‹ Nos petites coloniesChapitre 37 sur 44 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Découverte des îles. — Mendanao. — Cook. — Occupation fiai çaise. — Les colons. — Les Canaques. — La famille. — La pro priété. — Productions. — Avenir de la colonie.

En 1595, Tamiral espagnol Mendanao, monté sn ■la corvette Capitane^ se dirigeait sar les îles Salomon récemment découvertes, lorsqu'il rencontra le gronp d'îles qui s'étend an sud-est des Marquises.

Il mit en panne devant Omoa {Fatu Hiva) et en ira en rapport avec les indigènes. Ceux-ci, réunis su le rivage, saluèrent l'arrivée de ces hommes nouveau: avec des cris d allégresse, et les reçurent avec les dé monstrations de la plus vive amitié. Mendanao ei emmena quelques-uns à bord de son navire ; ai milieu de la fête qu'on leur donnait, on s'aperçn >que les naturels avaient dérobé quelques objets san valeur ; et aussitôt les Espagnols,fondant sur ces mal heureux indigènes, leur infligèrent une cruelle pu nition. Des coups de fusils furent tirés et un certaii nombre périrent.

Après cet acte, que de nos jours on trouverait à bo] <lroit d'une sévérité excessive, mais qui paraissait trè

naturel au xvi® siècle, Mendanao leva l'ancre et reprit le cours de son voyage. Dans sa route^ il reconnut encore Motane^ — Hiva-oa^ — Tavata, — Vaitahuy où des scènes semblables à celle que nous venons de raconter, se reproduisirent. Puis il continua sa route, donnant aux iles découvertes le nom èHles Marquises de Mendoza, en l'honneur de la femme du Marquis de Mendoza, dont il avait reçu la mission qui faisait le but de son voyage.

Cook visita également cet archipel en 1778, pendant son exploration à bord de la VénuSy et Forster, qui l'accompagnait, a laissé des renseignements ethnographiques intéressants sur les habitants de cet archipel.

Depuis cette époque jusqu'en 1842, de nombreux navigateurs abordèrent dans ces îles, régulièrement fréquentées d'ailleurs par les baleiniers poursuivant les cachalots dans les mers du Sud ; pendant la mauvaise saison, ils venaient y relâcher, et trouvaient à y échanger des fusils à pierre et de la poudre contre des poules et des porcs. Abusant de l'hospitalité qu'ils recevaient des naturels^ les capitaines de ces navires remplissaient les vides faits par la mort dans les rangs de leurs équipages en enlevant quelques-uns des habitant^ : procédé d^où résultèrent souvent des conflits et des assassinats dont les baleinier furent victimes.

Le 1" mai 1842, l'amiral Dupetit-Thouars, au nom de la France, prenait possession, à Vai-tahu, du groupe sud est des Marquises, et un mois après le drapeau tricolore flottait à Nu'hiva^ dans la baie Taiohae.

En résumé, l'archipel se compose de onze iles ré-

parties en deux groupes éloignés l'un de l'autre vingt-cinq lieues ; elles ont souvent changé d'ap] lation jusqu'au jour où la France les occupa défin vement. Le groupe sud-est, ou du vent, en compri cinq : Tanata, Hiva-oaj. Fatu-huku^ Fatu-hiva, Motane.

Le groupe nord-ouest, ou de la Révolution ^ ou Washington, en compte six : Nu-hiva, HapUy Han Ilatutu, JEiao, Motuiti,

Les débuts de notre occupation furent heureux, lesnatui'els semblaientaccepteravec plaisir notre suf matie,lorsqu'au moisde septembre 1842,il j eut une volte à la suite d'une rixe entre dos indigènes et soldats d'infanterie de marine. Le répression fut sévi •et la victoire de nos troupes complète. Mais elle co la vie à vingt-six Français : le capitaine de fréo Halley, un lieutenant et vingt-quatre soldats fur tués. Nous gagnâmes, il est vrai, la propriété enti de Vai-tahu, d'Hanamihae et d'Hunapo ; le roi n» céda la baie do Hakapei, et nous achetâmes celle Ikoehi. Le 29 juillet 1844, à Haapa, une nouv< révolte éclata. L'amiral Bruat, alors commandant nos possessions en Océanie, châtia sévèrement les i bitants, et tout rentra dans Tordre.

