COURRIER DE QUÉBEC
CHERCHER à rendre utiles à son Roi, à son pays et à ses concitoyens les prémices de sa jeunesse doit être la passion des âmes vertueuses et bien nées. Il semble, que, sur la fin de sa carrière, rien ne doit la rendre plus agréable, que le doux souvenir dune jeunesse consacrée uniquement à ses devoirs et à l'utilité publique. Tel fut le motif qui nous engagea à entreprendre cette nouvelle publication. Liés depuis longtemps par une conformité de goûts et de caractères, nous nous voyons souvent, nous étudions ensemble, et réellement amis du pays qui nous a vu naître, nous déplorions, en secret, le peu de moyens qu’à (sic) une partie de nos concitoyens d'acquérir des connaissances et le peu d'usage qu’en fait une autre. Le projet, regardé d’abord comme téméraire, d'essayer une publication périodique adaptée à nos vues, fut bientôt le fruit de ces réflexions. L'esprit de parti ou de vengeance, comme on peut bien le penser,
(1) Cet article se trouve en tête du premier numéro paru le
3 janvier 1807.
n'y devait point régner ; ce papier entrepris pour l'instruction et l’amusement, devait avoir pour but principal, d'inspirer aux heureux sujet (sic) du Canada, le zèle, l'amour et la fidélité pour le glorieux monarque qui les gouverne ; de leur faire goûter notre constitution en leur démontrant qu'il n'y a de malheureux que ceux qui croient l’être.
Cette feuille devait aussi fournir des mémoires sur l’histoire de notre pays ; rappeler à nos concitoyens, la valeur, la fidélité et les mœurs exemplaires de nos pères en un mot, sachant qu'il suffit aux Canadiens de connaître le bien pour le pratiquer, puiser dans leur (sic) propres familles les exemples qu'ils doivent imiter.
L'histoire naturelle du Canada étant de la plus grande importance et pour nous et pour les étrangers, nous devions faire nos efforts pour nous procurer des connaissances sur cette branche en nous adressant aux personnes qui l'ont cultivée plus particulièrement.
La littérature ne devait point y être oubliée, et pour en inspirer le goût, nous projettions de faire connaître les meilleurs ouvrages que l’on peut se procurer et en donner quelquefois des extraits ; informer nos lecteurs des nouvelles publications et nous permettre d'en donner nos opinions.
Les nouveïles politiques devaient toujours trouver place dans notre publications (sic) et nous choisissions les deux jours que la poste arrive en cette ville pour faire sortir notre feuille afin que l'on sût plus promptement les nouvelles les plus intéressantes.
Ce qui se passe, parmi nous, est peut-être ce qui nous intéresse le plus vivement, aussi devions nous donner la plus grande attention aux nouvelles locales. Les villes aiment toujours à connaître ce qui se passe d’important dans les campagnes, et
les campagnes se plaisent à savoir les moindres particularités des villes qu'elles avoisinent.
Ce projet avait eu lieu, il y a plus d’un an et demi; diverses circonstances en avaient empêché l'exécution; enfin plus heureux nous pûmes publier notre Prospectus, en Octobre dernier. Depuis ce temps même, ce projet aurait eu le sort de tant d’autres, sans les efforts généreux de quelques personnes pour qui nous conserverons toujours la plus parfaite reconnaissance. Nous pouvons aujourd'hui commencer notre publication, et nous nous flattons, que lorsque nos intentions seront bien connues, les amis de la Constitution et de la tranquillité publique encourageront ce papier, qu une plume irop satyrique et qu’un esprit de vengeance n'empoisonnera jamais.
Pour remplir la tache que nous nous sommes imposé (sic), notre feuille sera toujours divisée en
trois parties. La première intitulée, Mélanges con-
tiendra ce que nous aurons à donner sur la littérature, de la poësie, des anecdotes intéressantes, des pièces légères et badines, etc.
Les nouvelles locales rempliront la seconde partie qui aura pour titre Canada. C’est aussi sous ce titre que nous donnerons ce que nous avons à dire sur l'histoire de notre pays, sur notre constitution, etc.
La troisième partie sera celle où nous place-
rons les nouvelles étrangères.
Tel est le plan du Courrier de Québec ; il a toujours été celui que nous nous étions proposé et
nous avons eu depuis le bonheur de rencontrer
l'approbation de plusieurs personnes dont les senti-
mens et les connaissances feront toujours hon-
neur à leur pays. Puisse cette feuille être aussi
utile que nous le désirons, et si elle n’a pas le bon-
heur d’être approuvée de tous, qu’elle soit du
= Re.
een —
moins un monument de notre fidélité et de notre loyauté. Cette espérance est pour nous, la plus douce joie que nous soyons capables de ressentir. Nous nous flattons toujours de trouver des amis de notre papier, et des personnes qui voudront bien contibuer à son succès ;
Quisquis es, Ô faveas, nostrisque laboribus adsis.
Virg. X.