‹ Nos originesChapitre 75 sur 188 · DEUX MORS DU CIIKVAL EN BRONZE · texte numérisé non relu

DEUX MORS DU CIIKVAL EN BRONZE

tie religieuse ou guerrière dont les coursiers étaient, comme ceux que nous révèlent les disques de Vaudrevanges, couverts de harnais étincelants d'ornements d'airain; et, comme pour rendre cette vérité plus éclatante à tous les yeux, voici que, dans l'espace d'un mois, deux nouvelles découvertes, presque semblables et contenant les mêmes disques de bronze, les même barrettes de licou, les mêmes boutons de courroies, les mêmes pendeloques de harnais, sont annoncés au Comité des sociétés savantes, l'une par M. Cournault qui l'a achetée pour le Musée lorrain, l'autre par M. Bouillet qui en a fait

Kig. aS. — l'oigiiéc de bronze, laine de l'cr.

l'acquisition pour le musée de Clermont-Ferrand; et avec cet attirail équestre, s'il m'est permis de m'exprimer ainsi, d'un côté des faucilles en bronze absolument semblables à celles qui sont sorties de la station de Mœringen, de l'autre des bracelets qui rappellent ceux du dépôt de Vaudrevanges. En sorte qu'il est réellement impossible de supposer que le mors de Mœringen soit dans la station un objet adventice et d'un autre âge. Non, il est là avec des faucilles et des bracelets qui le dateraient en dehors même des raisons que M. le D' Gross a données et qui lui ont permis d'affirmer qu'il faisait bien partie du groupe caractérisant l'âge du bronze des stations du lac de Bienne. Voici, de plus, qu'au dernier moment, mon honorable confrère de la Société des antiquaires, M. Pol Nicard, m'apprend que cette même couche archéologique,

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comnie un dil eu Suisse, de Mœringen vient de livrer àl'étonnemenls des archéologues suisses une épée de fer (fig. 38) à poignée de bronze qui rapproche singulièrement celle slalion de celles de Grésine elde Chàtillon(]acduBourget),allribuées, avec raison, au premier âge du fer. Que de réflexions ces faits ne légilimonl-iis pas !

La découverte à Mœringen d'une épée à lame de fer, calquée pour la forme sur les épées de bronze de la même slalion (fig. 54), constitue un fait analogue à cekii que nous avons signalé à Hallstatl'. Le cimelièrcduSaIzberg,àHallslalt, et la station de Mœringen se trouveraient ainsi appartenir à la même période In'slorique. J'écris» historique» avec inlenlion, car personne jusqu'ici n'a fait remonter le cimetière de llallstalt au delà de la fondation de Rome. C'est donc autour de cette date que doivent se grouper toutes nos hypothèses. Dès lors il est permis de rechei'cher si nous ne trouvons rien dans les auteurs anciens qui puisse avoir trait à ces découvertes, ('/est une rechercheque l'on a trop négligée jusqu'ici. Hérodote qui, comme on sait, c(mnaissait cette particularité des stations lacustres \ nous offre ailleurs un paragraphe qui semble bien s'appliquer à nos petits chevaux de Mœringen et de Vaudre-

1. Voir jjIus loin iioli'i' luriuuirc sur k's Tuiniilus <le lu niiHiiii/iir i/r Mni/in/- Uimheil. \. H^illstatt, coinriK.' à Mœringen, ont été trouvées <Ii'S épris rie frv modelées sur les épées fie bronze des niémes stations.

2. Hérod., V, 16. Quoique re eluipilie d'Hérodote ait été souvent eité, il n'est peut-être pas inutile de le reproduire ici : « Les l'œoniens des environs du mont l'anr/ce, /es Duhèirs, /es Ar/rinnes, /es Odotnanl.es et /es l'œoniens du /ac Prasiiis (on voit qu'Hérodote en l'ait un group(^ à part) ne purent être absolument .tuljjuç/ui!s. Mér/alii/se essui/a néanmoins de souinel/re ceu.r-ci (4!)0 av. ,I.-C.). Leurs malsons sont ainsi construites : sur des pieu\ très élevés, enfoneés dans le lac, on a posé des planclies jointes ensetnlile ; un pont étroit est le seul passtige qui y conduise. Les liatiilants plantaient autrefois ces pi/otis à frais communs : mais, dans /a suite, i/ fut réijlù qu'on en apporterait trois du munt Orbe/us à c/iague femme que /'on épouserait. La p/ura/ilé des femmes est permise dans ce pays. Ils ont chacun sur ces planches leur cabane avec une trappe bien jointe qui communique avec le lac ; et, dans la crainte que leurs enfants ne tombent par cette ouverture, ils les attachent par le pied a\ec une corde. ICn /i/ace de foin i/s donnent aux chevaiiv (ils avaient donc aussi des chevaus' <'0tnme les lacustres de Mœringen) et aux bêtes de somme du poisson : il est si alioadant dans ce lac, qu'en y descendant par /a trappe un panier, on /c retire fieu après remp/i de poissons de deux esp'eces, dont /es uns s'a/i/ie/leut paprnei's i7 les autres liions. '. Trad. Larclier.

