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XIV PRÉFACE

talions lacustres, des sépultures et des oppkla du temps de la pierre polie ne laisse aucun doute à cet égard. On ne construit pas, on n'entretient pas des stations sur pilotis sans une forte organisation communale'. On n'élève pas des tombeaux comme ceux du Mont-Saint-Michel ou du Mané-er-Hroeck en Locmariaker à l'usage d'un mort unique, si ce mort n'est pas un chef respecté. L'existence de caveaux de famille ou de tribu démontre quelle était la force des liens de parenté et de clan. La présence du jade, de la jadéite, de la calais, de l'ambre, dans des pays qui ne produisent aucune de ces matières, prouve l'étendue du commerce, attestée d'ailleurs par l'existence à cette époque, en Gaule et en Danemark, de graines et d'animaux domestiques inconnus aux temps antérieurs. Ces animaux, ces graines, avaient été apportés d'Orient. La force des traditions éclate dans l'analogie des monuments et dans la constance de certains détails retrouvés partout oîi un des groupes appartenant à l'âge de la pierre polie a été constaté. Enfin, le respect pour les morts, la persistance à n'admettre dans la construction des sépultures que des pierres non taillées', des objets sur lesquels n'étaient figurés aucun être animé, aucune plante,

1. Hi'i-oilole, liv. V, c. XVI, nous fait connaitro le règlemiMit ('tabli chez les Pa'oniens du lac Prasias en \ue ilc cet cnlretiiMi dos pilotis. « Les habitants, dit-il, plantaient autrefois ces pilotis à fiais communs; mais, dans la suite, il fut réglé qu'on en apporterait trois du mont Orbelus à chaque femme que l'on épouserait. La pluralité des femmes est permise dans ce pays. « Le détail concernant les pieux dus par les citoyens à chaque nouveau mariage est d'autant plus curieux qu'encore aujourd'hui, dans la vallée de Luchon, existe en France un usage analogue. L'arbre de la Saint-Jean est dû par le dernier marié de l'armée, qui est tenu d'aller le chercher dans lu montagne et de le dresser à ses frais sur la place publique.

2. Il n'est pas inutile île l'approcher ces faits des prescriptions contenues dans la liible, Exode, ch. xx, v. 25 : « (Juod si altare lapideum feccris niihi non a'dilicabis illud de sectis lapidibus. « — Deulér., xxvu, v. 31 : ■■ .\ltare Domino l)eo tuo di' lapidibus quos ferruni non tetigit et de saxis informibus et impolitis. " — Jusui-, viii, V. 31 : « Altare vero de lapidibus iinpolilis. ■•

DE LA PMEMIKHF. KDniilN XV

contrairement aux habitudes constatées chez les nomades des cavernes qui, antérieurement, dessinaient et sculptaient avec art ', ne portent-ils pas témoignage, pour les hommes de la pierre polie, de leur attachement à certains rites, de leur soumission à un culte consacré ?

Il y a là un monde à part. Tandis que l'Italie, la Grèce, l'Asie Mineure, l'Asie centrale, sans parler de l'Egypte, étaient depuis longtemps en plein épanouissement de la civilisation des métaux, les contrées du nord, y compris la Gaule^ vivaient encore huit ou neuf cents ans avant notre ère d'une vie traditionnelle et ignorée.

On a cru que l'âge de la pierre polie représentait une des phases normales et nécessaires du développement de l'humanité dans la voie du progrès, quelque chose d'analogue à ce qu'est en géologie un étage bien tranché dans la succession des terrains antérieurs à l'ère récente. Ce point de vue ne peut qu'égarer. Le perfectionnement du travail de la pierre, chez les populations septentrionales et occidentales de l'Europe, tient uniquement à leur isolement. Il est synchronique et même postérieur au développement bien supérieur d'au très populations du Midi qui n'ont point traversé d'étape semblable. L'âge de la pierre polie, si l'on entend par ces mots un état relativement avancé antérieurement à la connaissance des métaux, n'existe point en Egypte, quoi qu'on en ait dit, c'est-à-dire là où nous louchons du doigt les strates les plus anciennes de l'humanité civilisée. L'âge de la pierre n'est réellement développé ni en Grèce, ni on Italie. Au moment où dans ces pays s'élèvent des monuments analogues aux monuments mégalithiques, les monuments dits pélasgiqucs- et cyclopéens, les métaux bronze fl or, sinon le fer, y avaient

t. Voir ]>\u- loin mitre article : Le Renne de Thaingen.

2. l'clit-liiiili'l, Hccherches sur les monumeuls cijclopéeiis. l'aris, 1SH.

XVI PnÉFACK

déjà pénétré. Ces pays, comme l'Auslralie ou la Nouvelle- Calédonie, doivent avoir passé brusquement, presque sans transition, de l'état sauvage à l'âge des métaux. Ce fut le bénéfice de leur situation géographique et de leur climat qui attira d'abord les colons. Ainsi s'explique pourquoi les Grecs et les l^oniains ne parlent point de celte civilisation de la pierre que leurs ancêtres avaient à peine connue '.

La remarquable civilisation de la pierre polie constatée sur les bords de la Baltique et de la Manche prouve sans doute l'énergie de ces primitives races du Nord que leur isolement n'empêcha pas de progresser; mais n'est-elle pas aussi le signe, chez elles, d'une inaptitude profonde à des travaux d'un ordre plus élevé? Ces races s'avancèrent d'elles-mêmes jusqu'à la pierre polie sans pouvoir aller plus loin.

Le problème est donc un problème local, non général, ethnographique plutôt que philosophique et humain. Les questions à résoudre à cet égard sont les suivantes :

1" Ouelles causes ont prolongé jusqu'à l'an mille avant Jésus-Christ et au delà l'isolement des contrées Scandinaves, des îles Britanniques, de l'Allemagne du Nord et de la Gaule - ?

2° Où faut-il placer le centre de civilisation de la pierre polie?

3° Comment s'est opéré le rayonnement de cette civilisation ?

4° Quel était, dans chaque contrée particulière, l'état

1. Voir dans : Les premiers liahilants de /'Europe, de M. d'Arbois do Jukuiivillfi les texU'S qui peuvent se rapporter ;"i celte civilisation primitive. (Note de la seconde édition.)

2. Il ne sulïit pas que quelques comptoirs soient établis sur les côtes d'un grand pays pour que le pays ne soit pas iso/é au sens où nous l'entendons. Nous avons depuis longtemps l'accès des ports de la Cbine. La Chine n'en est pas moins un pays fermé.

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