‹ Nos originesChapitre 33 sur 188 · AU CONGRÈS DK STOCKHOLM · texte numérisé non relu

AU CONGRÈS DK STOCKHOLM

au confiiès de Hruxellcs, on 1872, conliv tlf semblables asscrlions. Non seulement nous n"avOHS aucune laison tle croire que parle lUt, tant en Occident (ju'cn OrirnI, l'usaj^e du bronze a précédé l'usage du fer, du fer que, d'après les traditions bibliques, Tubal-Caïn travaillait d(''jà avant le déluge, et (bml les Egyptiens se servaient 3,000 ans au moins avant mdi'e ère; mais il est constant que plusieurs peuples de l'Afrique nnt coinm le fer sans jamais avoir connu Ir bronze.

L'iniluence prépondérante des géologues dans le meuvenirnt imprimé aux sciences préhistoriques, influence heureuse il tant d'égards, a eu ce résultat fâcheux d'inlroduii'e dans l'élude des faits relatifs au développement des sociétés humaines une méthode et des habitudes d'esprit fort peu applicables à ce terrain mobile où s'agile le libre arbitre à côté de la toute-puissance divine. Il peut y avoir en géologie une loi immuable de la succession des terrains, de toute l'écorcc du globe, terrains primairi'S, secondaires, tertiaires et quaternaires, avec des subdivisions peut-être aussi nettement tranchées : il n'existe point de loi semblable applicable aux agglomérations humaines, à la succession des couches de la civilisation. (Croire que toutes les races humaines ont nécessairement passé par les mêmes phases de développement et parcouru toute la série des états sociaux que la théorie vmit leur imposer, serait une très grave erreur. La moindre observation démontre le contraire. Quand bien même, en effet, dans l'ordre de la succession des temps, l'alliage de cuivre et d'étain, h^ bronze, aurait été inventé quelque part sur la terre avant que le minerai de fer eût commencé u être exploité, est-il dit pour cela que cette découverte ail partout pénétré, même en Europe avant que la métallurgie du fer y eut fait son apparition? Les faits seuls peuvent répondic. Rome connaissait le fer sous les premiers rois. Les l'ilrusques paraissent en avoir fait usage dès la plus haute anti([uité, 1 ,(K)0 ou 1 ,200 ans avant notre ère. Suflit-il que, dans le fond di's Icirumarrs et tlans des conditions de destruction ;iu\qiiiNes le ter n'aurait certes pas résisté, on ne' trouve (|iil' ilii bion/.e. pour déelaier (jue

68 LARCHÉOLOGIli PRÉIlISTOUlnl li

rilcilir a eu son âge de bronze ? Pour nous, qui ne croyons pas au développement spontané de la civilisation italienne (et qui y croit encore aujourd'hui?), c'est de l'Orient que la péninsule a reçu ses premiers arts. Or, est-il sûr que celte importation ait eu lieu à une époque où les populations du l'Asie- Mineure et des bords du Pont-Euxin ne connaissaient que le bronze? Plaçons, si l'on veut, au xv^ ou xvi° siècle avant notre ère l'inlroduction de la ci\ilisation des métaux en Italie. Le fer n'étail-il pas déjà entres les mains des Egyptiens, des Chaldéens, des Ninivites? Si ion faisait une carte des contrées où le fer était alors connu, bien moins de régions que l'on ne pense resteraient blanches. Que dire de la Gaule qui n'entre vraisemblablement dans le mouvement général des nations civilisées que vers le vni" siècle avant J.-C? Quelle cause aurait donc empêché le fer d'y pénétrera une époque où il était commun en Etrurie? Quelques anneaux de bronze, quelques débris de paruit', quelques coutt'aux ou poignards de provenance toujours méridionale, impoiiation du commerce méditerranéen chez des tribus encore à l'àg-e de la pierre polie, des épées le plus souvent découvertes dans le lit des rivières, n'autorisent pas à déclarer qu'il y a eu en Gaule un âge du bronze comme en Danemark ou en Suède'. La détermination d'un âge, a très bien dit M. Evans, dépend d'un ensemble de faits qui se relient les uns aux autres par des caractères communs. Changements de civilisation, de faune, de rites religieux, de constitution politique, voilà les véritables éléments d'un âge nouveau. Le seul fait de la présence d'objets d'industrie isolés dans une seule série ne peut coustilui'r un âge. Cet abus du mot âge a eu de graves conséquences.

Si l'on était bien pt'rsuadé, en effet, qu'au vui" ou ix° siècle avant notre ère, probablement au x'', à l'époque où, suivant M. Montélius, commença l'âge du bronze en Suède, l'Italie, et r Etrurie en particulier, conmie la Pliénicic, étaient en pleine posscssiim du fer, on n'aurait pas songé à attribuer

1. Il liiiit rrscivci' ]:\ r(Licslioii des li:iliila(iLiiis laciistifs, (lui esl un lait isolé i'( !Si)L'cial à la SuissL'. Voir [ilus loin l'arliilt; Ce/lfs.

AIT CONGRÈS DE STOr.Knni.M 69

aux Klnisqui's on aux Phénicii'us l'éclnsion de la civilisalion Scandinave. Car si les Scandinaves n'avaient pas eu déjà alors l'épée de bronze el n'y étaient pas traditionnellement altacliés, comment serail-ce l'épée de lironze, et non l'épée de fer, ijue les Etrusques et les Phéniciens leur auraient apporlée?

