‹ Nos originesChapitre 35 sur 188 · PI · texte numérisé non relu

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CAVERNE DR THAÏNGEN .( suisse,)

Dessin grave sur bois c!<.' i ciiii!?

LE HENNE DE THUNGEN ih

Une découverte des plus imporlantes vient d'être faite à Tiiaïngcn, dans les environs de ScliafThouse, en Suisse, non loin du lac de Constance. Au commencement de celle année (1874), de jeunes enfants des écoles de Thaïng-en faisaient, sous la conduite des instituteurs de la commune, une excursion de botanique. Le hasard les conduisit à l'enlrée d'une caverne connue dans le pays sous le nom de Kesscrloch '. Ils y cherchaient des mousses et des lichens qui se rencontrent souvent dans ces sortes de grottes, quand leur attention fut éveillée par la présence, à la surface, de quelques os d'animaux mêlés à des silex taillés. Les instituteurs comprirent tout de suite qu'il pouvait y avoir là une antique caverne habitée. Ils se mirent à opérer une fouille et recueillirent en quelques heures un certain nombre d'objets qu'ils s'empressèrent de communiquer à M. Ileim, professeur de géologie à l'Ecole polytechnique de Zurich, avec prière de les examiner. M. Ileim recoiuuit immédialrmenl parmi ces objets des couteaux et des grattoirs très caractérisés, mêlés à des ossements de renne et de cheval. Il ne douta pas un instant que la caverne ne fût une caverne de l'âge du renne et résolut d'aller l'étudier en détail.

« Le 3 janvier, écrit-il, j'étais a la besogne. Nous creusions cl cherchidus dans les couches inférieures. J'étais en train d'extraire, à environ un mètre de profondeur ^ un fragment

1. Xoti' lui' :ï r.\rnd(;mie dos Inscriplionis et Bcllns-Lftttrcs.

2. Cette caverne, d'après M. In iirofessour Hcini (Ueher einen Fund nus IScnl/iterzeit in (1er Sr/iirciz, dans les Mill/ieUitnr/en cUr aniiqunrischen Genellschafl in Ziiric/i, 1874, Bancl XVIII, Hell "i), est située :"i eiiviinn un kildiuètre de la station do Tliaïngeri, où ]iasse le elieniin de fer.

3. M. Heirn donne la deseriplion suivante di's eouehes diverses (|ui composent la caverne: >. La couche supérieure, dit-il, se couiiiose, en parlii', de l'rag- Mii'uts de roche calcaire provenant du plal'oiid. Olle couche est Jaune clair. Klle atteint [lar endroits 0"",(>0 d'éiiaisseur. Ou rencontre ensuite une seconde coMi-lic iioiiMlie. Iiii-iuée de délrilus .!■' in;ilières orpiniiiues piilrcscililes, où se

76 I-E RENNE DE TU AÏNr.EN

(le bois de renne sur lequel j'avais remarqué une profonde incision : Voilà, dis-je à la personne qui Iravaillait avec moi, une belle entaille (M. Heim en avait déjà trouvé plusieurs analogues), c'est la plus profonde que nous ayons rencontrée. Et je déposai dans la corbeille le fragment encore tout couvert de terre. Le tout fut expédié le soir même à Zurich, sans que personne y eût louché, et remis au conservateur des collections géologiques du Polytechnicum. Chaque pièce fut par lui soigneusement lavée au pinceau, el me fut remise ensuite, sans observation aucune.

« Le fragment de bois de renne qui portait la belle entaille dont j'ai parlé me tomba de nouveau sous les yeux; en le retournant, je remarquai de l'autre côté quelques traits représentant évidemment la jambe postérieure d'un animal. Le dessin n'apparaissait que d'une façon confuse et ne pouvait être interprété que par un œil très exercé; il était resté tout à fait invisible à M. le conservateur des collections entre les mains duquel il avait passé. J'entrepris, au moyen d'acides et d'huile de térébenthine, de le débarrasser de l'épaisse couche graisseuse et calcaire qui l'enveloppait comme d'une croûte. Les traits devinrent de plus en plus nets. Je vis enfin apparaître l'image à peu près complète d'un quailrupède. »

