‹ Nos petites coloniesChapitre 23 sur 44 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Population . — Origines malgaches. — Les Betsimisaraks. — Coûtâmes. — Les méthodistes. — Le premier homme et la première femme. — La couleuvre et la grenouille. — Climat. — Culture. — Production. — Budget. — Conclusion.

La population, forte de sept mille cent soixante-dix habitants, se compose de trente Européens qui s'adonnent au commerce, et sept mille cent quarante-sept indigènes, qui forment la population primitive. Ce sont des individus de race malgache, descendant en ligne directe des Betsimisaraks, tribu qui habite sur la côte orientale de Madagascar, dont ils ont conservé Tidiome et les mœurs.

Los habitants de Madagascar portent le nom générique de Sakkalaves. La population qui occupe la côte orientale a pris l'appellation générale de Betsimisaraks, et se compose d'une grande association de tribus, comme du reste l'indique son nom {Béy beaucoup; Tzi^ ne pas mîsaraks^ divisés). Les naturels de l'intérieur se nomment; Ambatiivoul es. Il y a encore une autre tribu que l'on appelle les Bétanhnènes; cette tribu, révoltée jadis, fut battue à plusieurs reprises,acculéejusque dans ses derniers retranchements, et forcée de se rendre^ cequ'ellefit lâchement et presque sans combattre. Par dérision, les vainqueurs lancèrent à ces hommes des boulettes de terre rouge qui les couvrirent de boue; d'où leur nom Bé^ beaucoup, tani, terre, mène, rouge.

C'est peut-être pour cette raison que Von rencontre autant de Betsimisiraks, et si peu de Bétanimèues.

Pris dans leur ensemble, les diflFërenIs peuples qui consiitaent la population de Madagascar n'ont, quant aux races pures, rien de commun avec l'Africain, et l'on serait tenté, malgré la distance qui les sépare des Indes et de la presqu'île malaise, de leur donner une origine asiatique; ils paraissent appartenir à cette grande famille qui s'étend de Malaca aux îles du Pacifique, en passant par Sumatra, Java, Bornéo et tout l'archipel asiatique. A Tappui de cette théorie, soutenue par bon nombre d'auteurs, on cite l'aspect physique de ces populations, leurs traits réguliers, leurs pommettes saillantes, leurs lèvres minces, et leur teint plutôt brun clair que noir ; l'intelligence des individus, leurs mœurs, leurs industries et jusqu'à leur langue, qui présente avec celle des peuples précités, non seulement de fréquentes ressemblances dans les mots, mais encore une grande analogie dans la construction des phrases. Notons ici que les différents peuples malgaches ont un idiome presque unique; les tribus ont beaucoup moins de peine à se faire comprendre entre elles que les habitants de certaines provinces de la France, Provençaux et Bretons, par exemple.

Ainsi que nous le disons plus haut, les naturels de Sainte-Marie appartiennent à la tribu des Betsimisaraks; quoique cette race se soit conservée relativement pure, il est certain que, depuis le jour où elle a émigré dans notre colonie, elle a dû subir l'influence du passage des Sakkalaves qui, à peu près à la même époque, habitaient ces parages; le mélange sem- * ble avoir été moins grand à Sainte-Marie qu'à Mayotte it à Nossi-Bé, habitées par les S.ikkalaves; leur-

position les mettait, du reste, en rapport plus direct avec le continent africain.

Quoiqu'il en soit, les naturels de Sainte-Marie ont conservé les coutumes do leur mère-pa'rie; mais le contact des Européens et la religion catholique, à laquelle ils se convertissent assez volontiers, ont forcément modifié leurs mœurs, sans cependant assouplir leur caractère, essentiellement indépendant, ni chan»ger leur nature paresseuse. Si, à la longue, le Betsimisarak accepte le Joug, il n'accepte pas le travail. Grand ami du mouvement, infatigable au labeur qu'il aime, il pagayera tout un jour sous le soleil ou par la pluie sans fati.ue apparente; un travail régulier l'ennuie; la facile satisfaction dj ses besoins lui rend insupportable le lion le [Aas b'ger; aussi presque tous ces hommes sont marins; ils ont acquis pour ce métier un goût tout spécial: ils s^nt devenus une précieusci ressource non seulement pour les caboteurs qui fréquentent ces parages, mais aussi pour les bâtiments de l'Etat en station dans la mer des Indes et les paquebots faisant le service entre Aden et Maurice.