En 1846, cinq artilleurs furent assassinés à Taîoh le chef de la tribu fut condamné à mort, fusillé, etc de ses complices subirent la peine àjp la déportati<

De 1848 à 1852, on abandonna la baie de Vai-tal et tout le mouvement de la colonisation, ainsi que centre du gouvernement, se transporta à Nii-hiva. changement était motivé par un décret de l'Asse J^lée nationale rendu en 1851^ qui désignait cette d

nîère île comme lieu de déportation pour les însur- ;;és lyonnais. Tous y furent envoyés, à l'exception de trois; l'amnistie leur ayant été accordée en 1854, ils quittèrent la colonie,et ce fut pour les îles Marquises le signal d'une diminution de personnel et d'un décroidsement de population qui n'ont fait que s'accentuer jusqu'en 1859, époque à laquelle nos établissements furent réduits au point oà ils en sont aujourd'hui.

Il serait fort difficile de donner une orî;jine certaine aux habitants des îles; eux-mêmes n'ont que des notions très vagues à cet égard, et il est impossible de découvrir la vérité au milieu des légendes et des récits fantastiques qui forment la base de leur histoire. Ils n'ont pas du reste une juste notion du temps écoulé, et quand on les questionne sur une époque éloignée, ils répondent invariablement qu'ils ne savent pas, ce qu'il y a trop longtemps ».

Forster leur assigne une origine asiatique, et Labarihe les fait descendre des races malgaches. Le premier base son opiaion sur la couleur de leur peau et sur l'ensemble de leur physionomie ; le second s'appuie sur la similitude du langage, et sur la resscml»lance qui existe entre un grand nombre de mots malgaches et canaques.

Ces deux opinions concordent de tout point avec celle que nous émettions a propos des Betsimisaraks qui peuplent notre colonie de Sainte-Marie de Madagascar.

Outre la population primitive des Marquises, on trouve dans quelques-unes des îles de l'archipel une race désignée sous le nom de c Colons J> ; elle a été for-

mce par des déserteurs des navires baleiniers, dont nous parlons plus haut, qui se sont alliés aux femmes canaques. Parmi ces déserteurs il n'y avait pas de FranraiSjîls étaient tous Américains, Anglais , Espagnols ou Péruviens. Ces gens, adonnés à l'ivrogneria et à tous les vices, y ont ajouté les plus mauvaiso» habitudes canaques,et constituent pour la colonie un véritable fléau, car leurs descendants ont béri é de tous leurs défauts. Paresseux, ils no travaillent que pour subvenir strictement à leurs besoins, c'est-à-dire pour se vctirct acheter de reau-de-vie;liés d'amitié avec 1rs indigènes, ils abusent de leur générosité et vivent à peu près à leurs dépens. Et cependant, ils ont tous nn métier ; ils sont en général fort habiles à construire les baleinières et pourraient s'assurer une existence honorable et lucrative ; mais, nous le répétons, ils ne travaillent que lorsque le besoin les presse.

Les Canaques sont généralement de haute taille et bien proportionnés. Sans les tatouages dont ils se couvrent, on verrait que leur peau est d'un brun très clair, rappelant le hâle pr Juit par le soleil ; les cheveux, très noirs, sont lisses ou ondes, mais jamais crépus.

Les femmes, beaucoup plus petites que les hommes, ont les traits délicats; elles sont bien faites et remarquables surtout par la finesse de leurs mains. Plus jolies que belles, elles ont le teint clair, et les parties du corps non exposées au soleil aussi blanches que les Européennes ; leurs cheveux, coupés à la hauteur des épaules, flottent en liberté, sans aucun ornement ; elles ne portent pas, comme les femmes de Taïti, des couronnes de fleurs.

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D'un caractère doax et hospitalier, les habitants n'ont entre eux que de bons rapports; ils vivent sur le pied d'une cordiale fraternité, comme les membres d'une grande et même famille. Quand un ou plusieurs Canaques passent devant une case, on les appelle ; si c'est l'heure du repas, ils sont invités à en prendre leur part et acceptent sans cérémonie. Si c'est un étranger, on lui adresse la même invitation, on lui offre des fruits, des rafraîchissements, et ses hôtes font tous leurs efforts pour distraire leur invité et lui être agréable. La nation canaque constitue, comme on le voit, une population douce, hospitalière et affable.