C'était une gravure à la pointe d'une grande linesse. M. lleini courut aussitôt annoncer sa découverte au D' Keller. Les instituteurs furent prévenus; la caverne fut murée afin qu'aucun profane n'y pût pénétrer, ell'on décida que des fouilles régulières seraient entreprises au printemps'. Ces précautions étaient justifiées par l'inlérèt exceptionnel qu'olfrait la pièce

trouvent dos os et rlaiitrcs dôbris. Celle coiirlie noin'itro n';! pas moins il'iin mètre d'épaisseur à l'endroit où la fouille a été iiraliijiiée. Vient ensuite une troisième eouclie formée d'une terre fortement rougeàtreel liien pins puissante enrore, puis(|ne, quand les travailleurs lurent arrêtés par l'invasion des eanv, ils n'en avaient pas attelnl le fond (iu(ii(iu'ils eussent déjà traversé deux mètres de cette couche et pénétré, par conséquent, à plus de ;|m,;;n au-dessous du niveau de hi ciiverne ; au centre de cette couche se n'ui-unlienl, en ceilaius endroits, des parties noires et brunes. » (Heim, /. <■.)

t. Depuis, le grand conseil de Schafl'ouse s'est emparé de la caverne avec l'inleiilidii de la faire expiniler jiour le conTpte du canlon.

LE RICNNi; IIIC ÏII VINC.EN

capitale (lonl je mois dos dessins ut un moulage sous les yeux de lAcadéiiiie.

La gravure à la pointe qui avait si vivement frappé le professeur Heim et le D' Kellcr représentait, en ellet, un renne debout dans l'allure d'un animal qui se promène en broutant. La tète, légèrement inclinée vers la terre, est reproduite avec une délicatesse de lignes extraordinaire. Les divers dessins que j'ai déposés sur le bureau ' ne rendent qu'imparfaitement les traits do l'original.

mimmmz yMm'"

l'Mg. 14. Lr icMlic ili' Tli.iinucii. i /'i-a.sv;; i/e lleiiii.)

Le moulage et surtout le moulage développé à l'aide de la gélatine, moulage que nous devons à l'habileté de M. Abel Maître, permet de se faire une idée bien plus exacte de cette œuvre vraiment étonnante de l'un des groupes les plus remarquables des premiers habitants de la Gaule. (Voir pi. I, f. 1 et

1. 1" Le dessin li(lio;.'iM[iliii' ciiMiji'' p;ir Ir l)' Ki'llcr .iiiv iii'iii('i|i;iii\ Mirlii'ologiios franrais et t'd.iiiKi'is ; 2" l(! ilcssiri anncM'' au mémoire du professeur ll<'im. — Celui (jue nous iluimoiis siii' notre ]ilanelie n" 1 est inédit. Il a été evécuté d'après un exeelleut moulatie du à M. Aliel Mailre, par M. .Naudiii, dont la série de dessins déposée au Musée di' Saint-Oerniain est si rcmaniualile. .Nous pouvons eu eerlilier la parl'aile e\acliluile.

/8 LE IlENNli DE TIIAINGEN

2; le n" 1 représente le bois sous sa foniio réelle, le n° 2 le dessin développé.)

Celle œuvre esl-elle donc aulhenlique? ol si elle esl aulhenlique, à quelle période de noire hisloire primilive doit-on la rattacher? Quel enseignement ressort pour nous de ce fait inattendu? Dans quelle mesure les hommes de science doivent-ils adhérer aux conclusions de toutes sortes que l'on peut vouloir eu tirer? Telles sont les questions dont j'ai demandé lautorisalion d'entretenir un instant l'Académie.

Et d'abord, il esl clair que si je me suis permis de présenter à la compagnie la reproduction de celle gravure, c'est que je crois et que je crois fermement à son authenticité. Ce n'est point là seulement une impression de sentiment fondée sur le récit du D'' Ileim, qui fait cependant déjà autorité; c'est une opinion raisonnée que j'espère vous faire partager. J'ai fait, dans ce but, le voyage de Zurich. J'ai longuement entretenu le D' Keller et le professeur Heini. Je me suis fait redire toutes les circonstances de lu découverte; puis, de retour à Paris, en présence des dessins cl des moulages que je rapportais à défaut de l'original, j'ai groupé autour de ce fait nouveau tous les faits anciens analogues (vous allez voir qu'ils sont déjà très nombreux), et je suis arrivé à conclure que le doute n'est pas possible. J'ose dire que nous sommes en face d'un fait ayant tous les caractères de la certitude, d'un fait histori(jue de très grande conséquence et (]ui mérite, à tous égards, l'atlenlion d'un corps savant.