Nous retrouvons chez ces indigènes beaucoup des coutumes des Sakkalaves; comme nous avons donné des détails assez comj»lets sur ces derniers, nous ne parle i*ons ici que des usages qui ne sont pas communs aux d(;ux nations.

Les Betsimisaraks ou Betsibos sont d'une taille moyenne et bien proportionnée, qui ne manque ni do grâce, ni d'élégance, surtout cluzles hommes; les femmes sont sujettes à l'obésité. Le teint varie beaucoup, ^t l'on rencontre chez les naturels toutes

les nuances da brun , depuis le café an lait clair jusqu'au marron très foncé, presque noir. Les individus à peau claire se* distinguent par la chevelure, qui est noire, mais plate et soyeuse ; plus le teint de l'homme est foncé , moins les cheveux sont lisses ; même lorsqu'ils deviennent crépus, ils ne sont jamais laineux comme ceux des nègres afri^ cains.

Les individus à teint clair, et ce sont les plus nombreux, se font remarquer par un caractère plus doux, moins belliqueux, mais en même temps par un tempérament plus indolent, et par des mœurs plus relâchées.

Généralement, chez toutes les nations d'origine malgache, le nombre dos femmes est supérieur à celui des hommes, et ce fait se reproduit dans notre colonie où, sur sept mille cent soixante-diœ-sept habitants, on compte trois mille quatre cent quatre-vingtdouze hommes contre trois mille six cent quatre-vingt^ cm(7 femmes ;on constate aussi que, malgré la polygamie,les familles sont peu nombreuses. Il faut attribuer ce fait à la précocité des mariages : les hommes se marient ordinairement vers quinze ans, et les femmes à douze ou treize.

Les femmes sont loin de jouir de la considération et de la déférence qui lés entourent dans les pays civilisés. Néanmoins elles ont une situation bien supérieure à celle qui leur est faite dans certaines contrées de l'Afrique, où l'épouse est traitée comme une esclave ou une bête de somme. Du reste, à cet égard, les coutumes de cette nation sont pleines de

contrastes frappants. A côté d'an grand respect pour la famille, d'une sorte de vénération pour le père et la mère, nous trouvons la polygamie. A coté du divorce, que l'homme peut prononcer à son gré contre l'épouse, pour le motif le plus futile, et en lui interdisant de se remarier jamais, nous trouvons la descendance légitime et directe établie par la ligne des femmes. On pourrait ajouter, comme preuve de l'estime qu'ils témoignent à la femme, que chez les Madécasses elle peut aspirer au trône ; quand elle y est parvenue, son autorité est aussi grande, est aussi respectée que celle du roi. 11 y a vingt ans à poino, le souverain de Madagas«îar était obligé de s'entourer du conseil de douze matrones, que l'on nommait les douze épouses, à qui toutes les affaires de l'Etat devaient être soumises avant que le chef pût prendre une décision.

Contrairement à ce qui existe chez les Sakkalaves et les Hovas, les Betsîmisaraks ne se mésallient pas, et le désir de conserver intacte la pureté de leur race les porte à chercher des alliances dans leur famille. Les mariages entre proches sont fréquents ; sans doute c'est là une des causes de la médiocre prolixité de cette race.

L'homme seul a le droit de se marier dans uno classe inférieure à la sienne ; il peut même épouser une esclave, mais auparavant il doit l'aff^ranchir et l'élever pour ainsi dire jusqu'à lui.

Les unions se brisent et se nouent selon le bon plaisir de l'homme ; l'état civil n'existant pas et le culte se bornant à quelques superstitions^ l'on ne

loi NOS PETITES COliONIES.

saurait appliqaer le mot de mariage à des associations volontaires que ne consacrent ni Dieu , ni l'Etat.

Néanmoins, ces unions donnent lieu à une cérémonie à peu près semblable à celle que nous avons décrite pour les naturels de Mayotte et de Nossi-Bé.

Le fiancé se rend en grande pompe, entouré de ses parents et de ses amis, an domicile de sa future. Aussitôt commencent les réjouissances et un copieux repas composé de riz et de bœuf bouilli. Les fiancés, assis à côté l'un de l'autre, mangent dans le même plat, en signe de la vie commune qui i a commencer pour eux. A peine le repas est-il terminé ^ le père de la mariée annonce, dans un discours, aussi long que possible y qu'il a donné sa fille au fils de son ami.

De là, tout le cortège se dirige chez le père du futur, où recommencent festin et réjouissances, jusqu'à ce que le marié , emmenant son épouse dans la demeure qu'il lai a préparée, abandonne les invités, qui continuent jusqu'au jour leur orgie de riz et de bœuf.

