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CHAPITRE IV

Territoire de Pondichéry. — Le sol. — Les cours d'eau. — Division des terres. — Productions. — Pagode de Villcnour. — Fête de l'agriculture. — Fête du feu. -^ Kaly.

Le territoire de Pondichéry a une superficie totale de 29,122 hectares. Il se divise en trois districts : le district de Pondichéry, que nous avons étudié d'une façon très complète, celui de Bahour, et celui de Vill3nour.

Ces parties du territoire ne sauraient évidemment nous retenir aussi longtemps que la première ;Villenour seul nous fournira l'occasion de citer quelquesunes des grandes fêtes indiennes, et notamment celle de l'agriculture.

D'une façon générale, les districts français sont plus féconds que les anglais; aussi, les aidées se présentent-elles beaucoup plus rapprochées que celles de nos voisins. Les trois districts nommés plus haut contiennent ensemble trente-neuf aidées principales, et cent quarante et une secondaires, qui s'entremêlent aux villages anglais comme les cases d'un jeu de dames.

TiC sol du territoire se compose, en partie d'une terre argileuse plus ou moins mêlée de sable, et eu partie de terres sablonneuses légères. Les unes et les autres ne deviennent productives qu'au moyen de constantes irrigations, auxquelles pourvoient abondamment tous les cours d'eau naturels, ainsi que les travaux exécutés par nos ingénieurs.

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Huit cours d*eau arrosent le territoire de Pondichéry : la rivière de Gingy^ qui donne naissance à la rivière ai Ariancoupam et au Chaunambar; le Pani" beary qui se jette dans leGinory; le Coudouvear^ q»i se jette dans le Chounambar; le Ponear^ qui prend sa source dans les Ghâttes et se jette à la mer; le Maltar, qui dérive des eaux du Ponear et se jette dans le Coudouvear ; enfin YOupar^ qui se jette dans la mer.

Les deux plus importantes rivières sont le Gingy et le Ponear ; elles sont navigables pour les petits bateaux à fond plat, pendant quatre mois de l'année, Bur un parcours de vingt-cinq kilomètres à partir do Temboucbure.

En dehors de ces coui^ d'eau, on compte dans les trois districts neuf grands canaux de dérivation, cinq barrages, cinq grands étangs, cinquante-quatre petits, deux cent deux sources, et cinquante-trois réservoirs servant aux irrigations. Grâce à cette abondance d'eau, le territoire de Pondichéry est devenu assez fertile.

n est divisé, ainsi d'ailleurs que tout le sol français de rinde, d'après un système territorial assez compliqué, dont nous allons indiquer les lignes principales.

La loi Malmoul voulait que toutes les terres appartinssent en principe au souverain. La coutume du pays les divisait en cinq catégories: XQ^jacquirs^ terres abandonnées par le prince aux principaux chefs tributaires ; les maniomèy abandonnées aussi à différents fonctionnaires, et notamment à des établissements publics et religieux ; les strotionsy portions de terre d'une importance moindre concédées avec ou sans redevance; les adamanoms, dont le souverain aban-

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donnait à perpétaitc, non la propric^tc, mais la jouissance moyennant une redevance en argent; enfin, les promhocSy ou terres incultes occupées par les rouies, les savanes, les étangs, les cours d'eau, etc... Après une série de mesures conservatoires, la France, par un décret du 16 janvier 1854, a renonce à son droit de propriété sur les adamauoms : les détenteurs actuels du sol, à quelque titre que ce soit, qui acquittent l'impôt réglementaire, sont déclarés propriétaires incommutables du sol qu'ils cultivent. Nous avons seulement conservé un privilège sur les récoltes, et au besoin sur le sol, pour le recouvrement de Timpôl^ qui d'ailleurs a lui-môme été. abaissé de 33 9é. Cette généreuse remise ne nous a nui en rien; bien au contraire, depuis cette époque, les terres sont mieux cultivées, leurs produits plu? nombreux et meilleurs, et le budget de la colonie est devenu plus prospère.

L'homme à gage, employé pour la culture à Poudicliéry, avec contrat d'engagement, s'appelle un pacUal.