La famille, telle que nous la comprenons dans les pays civilisés, n'existe pas chez eux. Et d'abord, ils ne connaissent pas le mariage, ni même une association

durable entre l'homme et la femme. Ces unions éphémères ne présentent pas, pour les enfants, les inconvénients que l'on pourrait croire, à cause de l'usage qu'ont les parents de les céder après leur naissance. Quand une femme va devenir mère, ses amies viennent, longtemps avant l'époque de ses couches, demander et retenir l'enfant qui va naître : le père et la mère le gardent rarement, il est presque toujours adopté par une autre famille. Les compétiteurs sont nombreux; ordinairement, le plus riche l'emporte, car la règle veut que l'adoptant fasse un cadeau ; c'est donc, en réalité, un marché, une espèce de vente, et en somme une bonne affaire pour les parents, qui non seulement sont débarrassés du souci d'élever leurs enfants, mais encore tirent un bénéfice de la cession. Il est vrai de dire que ceux qui donnent ainsi leur

progéniture adoptent souvent en revanche l'enfant d^an antre. On nous cite un colon d'origine américaine^ marié avec une Canaque, qui, avec le sens pratique propre à ces bons Yankees , n élève cette coutume à la hauteur d*une opération commerciale. Sur huit enfants que lui a donnés son épouse, il en a échangé quatre contre sept truies et quatre cochons gras.

Lorsque Te nfant vient au monde, sa mcre le garde et le nourrit jusqu^à l'âge de cinq ou six mois, puis le sèvre et le remet à sa famille d'adoption. C'est là Toccosion d'une fôte^ à l'issue de laquelle on emporte le jeune adopté dans la demeure de ses nouveaux parents, où du reste il trouve les mêmes soins et la môme affection que s'il était resté chez les auteurs de ses jours. Le lien de famille n'est pas absolument rompu, car, quoique l'on ne voie guère d'exemples d'enfants adoptés repris par leurs parents naturels, ils conservent néanmoins des rapports avec eux; ils connaissent leur mère, leurs frères et sœurs,mais da mère seulement, car, dans la parenté, le père ne compte pas, et pour cause. Lorsqu'un Canaque parle de sa naissance, il a soin de dire : < Ma mère, quand je suis né, était la femme de tel homme. i>

Une autre coutume fort répandue, et qui rend l'établissement de l'état civil des indigènes très difficile, est l'habitude qu'ils ont do se créer, de leur propre volonté, des parentés d'occasion avec leurs compatriotes et même avec des étrangers ; ainsi un Canaque se déclare le père ou le grand-père d'an homme plus âgé que lui, ou bien le fils ou le petit-fils d*un jeune Homme. Celte parenté s'acct-pte facilement, car elle

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n'engage à rien, pas même au plus petit cadeau ; elle peut être rompue comme elle a été contractée.

Si la famille est organisée sur des bases singulières, on en pourrait dire autant de la propriété foncière qui à proprement parler, n'existe, pas. Un notaire, s'il en existait à Nu-liîva,dirait que les habitants ont l'usufruit du sol sans en avoir la nue propriété. En effet, les Canaques jouissent des terres,mais ne les possèdent pas ; elles appartiennent aux différents chefs , et ceuxci, quand ils en vendent une partie, s'inquiètent fort peu des occupants. Cette propriété du sol remonte à un temps très reculé, probablement à l'époque de la prise de possession des iles par la race actuelle, alors que la terre conquise fut partagée entre les chefs des peuplades envahissantes. C'est là, du reste, le meilleur et presque le seul apanage des chefs, car ils n'ont aucune autorité sur leurs sujets ; ils ne portent aucune marque extérieure de leur dignité, et ce n est que pendant une guerre, ou dans les circonstances graves, qu'ils exercent leur commandement ; ils sont alors obéis aveuglément par leurs subordonnés. Ces chefs sont très nombreux, on en compte an moins un dans chaque tribu, et dans certaines on en rencontre quelquefois sept ou huit. Leur titre est héréditaire et se transmet, soit du père au fils, soit du mari à la femme; la loi salique est inconnue aux Marquises. Au-dessus de tous ces chefs, vient le grand chef, le roi, qu'ils appellent Papa Akaiki (tous les chefs). Maintenant encore règne la reine Vaekehu, qui n'exerce plus qu'une autorité éphémère sous le contrôle du gouvernement français ; nous lui servons une modeste pension de sia cents francs par an.

