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CHAPITRE I

Aspect général. — Situation. — Topographie. — Climat. — La neige. — Le poudrin. — Sifflets de brume. — Le chant des Sirènes. — La Vache. — Aurores boréales. — Les jardius. — Les fermes. — La sapinette. — Un remède contre les rhumatismes. — La cueillette.

Sans le voisinage des bancs de Terre-N euve, Saint- Pierre et Miquelon ne seraient que des îlots sans nom, indiqués seulement sur les cartes marines pour prémunir les navigateurs contre les abords dangereux de ces roches dénudées.

C'est au milieu d'une bruine épaisse, et comme un point noir qui surgit d'une mer grise et sombre, que les îles apparaissent aux yeux des marins se rendant à Terre-Neuve.

En venant par le large, on aperçoit d'abord le Grand-Colombier, énorme solitaire qui profilé sa masse

Tioîre au-dessus des flots, et dont les pentes arides s'abaissent jusqu'à la mer; puis, à mesure que l'on approche, on entend le ressac des lames qui se brisent sur les quartiers de roches, les canailles (amas de ^lets) placés en vedette eu avant de l'île aux Pigeons. On passe ensuite devant l'île au Vainqueur, dont le lazaret, avec ses murailles blanches, se détache en relief sur le décor triste qui est particulier au ciel de ces régions.

Miquelon, que l'on voit dans le lointain, a l'air aussi désolé, et l'œil cherche en vain une trace de végétation. La côte se dessine presque inabordable, hérissée d'écueils dangereux, découpée de caps aigus, de baies profondes, et entourée d'une foule d'îlots placés là comme pour en défendre l'abord.

Dès qu'on a doublé le cap de l'Aigle, l'aspect se modifie. Dans une vaste baie s'ouvre la rade remplie de navires; au fond, le barrachois, ou port de refuge, et plus loin, sur le rivage, la ville de Saint- Pierre, avec ses maisons de bois que domine la demeure du Gouverneur, et la jolie église flanquée de deux tours qui rappelle Saint- Vincent de Paul de Paris. De chaque côté se développe la plage où s'élèvent le» gravesj les chauffauds^ les eageotê et les habitations bizarres des nombreux ouvriers qui, pendant la saison de la pêche , viennent travailler à la préparation de la morue.

A gauche, au pied de la falaise oh se dresse le phare Galantry, sont installés les sifflets de brume, qui remplacent le canon que, par le brouillard ou la neige, on tirait d'heure en heure.

Sur toute l'étendue de l'île, qui ne forme qu'un

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amas de rochers, de pierres, de tourbe et de marécages, on ne rencontre qu'une végétation roussâtre et rabougrie, enfouie dans les replis des roches natives, seuls endroits où l'on trouve un peu de terre végétale.

Les Miquelon sont mieux partagées ; quoique le» arbres y soient aussi rares qu'à Saint-Pierre, on j voit des pâturages qui ont permis la création de fermes où, depuis quelques années, on se livre avec succès à la culture des céréales.

Les îles Saint-Pierre et Miquelon sont situées dans l'Océan Atlantique par 46** 46' do latitude nord et 58" 30' de longitude ouest.

Des cartes anciennes, et, dit-on, certaines cartes marines, indiquent trois îles : Saint-Pie-rre, la Grande- Miquelon et la Petite-Miquelon ou Langlade ; cette division est inexacte, et même n'a jamais existé d'une façon permanente.

Les îles actuellement réunies ont été séparées de temps à autre par im canal que la mer creusait à travers l'isthme de Langlade dans les ouragans, pendant lesquels elle brise sur le rivage des lames monstrueuses, qui entraînent avec elles des parties de cet isthmecomposé d'herbes marines, de sable et de graviers. Peu à peu ce canal s'est comblé des débris de naufrages qui abondent sur la côte de l'ouest, et des: apports que le ressac jette au milieu de ces débris ; ils leur servent de centre et s'amoncèlent autour d'eux.

C'est probablement ainsi que la Petite et la Grande- Miqucion furent séparées en 1757 et réunies en 1781. € Ce canal avait alors 250 toises du nord au sud,.

