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CHAPITRE IV

L'Ogooné et ses explorateurs. — Serval et Griffon da Bellay. — Walker. — Genoyer. — Marche et de Compiègne. — De Brazza,. Ballay et Marche. — De Brazsa.

Nous avons dit, an indiquant les cessions de pays^ faites à la France, que, le 1** juin 1862, tout le territoire du cap Lopez avait été ajouté à notre possession.. Cette région comprend le delta formé par la division de rOgooué en deux branches à son embouchure. Le Nazareth, sa branche nord, est sur le territoire français.

Jusqu'à cette époque, le cours du fleuve était demeuré inconnu ; mais la direction de ses eaux venant de l'est fit supposer que par cette voie oa pourrait peut-être, d'une part, atteindre le centre du continent africain, d'autre part, utiliser cette « route qui marche» pour amener dans notre colonie les riches, produits des conirées riveraines. On se demandait encore si ce grand fleuve n'était pas en communication avec les cours d'eau qui traversent notre colonie et viennent se jeter dans l'estuaire du Gabon.

Afin de s'éclairer sur ce point, M. l'amiral Didelot,, qui commandait alors nos établissements de la côte d'Afrique, confia à M. Serval, lieutenant de vaisseau,, et à M. Griffon du Bellay, chirurgien de marine, la mission de faire une rapide exploration du fleuve.

Le 18 juillet 1862, l'expédition partait à bord du Pionnier et pénétrait daas la rivière Nazareth; mais on était dans la saison sèche^ les eaux avai^iit %\x\Â\&-

ment baissé, et à peine le petit bâtiment eat-il franchî l'entrée de TOgooné, qu'il s'échoua sur un banc de sable, en face du village de Dambo, à seize milles environ de l'embouchure du fleuve. Celui-ci offrait une large surface et une magnifique perspective ; ses bords étaient couverts de pandauus, de yuccas, et le palmier à huile s'y montrait en abondance ; mais son cours était obstrué par un grand nombre d'îles et do bancs de sable qui en rendaient la navigation impos' sible, même pour un navire d'un faible tirantd'eau. 11 fallut continuer la route en pirogue.

Après quelques jours d'une navigation pénible^ l'expédition, qui voulait remonter l'Ogooué jusqu'au confluent du N'Gounié,fut obligée de s'arrêter au lac Eliva, pour éviter un conflit avec les indigènes.

Quelques mois après, M. Serval remontait le cours du Bhamboe, et reconnaissait les routes qui mettent cette rivière en communication avec l'Ogooué, qu'il atteignait en un point distant de la mer d'environ soixante-quinze lieues. <( Le fleuve avait encore là plus d'un kilomètre de largeur, — dit le chef de l'expédition, — mais d'où venait-il ? i>

Onuango,,le point atteint par Serval en 1862, était visité en 1864 par Genoyer, et en 1866 par Walker, qui confirmaient les détails donnés sur la situation des sources du Bhamboe et la possibilité de les mettre en rapport avec l'Ogooué.

Au mois de janvier 1873, Walker arrivait jusqu'à Lopé, village situé à quelques lieues de l'équateur, par 9** 37' de longitude est.

Si l'on suit le cours de l'Ogooué sur une carte, on verra que ses eaux coulent du sud au nord jusqu'à

10^ de longitude; que, depuis ce point jusqu'à 8" 40^ environ, il suit presque exactement la ligne équatoriale de Test à l'ouest. Ce n'est qu'à partir de ce dernier point qu'il prend une direction sud, formant un angle à peu près droit au lac Eliva ; il va ensuite à l'ouesti pour se jeter dans T Océan.

Le bas Ogooué commençait donc à être connu.

M. Walker, dans une seconde expédition, avait fondé, à la jonction de ce fleuve et du N'Goanié, une factorerie importante ; peu après, MM. Schultz et Holtz créèrent à Adamlinanlago des comptoirs desservis par de petits vapeurs. Dès lors, il s'exporta des bords de rOgooué de grandes quantités d'ivoire, d'ébène, surtout de caoutchouc, et les affaires prirent un développement considérable. Mais le problème des origines du fleuve n'était pas résolu ; venait-il des grands lacs du centre de l'Afrique, et si on le remontait jusqu'à sa source, aurait-on découvert une route pour pénétrer au cœur du continent mystérieux ?

Poussés par l'ardent désir de trouver une réponse à ces diverses questions, deux de nos compatriotes^ le marquis de Compiègne et Alfred Marche, entreprirent en 1872 de remonter le cours du fleuve pour pénétrer jusqu'aux grands lacs et rejoindre Livingstone, encore vivant, mais sur le sort duquel on commençait à être inquiet.

