CONNUES DES GRECS
Si nous nous bornons à réunir les Icmoignagcs antérieurs à la seconde moitié du ni" siècle avant notre ère, époque où commence à s'opérer la confusion entre les deux branches les plus célèbres du grand tronc celtique, les Celtes' proprement dits et les Galates, nous arrivons aux conclusions suivantes.
Les Grecs, les seuls qui, dans l'antiquité, nous aient parlé des Celtes avant l'an 200, einploient ce nom de deux façons différentes et, comme dit Amédée Thierry-, avec un double
1. Nous disliujjiions dans cette note, comme l'a fait, dans son Diclionnaire tircht'ci/ogifjue, la Commission de la topogniiiliie des Gaules, les Celtes des Galates ; mais, jiarlant ici en notre luopre nom, nous ne craignons pas d'être encore plus explicite que dans les ailicles rédigés par nous au nom de la Commission.
2. Amédée Thierry, Histoire des Gauhiis, S"- édiliou, I. I. jiage 28.
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sens : 1° sens restreint et s'appliquaiit à des populations géographiquemenl iléterminées ; 2° sens indéterminé el conventionnel, s'étcndanL à un ensemble considérable de peuples dont le caractère vrai leur était inconnu. Dans le sens restreint, celui auquel nous devons évidemment attacher le plus d'importance^ ce terme se rapporte exclusivement à des tribus ou nations [nationes, 'ëhr) occupant soit les rivages de la Méditerranée (Gaule méridionale), soit les vallées alpestres du Rhône, soit, enfin, quelques points du littoral oriental de la haute Italie, région que les Grecs paraissent même avoir spécialement désignée sous le nom de Celtique, Ksatu ou Ks/.t'./.ïi '. Ces témoignages, il est vrai, ne sont pas nombreux, mais, comme ils sont les seuls parvenus jusqu'à nous, ils sont prépondérants. Passons donc en revue ces textes d'autant plus précieux qu'ils sont plus rares.
Ilécatée de Milct, qui écrivait vers 509 avant notre ère, est le plus ancien géographe qui ait mentionné le nom de la Celtique : K£7w'.-/.rj. Où place-t-il la Celtique? A proximité de la Lig'urie : Maïaaî^i'a lïôX'.i; vffZ AiyuaTty/^ç v.-j.-y. --riv K£ATr/.-J)v [Marseille ville de la Llgurie touchant à la Celtique-). JMîvîr/.iç (Monaco), qui vient ensuite, est également qualifiée de Liguslique^. La Celtique d'Hécatée ne s'étendait donc pas jusqu'à la mer ',
Après Ilécatée vient Scylax de Caryande, l'auteur du fameux Périple. On a beaucoup discuté sur la date et la valeur historique de ce Périple. On discutera probablement encore. Deux
\. Polybe, I. II, c. 32 ; I. III, c. 11 ; ). VII, c. !).
2. lli'caUDUS, Frar/in. Iiistor. rjncc. Didot, t. I, p. 2, IraKiii. 22.
■i. 1(1., ibid., fragm. 23.
■l. Sur uno observation fondée de M. d'.Vrbois do .luliaiiivilli' , ikhis avons l'cti-ani'hé la monlion de Narbonne (Napgo'iv iioî.i; -.iîXtix./,) , nicrilion l'aijsscnii'nt aUi'ilun'e à Ilécatée.
Cf. U'.Vi-bois de .lubainville, Les premiers hahilanls de l'Europe, \i. 210 : « M. Millier donne, comme lire d'Hécatée, un iiassagc d'Étiennc de l'.yzance on il est dit qne iN'aibonne est nn marché et nrie ville celtique. 11 a eminuiité celle erreni- ;"i C.lauson, Ilecalsri Milesii fragmenta, \\. i6. Lesciiuj édilions d'Élienne de liyzjmc.e que j'ai consultées renvoient dans ce passage non à Ilécatée, mais au 1V« livre de .Strabon (I. IV, c. 1, 6, 12, éd. Didol, p. l.j'i.) La même observation avait été faite par M. Mucllcnhof. »
faits, toutefois, semblent acquis à la science: 1" le Périple, dans sa rédaclion première, appartient au véritable Scylax, au Scylax contemporain d'Hccatée et dont parle Hérodote ' ; 2° ce Périple a été remanié à plusieurs reprises, mais les derniers remaniements datent du règne de Philippe do Macédoine ou d'Alexandre le Grand (3o0 ta 323 avant J.-C). C'est donc un document relativement très ancien. Or, dans sa description de rilalic, sur la côle orientale et un peu avant les embouchures de l'Eridan (le Pô), à la suite des Ombriens et des Étrusques, Scylax rencontre les Celtes. Suivons Scylax ' dans son voyage le long des eûtes.
(< § 16. Après les Daimiles viennent les Ombriens. La ville d'Ancône est sur leur terriloire. Ce peuple adore Dioniède, de qui il a reçu des bienfaits et qui a chez eux un temple. La navigation des côtes de l'Ombrie est de deux jours et une nuit.
« § 17. Les Tyrrbénicns, qui suivent les Ombriens, s'étendent de la mer Extérieure ou Tyri'hénienne à l'Adriatique '
<< 1^ 18. Après les Tyrrhéniens sont les Celtes, restes de l'invasion. {x-:l-j.zfii'i-i: r^; c-px-.v.x;.) Ils occupent les défilés, id îTEvwv, jusqu'à l'Adrialique. Là conuucnce à se dessiner la courbe du golfe.
« § 19. Après les Celtes sont les Vénèles, et le lleuve Eridan (le Pô) qui coule chez eux. On parcourt la côte des Yénèles à partir de Spina eu un jour. »
Laissons do côté les difficultés que renferme ce lexle, particulièrement le § 17 relatif aux Tyrrhéniens; il n'en est pas moins évident qu'à une époque antérieure à Alexandre le Grand, des tribus portant le nom de Celtes, distinctes des Ombriens, distinctes également des Tyrrhéniens et des Vénèles, existaient entie Ancône et les bouches du Pu.