220 de l'est à Touest, et 2 à 3 brasses d'eau à mer basse (1). D

Aujourd'hui, les deux îles sont reliées entre elles par une chaussée de neuf à dix kilomètres de long ; très étroite dans sa partie moyenne et dépassant de deux mètres à peine le niveau des grandes marées, cette digue naturelle va s'élargissant à ses deux extrémités, notamment vers la Grande-Miquelon, où elle forme un refuge appelé le Grafid-Barrachois.

Miquelon court exactement du nord au sud ; elle se termine au nord en une presqu'île étroite jointe à la terre par une langue de sable très mince, formant l'anse Miquelon et le cap du même nom. Au sud, la côte, très profondément hachée, s'arrête au cap Coupé,

Saint-Pierre suit une direction oblique et s'étend du nord-ouest au sud-est. Elle est séparée de Langlade par un détroit ou canal de quatre mille mètres environ, que les habitants appellent la Baie.

Saint-Pierre est la plus importante et la plus peuplée des deux îles ; c'est le chef-lieu administratif. Sa rade est le rendez- vous de tous les navires se rendant aux bancs ; elle possède des séclieries importantes, et dans sa capitale se réunit tout le commerce de la colonie. Et pourtant elle est, à coup sûr, plus petite, plus triste et plus aride que Miquelon.

Pourquoi alors avoir choisi Saint-Pierre pour en faire le centre de la colonie? Grave question, qu'agitent souvent les pêcheurs de Miquelon, le soir à la veillée ; braves gens qui voient tous les jours dimi-

(1) Archives localcai

BAINT-PiEBRB ET MIQUELON.

nuer Pimportance de leur île, tandis que celle de Saint- Pierre s'accroît de plus en plus. Le bourg Miquelon n'est-il pas, lui aussi, au fond d'une belle rade? Son entrée est facile, profonde, et elle pourrait contenir plus de navires que celle de Saint-Pierre. Assurément ; mais tandis que la nature s'est chargée de protéger d'une façon spéciale la rade de Saint-Pierre, il aurait fallu dépenser des sommes énormes pour rendre aussi sûr le port de Miquelon, qui n'est qu'une rade foraine, que rien n'abrite contre les vents du nord, et qui souvent est bloquée par la banquise ; aussi, imitant les nautoniers d'un autre âge, les pêcheurs de Miquelon sont-ils forcés de haler sur le rivage, quand Tient le mauvais temps, leurs bateaux et leurs pirogues.

Autour des deux îles, mais surtout autour de Saint- Pierre, se groupent un certain nombre d'îlots : l'île Verte, l'île aux jPt^ecm*, le Grande Colombier, l'île au Vainqiteur, et l'île aux Chiens. Cette dernière, qui est la plus importante, protège la rade de Saint-Pierre contre les vents du large, et, avec le Grand-Colombier et Tîle au Vainqueur, la défend contre les envahissements de la banquise.

Les autres îlots ne sont que des rochers inhabités, où des bandes d'oiseaux aquatiques viennent déposer leurs œufs, et sur lesquels les loups de mer se réchauffent aux rares et pâles rayons du soleil.

Le nombre et la situation de ces îles, ainsi que les lasses ou hauts fonds que l'on rencontre fréquemment à une assez grande distance, rendent l'accès des îles dangereux, et sont la preuve de l'inégîilité du fond de l'Océan dans ces parages. La mer exerce une action

fiensîble et continue sur ces rivages ; sans cesse mise en mouvement par les remous du Gulf Stream, qui agissent jusque dans ses profondeurs, elle accumule continuellement des galets et du sable dans les échancrures de la côte, qu^à la longue elle finit par combler.

On a tout lieu de supposer que le sol sur lequel repose le bourg Miquelon n'a pas d'autre origine. Malheureusement cette modification du littoral se fait aussi sentir à l'entrée des barrachois, dont les passes se rétrécissent chaque jour, et perdent de leur profondeur. Il est donc à craindre qu'un moment n'arrive où les navires d'un tonnage moyen ne pourront plus pénétrer dans ces refuges, dont les goulets sont déjà impossibles à franchir pour les bâtiments d'un trop grand tirant d'eau.

La superficie totale des îles est de vingt-trois mille cinq cents hectares, qui se répartissent de la manière suivante : Miquelon, vingt et un mille hectares ; Saint- Pierre, deuxmille cinq cents. Cette dernière mesure sept kilomètres dans sa plus grande longueur, de la pointe Henri/ à la pointe du Diamant; sa largeur, de la pointe Verte au cap Galantry, ne dépasse pas cinq mille mètres. Une belle route, construite par les marins de V Ipliigénie^ et qui porte le nom de ce navire, parcourt l'île dans toute sa longueur, tandis que la route de Gueydon suit les bords de la rade.