Ils partirent donc, subventionnés par M. Bouvier, naturaliste à Paris, qui leur avait ouvert un crédit illimité, à la seule condition que le produit de leurs chasfieset leurs collections lui seraient réservés.

Le 9 janvier 1873, grâce à deux chefs indigènes, mmis personneb des voyageurs, ceux-ci ^\xx^xl\. ^wsv-

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; mencer leur aventureux voyage. L'expëdîtîon se composait de trente Inengas et cinquante Gallois, montés sur quatre pirogues qui devaient les conduire jusqu'à Lopé.

Ils y arrivèrent le 21 janvier, après bien des difficultés suscitées par leurs équipages. Ib restèrent là cinq semaines, tant dans le but d'étudier les pays environnants que pour recruter les hommes nécessaires à la continuation du voyage. Us réussirent à enrôler cent vingt Okandas,qui s'engageaient aies conduire dans le pays des Madounas^ éloigné de vingt journées de pirogue. L'expédition se mit de nouveau en route le 28 février ; mais, après treize jours de marche, elle fut attaquée j ar les Osyebas, écrasée par le nombre et obligée de fuir. Poursuivis et harcelés par les indigènes des pays qu'ils venaient de traverser, et dont ils avaient reçu bon accueil quelques jours auparavant, c'est au milieu de périls sans nombre que les voyageurs réussirent à gagner Lopé, après avoir atteint un point nommé Ivondo, situé par 10® 7' de longitude. Nos deux compatriotes ne purent mettre à exécution le hardi projet qu'ils avaient formé de recommencer leur entreprise. Rentrés en France, ils se trouvèrent séparés : le marquis de Compiègne, nommé secrétaire général de la Société khédiviale de géographie, se rendit an Caire, oùil fut tué en duel. M. Marche^ resté seul, se joignit, en qualité de naturaliste, à l'expédition qu'organisait M. Savorgnau de Brazza, enseigne de vaisseau, et qui avait aussi pour but l'exploration de l'Ogooué.

Cette expédition se composait de M. de Brazza, du docteur Ballay, de M. Alfred Marche et d'un second maître de marine nommé Hamon. Partie de Bordeaux

en août 1875, là mission ne devait rentrer en France que trois ans plus tard, après avoir fait d'importantes décoavertes tant snr le véritable cours de TOgooné^ qa*aa point de vue de la connaissance des régions oà conduit ce fleuve*

L'expédition se dirigea sur le Gabon, où elle arriva à la fin de 1875, après avoir touché au Sénégal; là elle s'augmenta de treize laptots (1) et de quatre Gabonais. Les voyageurs se rendirent immédiatement à Lambaréné, limite extrême des factoreries européen*nés sur le bas Ogooué. Arrêtés par la maladie, ils durent attendre que le rétablissement de leurs forces permit de commencer la partie vraiment difficile de leur entreprise. Après de longues négociations et d'interminables palabres (2), les explorateurs finirent par obtttiir une centaine de rameurs et huit grandes pirogues. On fut contraint de laisser en arrière le docteur Ballaj, très malade de la fièvre. MM. de Brazza et Marche partirent seuls pour remonter le fleuve.

Nous ne pouvons raconter ici toutes les misères qu'ils eurent à souffrir^ tous les empêchements qu'ils durent surmonter dès les débuts de leur entreprise ; les vicissitudes étaient cruelles^ les obstacles semblaient insurmontables.

Us arrivèrent dans le pays des Okandas, où M. de Brazza établit son quartier généraL Le docteur Ballay, resté chez les Bakalais^ reçut l'ordre de rallier l'expédition et d'amener avec lui les marchandises

(1) Laptot, soldat indigène du SénégaL

(2) Conseil des chefs de tribas réunis pour discuta les afiEaiiei 'extraordinaiiei«

lOG NOS PETITES C(»LOXirS.

d'échange demeurées en arrière. Au moment do son arrivée, les Okandas, qui primitivement avaient promis leur concours, refusaient d'aPer plus loin. De Brazza profita de ce retard forcé pour visiter les chefs, avec lesquels de Compiègne et Marche s'étaient mis en rapport pendant leur premier voyage ; il se dirigea à pied sur Lopé. Il rencontra là le vogagcur allemand Lenz qui, depuis deux ans dans ces régions, luttait contre la mauvaise volonté des indigènes lui refusant les moyens de continuer sa route ou de retourner sur ses pas. Grâce aux secours que lui donna M. de Brazza, il put revenir en Europe.

