LES TROGLODYTES DE LA GAULE
ET LK RF.XNK DE TIIAÏ.NGEN'
PRÉAMBULE
An nomlire des questions apilées dnns ces derniers Isnips par les adeples de l'arcliéologie préliisloriqiie, la queslion des eavernes osl une des plus eompliquées et des plus délicates. Deux faits paraissent prouvés, qu'il nous a paru essentiel de mettre particulièrement en lumière: l" La parfaite authenticité d'une grande partie, au moins, des objets travaillés recueillis dans les diverses collections publiques ou particulières; 2° l'exagération évidente des dates proposées par la plupart de ceux (jui ont fait do l'Age des cavernes leur préoccupation principale.
S'il fallait croire quelques-uns de ces savants, dont tous ne sont pas sans mérite , cette périoile aurait duré non pas des centaines, mais des milliers d'années et représenterait, d'une manière générale, la première phase de développement de l'humanité. Ce sont là de pures hypothèses, lîien ne prouve que le Troglodytisine, pour lui donner son nom propre, ait été, même dans les sociétés primitives, autre chose qu'une exception. Le bon sens porte du moins à le penser. Les cavernes en tout pays sont rares et sont loin d'être placées sur les points du territoire les plus favorables. Peut-on croire que des contrées fertiles sous un ciel tempéré soient restées longtemps désertes à l'exception des vallées oii la nature avait ellemrme préparé d'avance, pour ainsi dire, un gile aux |)reniières agglomérations humaines"? Les sauvages, nous le savons tous, vivent aussi facilement dans les forêts et dans certaines plaines ouvertes que dans les gorges montagneuses où les grottes leur otl'reul un abri. Nous devons donc nous l'appeler, en jiortant notre attention sui- la (pic^lion îles
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iMvornPS, que nous avons affaire à un lait spécial, Roopraphiquenienl lirnilé, à îles liabilndes probablement ti'aditionneljes chez certaines tiibus (iiint nous if^norons l'origine et qui ont pu conserver ces mœurs exceplionnolles jusqu'à une époque où déjà, depuis longtemps, la majeure |iartie de l'humanité s'était élevée au-dessus de cette sauvagerie '.
(Jes réJlexions sont surtout de mise quand il s'agit d'un pa3S comme la (laule, entré si tard dans le mouvement général de la civilisation grécoromaine. Qu'au xii" ou xv" siècle avant notre ère aient [m exister sur les bords de la Lesse en Belgique, ou daus les vallées du Périgord et du l'.éarn, des sauvages de l'ordre de ceux de nos grottes de l'urfooz, de la Madeleine, d'Aurensan ou de Thaingen; aucun des érudils qui font de l'bistiiire leur occupation journalière n'en paraîtra étonné, t.'état de l'Inde actuelle ne nous monlre-t-il pas quelles oppositions et quels contrastes tranchés peuvent coexister, même à une époque aussi avancée en civilisation que la nôtre, entre l'état social de certaines tribus indigènes encore libres et celui des populations régies par des gouvernements éclairés? Les Phéniciens pouvaient avoir abordé depuis longtemps sur les rivages où s'élevèrent plus tard Rhoda et Massalia, sans que nos Troglodytes eussent presque rien changé à leur vie plus qu'agreste. Il n'est pas besoin de remonter à des milliers d'années pour s'expliquer en (jaule un état de choses semblable.
Reste la question de la faune. Mais ne sait-on pas également que l'existence des animaux sauvages, leur propagation ou leur destruction dépend de mille causes très difliciles à déterminer à priori et parmi lesipielles les causes climatériques ne sont peut-être pas les plus influentes'? l'allas, à la fin du xv!!!" siècle, signalait encore le saïga en Russie à une latitude qui est justement celle de nos grottes du Périgord. Sur dix espèces recueillies dans nos cavernes habitées, neuf en général appartiennent à des animaux qui vivent encore aujourd'hui au milieu de nous, dans nos bois ou dans nos montagnes. l,e cheval, le cerf, le sanglier, le loup, le renard, le hérisson, le lièvre, ne sont-ils pas d'anciens hiMes des cavernes? Le renne seul, qui, avec le cheval, était la princi- |iale noinriture des Troglodytes de la (!aule, a complètement disparu de nos climats du moins depuis l'époque romaine. 11 est en effet très vraisemblable (pie le Bos crvi pjuru de César est un icnni'. C'est l'opinion d'un de nos académiciens les plus compétents, M. Paul (iervais. (Cf. César, B. G. VI, 20, et l'article Renne dans le Dictiojin. cncyrlop. des Sciences mi'dicuks du D' Dechambre.) Il y a là sans doute une dil'licullé. Mais est-il bien sûr (|ue le renne l'ùl alors un animal sauvage, et non un animal (loniesti(|ue? Si l'on réiléchit ([ue ce cervidé est très rare dans les cavernes mm babilées, qu'd n'a été signalé ni dans les Alplesméridionales , ni dans la haute Italie dont le i-linial ne devait pas, à cesépoques reculiTs, ilitliTii sciisililriiinii du climat de la (jaule, que ses ossements sont égalenient rares (tans l'Allemagne (lu Sud , sans se rencontrer davantage dans l'Allemagne du Nord,
I.Nods pdMVoiis clliM-, en ii.irticuliiT, les li.iliilanls itcs Mes C.iiuaiics. (Ifr. S.-iliiii liiillicliil. Ilisliiirr luiluii'lli' iks i'iiiKiiics. P,-iii-, tS'iJ.
