M. PAINLEVÉ
bien reconnaître généreuse — donne la mesure de son ardeur patriotique.
L’admirable défense qu’il a écrite dans son beau livre : Comment j'ai nommé Foch et Pétain, répond à tous ceux qui ont voulu faire jouer au ministre de la Guerre d’alors un rôle suspect.
Dans ses nombreuses conférences, le président de la Ligue de la République s’attacha à montrer au peuple comment, sans entraver l’initiative du commandement, il put épargner des milliers de vies françaises. La simplicité de son ton, l’accent de vérité qui se dégage de toute sa personne, lui valurent des triomphes oratoires bien supérieurs à ceux de la poignée de robins madrés qui cherchaient à le perdre.
La démocratie française, dont le clair bon sens se révèle vite, sortait d’un double cauchemar (la guerre et l’incohérente stérilité du bloc soi disant « national ») et se devait de traduire son sentiment par un acte de réhabilitation. Elle l’a fait avec éclat, en donnant au plus modeste et au plus glorieux de ses enfants une victoire décisive.
Le Parlement, image fidèle de la conscience républicaine, vient de corroborer cet acte, en l’appelant à présider ses débats. Le vote émis à l’égard de ce savant universellement admiré, de ce lettré profond, de ce grand honnête homme, honore le Parlement autant que l’esprit français.
Ah ! il lui en coûtera de ne plus sonner à la lourde porte de chêne sculpté du vieil hôtel Renaissance de la rue Séguier, de renoncer à monter les trente marches qui le conduisent à son cabinet de travail, qui n’a que des livres pour parure ! Tour d’ivoire qu’il a bien voulu quitter pour l’action politique.
Qu’il en soit remercié !
Saluons l’homme qui, dédaigneux du chemin de l’intrigue, a délibérément choisi le chemin de la justice ; qui, de haut, sut regarder le fleuve fangeux dans sa course inféconde. Reprenant le fier mot de Jaurès devant la réaction ameutée, il aurait pu pourtant s’écrier aussi : « Ne m’injurie pas qui veut ! » Painlevé a foi en la justice, comme il a foi en la démocratie dont il est issu.