Ce n'est pas d'aujdurd'iiui que l'on a trouvé des ossements travaillés dans les cavernes. Sans parler de l'os gravé découvert en 18o1 dans la caverne de ChafTaud (Charente), par M. Joly-Lelernie', et représenté plus haut p. l'i, nous rappel-

1. (U't us, (léliusé criiboitl .'Ui iiiusL'u tir Ckmj, est iii.iinloiiaut ;ui iiiiist'i; ili' Saint-dormain, salle 1, viliinc 22, à cùté du renne de Tliain^en. L'aulhenticilé dr' ceUe gravure est d'autant [>liis iiiconleslaldc (|u'à l'époque où ou l'a déi'ouvcrle, la question îles gravures sur liois de rcune n'axait jias eneore été soule\ée. — M. Jolj-l.elenue entn'vuvait sans oser railiinu'i' riniiporlaiife de sa découverte. C'est M. Worsaae i|iij, en IS.'i2, lit taire ses serupuleset le déter- Muna à déiiu.M'r >un os ^lavé dajis un musée.

LE liEN'.NE DE TnAi.\t;i:\

lurons que dès 1864, Edouard Laild i)ul)liail dans la Rpvue nrclK'oloi/ùjne , avec le concours de llcniy (llitisly, un ro- Hiai(iual)li' arlick' où il sigualail les résultais olUenus par lui à la siiili' de fnuilles opéré(;s dans la Dordo^nc '. Une \iliiuc de la première salle de l'IIisloire du travail, à l'Exposiliun universelle de 1867, contenait les principaux spécimens de ces naïfs d(M)uls île nos pères dans les arts du dessin, (lelte exhibition des doux ou trois plus belles collections qui existassent alors eut un grand succès. Touli'fois, bien des doules, bien des incertitudes restèrent dans les esprits. Un si' demandait alors ce que, dans cotte; voie de recberclies, l'avenir li'uait eu réserve. Depuis dix ans, la question a marché, et je crois (ju'elle est assez nuire pour être leprise aujourtl hui dans son ensemble.

Je vais m'elTorcer de poser en qucl(]ues mots, aussi nettement que possible, les termes du problimie, en dégaiicant des obscurités (jui semblent encore l'envelopper, les éléments de solution qu'il contient.

Ji y a dix ans, on a\ ait signalé une soixantaine de cavernes. Un en connaît aujourd'hui plus de cinq cents. La Commission de la lopof/raphie des Gaules a même pu, avec le secours île ses correspondants et le concouis de M. Gabiiel de Morlillet, attaché des Musées nationaux, im dresser une carte -. (les cin(j cents cavernes n'appartiennent pas à moins de cinquante it un départements et deux cent soixante et une communes. C.iniiuaiite, en outre, sont signalées tant en IJelgique qnCn IJavière et en Suisse. Un en découvre Ions les jours de nouvelles. Mais ce n'est pas seulement le nombre des cavernes habitées reconnu jusqu ici en Gaule qui en constitue l'importance ; c'est le caractère d'homogénéité qui se manifeste dans tous les produits des fouilles qui y ont été faites. 1mi Sorte i|u'il n'y a pas là un réce|ita('le banal, |)onr ainsi dire,

1. Cr. Heoiie un-hihil., iiuuv. série, t. IX, \k i'i'.i (t8Gl), cl li. Diiiiniil : l.'IlinniiH' jienrlanl les (ir/cs de la pierre dans les environs de Dinnnl-sur-Mriisr. BruM'Iies, 1S71.

