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SPECTATEUR

Prospectus d'un nouveau Papier Périodique, intitulé LE SPECTATEUR

{Respicere exemplar morum vitæwque/

On se propose de l’imprimer à Montréal, aussitôt qu'il se trouvera un nombre suffisant de Souscripteurs, qui puissent mettre le Soussigné à même de subvenir aux frais de l'impression. En offrant cette nouvelle feuille au Public, il croit de son devoir de lui faire part du but qu’on se propose dans cette entreprise.

Quelque soit le mérite d’un Papier périodique consacré aux Nouvelles, on ne saurait disconvenir

(1) Ce Prospectus fut imprimé sur une simple feuille, qui fut publiée le 7 avril 1813. Le premier numéro du journal parut le 27 mai suivant, (imprimé et publié par Charles B. Pasteur, à son imprimerie, rue St-Jacques ». Format 9 pouces

qu'un peu de variété dans sa composition ne le rendit plus utile et plus intéressant pour toutes les classes de lecteurs, dans un pays où les livres sont rares, surtout dans les campagnes, où l’aisance qui les multiplie n’est pas très générale, où le nombre des établissemens d'Education n’est pas proportionné au besoin de ses habitans. Sans proscrire les Nouvelles qui entrent essentiellement dans le plan de cette feuille, il est aisé de sentir qu'il serait utile d'aller un peu plus loin et de ne pas perdre de vue ce qui se passe habituellement sous nos propres yeux, et tout ce qui peut nous intéresser par rapport à notre propre pays.

Les différentes parties de cette Province se trouvent, à certains égards, aussi étrangères les unes aux autres que si elles étaient entièrement séparées et sans communication entre elles. Les Connaissances utiles ne sauraient s’y répandre avec facilité. L’Agriculture, par exemple, n’a été portée à un aussi haut degré de perfection dans quelques parties de l’Europe, et surtout dans la Grande Bretagne depuis un demi-siècle, que par le soin assidu et le zèle actif avec lesquels on s’est attaché à répandre sur cet art important les lumières qui pouvaient contribuer à en accélérer les progrès. Elle semble avoir été entièrement perdue de vue parmi nous, quoiqu’elle soit ici, comme parlout ailleurs, la véritable source et l'unique fondement de la prospérité et du bonheur public.

La plupart de nos Gazettes étant imprimées dans une langue inconnue à la presque totalité des habitans de cette Province, il n’est pas surprenant qu'on s’y attache moins qu'ailleurs. Sur cet objet ainsi que sur beaucoup d’autres les leçons et les avis ne sauraient parvenir à ceux qui sont les plus intéressés à en faire leur profit, ils deviennent

inutiles. Dans ces circonstances, il est plus difficile pour le peuple de ce pays d'apprendre à tirer parti de tous les moyens de prospérité qui sont à sa disposition, sous une forme de Gouvernement et sous une Constitution, où ses intérêts sont si habilement et si sagement ménagés, que ses maux ne pourraient être que son ouvrage, ou le fruit d'une indifférence apathique, de l'oubli de ses droits comme de ses devoirs. Jamais il n’a été plus nécessaire de lui faire connaître le prix de ses avantages que dans ce moment de crise, où une Puissance ennemie attise les feux de la GUERRE pour nous les ravir.

Des morceaux de Politique, des Anecdotes instructives ou amusantes, des morceaux choisis de Poésie ou de Littérature, d'Histoire Naturelle, surtout de celle du pays, l'Histoire des Phénomènes de la nature, les plus remarquables et les plus récemment observés, etc, devraient aussi naturellement trouver leur place dans une feuille de la. nature de celle qu’on projette de donner au Public.

Ce plan paraîtra sans doute un peu vaste. (Ce n'est pas non plus avec l'espérance présomptueuse de le remplir dans toutes ses parties, et d’atteindre la perfection, ni dans le dessein d’en imposer et d’éblouir, que ces idées sont mises au jour. On ne peut se flatter de voir les premiers essais couronnés d’un succès brillant. On ne peut d’ailleurs donner en commencant au SPECTATEUR une grande étendue. Je me propose de lui en donner davantage, aussilôt que les circonstances me le permettront : si surtout, comme j'ose m'en flatter, le nombre des souscripteurs me donne l'espérance des dédommagemens. Au reste il faut ôser. Quelques soient les difficultés, elles peuvent n'être pas insurmontables, le tems peut les aplanir. J'espère aussi de l’indugence du Public, en commencant cette

entreprise. On peut au moins s'assurer que si elleest accueillie, on ne négligera aucun des moyens qui sont à portée d’être employés, et qu’ils seront successivement mis en œuvre pour former un recueil propre à amuser et instruire. On recevra d’ailleurs avec reconnaissance toutes les Communications qui pourront tendre à ce but désirable. Il est presqu'inutile de prévenir que les productions qui pourraient tant soit peu répugner au respect que l’on doit à la Religion, aux Mœurs et à l'Etat, étant de nature à nous éloigner de notre but au lieu de nous en rapprocher, ne trouveront jamais leur place dans le

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