La naissance d*un enfant est toujours un sujet de fête. Quelle que soit la température extérieure, dès qu'une femme se sent prise des douleurs de l'enfantement , on allume dans la case un grand feu qui brûle pendant l'accouchement et tant que la mère n'est pas complètement rétablie ; car c'est une croyance absolue que cette atmosphère surchauffée soulage Taccou* chée et abrège sa convalescence. Les parents et les amis, avisés aussitôt de Theureux événement, viennent visiter la jeune mère et féliciter le père ; ils laissent un cadeau, ordinairement quelques pièces do monnaie, sous le prétexte, délicatesse qui étonne dans

8AINTE-MABIE DE MADAGASCAB. 235

ces régions , d'alimenter le feu. Les mères allaitent leurs enfants jusqu^à l'âge de trois ans et même plus longtemps.

Comme tous ces gens n'ont pas do noms de famille, et que leur répertoire de prénoms est très limité, ils donnent à leurs enfants des noms de choses ou de bêtes ; mais, afin de les distinguer, ils y joignent le nom d'un parent. Par contre, un père de famille ajoute toujours à son nom celui de son fils aîné, qu'il fait précéder du moi Raïni, qui veut dire père de; ils s'appellent donc wn tel père de un tel.

La polygamie existe aussi chez les Betsimisaraks : leur première femme s'appelle vade-hé; c'est Tépouse légitime, c'est d'elle que les enfants héritent. La seconde se nomme vade-massayé^ c'est une femme jeune, que le mari n'a prise que pour sa beauté, et qu'il chasse quand elle vieillit et qu'elle perd de ses charmes. La troisième , qui porte le titre de vades'indranfftion, n'est guère qu'une esclave que le maître affranchit quand elle devient mère.

Le costume e^t très simple : pour les hommes, il se compose d'une bande d'étoffe appelée langhouti, qui s'enroule autour des reins et descend jusqu'aux genoux, et d*uno veste de toile grossière ; quelquefois les gens de la classe aisée portent, en outre, une chemise et un pantalon de calicot. Les femmes sont enveloppées dans une longue pièce d'étoffe qu'elles serrent autour de leur corps, sous les seins, et qui tombe jusqu'aux talons : c'est le aimbou. Elles vont toujours nu-tête, leurs cheveux nattés et relevés sur le sommet du crâne les protègent suffisamment con-> tre les rayons du soleil.

n est impossible de compter la propreté an nombre de leurs qualités ; malgré la chaleur et les nombreux insectes qu'elle entretient^ les Betsimisaraks se lavent le moins sonrent possible.

n est assez difficile de définir leur religion. S'ils croient à un Dieu, ils n'ont pas d'images qui le représentent. Ils n'invoquent pas, comme beaucoup de nation? païennes, l'esprit du mal pourse le rendre favorable ; ils adressent plutôt leurs prières à des féticbes, des bouts de chaînettes d'argent, des morceaux de bois informes , qui sont l'objet de leurs crainies superstitieuses, plutôt que de leur culte. Du reste, un grand nombre sont convertis à la religion chrotienne, et dans peu de temps tous seront catholiques.

A ce propos, citons un fait rapporté par M, D. Cliarnay dans son Voyage à Madagascar et à Sainteifarie, et qui dépeint bien l'influence que les Anglais veulent prendre sur ces populations, au détriment de la nôtre :

d Les missions de Madagascar ont droit à toute notre admiration

c Les Anglais méthodistes leur livrent une guerre acharnée ; les moyens dont disposent ces derniers en font des concurrents redoutables.

<r Mes amis, disait l'an d'eux, s'adressant au peuple de Tananarive, ces hommes , ces Français, ont beau vous dire que la religion qu'ils apportent est bonne, n'en crojez rien : lorsque Jésus-Christ, notre maître à tous, vint sanctifier la terre par sa présence, c'est en Angleterre qu'il descendit, c'est à nous qu'il confia sa doctrine, mais jamais, entendez -vous, jamais il ne

mit les pîeds en France : à cette préférence, jugez de la vérité des deux religions (1). »

Le seul culte que les Betsimîsaraks pratiquent avec zèle est celui de la mémoire des morts ; ils ont pour le souvenir de leurs ancêtres une vénération toute particulière qui, dans bien des circonstances, nous a paru leur tenir lieu de religion.

Le deuil se porte en affectant une tenue négligée, et en se couvrant des vêtements les plus usés et les plus sales que Ton possède. Cependant une couleur lui est plus particulièrement affectée, le bleu foncé.