'J. Cette (Mrle a jj.iru rt l'.iil |jiirlir ilii IV'' liisriculr du iJirHunnaire arclicdliif/iqite lie lu linule (t'jnK|ii(' eeltitiiir).

el d'époque iiidL't('rmiii(''e, Cdinnie le lit des rivières où, depuis l'urigine du niuiide, tous les siècles peuvent être plus ou moins représentés au sein du sable et de la vase : il y a un ensemble de lieux de refuge parfaitement circonscrits entre des dates certaines, relativement, du moins, à d'autres pliénomènos du même ordre ' ; je veux dire que la civilisation que j'appellerai troglodytique commence à un moment déterminé, celui où les grands animaux de lépiKjue dihnienne, le mammouth, le rhinocéros, le grand cerf, l'ours des cavernes, c'est-à-dire l'ensemble des races dites éteintes va disparaître, et finit avec l'apparition de la pierie polie, des animaux domestiques, le chien, le bœuf, le mouton, le porc, et des céréales, le froment, l'épeautre et l'orge. Cène sont pas là des conjcctuies; sept congrès inlernalionanx ont déjà discuté ces faits, qui onl donné lieu à bien des hypothèses, à bien des appréciations diverses. Les hypothèses seront discutées longtemps encore. Les faits sont, aujourd'liui, universellement admis. Ce sont des vérités d'observation, (îes faits peuvent se résumer ainsi :

1° Sur le sol de l'ancienne Gaule existe un nombre considérable de cavernes, abris sous roche ou stations (plus de cinq cents déjà ont été explorées ou signalées) dans lesquels ont séjourné, d'une manière fixe ou temporaire, une série plus ou moins longue de générations humaines.

2° Ces troglodytes onl assisté à la disparition du mammouth, du grand ours, du grand cerf, du i liinocéros, dont les débris se trouvent associés, dans les grottes, à des silex travaillés de main d'homme.

3° La principale nourriture des hommes des cavernes était le renne et le cheval sauvage; le renne surtout, dont les ossements se rcnconirent en nombre considéiable dans les cavernes babilées.

1. Il liiiil :ij()Li(('i' (|iir les ili-li'iliis à silex Iraviiilli'S et ossmirnls de roniiP .■iuiit (liiiis c|iifl(|uos ciivcriics, t-oniiiii' l'cllc de Lordiel, reeiiuvei'ts de stiilagiiiiles qui les isolent euinidctement, depuis un teniiis considérahle, des couelies siiiieilieielles.

LE RENNE DE TIIAÏ.NGEN 81

i" Les hommes réfugiés clans ces cavernes avaienl pour toute arme des silex taillés à éclats, pour outils des silex également et des instruments eu os et en bois. Ils allumaient dans leurs retraites des foyers dont nous retrouvons de nombreuses traces. L'ait de la poterie paraît leur avoir été à peu près inconnu.

5° Ces hommes, comme le prouvent déjii nombre de squelettes de provenances incontestées, avaient la même conformation, la même taille moyenne que nous, le front élevé et portant tous les indices d'une race forte et intelligente '.

6" Le temps pendant le(juel les cavernes ont été habitées est diflicile à déterminer; tout ce que l'on sait, c'est qu'il a pris fin au moment liés nettement défini où se montrent, avec la pierre polie, les monuments mégalithiques et les animaux domestiques.

Ecoutez ce que dit à ce sujet un habile géologue, M. Edouard Piette, à qui appartient une très belle collection'-, produitdes fouilles qu'il a fait exécuter, sous sa direction, dans la grotte de Gourdan (Haute-Garonne) ^ :

« C'est sur les assises d'origine glaciaire, où ne se voit encore aucun vestige d'industrie humaine, que l'homme s'est installé pendant l'âge du renue. Cette première assise glaciaire, composée d'argile jaune et de rochers nus, sert, en etf'et, de base à une couche de tei're mêlée de cendres et de charbons, pleine d'ossements brisés et de silex taillés (p. 6). Or, ce n'est ni l'action des glaciers, ni les débordements des lleuves qui ont apporté les éléments de cette couche. L'homme seul a été l'agent créateur de ces strates. Seul il les a formées, peu à peu, en allumant du feu sous la voûte qui l'abritait, en jetant autour de lui les restes de ses repas, en abandonnant sur le sol

1. Voir lii rnii:ir.|ii;il.lr piiMli'.ili le .MM. ilr lhi:ilirl;i;;rs cl lliiiiiy, inll-

tlilçe : friiiiia rl/iiiim. |':iris, 187:i-74.