L'île aux Chiens peut avoir trois ou quatre mille mètres de circonférence, en suivant toutes les sinuosités de son contour ; elle est longue de dix-huit cents mètres et large de quatre cents.

Il n'existe aux îles aucune source, et il n'y a par consé(iuent pas de rivière proprement dite. Noua

nous garderions bien, cependant, de ne pas mentionner nn petit cours d'eau que les habitants ont baptisé belle rivière^ et qui se trouve dans l'île Miquelon ; les ré— sidents en sont si fiers, qu'ils ne nous pardonneraient certainement pas un tel oubli. C'est sur ses bords^ qu'ils se rendent en déplacement.

Il est vrai de dire que la nature, si peu prodigue de ses dons envers les autres points de notre colonie, sem-^ ble avoir réuni sur celui-ci toutes ses séductions : de hauts sapins ombragent la belle rivière, et une végétation abondante pousse le long de son cours, végétation qui paraîtrait bien pauvre sous d'autres cieux, mais qui, au milieu de ces roches désolées, repose les yeux fatigués par l'uniformité d'un paysage éternellement gris.

Les vallées et les cavités naturelles des rochers forment des réservoirs où s'accumulent les eaux de pluieet celles provenant de la fonte des neiges ; comme le sol est très accidenté, le trop-plein se déverse dans les parties basses du territoire, créant ici des étangs à écoulement consfcmt, là des marécages que les plantes aquatiques transforment en tourbières et qui s'avancent parfois j'usqu'au rivage.

Ces tourbières, que les habitants appellent terre.r noires, atteignent quelquefois une profondeur considérable, et l'on ne peut, sans courir le plus grand danger,, s'aventurer sur leur surface tremblante.

Les eaux qui concourent à la formation des étangs et dont le trop-plein cherche une issue, filtrent à travers^ les tourbes et les terrains pierreux, constituant l'humu» de cette contrée, et s'écoulent dans la plaine, où elles vont alimenter les puits et les fontaines. Ces eaux sonc

d'une grande pauvreté en matières salines ; leur passage dans les couches de tourbes, dont les propriétés antiseptiques sont considérables, les purifie au point qu'elles ne contiennent aucun des corps étrangers qui auraient pu les altérer ; le peu de principes minéraux qu'elles possèdent n'est dû qu'au voisinage de la mer.

Le sol des îles est généralement montagneux, et ce n'est guère que sur le territoire de Miquelon que l'on rencontre quelques plaines, qui plutôt sont des plateaux. A partir du littoral, le terrain s'élève graduellement vers le centre, jusqu'à une hauteur de deux cent cinquante mètres, en pentee irrégulières, mais dontles couches, dirigées du nord-est au sud-ouest, suivent une orientation identique à celle de Terre-Neuve.

Dans les endroits où n'existent ni les tourbières, ni les marécages dont nous venons de parler, le rocher se présente nu ou recouvert d'une couche de terre fort légère ; c'est un terreau tourbeux, composé de débris végétaux qui, défiant l'humidité, conservent indéfiniment leurs formes, leurs structures, et parmi lesquels on peut reconnaître les feuilles aciculaires du sapin et les feuilles coriaces des éricinées.

La constitution géologique des îlesest, du reste, fort simple : Saint-Pierre et Miquelon sont exclusivement formées par des porphyres pétro-siliceux, à pâte d'un brun violâtre ou d'un rouge vineux, dont les fissures sont remplies par des injections de quartz, le plus souvent opaque, quelquefois limpide et vitreux, et alors cristallisé.

Quoique situées sous la même latitude que Châtellerault, Châteauroux et Chalon-sur-Saône, les îles sont loin de jouir d'une température semblable, même à

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celle du nord de la France. Au point de vue météorologique, Saint -Pierre et Miquelon se trouvent placées dans la zone froide, sur la ligne isotherme qui, pasgant au nord des îles Ferroë, a pour moyenne 5° audessus de ; avec cette dîflFérence, toutefois, qu'elles n'ont pas, comme les autres contrées situées sous la même ligne, les étés de Paris et les hivers de Saint- Pétersbourg. L'été est sans chaleur, c'est l'été d'Arkhangel ; l'hiver est plus long que froid, c'est l'hiver de la partie méridionale de la Suède.