Le jeune officier arrivait le 20 juin 1876 à Donmë ; mais sa santé était tellement ébranlée, qu'il dut &ire là un long séjour.

MM. Marche et Ballay, ne voyant pas revenir le chef de l'expédition, se décidèrent à continuer seuls l'exploration du fleuve. Ils atteignirent Ivondo, point où, deux ans auparavant, MM. Marche et de Compiègne avaient été contraints de rebrousser chemin ; leurs rameurs refusèrent d'aller plus loin, et ils durent rentrer au quartier général.

M. de Brazza, retenu à Doumé, donna à M. Ballay. le commandement de l'expédition et chargea M. Mar-, che de pousser une reconnaissance sur TOgooné jusqu'au delà du point qu'avait atteint le docteur Lenz. L'ami de M. de Compiègne partit, et arriva, le 23 septembre 1876, à 75 kilomètres au delà du point ex« trême qu'aucun Européen eût jamais atteint.

Pendant ce temps , le docteur Ballay rejoignait M. de Brazza à Doumé. Quand ce dernier fut guéri, il retourna à Lopé, réunit lui-même tout ce qu'il possé- *

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dait de marchandises, et en avril 1877 rejoignit ses camarades à Donmé.

CTest à cette époque que M. Marche, accablé par la maladie, dat se résoudre à quitter ses compagnons pour rentrer en' France.

MM. Ballaj et de Brazza étaient en ce moment sur le point d'entreprendre la deuxième partie de leur expédition. Les C(»dztions se^ présentaient peu favo* rables, il est vrai, mais leur résolution était prise, et c*étaient des hommes déterminés. Abandonnés par leurs pagayeurs, les membres de Texpédition durent prendre eux-mêmes les avirons ; lesrameursimproviaés firent un dur apprentissage ; bien souvent ils chavirèrent dans les rapides et coururent les plus grands dangers.

Enfin, en jaillet 1877, Texpédition atteignit les chutes de Poubara, à partir desquelles TOgeoué n'est plus qu'une rivièr» saiia^ impoctanM; sa source ne peut certainement être éloignée à» là*

La mission avait donc accompli sa iftolie : elle avait acquis la preuve que TOgooiié itest pas un bras du Congo. Mais les couragviuz eaq^etst^irs, craignant de n'avoir pas assesi ÎêH pour la science, résolurent de quitter le bassin de TOgooné et, se dirigeant vers l'est, de gagner la région du Tanganika et du haut Nil.

Lei besogne devenait difficile ; on n'avait plus pour les transports la ressource des pirogues et du trajet par eau : il fallait s'avancer à travers les terres et trouver des porteurs pour les caisses contenant les objets d'échange. Après de nombreuses tentatives inutiles,» M. de Brazza se décida à acheter quarante esclaves.

C'est dans ces conditions que rexçèd\l\oti \x^\^\^^

A'OS PETITKB COLOUlEf^ K

saccessivement le territoire des Oadoumbo, des Umbete et des Batekes, où il fallat déployer antant d'intelligence que de courage et de fermeté pour empêcher le pillage des caisses par les indigènes.

La colonne atteignit enfin un petit cours d*eau, le N'Gambo , qui bientôt se transforma en une grande rivière, TÀlima. M. de Brazza renvoya alors M. Ballay sur les bords de l'Ogooué, et résolut de descendre TAlima qui, suivant les indigènes^ se jer tait dans un grand âeuve. Après un voyage dont nous ne décrirons paslespéripéties, M. de Brazzaatteignait le 11 août 1878^ trois ans après son départ d'Europe, le Baî-Oeua (rivière du sel).

Cette rivière, qni coule de Fouest au sud-ouest, descend de collines riches en sel. Elle venait encore, dans Tesprit du chef de Texpédition, compliquer le problème de l'hydrographie africaine. Ce ne fut qu' après '6ôn retour en Europe, quand il eut connais-' sauce de la traversé 9 de l'Afrique par Stanley, qtié tout lui fut expliqué. Tous les cours d'eau qu'il avait rencontrés venaient se jeter dans le Congo.

A son retour en France, la Société de géographie décerna à M. de Brazza la médaille d'or. Son compagnon de route, celui qui^ivait déjà fait un premiel* voyage avec dé Compiè^e, et qui, pendant Texpédition dont M. de Brazza retira tant de gloire, avait atteint le premier le point le plus avancé de l'Ogooué, M. Marche enfin, fut» nonsne saYons pourquoi, moins favorisé ; il ne reçut pas sa part dans les honneurs rendus à ses compagnons. Nous sommes heureux de pouvoir du moins lui offrir ici le témoignage de notre

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