Si 1 on avait bien voulu se rappeler, d'un autre côté, que dès le vn" on vi" siècle au plus tard (avant J. -(',.), la vallée du Darnihe, les Koriques, la Viiidélicie et la Ilhétie en particulier, étaient couvertes de populations guerrières, maniant et très probablement forpcant les armes de fer, la pensée serailclle venue de faire apporter par terre di'S armes de bronze de l'Elrurie aux Scandinaves, c'est-à-dire à des populations qui pouvaient trou\rr à leur portée, et sur uni' route qu'ils ont toujours fréquentée, des armes de fer'"' (Juand les mai'bres de l'aros nous apprennent que 606 ans avant la première olympiade (1481 ans avant J.-C), le fer était introduit en Grèce par les Dactyles Idécns, comment songer à faire venir de Grèce directement en Danemark la civilisation du bronze? Il est possible que les nations européennes aient connu toutes plus ou moins le bronze avant le fer; mais il n'y a aucune raisnii (le (ir'clarcr à priori que toutes ont eu leur âge dr liiimze. Eu tout cas, il faut prévcnii' la jeunesse stiidii'usr, et ne Cesser de répéter qu il ny a entre les divers âges de pien-e, de fer el de br<Mize, eu Europe, ni syiicinnnisme ni corrélation, et que les faits qui s'appliquent à une contrée ne peuvent jamais à priori s'appliquer à nue autre. .l'ai liéjà, à plusieuis rejuises, exprinu'; mon opinion très formelle à cet égard ij ai cru dcvciii' la lésumer de nouveau au congrès'.

S'il est vrai, comme on le pense généralenn^nl. que ce n'est que \ini;l siècles asanl noire ère, vingt siècles Imit au [ilus, que l'Europe a commencé à être découveite par les peuples ci\ilisés (le l'Asie, absolument cumme il v a (]ualie siècles

t. .\ijus avons mi plus Ij.iuI i{iii' lu icnilc ilii IImiiiiIic |i,'ii:iil lir:iiii'iiii|j plus anrirnni' (|ui' la roule ilii lUilii.

2. Voir, plus loin, les paroles tiiie nous avons [n'oiionrées au Contrés, d'après le (Compte remlu ot'lieiel j)iil)lié sous la ilireclion ili' M. Ilans llilileliraml, seeivlajre i^i'inral ilu (loniirés.

70 I.'ARCHÉOI.Or.TE PRÉnTSTORTOUE

nous avons, nous Européens, découvert l'Amérique; s'il est vrai que des groupes orientaux très divers et successifs, tant Sémites qu'Aryens, ont pris part aux profits de celte découverte et à la colonisation des noml)reuses contrées qui s'ouvraient ainsi tout d'un coup à leur activité; que ce mouvement a duré plus de dix siècles sans s'arrêter; qu'il en résulta pour l'Europe une agglomération de populations des plus bigarrées, certains groupes étant restés à peu piès purs, d'autres s'étant mêlés aux populations primitives et les ayant élevées jusqu'à eux par des alliances de sang et la communauté des institutions, d'autres ayant été, au contraire, h peu près absorbés par les races inférieures, que les Aryens rencontrèrent presque partout — l'élude des temps primitifs européens doit être pour nous pleine de surprises et de contrastes. Mais alors, quelle prudence ne doit-on pas apporter dans la généralisation des faits locaux? De quelle circonspection ne doit-on pas entourer la classification des groupes purs, métis ou transformés par des inlluences physiques ou purement morales?

Supposons que la découverte de l'Améiique se Sdit faite h une époque on il n'y aurait pas eu d'histoire écrite, et que deux ou trois mille ans plus tard on voulût y rechercher tant au nord qu'au sud, au Brésil et au Pérou comme au Canada et en Californie, les divers éléments successivement accumulés sur cet immense continent ; qu'il fallût ainsi démêler, à l'aide de données archéologiques, la présence successive en Amérique des Indiens, des Espagnols, des Portugais, des Anglais, des Français, des Allemands et même des Chinois et des Nègres, quelle tâche, quelle confusion et quel chaos, pour ceux qui s'obstineraient à ne voir (ju'unité au sein de celle diversité profonde! L'Europe antique a été longtemps, vis-à-vis (le l'Asie, dans la situation où l'Améiique est vis-àvis de iKuis. De longues études peuvent seules démêler c<'lte antique histoire. Ayons donc de la jialience, amassons des faits, classons-les; ne rKUis h.'iloiis pas de ronrline.

AU CONG!'.KS DE STOr.KIIOLM

SIXIICMi: i.U'tSTKiN

La question de l'homme préliistorique en Suède n'a été traitée que par M. Van Duben, professeur à l'Université de Stockholm. Le travail important lu par ce savant n'a donné lieu à aucune discussion. Une de ses propositions était que les races qui se sont rencontrées sur le sol de la Suède (Lapons, Finnois et Suédois aryens) n'ont pas donné lieu h des mélanges; que chacune de ces races était restée isolée et pure. Cette thèse semblait la confirmation des idées déjà émises au Congrès. Nous croyons pourtant savoir que MM. de Quatrefages et Ilamy n'admettent pas ces conclusions sans réserves; mais il leur appartient, ot non à nous, de traiter cette difficile question. Nous ne l'abordons même pas. Elle nous paraît, d'ailleurs, être de celles sur lesquelles on discutera encore longtemps.

Veuillez agréer, Monsieur le Minisire, l'assurance de mon profond respect.

.Sainl-i'.rniiriin, Iç i.'l ordilnv ISTi.

Kig. l.'î. Va'ic il'arnili' ih'i'nincil il.ni-i un (iiiiÉlir.ni ilc l'âge ili' l;i i>ic'iii on Siii'dc.

Page 1