‹ Nos petites coloniesChapitre 26 sur 44 · I II ^__ · texte numérisé non relu

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Voîcîles chiflfres donnés par la statistique judiciaire de Pondichéry en 1882 :

Cour â! appel.

Affaires civiles. .••••• 190

< commerciales. • • • • 6

<L criminelles 24

Appels correctionnels 59

Tribunal de première instance.

Affaires civiles 685

« commerciales. • • . . 207

« correctionnelles . • • . 427

Les affaires criminelles ou correctionnelles, — toute» les causes sont plaidée.s par des conseils agréés, européens ou indigènes, — ressemblent en général h toutes les affaires du môme genre : on peut dire que l'on n'entend presque plus parler dans l'Inde française, ni de thugs^ ni de dacoïts. Le pittoresque y (k perdu peut-être, mais la moralité et la sécurité y ont gagné, à coup sûr.

Les dacoïts sont, ou étaient, non pas des voleur?^ gens paisibles et formant presque une caste honorée, mais de sinistres bandits, savamment organisés, enveloppant l'Inde entière d'un réseau de cruautés et de crimes. Ils allaient par les provinces, ayant souvent pour complices des chef» indiens de districts, assiégeant les maisons, les mettant à sac, nuissacrant ceux quitentaientde leur résister, ou bien encore martyrisant leurs victimes, pour leur arracher quelque précieux secret, piur des procédés analogues à ceux

de nos anciens chauffeurs. Los Anglais surtout, à qui ils s'attaquaient de prcfcrenco (1), leur ont fait une guerre acharnée. Ils pillent quelquefois encore des propriétés françaises.

Les thugs sont peut-^tre mieux connus du lecteur que les précédents. C'est, — ou c'était, dirons-nous encore,

— une association religieuse des plus déterminés adeptes de Bowanin, la déesse du feu. Leur but était d'immoler le plus grand nombre possible de victimes;

— leur moyen, la strangulation. Ils procédaient 9oit avec une cordelette, soit, quand ils étaient très adroits, avec un simpld mouchoir ayant un caillou noué à l'une de ses extrémités ; celle-ci, habilement lancée autour du cou de la victime, venait rejoindre l'autre dans la main nerveuse du thuor : il donnait un tour, et le crime était accompli. Nos efforts, joints à ceux très énergiques des Anglais, ont à peu près fuit disparaître ces tigres à face humaine.

Nos voisins prétendent aussi avoir renversé à jamais tous les bûchers des Suttee ; cependant, il paraît que de temps à autre quelque veuve fanatique se brûle encore avec le cadavre de son époux, en dépit des édits et sous les yeux d'une police qui laisse faire.

Les lois françaises sont appliquées aux Européens et aux indigènes qui ont renoncé à leur statut personnel; les autres sont toujours régis par la loi indienne, sauf en matière criminelle.

Telles sont, résumées d'une façon complète, l'or-

(1) Comme aux plus riches et aux moins aimés. Nos voisins font peu de cas de Tindigène ; ils Tont soumis, mais n*ont point ses sympathies.

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ffanîsatîon et radmînîstration du chef-lieu. Nous en avons déjà signalé les principaux édifices, et on verra qu'il ne manque rien à Pondicliéry de ce qui peut être utile ou agréable, quand nous aurons ajouté qu'on y trouve encore plusieurs comités de bienfaisance, un mont de piété, une imprimerie du gouvernement, un journal officiel de la colonie, un service de santé très complet — (il y a aussi des médecins natifs ou mestrys)^ — une pharmacie de la marine qui livre ses manipulations à peu près au prix de revient, un hôpital militaire, une maison de santé pour les natifs, une léproserie, etc., etc.

Ce dernier établissement, bien qu'il n'ait jamais pu rendre des services très importants, mérite une mention spéciale.

La lèpre est extrêmement fréquente dans l'Inde. Cette horrible maladie qui couvre la peau de pustules et d'écaillés, qui carie les os^ qui les dénude quand les chairs pourries tombent rongées par d'affreux ulcères, ce mal qui fut la terreur de l'antiquité et du moyen âge, estril ou non contagieux? On a longtemps discuté la question, et nous la croyons tout à fait résolue aujourd'hui dans le sens de la négative. Mais elle peut être héréditaire, et ce qu'il y a de certain, c'est qu'aujourd'hui encore elle exerce dans rinde de terribles ravages.

Le nombre des lépreux y est si grand que vouloir les interner tous serait, non seulement une mesure inhumaine, mais encore une pure folie. On a dû se contenter d'offrir un asile aux malheureux atteints delà redoutable affection. La léproserie a été édifiée en 1827 (sur l'initiative de M. Desbassyns de Riche-

iJUl) NOS PETITES COLONIES.

mont, donf. nous avons déjà prononcé le nom), environ à deux kilomètres et demi de Pondichérj. Malheureusement elle fiit de tout temps peu fréquentée. Le malade serait assuré de trouver à la léproserie d'abord la vie matérielle assurée, et mieux encore, les soins' les plus dévoués et les plus intelligents. Mais l'Indien a horreur de la séquestration, it préfère supporter à l'air libre une vie misérable et des souffrances sans trêve. La mendicité, avons-nous dit, ne déshonore pas dans rinde, et la charité y est fréquent»^ : S juciassjs et Fakirs y étalent librement et partout leurs infirmités hideuses. Nous dirons même que lorsqu'ils n'en ont pas de réelles, ils en créent de factices.

Quoi qu'il en soit, nos médecins consacrent leurs efforts les plus dévoués à ceux des pestiférés qui veulent bien entrer à la léproserie. Malheureusement enrayer la maladie est impossible, la soulager bien difficile, et les consolations des prêtres sont peutêtre plus utiles encore que les secours de la science aux malheureux que ronge le mal implacable.

Ni les unes ni les autres ne leur fout défaut.

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