèclic et le métier à tisser? Cependant, il était une limile (jue le génie de ces populations ne pouvait dépasser, qu'aucune peuplade connue n'a dépassée en l'absence de la connaissance des métaux. Avec l'introduction du bronze et du fer dans le monde, et alors seulement, se développe la véritable civilisalion; ainsi en a-t-il été en Suède.

La Suède d'ailleurs, sous ce rapport comme sous les autres, a été tributaire du Danemark. Telle est la conclusion à laquelle ont abouti les discussions du congrès.

Dans la série des découvertes qui marquent les étapes de la civilisation di'puis les ti'Uips les plus reculés jusqu'au commencement de notre ère, aucune initiative ne paraît avoir appartenu à la piesqu'ile Scandinave; le progrès y a toujours été importé du dehors. On connaît la richesse tles mines de fer de Suède et de Norvège. Le fer n'y fait néanmoins son apparition que postérieurement à notre ère. La Suède et la Norvège ont également des mines de cuivre; quatorze étaient exploitées Tannée dernière. Les populations primitives n'ont fait auciui usage du cui\re a\aiil 1 introduction du bronze. Invenler. créer est le prisilt'ge du génie seul, et encoi'e seulement chez ceitaiiH'S races privilégiées. L'accumulation d'efforts nécesaires pour arriver au point de niaturilé où les grandes découvertes peuvi'ut éclore est incalculable. Les facultés des premières races de l'Occident paraissent eu avoir été incapables '. Ces laces ont foulé aux pieds des richesses immenses sans Ii^s \<iii-: il a fallu (|ue la lumièri' leur vint

\. On IIP sait pas Ijicii à inulli-. I.immcIu's dos rares acluelles ces populations doivpnt être rattachées. Toiitelois, si les hommes des cavernes paraissent a\oir appartenu à la race jaune, on est à peu près d'accord pour regarder les hommes des dolmens comme appartenant à une race Manche.

S4 I- ARCHÉOLOGIE PRÉHTSIORIOIE

d'Onenl. Mais comment? Commenl, en particulier, l'industrie de la métallurgie a-t-elle été introduite on Danemark et en Suède? Nous avons dit que les opinions les plus diverses avaient été émises à cet égard.

On a d'abord soutenu que celte grande révolution était due à l'invasion violente d'un peuple de race celtique, soivant les uns, germanique suivant les autres; ce peuple aurait exterminé ou refoulé vers le nord les premiers habitants. M. Sw(>n Nilsson attribue, au contraire, presque exclusivement aux Phéniciens la civilisation de l'âge du bronze ; sa théorie a été autrefois très populaire en Allemagne. Plus récemment, le docteur Lindenschmil. l'éminent directeur du muséf de Mayence, tout en repoussant l'intervention des Phéniciens, a voulu ne voir, dans l'introduction des métaux en Scandinavie, qu'un fait tout commercial. Le centre de ce commerce, à ses yeux, était l'Etrurie. Enfin, qurlques rares archéologues prétendent encore que l'invention de la métallurgi(^ est l'u'uvre des hommes de l'âge de la pierre ; la métallurgie serait née dans les pays Scandinaves; illusion que le patriotisme le plus ardent ne saurait plus conserver. Les trois antres thèses ont encore d'ardents défenseurs.

M. Worsaae, après avoir montré l'invraisemblance des diverses opinions soutenues jusque-là, avail conclu en déclarant qu'à ses yeux la civilisation du bronze, originaire d'Asie, avail pénétré en Danemark directement des contrées helléniques. C'était un emprunt fait par le nord à la civilisation grecque. Cette doctrine un peu vague trouvait son appui dans un excellent travail de M. Wiberg, directeur du gymnase de Gefle; elle indiquait une direction qui nous paraît, en efl'et, la meilleure, mais demandait à être précisée et complétée.

