CHAPITRE L
L^assocîation internationale africaine. — Denzième voyage d« M. de Brazza. — Le roi Màkoko. — Fondation de Brazzaville.
Fendant qne M. de Brazza et ses vaillants com« pagnons exploraient le cours de l'Ogôoné et cher* chaient une communication entre ce âeuve et Tinté* rieur, S. M. Léopold II, roi des Belges, jetait lei bases de rAssociATiON internationale africaine.
Le 12 septembre 1876, il réunissait à Bruxelles une conférence géographique dans le but de fonder une vaste association destinée à provoquer l'explo* ration des immenses régions que Stanlej venait de traverser*
La conférence décida qu'il fallait constituer une eo.nmission internationale éC exploration et de civilisa-^ tion de V Afrique centrale^ et des comités nationaux qui se tiendraient en rapport avec la commission, pour centraliser^ autant que possible, les efforts faits par les voyageurs de tous les pays.
Jji Belgique envoya M. Stanley, avec mission de remonter le Congo et de fonder sur ses rives des stations commerciales ; il partit au mois d'avril 1879.
Le comité français confia à M. de Brazza, à peine remis des fatigaes de son premier voyage^ le soin de relier l'Ogôoné an Congo» et de créer des stations hospitalières et scientifiques dans le bassin des deux fleuves.
M. de Brazza quitta Liverpool le 27 décembre 1879 et se dirigea sur le Gabon, afin d'organiser les moyens de transport et de ravitaillement entre la côte et les futurs établissements; puis il gagna rOgôoné, qu'il remonta jusqu'à son confluent avec la Passa ; dans cette contrée c salubre et fertile^ habitée jiar une population dévouée à nos intérêts », il fonda la station de Franceville, à 815 kil. du Gabon, et à 120 du point où TÂlima, affluent du Congo, devient navigable.
Au commencement de juillet 1880, M. de Brazza quittait Franceville et se dirigeait sur le Congo, qu'il voulait atteindre à Stanley Pool, ou N'tamo, endroit où le flouve, s'élargissant subitement, forme un étang immense. II eut la bonne fortune de ramener à des dispositions conciliantes les B'apfourous qui, à son premier voyage, l'avaient reçu à coups de fusils.
Le roi Makoko, chef des Batékés, sur le territoire duquel se trouvait le voyageur, envoya un de ses grands dignitaires au-devant de lui peur lui servir de ^uide ; il usa de toute son influence sur les nations loisines pour faciliter la tâche de notre compatriote et terminer 1rs négociations entamées avec ces indigènes. La haine des B'apfourous pour les blancs datait du passage de Stanley ; ils accusaicDt le FO/affeur américain d'avoir ver;^ inutile-
Stanley-Pool, — Etang de Stanley.
LK OONOO nUNÇAIS. 115
ment le sang des leurs ; or, comme ces natttrek siip^ posent qne tous les blancs sont frères, ils voulaient faire payer à Brazza les rigueurs exercées par Stanley.
Après une marche pénible dans le pays des Bâtékés, M. de Brazza atteignit un soir à onze heures le sommet d'une éminence d'où il découvrait le grand fleuve coulant majestueusement à ses pieds, et formant une immense nappe d'eau dont l'éclat argenté allait se fondre et se perdre à l'horizon dans l'ombre des hautes montagnes. <i Mon cœur de Français battit plus fort, dit-il, quand je songeai que là allait se décider le sort de ma mission. »
Le roi ayant manifesté le désir de voir les blancs, M. de Brazza et son escorte firent leurs préparatifs pour se présenter dignement devant le noir potentat.
c Nous ne faisions pas trop mauvaise figure, écrit M. de Brazza. Tandis que le Bakéké Ossia allait frapper les doubles cloches de la porte du palais^ pour prévenir de l'achèvement de nos préparatifs, je fis faire la haie à mes hommes qui, suivant l'usage du pays, portaient les armes le canon incliné vers la terre. 2> Aussitôt la porte s'ouvrit, et M. de Brazza pénétra avec ses gens dans ce qu'il appelle les Tuileries de Makoko, et qui n'était en somme qu'une grande case. Devant les ballots que l'explorateur offrait en présent, de nombreux serviteurs étendirent des tapis et une peau de lion^ emblème de la royauté.
<i: On apporta un plat de cuivre, de fabrication portugaise^ sur lequel Makoko devait poser les ^Âftd.^%Y^\%
un grand dais ronge ayant été disposé au-dessus du trône, le rois^avança, précédé de son féticheur^entoaré de ses femmes et de ses principaux officiers.
€ Makoko s'étendit sur sa peau de Iion| accoudé sur des coussins ; ses femmes et ses enfants s'accroupirent à ses côtés. Alors, le graïkd féticheur s'avança vers le roi et se précipita à ses genoux en plaçant ses mains dans les siennes ; puis^ se relevant, il en fit autant avec moi, assis sur mes ballots en face de Makoko. Le mouvement de génuflexion ayant été imité successivement par tous les as.^istants, les présentât! jns étaient accomplies. Elles furent suivies dun court entretien dont voici le résumé :
€ Makoko est heureux de n ce voir le fils du grand chef blanc de l'Occident, dont les actes sont ceux d'un homme sage. Il le reçoit en conséquence, et il veut que lorsqu'il quittera ses Etats, il puisse dire à ceux qui l'ont envoyé que Makoko sait bien recevoir les blancs qui viennent chez lui non en guerriers, mais en hommes de paix. »
M. de Brazza resta vin ort -cinq jours chez Makoko; ce prince, qui oc ne connaissait les blancs que par la traite des noirs », montra d'abord une certaine défiance ; peut-être aussi se souvenait-il des coups de fusils tirés sur le fleuve. Bientôt rassuré, le roi manifesta le désir de placer ses Etats sous la protection de. la Frane , pour éviter les hostilités qui pouvaient' éclater de nouveau entre les blancs et les noirs. Le traité fut signé le 3 octobre 1880, et M. de Brazza prit officiellement possession des territoires concédés à If^ France.
Aussitôt le traité paraphé^ le roi et k*8 chefs pré-