‹ Nos parlementairesChapitre 100 sur 136 · M. ANDRÉ MAGINOT · texte numérisé non relu

M. ANDRÉ MAGINOT

M. Maginot vient d’être élu président de la Commission de l’Armée contre M. Paul- Boncour : d’où l’on peut juger que même dans cette Chambre où les cartellistes sont en majorité, on se plaît à reconnaître les qualités de l’ancien Ministre de la Guerre.

Depuis, M. Maginot va dominicalement porter la bonne parole dans les Régions meusiennes qui aiment ça. M. Poincaré les a tellement gâtées !

A la Commission de l’Armée, sa conception se buttera facilement à la théorie nouvelle de la Nation armée qui prend de plus en plus pied dans les états-majors modernes.

En somme, le député de la Meuse a fourni et peut encore fournir une carrière politique brillante. D’aucuns lui reprochent de fréquenter les grands bars et d’aimer passionnément les choses de l’art : l’amour de l’art ne nous paraît pas incompatible avec l’amour de la patrie.

M. LOUIS MALVY

M. Malvy vient d’être réélu député du Lot .en tête de la liste du Cartel des Gauches après une campagne des plus vives. Demandez à l’abbé Magne.

Ancien attaché au Cabinet de M. Camille Pelletan, M. Louis Malvy fut à peine député qu’il devenait le 3 mars 1911 sous-secrétaire d’État à l’Intérieur, à la suite d’une interpellation retentissante sur l’application de la loi de séparation par M. Aristide Briand, qui provoqua la chute du Ministère. Comme rapporteur de la question, l’interpellateur s’était puissamment documenté et il fut plaisant de voir que le ministre avait atténué par des circulaires la rigueur de la loi, ce qui est assez courant. La majorité de la Chambre ne

M. LOUIS MALVY

l’admit point et l’interpellateur triomphant fut appelé à un demi-portefeuille par M. Monis.

Sous le gouvernement de M. Caillaux en 1911, M. Malvy resta place Beau vau. Le 9 décembre 1913, M. Doumergue lui confia le ministère du Commerce.

M. Viviani, le 13 juin 1914, l’appelait à l’Intérieur, il conserva ce portefeuille sous les gouvernements successifs jusqu’en 1917.

M. Louis Malvy vient de sortir d’un cauchemar effroyable, cauchemar qui eut pour origine l’accusation de M. Clemenceau à la tribune du Sénat, et eut son dénouement devant la Haute Cour de la Justice.

M. Clemenceau, qui avait organisé l’affaire Dreyfus, semble ne pas avoir été cette fois du côté de la Justice et de la Vérité.

M. Poincaré lui-même, qui a le talent de libérer sa conscience un peu tard, peut-être, mais de la libérer tout de même, apportait le 18 novembre à la tribune du Sénat une déclaration sensationnelle :

— « Les poursuites se sont faites en dehors

du Président de la République. Il n’a jamais été à ma connaissance que M. Malvy ait trahi son pays. »

Il n’en fallut pas plus pour que la majorité républicaine du Sénat revînt sur une erreur et amnistiât l’ancien Ministre de l’Intérieur.

Beaucoup de membres de la Presse n’ont pas perdu le souvenir de la minute émouvante où, dans son cabinet, le ministre de l’Intérieur Malvy, pâle, tremblant et pleurant, confirma la déclaration de guerre, en août 1914.

Pas un de ceux qui ont assisté à cette scène n’a jamais douté de son patriotisme.

Désormais on court à la révision et il ne restera qu’une erreur politico-judiciaire de plus.

Voilà ce que c’est que de ne pas respecter le principe de la séparation des pouvoirs.

Dans son département d’origine et à Souillac, où il jouit d’une grande estime, au comité exécutif du Parti radical-socialiste qui ne l’a jamais renié, on tuait hier le veau gras pour fêter le retour de l’innocent.

M. LOUIS MALVY

Cette réparation morale est bien due au député du Lot. Elle le consolera des amertumes imméritées, qu’une vengeance politique paraît insuffisante à justifier.

M. GEORGES MANDEL

Triomphateur des élections de 1919, le vaincu de 1924, l’ancien collaborateur de Clemenceau, a déjà un passé politique considérable.

On vit un jour arriver au journal l’Aurore un jeune homme de 17 ans, à la figure mince, en lame de couteau, correct, élégant, « parlant » tous les articles qui devaient paraître le lendemain.

Il s’appelait Georges Rothschild, son père était tailleur rue de Trévise. Il prit le pseudonyme de Georges Mandel.

Persévérant, assidu, dévoué, il s’imposa à la Direction. Il conquit Clemenceau luimême, qui n’était pas d’un abord facile, le suivit dans sa bonne ou mauvaise fortune, et

M. GEORGES MANDEL

devint au pouvoir son Éminence Grise.

Courtois, mais précis, volontaire, il dicta longtemps les volontés présidentielles. Ayant acquis l’expérience de la vie politique, connaissant les hommes, ne professant pour ses semblables qu’une estime mesurée, la mauvaise qualité de l’encens a dû lui dessécher le cœur et Georges Mandel a eu une curieuse carrière.

Quoique non normalien, son talent, sa culture sont incontestables.

Sa seconde qualité maîtresse, c’est la volonté, une volonté tenace, un peu trop intransigeante, mais réelle qui vaincra les obstacles.

Malheureusement, il fait souvent succéder à d’heureuses initiatives de fausses manœuvres qui lui sont nuisibles, par exemple le coup de la candidature de M. Clemenceau à la Présidence de la République.

En politique, le plus court chemin d’un point à un autre n’est pas la ligne droite.

Son esprit géométrique manque de géométrie.

Parlementairement, il a un autre défaut : il est systématiquement agressif contre son adversaire.

Avec cet ensemble de qualités et de défauts, M. Mandel ne devait pas rencontrer beaucoup de sympathies au Palais-Bourbon.

Dans ce temple de la parole, on se tutoie assez facilement ; on se tutoie, on s’embrasse, on se méprise, tout cela le plus gentiment du monde.

M. Mandel ne tutoie personne. Il n’a pas le genre de la Maison. On le lui fait sentir.

Il faut ajouter que les radicaux-socialistes ne lui ont jamais pardonné leur défaite du 16 novembre ; ils ont gardé à cet homme une rancune très compréhensible.

Ses débuts à la tribune furent assez difficiles et marqués par de beaux chahuts.

Depuis, M. Mandel avait su conquérir le droit de parler. Il avait montré, lors de son fameux discours sur le Vatican un « cran » qui lui conquit des applaudissements inattendus.

Il se sert de sa mémoire prodigieuse pour

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rappeler à quelques intempérants les services rendus et finit par enlever le morceau.

M. Mandel est aujourd’hui à la retraite, une retraite provisoire.

On dit qu’il s’est laissé « rouler » par l’archevêque de Bordeaux qui, pourtant, lui avait gracieusement offert tous les atouts dont son successeur, l’abbé Bergey, a bénéficié.

Nous reverrons bientôt M. Georges Mandel à la Chambre des Députés.

Il nous excusera de lui avoir, par anticipation, réservé une place dans cette Galerie qui ne contient que des élus.

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