Sans doute, comme le soutient aujourd'hui, avec tonte raison, l'éminent présidml de la Société des Antiquaires du Nord, le bronze a une origine orientale, nullement septentrionale ou occidentale ; mais on a été le centre, le foyer primitif de ce grand mouvement? Où cette iiuluslrii' s'est-ellc étaljlif ensuite, à proximité de nos contrées, pour rayonner de là sur

AU r.ON'GRES DE STOCKHOLM OO

l'Europe cnlièro? (Iherclior cp foyer eu Grèce est uu anachronism(\ Plus ralionuol serait eucoro do lo chercher eu Etrurie, si l'on veut absolumeut le placer chez un peuple classiquomenl célèbre. Pour nous, il n'est ni en l%trurie. ni en Grèce, attendu que sa bienfaisante influence se faisait déjà sentir à une époque où le rôle des Etrusques et des Hellènes de la Grèce continentale avait à peine commencé'. Il faut le cln'rcher dans le Caucase et dans les contrées dont le Gaucase est comme le cœur, en Colchide particulièrement et dans la vieille Chaldée. Les côtes orientales et septentrionales de la mer Noire, les montagnes de la Thrace, les côtes orientales et méridionales de la mer Caspienne, la haute Arménie, nous paraissent avoir été, dans sa marche d'Oiient en Occident, les dernières étapes vers l'Europe de la civilisation du bronze '. C'est de là que, par la vallée du Danube et par la vallée du Dnieper, les belles épées en bronze à feuille de saule ont pénétré à la fois en Honpiie, dans les Alpes, en Suisse, dans la haute Italie et en France d'un côté; en Mecklemboui;;, en Danemark, en Suède, en Angleterre et en Irlande, de l'autre. Nous avons été lieureux d'eulendri' un jeniie Suédois, le docteur Landberg, soutenir à peu près la même thèse |et déclarer, en se plaçant <à un autre point de vue, cidui du commerce primitif des Phéniciens, (]ue le fond de la mer Noire avait été l'objectif de leurs premiers elforls, le premier théâtre de leur activité en Occident, le premier centre de leur action sur l'Europe. La confirmalinn de ceitaines vérités tourbaiil iiidirectemenl

1. Il iir faiil (JUS qui' les lo\tps égyptiens où il est parlé des guerres soutenues par l'Egypte contre les peuples de l'Ouest, parmi lesquels figurent des Achéens, des Tusci et des Sardones, fassent illusion. Rien ne prouve que ces peuples occupassent alors les contrées de la Grèce et de l'Italie où nous les trouvons plus tard; il y a, an contraire, de fortes raisons de ])enser que les Acii,Ti, par exemple, occup.-iient encore à cette époque les bords de la mer Noire, et ((ue les Tusci et les Sardones ne s'étaient (las encore avancés .jusqu'en Sardaigne et en Italie.

2. Ces contrées étaierd, selon toute vraisemlilancr, m plein .ii-'c ilu Iji'ouzc bien avant que la (Jrèce conlinenlale et l'Italie jouassent un n'ili' dans le monde. C'est ég.-ilemeni dans ces contrées que seud)le s'être formée la plus grande partie des légendes qui, plus lard, se sont localisées rians la Crèce continentale, la légende des Argonautes en particulier.