Pendant la saison d'été, la chaleur ne dépasse jamais 20® au-dessus de ; elle est assez uniforme^ et les oscillations thermométriques sont peu importantes.

En hiver, le froid atteint quelquefois 20** au-dessous de zéro, mais c'est exceptionnel, et le thermomètre reste généralement entre 14 et 16°. Les changements de temps sont brusques à cette époque, et les diflferences de température très sensibles ; on voit fréquemment le mercure monter de 15** au-dessous de zéro à 4 ou 5** au-dessus ; de sorte que Ton assiste à des dégels continuels, qui s'arrêtent brusquement, pour recommencer aussitôt.

Les vents d'entre nord et nord-ouest, que les habitants nomment anordie, souifflent îvec violence pendant tout l'hiver, et amènent la banquise dans le voisinage des îles, dont l'approche est ainsi rendue impossible ; lorsque les glaces ne sont pas réunies entre elles et n'existent qu'à l'état de glaçons flottants (c'est généralement ce qui arrive), on dit aux îles que c'est du erémi ; les hivers sont rares, où la banquise, ne formant qu'un bloc, enserre Saint-Pierre et Miquelon d'une ceinture infranchissable

Sous Tinfluence des vents qui s'établissent d'une façon presque invariable au nord du compas, il se produit, quand la neige couvre la terre, un phénomène que dans les Alpe? on nomme tourmente, que les Canadiens appellent poudrerie, et que nos compatriotes de Saint-Pierre ont baptisé du nom de poudrin.

Le poudrîn est do la poussière de neige soulevée par le vent. Semblable aux sables du désert chassés par le siroco, elle remplit l'air qu'elle obscurcit et rend opaque, brûle les yeux, serre la gorge, étouffe, et constitue un danger sérieux pour le voyageur qu'elle surprend loin des habitations ; les histoires d'enfants et même d'hommes asphyxiés ou engloutis par le poudrin abondent dans l'île.

Un autre inconvénient de (^s soulèvements de neige, c'est la facilité avec laquelle cette poussière pénètre partout, par la plus petite fente, le plus léger interstice, transformant l'atmosphère en une sorte de brouillard glacial.

En somme, sous cette région, il n'y a que deux saisons : l'été, qui dure d'avril à octobre, et l'hiver, qui sévit pendant les six autres mois.

La neige commence à tomber dans les premiers jours de novembre ; elle ne disparaît complètement qu'en avril.

Les pluies, qui ne sont pas très abondantes, durent rarement plus d'une journée; en revanche, le brouillard persiste pendant des semaines, on pourrait dire des mois entiers. Il est très intense, surtout en juin et juillet, ne laisse voir qu'à de rares intervalles quelques échappées de ciel, et, comme s'il avait regret de

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s'être dîssîpé un instant, reparaît bientôt plus uense et plus impénétrable.

Pendant tout le temps que dure ce brouillard, le canon, que l'on tirait autrefois d'heure en heure, a été remplacé par le sifflet de hrumey mû par la vapeur^ que Ton a installé au-dessous du phare de la pointe Galantry. Ce sifflet se fait entendre toutes les minutes pendant six secondes ; quand le temps est calme et le vent favorable, il a une portée de dix ou quinze milles, et de trois à six milles pendant la tempête ou à vent contraire. Sur la pointe plate de Langlade est établie une sirène ; son chant est un coup de sifflet dont le son, plus aigu, plus saccadé et plus strident que celui de Galantry , se répercute à vingt milles par le bon vent, et à huit milles quand la brise souffle du large. La sirène chante deux fois par minute pendant huit secondes. Les habitants, agacés par ce bruit qui vient à intervalles réguliers leur déchirer les oreilles, ont donné à la sirène un surnom qui, pour n'être pas choisi dans le vocabulaire du langage élégant, exprime bien la sensation qu'ils éprouvent ; ib l'appellent la Vaclie.

La grêle est presque inconnue dans notre colonie, et les orages sont excessivement rares ; des années entières s'écoulent sans que le tonnerre se fasse entendre.

Les aurores boréales sont fréquentes, surtout pendant les mois de mars et septembre, et ce phénomène offre un des plus beaux spectacles qu'il soit donné à l'homme de contempler.

