M. ARISTIDE BRIAND
Dans une fraction notoire de l’opinion française, on considère généralement Aristide Briand comme un type qui roule des cigarettes en pêchant à la ligne.
Portrait un peu sommaire, avouez-le, pour un homme qui a été huit fois premier ministre de France.
Le fait est que M. Briand a eu la vie la plus extraordinaire qui se puisse concevoir.
Il a gardé de la période agitée de son existence la joie d’en être sorti avec un je ne sais quoi de nonchalant et de bohème qui persiste chez l’homme d’Ëtat le plus recherché du monde.
Jeune avocat, il déploya toutes les ressources de son verbe dans les milieux socia-
listes et on souligna fort dans les congrès ses dons de persuasion habilement mariés à un air d’homme raisonnable.
A la Lanterne, avec Millerand et Viviani, il apprit l’art des transitions et les froides violences de l’avocat de Gustave Hervé laissaient présager aux observateurs une prochaine évolution.
Elle se produisit.
Élu député socialiste de la Loire, le parlementaire ne se laissa pas embrigader et reconnut vite d’où venait le vent.
L’heure était favorable aux révolutionnaires assagis.
Le voici rue de Grenelle. Ministre, il eut l’art difficile d’appliquer la loi de séparation sans brutalité et sans haine.
Président du Conseil, il apparut un moment comme le Sauveur de la Société par la façon dont il résolut la grève des Chemins de fer.
Les meilleurs gardes-chasses ont été braconniers.
Mais voici la guerre, qui va susciter son