f)6 I.AKr.lIKOI.OGIE PRÉHISTORIOI E

à cette tlièse et déjà affirmées dans les congrès précédents, a été renouvelée à Stockholm. « La Suède, a pu dire M. Ilans Hildebrand, possède un certain nombre doljjets de bronze, épées, rasoirs et poignards identiques à des oitjels de même ordre trouvés en France, en Suisse, dans la vallée du Danube et dans la (Cisalpine jusquanx Apennins; ce fait, impossible à nier aujouid'bui, <loil s'expliquer moins par des relations commerciales régulières que par les courses et déplacements d'antiques populations, » populations dont les (iimmériens, les Trères ', les Galates, les Gotbs, les Normands, n'ont été que les petits-fils ou les imitateurs. Il y a là toute une histoire primitive couverte encore d'un voile épais, et que la mission de l'archéologue est de reconstituer. Mais à cùté de ces ressemblances indiscutables, des différences sensibles, plus sensibles encore que celles qui ont été signalées à l'époque de la pierre polie, se font icmarquer dans les divers pays où ces ressemblances éclatent. Il faut donc admettre que des courants de même origine ont pénétré, à l'époque du bronze, des milieux différents, modiiiant et transformant les uns, perdant dans les autres leui' couleur propre et une partie de leur vertu civilisatrice, seule explication vraisemblable de faits impliquant autrement contradiction. Cette opinion trouve un point d appui très sérieux dans une observation qui n'a, je crois, été encore énoncée par personne, à savoir : que ces ressemblances si frappantes entre objets de provenances si éloignées cessent tout à coup vers la (in du v" siècle avant notre ère,

1. Voir Stialjon, I. I., ji. 61 : « Le iii'ési'iil ouvrage est ijlcin (i'i'\oni|)les do mii;ralions soinlilalilcs : il on est hipii assui'rineiit dans \c nonihri' que tout li> monde connaît; mais l'hisloirc des migrations dos Cariens. des Trères, des Teiu'riens et dos Galates, non [dus (|iu' l'Iiistoire des expéditions lointaines des conqnérants tels que Madys le Scythe, Tlieareo l'Etliiopien et Colnis le Trère ou de celles des rois d'Kgypte Sésostris et l'samméticlnis et des rois de Perse, depuis Cyrus Jusqu'à Xercès, n'est pas au même degré tombée dans le domaine public. Les Cimniériens, qu'on désigne quelquefois sous ce même nom de Trères •;sinon toute la nation, au moins l'une de ses tribusi, ont. également, à plusieurs reprises, envahi les provinces qui s'étendent à la dioite du l'ont, soit la Paphlagonie, soit même la Phrygie. . . — Les Cimmériens et les Trères avaient renouvelé plus d'ime fois leurs incursions dans ces pays, cpiand les Trères et leur roi Cobus en furent, dit-on, délinitivement e\])ulsés par les armes du roi ■^cythe .Madys, - Traduction A. Tardieu. t. I, p. lui.

Al' CONGRKS DE STOCKHOLM .J (

c'esl-à-clire à l'époque où cesse également ce grand mouvemeul lie peuples dont Hérodote et Slrabon nous ont conservé le souvenir et où se montrent établies, dans les vallées du haut Danube, les bandes armées de la grande épée de fer dont les Galli ou Galales sont le lyp<' le plus célèbre '.

Quoi qu'il en soit, etquelque hypothèse que l'on soit disposé à adopter touchant la question de l'âge européen des métaux, on est obligé de compter avec les faits suivants, acceptés aujourd'hui par tous les hommes de science, en Suède, en Norvège, en Danemark et en Hongrie. Les métaux bronze et or ont fait brusquement leur apparition dans le nord. Les nouvelles armes, les armes de bronze, s'y montrent tout à coup et en plein âge de la pierre polie, avec les formes et les motifs d'ornementation qui les caractériseront encore, à peu de chose près, bien des siècles plus tard, au moment où le fer pénétrera pour la première fois en Scandinavie. Ces formes et ces motifs d'ornementation, très originaux, se retrouvent sur divers points fort éloignés du continent européen. D'un autre côté, en Suède, et presque partout où les métaux pénètrent, pénètre avec eux une nou\ elle religion, celle de V incinération. Mais, tandis que dans le sud le fer et le Itronze se succèdent à un intervalle très court, puisque le fer y est déjà très répandu dès le ix" siècle avant notre ère, dans le nord le brimze continue à régner à peu prèi exclusivement jusqu'aux invasions romaines, ayant eu ainsi une péiiode de développement que i'iui ne peut guère évaluer à moins île mille ans. Le Nord, à uu moment donué, celui où la Gaule et la Germanie méridionale adoptaient l'épée de fer et tout l'attirail qui est la conséquence lie celte lévitiulion dans l'art de la guerre, se repliait, pour ainsi dire, sur lui-même, et, s'obstinant dans ses anciennes coutumes, formait comme un cordon d'isolement autour de sa vieille civilisalion '-. (les faits font pressentir un

1. Ccllr n'VdlulioM paiiiil i-lrc lu i'oiisi''i|iii>iicf ilii MiaiiM'iiiriil pruiliiil ijmi' rt-mii^ration fies (^iriiiiiL-ricns l'iiyniil dcviiiit riiivasioa di's Scylhrs cl dis MassiiKètos. Cf. Herod., IV, 11.

