BOI MAKOKO
, LB eONaO FRANÇAIS. 119
«entèrent à M. de Brazza nne boite remplie de terre, et le grand fétichenr on sorcier s^adressa en oes termes à notre compatriote :
' € Prends cette tdrre, et porte-la an grand chef des blancs ; elle Ini rappellera qne nons Ini appartenons! »
M. de Brazza, plantant alors le drapeaa tricolore devant la case de Makoko, répondit:
€ Voici le signe d'amitié et de protection qne je Yons laisse. La France est partent où flotte cet emblème de paix^ et elle sait faire respecter les droits de tons ceux qui s'abritent à son ombre. >
Pour sceller le pacte d'alliance, les chefs furent réunis en un grand palabre, et l'on procéda à l'enterrement de la guerre. Un grand trou fut creusé dans le sol, et chaque chef vint y déposer une arme ou un objet rappelant la guerre : poudre, balles, pierres à fusils, lances^ sagaies ; puis, Brazza et ses hommes 7 jetèrent des cartouches, et le trou fut bouché; au-dessus, on planta un arbre. « Nous enterrons la guerre, dit un des chefs, et nous l'enterrons si profondément que ni nous, ni nos enfants ne pourront la déterrer ; l'arbre qui poussera en cet endroit témoignera de l'alliance entre les blancs et les noirs.
c Et nous aussi, répondit M. de Brazza , nous enterrons la guerre ; puisse la paix durer jusqu'à ce que cet arbre porte comme fruit des balles, des cartouches et de la pondre I >
Bientôt après, tons les che& des districts environnants vinrent, eux aussi, se placer sous le protectorat de la France, et chacun d'eux retourna dans sa tribu, porteur du pAviiion français.
M. de Brazza jeta les fondations de rétablissement de N'tamo, auquel la Société de Géographie de Paris^ sur la proposition de M.deQoatreCBges, donna le nom de Brazzaville, puis il s'éloigna seul pour gagner la côte en descendant le Congo. C'est pendant ce voyage que l'explorateur français rencontra M. Stanley à Mdambi-Mbongo ; il resta son hôte durant quelques jours, et n'eut qu'à se louer de la cordiale hospitalité que lui offrit le voyageur américain.
Après quelques jours de repos, M. de Brazza se rendit directement au Gabon, où il comptait trouver le docteur Ballay et l'enseigne de vaisseau Mizon chargés de lui amener des vapeurs démontables ; ni l'un ni l'autre n'était encore arrivé. Trois jours après, il retournait vers TOgôoué pour ravitailler Franceville, où il arrivait le 6 avril 1881.
La station était prospère. « Décidément, écrivaitil alors, la civilisation a pris racine à Franceville, car on m'offrit, à mon arrivée, des tomates, des navets et des haricots verts. »
Quelques semaines plus tard, M. de Brazza quittait la station française et « explorait presque seul le pays entre rOgôoué et l'Alima » ; il fondait^ sur ce dernier fleuve, au confluent de l'Obia et de la Sekiba, un troisième étaMissement, qui prit le nom de <( Poste de TAIima » ; puis il se mit en devoir de créer une route entre TAlima et le Congo. Quand M. Mizon arriva, d une voie carrossable de cent vingt kilomètres, dont quarante-cinq avaient été rendus praticables par les soins du chef de l'expéditioR, éùu't ouverte entre Franceville et le point choisi sur
rAlima pour lancer nos vapenrs ; en ontre, tontes les popnlations gagnées par nos bons procédés étaient dans nos intérêts ».
Aussitôt que M. Mizon eut pris possession du port de Franceville confié à sa garde, M. de Brazza se mit à la recherche d'une voie ponvant relier le Congo snpérienr à la côte. € Il se dirigea vers les sources du Niari qui, sous le nom de Quillou, se jette dans rAtlantiqne, un peu au nord de Loango. Arrivé le 9 mai 1881 sur les bords de ce fleuve, dont la source orientale est voisine de la rivière Djoué, il put, en continaant sa route, s'assurer que tout ce bassin est riche en mines de fer, de plomb et de cuivre; à Mboko, notamment, ce dernier minerai se ramasse à fleur de terre.
« L'explorateur constata que, jusqu'à son confluent avec la rivière Lalli, le Niari, jolie rivière de quatre-vingt à quatre-vingt-dix mètres de large, ne présente aucun obstacle à la navigation. Quant à la population qui habite ces contrées fertiles, elle est plus dense que celle de la France.
m Ce bassin est séparé de celui du Congo par des montagnes aisément franchissables, mais sur un point seulement. Ce col est situé à la hauteur du coude formé par le Niari à son conflaent avec le Ndouo. Il devenait dès lors évident qu'il fallait renoncer à la route difficilement praticable qu'offre TOgôoné, et que la voie la plus avantageuse et la plus courte pour relier le Congo intérieur navigable à l'océan Atlantique, se dirigeait presque en ligne droite à Touest. Le seul obstacle qu'elle présentait à la construction d'une li^ne ferrée consistait dans le passage àxx ^o\^ ^xto^
122 KOS PETITES COLOKIES*
la vallée de Djoaé, qui dëbonche à Brazzaville, et celle de Niari , généralement plate et facile , qui dëbonche à TAtlantiqne. Gomme d'antre part, l'Alima etrOgôonë sont reliés parnne ronte carrossable et qne le transit est assuré par des porteurs et des bêtes de somme^ Tunique effort à faire couBiste à jeter bar* diment une voie ferrée de Brazzaville à la côte, c'est-à-dire sur une étendue d'environ 350 kilomè* très » (1).
Cette exploration terminée, M. de Brazza regagna le Gabon, et de là la France, où il arriva le 7 juin 1882, porteur du traité signé avec Makoko.
Outre les résultats commerciaux inappréciables que peut avoir pour la France la possession de ces immenses territoires, le voyage de M. de Brazza a eu pour conséquence de faire faire un grand pas à l'abolition de la traite des noirs et deTesclavage dans toute cette région. Dans tout le bassin de TOgôoné^ il a presque détruit ce commerce honteux, en prouvant aux pDpulations qu'un commerce licite leur donnerait des bénéfices plus sûrs et plus considérables ; et joignant l'exemple à la parole, il a rendu la liberté à tous les esclaves qui sont venus se réfugier à l'ombre du dra* peau de la France.
Pendant qu'à Paris de Brazza s'occupait de faire ratifier par les Chambres le traité conclu avec le roi africain, M. Stanlej et ses agents mettaient tout en œuvre pour renverser l'influence française sur la rive droite du Congo. Par des offres généreuses, par des menaces même, ils essayaient d'obtenir de Makoko
flj Cfénin, Lâê Haplvrationt de M* de JSrazza.
qu'il annnlfti les concessions faites à la France ; le roi fat inébranlable. Alors ils lui dirent qae de Brazza était mort et ne reviendrait jamais ; Makoko refasa de les croire. A bout d'arguments, Stanley acheta IM^pontaba, un des grands dignitaires do royaume, et l'engagea à supplanter son maître ; mais toutes ces manœuvres furent déjouées, et l'on sut bientôt en France que le renversement du roi Makoko n'était qu'une fausse nouvelle lancée par M. Stanley pour faire considérer par les Chambres le traité comme lettre morte.
Cependant, M. de Brazza ne pouvait abandonner ainsi l'œuvre commencée avec tant de peine, au milieu de difficultés si grandes ; il retourna au Congo.
124 NOS FKTITKS COLONIES.