Telles sont en quelques mots les coutumes les plus curieuses de cette nation d'un caractère doux et gai, qui fait ses plus grandes délices de la danse, du chaut et de la causerie. Le Betsimisarak parlera pendant des heures entières de choses futiles ou dénuées de sens, et quand l'entretien vient à languir, alors commence le récit des contes fabuleux dont fourmille la tradition malgache.

Certains d entre eux ont l'autorité d'une croyance religieuse ; nous reproduisons les suivants, comme exemples de genres différents.

Voici d'abord l'histoire du premier homme et de la première femme :

« Dieu laissa tomber du ciel l'homme et la femme tout faits. L'homme fut quelque temps à connaître sa femme , et sa compagne fut la première à déchirer son voile d'innocence. La femme conçut.

<L Dieu apparut alors aux deux époux et leur dit : « Jusqu'ici vous no vous êtes nourris que de racî-

(1) D. Charnay. — Madagascar à vol d'oiseau (Tour du Monde, 2* semestre 1804).

« nés et de fruits, comme les bêtes saavages, mais si c vous voulez me laisser tuer votre enfant, je crée- <L rai avec son sang une plante dont vous tirerez plus « de force ».

€ L'homme et la femme passèrent la nuit tour à tour à pleurer et à se consulter. La femme disait à l'homme : « Je préfère que Dieu me prenne plutôt que notre enfant » ; l'bommO; sombre et recueilli; ne disait rien.

(( Le jour venu, Dieu parut avec un couteau bien aiguisé, leur demandant ce qu'ils avaient résolu.

« La femme, en voyant ce couteau formidable, tranchant comme une sagaie neuve et brillant comme l'éclair, s'écria : « mon Dieu, prends mon enfant! j>

(( Mais Thomme, au contraire, pressa son enfant sur son cœur, le remit à sa mère, et se couchant la ])oitrine découverte, dit à Dieu : « Tue-moi^ mais laisse vivre mon enfant d.

« Alors Dieu, pour l'éprouver, brandit le couteau qu'il tenait à la main et lui dit : <c Tu vas mourir ; réfléchis donc avant que je ne frappe. — Frappe •, répondit l'homme. Dieu fit briller le poignard sans que l'homme murmurât ni ne frémît, mais il ne lui fit qu'une légère blessure au cou, que tachèrent quelques gouttes de sang.

« Dieu prît ce sang et le répandit sur la terre, qui engendra le riz. Il dit à l'homme de le sarcler trois fois avant sa maturité, de n'en récolter que les épis, de les sécher au soleil et de les conserver en grenier; de les battre pour détacher les grains ; de les piler pour en séparer le son ; de ne manger que le grain et de livrer le son a«\ animaux domestiques.

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« Pais il lui apprit à le caire et à le manger.

<L Paisil dit à la femme : <c L'homme sera le maître de l'enfant parce qu'il a préféré la vie de l'enfant à la sienne, et tu seras soumise ».

« C'est depuis ce temps que le père est le chef de famille, et que l'homme connaît le riz et le mange. »

Dans cette fable, on croit reconnaître l'influence arabe et un souvenir du sacrifice d'Abraham ; le nom de Nossi-Ibrahîm donné à l'île Sainte-Marie prête quelque fondement à cette croyance.

Voici une autre fable :

« Une grenouille fut surprise en ses ébats par la couleuvre son ennemie ; la couleuvre la retenait par les jambes de derrière.

« — Es- tu contente ? demanda la grenouille.

€ — Contente, répondit la couleuvre en serrant les dents.

« — Mais quandon est contente, on ouvre la bouche, et Ton prononce ainsi : contente ! (en malgache kavo).

<i — Contente, dit la couleuvre en ouvrant la bouche.

« La grenouille, se sentant dégagée, lui donna des deux pattes sur le nez et s'enfuit (1). »

La morale est que l'on peut se tirer de danger avec de la présence d'esprit.

Cet apologue rappelle de loin « le renard et le corbeau».

Ainsi que nous le disions au début de ce chapitre, des récifs nombreux et infranchissables empêchent d'aborder sur la côte orientale de Sainte- Marie, ce

(1) Noos avons empranté ces deux fables à l'ouyrage de M. D. Ghamay : Madagoicar à vol d'oiseau (Tour du Mosde, année 1864, ^ semestre).

2iO ^03 PETITES COLONIES.

qui n'a pas permis aux Européens de s'y établir. Ils ont été obligés de se fixer sur la côte ouest, cependant très malsai)ie, oii l'absence des vents du large rendpluspénîble encore la chaleur déjà si fatigante et si désagréable.