2. Cette L-olIcction .1 été mise, .Titrés la sénrice, sous les yeux des membres de riiistilul (|iii ont im l'examiner k loisir. Klle a fiRUré, depuis, à i'Kxposilioii iiileni.ilionale de géographie, r'U 187;>, et à l'Kxpositioii universelle de t878.

:i. l'ieUe, La Civile de (iuunlaii /leiidanl /'(if/e du renne, extrail di", llii/Zelins de la Sijcirlé d'(inl/iiujm/oi/ie de l'iiris, séanee du 18 avril 1873.

82 LE REN.NE DE THAÏ.NGEN

les ossements des animaux dépecés, les outils en silex émoussés, les os taillés hors d'usage, les ornomenls brisés ou perdus. Pendant la longue série des siècles qu'il a fallu pour former cette assise ', des rochers ont continué, de temps à autre, à se détacher de la voûte. L'homme les laissait dans la grotte quand ils élaient trop gros, s'installait autour d'eus, et le sol, en s'élevanl par l'accumulation des débris de cuisine, finissait par les enfouir. J'en ai mesuré un, dit M. Piette, qui n'a pas moins de trente mètres cubes. Des stalagmites, s'élançant de quelques-uns de ces blocs, s'unissent à des stalactites qui descendent de la voûte. Les assises qui représentent l'âge du reuuo dans la grotte de Gourdan ont ordinairement trois mètres de profondeur. En certains endroits, elles atteignent six mètres de puissance. Leurs strates supérieures sont noirâtres et ont en moyenne un mètre d'épaisseur. Formées presque exclusivement de cendres charbonneuses et de débris divers, elles contiennent en grande abondance des aiguilles et des flèches en bois de renne. Les gravures y sont mal conservées, précisément parce que l'action corrosive des cendres a dû hâter leur destruction. Les strates inférieures sont jaunâtres et mêlées de terre. Les gravures y ont une conservation parfaite. »

Cette description de la grotte de Gourdan ne laisse rien à désirer. Vous voyez de quel milieu sortent les silex et objets travaillés dont je vous apporte ici les spécimens les plus curieux. Vous pouvez vous figurer à peu près, d'après cet exposé, ce que doit être la caverne de Tha'ingen.

Et quels sont les animaux reconnus au milieu de ces amas

1. Il y a li'i uni' ('Miyriiilioii ('vidi'iilc. M. l'JL'tk' rstiiiic à li.OliO les luàchiiircs reciicillii's par ses foiiilleurs à Gourdan. Suiiposons uiio tiilju du cont iiersonnos adulti'S et ne passant dans la caverne ([ue les six mois les plus rudes de l'année, deux rennes par semaine auraient à peine sufli à la nourriture de nos troglodytes, soil 8 reiuies par mois, 48 remies par an, 1,800 rennes en cent ans. — Admettons que la caverne ait été quelquefois vidée, doublons la période ; en deux cents ans notre horde aura certainement laissé plus de trois mille mâchoires dans son repaire. Y a-t-il lieu, en conséquence, de parler d'une lon(;ue série de siècles? Kien n'est plus dangereux dans la science que les expressions values.

de cuisine? x\vant tout, le renne, dont on a icnconlrc trois mille mâchoires, le cheval sauvage, le ceif, le bosprimij^enius (bœuf sauvage), la chèvre sauvage, le bouquetin, le chamois, le sanglier, l'ours ordinaire, le loup, la martre, le renard, l'antilope saïga, le campagnol, le lièvre, le lagopède, le tétras des saules, le canard, enfin et peut-être la poule '.

C'est un ensemble d'animaux qui se trouve, presque sans exception, dans toutes les cavernes halùlées -.

Le chien domestique, le mouton, le porc, le bœuf de labour, ne se rencontrent point, au contraire, dans les listes dressées par les naturalistes les plus compétents à la suite de l'examen des ossements des cavernes. Nouvelle preuve que nous sommes en face d'une civilisation toute spéciale.