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vanges. Il s'agit de la vallée du Danubo. « On ne peut, écril-il. rien dire de certain sur les peuples qui habileal au nord de la Thrace, parce que, au delà de l'Isler (le Danube), le pays est désert et inconnu; j'ai seulement ouï dire que là habitent les Sigynnes, qui s'habillent à la mode des Mèdes, et dont les chevaux, petits et camus, portent le poil long- de cinq doigts. Ces chevaux n'ont pas assez de force pour porter un homme ; mais attelés à un chariot ils vont fort vile, et c'est la raison qui engage ces peuples à faire usage de chariots. Les SigijNfies sont limitmpltes des Vénètes, qui hahitent sur les bords de la mer Adriatique et ils prétendent être une colonie de Mèdes '. » La petite taille des chevaux des Sigynnes, la proximité où ces peuplades étaient des Vénètes, rendent (oui simple le rapprochement de ce texte et des objets de harnachement dont nous nous occupons. Ce rapprochement est d'autant plus naturel que, suivant le même chapitre d'Hérodote, » les Ligures qui demeurent au-dessus de Marseille appellent Sigynnes les marchands faisant le commerce avec eux. » Ces Sigynnes traversaient nécessairement l'Iielvétie pour se rendre à Marseille, et pouvaient y amener leurs chevaux. Peutêtre faisaient-ils aussi le commerce d'armes de bronze, car Hérodote ajoute: n Les Chypriotes donnent ce nom de Sigynnes aux javelots, ta ocpa-ca ». 11 n'est pas inutile d'ajouter que M. André Sanson, si compétent en pareil sujet, a déclaré depuis longtemps que nos petits chevaux, nos chevaux bretons en particulier et nos chevaux limousins, appartenaient à une race chevaline orientale amenée en Gaule par des tribus asiatiques, à une époque reculée -.

Ces renseignements concordent et se complètent. Nous pouvons même suivre, avec Slrabon, la présence de ces petits chevaux sigynnes jusque dans le Caucase. C'est la route na-

1. Hérocl., V, !). Apollonius de lUiodi'S, Anjou., II, il!), twiiiiloic i'f;.il('nit'iil \c lenui' i^i'yjvo; poiii' ili''si;;iii'r l'arme .ivcc hifiuolli' les liéliTyccs ili' \,\ iiii'r Noire iittaqupnt les Hcro> .Min\eiis Siiiil.is Mil que li's .Miicéiloiiiens .■i]ipel.ii<'ii( l'épée aiyijvri.

2. .-Vndré Sansoii, lex Mif/ralioii'i i/mnesHijnes. (i.iii> l.i llcrin' df /i/ii/osi/jt/iie positive, iiiai-.jiiiii 187i.

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turelle des invasions. « Les Sii^ynnes, dit Strabon (XI, p. 320), qui, du reste, ont pris toutes les coutumes des Perses, se servent de petits clievaux {{r.r.xpli'.:) qui ont lo poil épais, mais qui sont trop faibles pour être montés. Ils en attëlent quatre à une voiture. Ce sont des femmes que l'on exerce, dès leur enfance, à conduire ces attelages ; celle qui y réussit le mieux choisit le mari qu'elle veut. » Apollonius de Rhodes (VI, 320) les nomme parmi les riverains des bouches du Danube, en même temps que les Scythes et les Sindes. D'autres passages des historiens, géographes ou poètes de l'antiquité pourraient êtres cités à propos des habitations lacustres'. L'ensemble des témoignages ainsi recueillis semble déjà démontrer que le fait si heureusement mis en lumière par les belles découvertes du docteur Keller, de Zurich, était moins inconnu des anciens que ne le croient certains adeptes exclusifs de l'archéologie préhistorique.

Saint-Germain, o août 1872.

1. 1» Hippocratc, t. 11. ji. 61 ér. l'rdilion Lillii'. 1S4. — :i" Apollonius df Rtiodes, A7-gnnaiitiques, IV, vers ë'X6. — Suidas, v» Altijhi-iijex. — ïroyon a déjà cité les deux premiers textes. Un autre fait relatif aux Sigynnes est à noter, qui pourrait expliquer certaines particularités de déformations crâniennes constatées en Occident par les antliropologistes. ■■ On dit aussi, ajoute Strabon, que. quelques-uns de ces peuples s'étudient à vendre les têtes de leurs enfants fort longues (dolichocéphales) et à faire en sorte que leurs fronts saillent au point d'ombrager le menton. «

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