Les principales production? du territoire sont d'abord le riz ou nelh/ et les autres menus grains qui servent à l'alimentation des indigènes ; l'indigefère, dont la culture a été introduite dans le sud de l'Inde il y a cent ans à peine, et dont les excellents produits sont employés à la teinture des guinées ; le palmier olle, dont la feuille sert aux Indiens pour écrire avec un stylet leurs opérations commercialei, leurs comptes, rapport?, etc.; le cocotier, cultivé plus assidûment encore dans notre établissement de Mahé, où nous le retrouverons ; le tabac, la canne à sucre, le cotonnier, le sésame, le gingely, le palma-christi, le bananier, le

PagcKJo de yilleno'JT, piLs Vo-AicVîT-j,

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citronnier, l'oranger, dont le fruit garde souvent sa couleur verte même après maturité, le grenadier, le pamplemoussier, le goj^avior, le papayer, la vigne, qui donne deux récoltes par an, le manguier, l'atier, etc.

Ajoutons encore une grande quantité d'ananas exquis, et citons à part le bétel et le ganjali.

Les Indiens mâchent presque continuellement des feuilles de bétel, pilées avec des noix d'arreck et de la chaux, quel(][uefois avec d'autres ingrédients aromatiques et somnifères. — Le ganjah est le chanvre du pays, canahis indica^ fumé en guise de tabac par la population malheureuse.

Ces détails sur les cultures et les productions de l'Inde nous conduisent tout naturellement à parler de la fête de l'agriculture, très solennelle et très importante pour les Indiens. Elle se célèbre tous les ans au mois d'avril, à la pagode de Villenour, dans le district de ce nom, l'un des plus peuplés et des plus riches de nos possessions.

Le monument présente l'aspect d'un vaste quadrilatère de granit, et sur chacune des faces de la muraille, s'élève une tour qui dresse dans les airs un véritable fouillis de statues, de colonnettes et de sculptures ; elles sont si nombreuses et tellement enchevêtrées les unes dans les autres, qu'il est impossible de les distinguer nettement. Au milieu de l'enceinte, un vaste étang étale sa nappe bleue, et vers le centre se dresse un élégant pavillon bâti sur pilotis et destiné aux ablutions. Tout autour, on voit des constructions diverses destinées aux brahmes, aux desservants et aux bayadères de la pagode. Un des côtés les plus curieux de la fête est, àcoup iûr, l'exhibition inouïe d'infirmités,

de plaîos, de supplices volontaires très varies, qui se fait aux abords de la pagode : éléphautîasis, carie dos os, ulcères de lépreux, flancs ensanglantés à coups d'ongles, membres transpercés do poignards, rien ne manque à ce spectacle unique dans son genre, qui dépasse de beaucoup tontes lesborrears de la Cour des miracles.

Le char de lagriculture, de la hauteur d'an troisième étage, est en bitlie, bois assez semblable à Tacajou, surchargé de dorures, de peintures et d'ornements de tonte nature. Il est surtout sculpté à jour ; les sculptures représentent des scènes sur lesquelles il nous est interdit d'insister ; nous nous contenterons de dire que certains emblèmes, qui ont d'ailleurs pour les Indiens un caractère tout à fait sacré, y jouent des rôles aussi étonnants que variés.

La foule des fidèles s'attèle à cette masse colossale, tend ses muscles, et sous l'effort de plusieurs milliers de pèlerins le monstre s'ébranle enfin, s'avance lontoriient et accomplit le tour d'un cycle consacré. Il paraît qu'à Jaggrenat quelques illuminés se précipitent parfois encore sous les roues du char sacré., bien convaincus que se faire ainsi broyer est le meilleur moyen d'assurer son salut éternel ; à Villenour, heureusement, grâce à l'active surveillance des agents français, on n'a plus à déplorer ces actes de fanatisme.

Nous citerons aussi la fête du feu, pendant laquelle on fait rouler le char du dieu, beaucoup plus petit que celui de l'agriculture, sur un sol enflammé ; les fanatiques se font un devoir de le suivre dans sa marche sur les charbons ardents, ce qui, disent-ils, a la

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vertu de les purifier de toute souillure, et ce qui a, en réalité, pour résultat immédiat de les rendre assez longtemps boiteux.

Une fête importante encore est celle de la Dourgahy célébrée tous les cinq ans avec une solennité inouïe, en rhonneur de la déesse Kaly.^

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