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on sera liirn li'iih' d'oxiiliininr sa présence dans la Gaule iiirridionali' pai- le fait de la domeslicalion. Le renne peiil avoir élé imporlé en Gaule par des tribus nomades venues de contrées plus septentrionales et s'y étiv développé ensuite à l'état libre, comme cela parait avoir eu lieu en Norvège '. La présence du renne en Gaule indiquerait, dans celte bypolhèse, moins un élat cliinatérique parliculier qu'une imniigralion i-licz nous de races boréales à une époque oii nos montagnes oITraient au renne, en abondance suffisante, le lichen nécessaire à sa nourriture, lichen qui se retrouve encore sporadiquement dans les Pyrénées-. Nous parlons ici exclusivement des cavernes dont les habilants, comme ceux de Thaïngen, ne se contentaient pas de tailler le silex, mais travaillaient aussi le bois et l'os et faisaient déjà paraître un sentiment artistique assez prononcé. Il est remarquable que les cavernes, où les objets travaillés sont en plus grand nombre, les cavernes de Bruniquel et de Gourdan par exemple, sont aussi celles où le renne est le plus abondant. Des tribus lie race et d'origine très diverses peuvent, en effet, aux époques primitives de notre liisloire, avoir successivement ou parallèlement habité nos diverses cavernes. Les difTérences qui existent entre les grossiers produits recueillis dans ces stations justifient cette conjecture et expliquent les faits aussi bien que les relations d'anlériorité et de postériorité par lesquelles ou a coutume d'en rendre compte '. Il ne faut pas oublier, de plus, que dans la Kussie orientale, en 1776, existaient encore de nombreuses tribus vivant au milieu de leurs rennes li'une vie absolument semblable à celle de nos Troglodytes, et montrant pour les arts du dessin les mêmes aptitudes*. Quand donc nous constatons de notre temps encore des faits analogues à ceux auxquels on prête une anliriuité si leculée, il faut y regarder de très près avant de formuler aucune conclusion. Rien des observations sont encore à faire à cet égard : il siérait nécessaii'c cpie des fouilles méthodiques fussent entreprises et i[ur des savants de tout ordre, étrangers à tout esprit de doctrine piéconcue, voulussent bien s'y associer. On peut affirmer en tout cas (pie jusqu'ii'i II' dernier mot sur celle question n'a pas éti'' ilit.
fr févi-ici- ISTIi.
1. Voir ci-dessus noire r.iiiporl sur le congrès de Slockliolin.
2. Voir Kmilicn et VAi. Frossnrd, X(jIi' sur /a Grolle irAiireiixan. Baçiiièrcs lie Bigorre, ISIO. La liste des nianiniifères dont on :i i-ecucilli les ossements dans cette caverne a été dressée par I.arlcl ; ellr cuniiircinl xinut espèces actuelles, plus le renne.
;i. Nous faisons toujours un groupe à part des l'averiies où se rencontre li' iiianinioulh ou l'ursu-i spela'us.
4. Voir Louis Lartet cl (lliaplain Duparc, Vue sr/)ii/tiin' ilex (iiicii'nx ti-ofiloili/lex fies l'i/r(U)rcs, p. 2;i. Tîiocli. iii-S de 67 p., chez C. Masson, Paris, 1874, el ])0iir plus de détails la Description de tuiiles les nations de Russie, première, di'U\iènic, troisième collection. Saint-l'élersliouri;. à riinpriinerie ilu corps des Cadets, 1776, auvdépi'MS lie C.liarli'S-CuiihMunc iMullrr, vol. de 1118 -f 22S-f- IM = îiOO pages.
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