DEUX MORS DE CITEVAL EN BRONZE
LA PART DES DIEUX
Nous lisons clans V Indicateur d'antiquités suisses de juillet 1872, p. 389, les lignes suivantes, sous le titre de : Un mors de cheval en bronze trouvé à Mœringen. « Si jusqu'à ces derniers temps la présence du cheval comme animal domestique dans nos établissements lacustres a pu être contestée, le mors de cheval en hronze retiré dernièrement do la station de Mœringen (lac de Bienno) suffit aujourd'hui pour lever tous les doutes à cet égard.
« Lorsque cet objet me fut présenté, je crus un moment avoir affaire à un produit de rindustric moderne perdu fortuitement sur l'emplacement des pilotis; mais quand le pêcheur m'eut assuré l'avoir retiré, au moyen de la drague, du fond de la couche archéologique, et que je l'eus comparé aux autres objets de même métal de ma collection, je n'hésitai pas à le classer dans la catégorie des objets de l'époque du bronze. Ce mors, au dire des experts, fondu tout entier d'une seule pièce et remarquable par le fini de son travail, nous fait voir à quel degré de perfectionnement l'art du fondeur était déjà parvenu. Comparé avec nos instruments en usage aujourd'hui, c'est avec le mors brisé qu'il présente le plus d'analogie. D'après ses petites dimensions, on devrait conclure que les chevaux de l'époque lacustre étaient d'une taille moindre que ceux d'aujourd'hui ; en effet, les barres (partie placée dans la
218 DKUX .MOUS Dli CHEVAL EN BRONZE
bouche) iTont que neuf centimètres de longueur, tandis que, dans les mors de chevaux modernes, leur longueur varie de douze à quinze centimètres. Les montants, recourbés en demicercle, présentent imc longueur de quinze centimètres. Ils sont munis chacun de trois anneaux destinés à recevoir des liens ; l'anneau du milieu servait probablement à soutenir le mors dans la bouche du cheval, tandis que dans les anneaux placés aux deux extrémités des montants, on passait les courroies destinées à diriger l'animal. — A Neuveville, août 1872.— D' Gross. » (Voir les fig. 56 et 57.)
Cette découverte, très intéressante par elle-même, et qui, comme le dit l'auteur, ne peut laisser aucun doute sur l'existence du cheval domestique en Suisse à l'époque que caractétérisent les palafittes dites de l'âge du bronze, nous parait mériter l'attention des archéologues à im autre point de vue et être digne d'être signalée sans relard. Si nous ne nous trompons pas, en eft'et, de la présence bien constatée de ce mors au milieu des aulres objets lacustres de Mœringen, résulterail que cette station — et par conséquent, selon toute probabilité, les autres stations analogues des lacs de la Suisse — sei'ait loin de remonter à l'anliquilé reculée que quelques archéologues lui ont attribuée. Pour M. Desor lui-même, qui a donné dans ses divers travaux archéologiques tant de preuves de sagacité et de prudence, c'est au delà des Étrusques et des Phéniciens (plus de quinze cents ans par conséquent, au moins, avant notre ère), qu'il faudrait roporler le commerce de l'âge du bronze des palafittes ' ; et M. Desor veut que l'on cherche en dehors des Phéniciens et des Carthaginois, et antérieurement à ceux-ci, quelque peuple navigateur et commerçant qui aurait trafiqué par les poris de la Ligurie avec les peuples de l'âge du bronze des lacs d'Italie \ Ce serait d'Italie que ces objets auraient ensuite pénétré en Helvétie. J'avoue que ce commerce anté-phénicien et an té-étrusque, pourvoyant par