Quelles sont les représentations figurées surlesbois de renne ou les lames d'ivoire sortis des cavernes ? Voici la liste des dessins recueillis par M. Pietle dans la grotte de Gourdan : le renne, le cheval, le chamois, la chèvre, l'anlilope saïga, l'élan, le bœuf sauvage, le loup, le sanglier, le phoque, le bouquetin, le canard ".

Le renne, le cheval, la chèvre, le bouquetin, le loup, le renard sont d'une ressemblance incontestable.

Ce sont là, justement, les animaux au milieu desquels vi- \ait riioniiiie des caveines, qu'il avait sous les yeux, dont la chasse faisait sa principale occupation, la chair et la moelle sa principale nourriture. Quelques-uns de ces dessins sont,

1. Li'S ilùljiis (liinimaiix signalrs ]iiir M. Hciiii dans la cavciiK'iIcTliaïngcn sont, dans la couclie noii'c : 1" le lii'vrc, qni icjiaiait aussi dans la rouchc ronge ; 2° le ronni- en grande abondanci' ; 3° le cerf, également aliiindaid ; le renne était plus abondant dans la couche noire (|ue dans la cmucIii' rouge ; 4° In cheval, dans les deu\ couches ; '.i" la [lerdiix de neige ; il" le renard ou le loup. M faut se rappeler que M. Heiin n'a fait ([u'une seule fouille de (|U(di|ues heures, .MM. les régents de Tliaïiigen avaient de jdus trouvé, dans les premiers jours, d('S lamelles bien conservées d'mie nioiaii'e d'éléphant, une dent il'lnène et des débris d'ours.

2. M. Van lieuedeu a reiouuu la pivseiice îles aiuiuaiis suiv.'inls dans les cavernes de lîcdgique fouillées par M. Edouard Dupont : le renne, le cheval, le cerf, la chèvre, le bouquetin, le chamois, le bœuf, le sanglier, l'ours, le renard, le lièvre, le campagnol, le glouton et plusieurs espèces d'oiseau.x. La faune était donc alors à peu près la même dans le midi et dans le nord de la (jaule.

■'i. .le donne la Hste dressée par .M. Piette sans pouvoir la coniroler.

LE lUCNNE DE TIIAINGEN'

Kit;. 13.— Vcilrliiu lumliairi' (l'un jeuno renne, tiansiKMcéfi par unp jioin!!'. de llèclie en silex. (Abri ^ons roche des Eyzies.)

comme celui de Tliaïiigcn, d'une merveilleu.se exaclilude. Un naturalisie seul, nu un homme loujouis en piéscnce de lani-

mal, a pu rendre, avec celle précision, ses allui'e.s et ses formes.

M. le D"^ Roulin, votre confrère de l'Académie des Sciences, à qui je les ai soumis cl qui, mieu.x que personne , connaît et les animaux sauvages et les animaux domestiques, confirmera ces appréciations.

Vous pouvez d'ailleurs en juger vous-mêmes. Comparez au renne de Tliaïiigen les calques de rennes pris dans les ouvrages de Frédéric Cuvier ', de Richardson- et de Schreber \ que le D'' Roulin a bien voulu choisir lui-même. De quel côlé est la plus grande exactitude? Il serait difficile de le dire ''. Remarquez surloul les palmes dentelées du renne des cavernes, particularité généralement ignorée. Voyez avec quelle perfection elle est rendue sur notre bois de renne. Le dessin emprunté à Schreber n'est certainement jias plus saisissant. Ce sont là des détails qu'un faussaire n'invenlerail pas.

Et maintenant, combien de cavernes à ossements travaillés et sculptés connaisson.s-niius déjà (car les données de la statistique en pareille matière sont d'un secours précieux)? Nous en connaissons déjà quinze au moins, pour ne parlei' que des plus imporlanles. Dans le Périgord, les grottes ou abris déjà célèbres des Eyzies, de Laugerie-Basse et de la Madclaine

I. Ki^édérir Cuvier, Mniiuiiifcrcs du Miisriiiii, [, IV. />■ liriiiic. ji. J, [il. I. IliM. de lliislilnt, Kiiiiid in-lûl., M. 121) B.

'■1. liieliardson, l'utina lioreulix Atncricuna, \). D'il.

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