Il n'y a que deux saisons : la saison des pluies qui dure neuf mois, de décembre à septembre ; et la saison sccbe, très pénible, malgré son peu de durée. La température oscille entre 24" et 85® centigrades ; quelquefois, le thermomètre monte jusqu'à 32°; en tout cas, il ne descend jamais au-dessous de 19*.

Les productions naturelles de l'île sont à peu près nulles : quelques bois de construction se rencontrent dans les nombreuses forêts qui couvrent sa surface, et les petites plaines fournissent des ravenalles ; à part cela, rien qui puisse être employé pourl'indusirîe.

On a essayé d'introduire la canne à sucre, le cocotier, le girofle, le caféier et une grande variété de fruits et de légumes de toutes espèces. Ces tentatives ont assez bien réussi; les nouvelles plantations n'ont môme pas.eu à subir, ainn qu'on aurait pu le redouter, la période d'acclimatement. Tout récemment encore, on a tenté d'introduire la ramie pour la substituer au ra[)hia dans la confection du vêtement des indigènes.

L'j commerce est peu important dans cette colonie. En 1880, le chiffre des importations s'est élevé à 161,602 fr., et celui des exportations à 110,000 fr. La colonie reçoit presque tous ses objets de consom- Tnatîon de l'extérieur ; de Madagascar elle tire le riz, qui forme la base de Talimentation des indigènes, et les bœufs, dont le nombre ne dépasse pas cent cinquante par an. Tous les autres objets, quincail-

lerîe, mercerie, vins, farines, liqueurs, conserves alimentaires, etc.... viennent de Maurice et de Bourbon ; comme ces îles ne sont pas des centres de production, les marchandises ne peuvent arriver à Sainte- Marie que déjà grevées de frais de toute nature.

Moyennant une subvention annuelle de 62,050 fr., Sainte-Marie pourvoit à toutes ses dépenses. On a néanmoins établi dans la colonie quelques impôts dont le total s'élève à 15,191 fr. Ils se décomposent comme suit(l):

Droitssur les emplacements.

Cote personnelle. . . •

Contribution foncière. . • .

Patentes •

Droits sur les spiritueux. •

Total

La monnaie française est la seule ajant cours à Sainte-Marie, mais cette monnaie est rare, attendu que les pièces de cinq francs sont employées par les habitants pour solder leurs achats h Madagascar, où c'est la seule pièce ayant cours. Aussi peut-on voir sur la grande île africaine toute l'histoire de France moderne, depuis Napoléon jusqu'à nos jours, représentée par les effigies différentes que collectionnent les habitants.

« En résumé, dit M. H. Capitaine, dans une étude à laquelle nous avons emprunté quelques-uns des renfici ornements techniques de ce chapitre, Sainte-Marie

(1) Ministère de la marine et des colonies {^Itticâ êtatigtique êtir les colonies).

(le Madagascar est presque partout stérile ; les colons y sont rares et l'espace manque pour y entreprendre la grande culture, seule rémunératrice dans ces contrées lointaines. Douze ou treize mille hectares de superficie, dont les deux tiers composés de marécages bordés de palétuviers, telle est cette île, unique débris de nos anciennes possessions sur cette grande terre de Madagascar que nos aïeux, à Tépoque où la France savait encore coloniser, avaient nommée l'île Dauphine ! Aujourd'hui, Sainte-Marie n'est plus, à proprement parler, qu'une sorte de sentinelle avancée destinée à rappeler, à maintenir nos droits, et à sauvegarder dans la limite du' possible l'intégrité désintérêts français, toujours menacés par la compétition des Anglais et les prétentions dss souverains Hovas (1). »

(i) H. Capitaine. — ExpUtratlofi (avril ISTS),

OIBLIObrtAPHIE

MATOTTE. — NOSSI-BË.

i'LAGOURT. Illsloire de la Grande Ile de Madagascar (1658).

Jehenne. Ren^ieignements nautiques sur Nossl-Bét Nossi'Mitsiou et Mayotte (Annales maritimes et co loniales, mars 184*2).

JouAN. Notes sur les Archipels des tommores et dei Séchelles (Paris, in-8^ 1870).

Capitaine. Nossi-ré et ses dépendances. (Exploration, mars 1870.)

Id. Mayolte, (Exploration, septembre 1870.)

D. Charnay. Madagascar à vol d'oiseau, (Tour du monde 18G4.)

Pernand Hue. — Li France et V Angleterre à Mcdi t'^s car. (In-r2, Paris, 1885;.

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