Lorsque l'aurore est à son apogée, elle forme un arc de cercle lumineux , dont les deux extrémité» semblent reposer sur des' montagnes invisibles ; la

clarté qui s'en dégage est aussi intense que celle de la lune ; le ciel noir sur lequel elle se détache donne encore plus d'éclat aux rayons qui en jaillissent et forment des pointes brillantes, illuminant par leur réverbération tous les objets environnants, donnant un aspect fantastique aux grandes roches couvertes de neige et aux icebergs qu'au loin charrie la mer. Peu à peu, les rayons pâlissent et s'éteignent, la lumière semble se concentrer dans l'arc qui se brise en fragments, pour disparaître bientôt, replongeant tout dans l'obscurité.

Malgré le rude climat que nous venons de décrire, les îlçs sont loin d'être malsaines ; les maladies sont les mêmes qu'en France, mais la mortalité y est inférieure.

Elevés en plein air, habitues à toutes les intempéries, les hommes sont forts et solides ; les femmes rappellent par leur vigueur et la fraîcheur de leur teint les paysannes du littoral de la Manche et les jolies filles du pays basquais. Le climat n'exerce sa terrible influence que sur la végétation. Le saule et le houblon sont l'unique ornement des jardins ; on rencontre à peine quelques fleurs, appartenant pour la plupart à cette famille des renonculacées, qui semble avoir fait du nord sa région préférée.

Bien que le sol de Saint- Pierre soit pauvre en terre' végétale, et très aride, on y voit cependant b3aucoup de jardins cultivés à grand'peine, et il est peu de familles qui n'aient leur petit coin de terre où poussent des légumes d'Europe. On ne trouve, sur toute la surface de l'île, comme échantillon de la végétation naturelle, que des broussailles épaisses et rampantes, des fouillis

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d'arbres verts, dont le plus ëlevë ne dépasse pas deux mètres, et que les habitants ont baptisés du nom pompeux de la forêt.

Langlade est plus favorisée ; la terre y est en plu* grande abondance et en couches plus épaisses ; aussi y a-t-on installé treize fermes. Beaucoup des planteslégumineuses de France y réussissent, et si les céréales ne sont pas l'objet d'une culture suivie, c'est que l'élève du bétail et la récolte du fourrage donnent de» bénéfices plus certains. Cependant, il y a quelquesannées, un fermier a fait l'essai en grand de la culture du blé et de l'avoine, et ses efforts ont été couronnés de succès.

On rencontre encore sur les îles le genévrier , dont les baies produisent un excellent genièvre, et une sorte de pin nommé spruce, dont on tire une bière dite sapinette. Voici comment se fabrique cette bière r on fait bouillir le spruce dans une cuve pleine d'eau,, pendant cinq à six heures ; le liquide est ensuite passe et décanté dans de petits fûts ayant contenu du rhum ou du cognac ; on ajoute deux litres de mélasse par fût, et l'on agite fortement pour bien mélanger le tout, puis on laisse fermenter pendant quelques jours, après quoi la bière est tirée et mise en bouteilles, où elle achève de se faire. Ce breuvage, très sain à cause des principes de goudron qu'il contient, est la boisson habituelle des habitants, et un ancien règlement de la colonie en fait un des éléments de la ration despêcheurs, sans en limiter la quantité.

Mais là ne s'arrête pas la prévoyance de la nature ; à côté du spruce, à base de goudron, elle a placé le remède contre les rhumatismes^ si fréquents sous ce

climat froid et humide. La feuille séchée du sarracenia jnu'ptirea, plante Carnivore, employée en infusion, est, paraît-il, d'un effet souverain contre les douleurs. A l'utile elle a joint encore l'agréable, sous la forme de petites baies tantôt écarlates, tantôt jaune safran, ou encore bleu foncé, qui, vers la fin dejuillet, tranchent sur la mousse couleur émeraude des petits bois. Ce senties pommes des prés ^^es bleuets, \esplats de bière; quand vient l'époque de la cueillette, la montagne se couvre de bandes joyeuses qui vont aux graines; on fait une ample moisson de ces petits fruits, au goût fruste, qui, plongés dans l'eau bouillante, avec addition de beaucoup de sucre, donnent d'excellentes confitures, que les ménagères soigneuses mettent en réserve pour les longs jours d'hiver.

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