2. Si nous ne nous trompons, c'flst ;'i ce, moment qui' les o/framles hyperboréennei cessèrent d'être apportres direclemeiil à Drios par les prétresses des i-

38 l'archéologie PRÉmsTORiorK

élal social particulier bien digne d'atlenlion et où devait dominer un sentiment très vif et très fort de la dignité personnelle, un grand dédain de l'étranger, un orgueil national farouche uni à une profonde répulsion pour la civilisation des contrées du sud. Dans quels souvenirs, dans quel passé glorieux, ces sentiments avaient-ils pu puiser leur aliment? Nous nous permettrons à cet égard une conjecture dont nous prions d'excuser la hardiesse. Les poèmes d'Homère et d'Hésiode gardent le souvenir d'une époque héroïque où les armes de fer étaient inconnues dans le bassin de la Méditerranée. Les historiens grecs eux-mêmes reconnaissent ce fait et marquent la fin de cet Age du bronze sous le règne de Minos, à une date fixe, 1481 ans avant notre ère '. D'un autre côté, les mêmes légendes parlent de luttes terribles engagées autour du Caucase par ces héros aux arme.s de bronze. C'est là que furent aux prises, d'après les anciens chants, les deux grandes religions de l'antiquité : la religion de Saturne et celh' de Jupiter. C'est là que Prométhéc fut encliaîné, attendant d Hercule sa

vitiités (lu Nord. Cf. Hérod. I. iv, c. .'S.'î. " Les Délipiis parlent liciiu'oup plus amplement des Hyporborrens. Ils racontent que les ollrandes des Hyperboréens leur viennent enveloppées dans de la paille de froment. Elles passent chez les Scythes : transmises, ensuite, de peuple en peuple, elles sont portées le plus loin possible vers l'occident, jusqu'à la mer Adriatique. » [C'esi-à-clire qu'elles xuivaievl la voie du Dnir/wr, déjà au jiouroir des Sci/llies, puis la eoie du Danvhe.] " De là on les envoie du côté du midi. Les Dodonéens sont les premiers Grecs qui les veçoiveiit. Elles descendent île Dodone jusqu'au golfe .Maliaque. d'où elles passent en Eubée et de ville en ville jusqu'à Caryste. De là, sans toucher à .\ndros, les C.arystiens les portent à Ténos et les 'l'éniens à Délos. Si l'on en croit les Déliens, ces offrandes parviennent de cette manière dans leur ile. Ils ajoutent que. dans les premiers temps, les Hyperboréens envoyèrent ces offrandes par deux vierges dont l'une, suivant eux, s'appelait Hypéroché et l'autre Laodicé; que pour la sûreté de ces jeunes filles, les Hvperboréens li's tirent accompagner par cmq de leurs citoyens qu'on appelle actuellement l'erphères et à qui l'on rend de grands honneurs à Délos; mais (|uc les Hjperboréens ne les voyant poini revenir et regardant comme une chose 1res fâcheuse de ne point revoir leurs députés, ils prirent le parti de porter sur leurs frontières leurs offrandes enveloppées dans de la paille de froment; ils les remettaient ensuite à leurs voisins, les priant instamment de les accompagner jus(|u'à une autre nation. Klles passent ainsi, disent les Déliens, de peuple en pi'uple, jusqu'à ce qu'enfin l'Iles parviennent dans leur ile. >■ TniducMinu Lareher. I. I. p. 319.

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