nos PATITES COLONIES. "^^

398 KOS PETITES COLONIIZS.

' Il est bien difficile, pour ne pas dire impossible, d se faire une idée de Tancienne religion des Canaque: Aujourd'huijils n'en ont ancane;on ne trouve chezeu qu'une série de superstitions , de légendes, et pai dessus tout une crainte extrême des esprits et de revenants (rehina-hœ). Cette frayeur est telle que, ! nuit, ils n'aiment pas à sortir seuls ; car, disent-il.« le revenant ne s'adresse jamais à un homme accom pagné. Ils ne redoutent pas de le voir, l'obscurité s' oppose, mais ils craignent de l'entendre.

Sans avoir de notion très claire sur l'imraortalit de l'âme, ils sont certainement convaincus que l'es prit qui les anime ne meurt pas en même temps qu le corps ; ils pensent aussi que cet esprit peut quitte son enveloppe sans que pour cela la vie l'abandonn immédiatement. Selon eux, les âmes des morts von occuper chacune des nombreuses étoiles qui cous tellentle firmament: une étoile filante est à leurs yen: le sisrnal de la mort do l'un d'eux.

Les légendes sont nombreuses, et nous avons et frappés de leur analogie avec des souvenirs du pacra nismo alliés aux traditions bibliques.

Un jour, un homme nommé Aka partit avc< cinquante guerriers montés sur sept pirogues et si dirigea vers l'ouest. Après un voyage de trois moîn ils découvrirent une île d'une végétation luxuriante où les arbres, étaient chargés de fruits délicieux mais dont les habitants étaient anthropophacres Sur le rivage^ une foule de femmes belles et séduisantes les invitaient, par leurs appels et par leur chants, à descendre à terre : mais ils étaient retenuj parla crainte. Alors, éclata une tempête terrible

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les pirogues furent submergées, et tous les marin» périrent, à l'exception d'Aka qui, s'étant accroché à son canot, réussit à le remettre à flot, et put, au milieu d« périls sans nombre, rejoindre sa patrie.

Une autre légende explique pourquoi les mous* tiques abondent à Nuhiva , tandis qu'ils sont inconnus dans le groupe du Sud-Est : Tupa, le père des dieux, voulant récompenser les bons et punir les méchants, réunit dans un èoco tous les moustiques de l'archipel, puis il en répandit le contenu sur l'impie Nuhiva. Il déchaîna aussi contre elle un raz de marée, qui s'éleva jusque sur les plus hautes montagnes, et engloutit tous les habitants à l'exception de deux.

Une foule d'objets , d'endroits et d'actions sont tapu, c'est-à-dire interdits par la superstition ; la case du chef est tapu, il est défendu d'y pénétrer, à moins qu'il ne vous y invite; tapu, la case où les chefs et les guerriers mangeaient leurs prisonniers de guerre ; tapu, le haut de la tête d'un enfant : on ne peut y toucher. Du reste, la politesse défend, lorsque l'on passe un objet à quelqu'un dont on est séparé par tme autre personne, de tendre le bras au-dessus de la tète de son voisin. La tête est considérée comme sacrée ; et cependant, ce n'est pas là que les Canàquds placent le siège de l'intelligence et de la volonté, c'est dans le ventre.

On comprend qu'avec ce fonds de superstition les indigènes attachent une grande vertu aux amulettes ; ils ont donc une foule de féti* ^ ohes et de talismans. Le meilleur de tous, paraîtil, consiste dans un calmar suspendu à un arbre

dans nn enclos : c*est nn porte-bonheur infaillible.

Les habitants étaient autrefois bien plus nombreux qu'aujourd'hui; maintenant encore ils diminuent chaque année. Nous croyons qu'il faut surtout attribuer la dépopulation à l'abus du kava, boisson qui abêtit tous les habitants, les femmes principah^meot; et dont nous indiquons plus loin la composition. Notons encore une fois ce fait absolument certain : partout où passent les Européens colonisateurs, la population autochtone dimÎDue de jour en jour.

Il y a quelques 'années encore, le vêtement . des indigènes ne se composait, pour les hommes, que de leur tatouage et du Aami, pièce d'étoffe attachée par devant à la ceinture, et passant entre les jambes pour aller rejoindre les reins , (le langhuti des Malgaches), — pour les femmes, d'un morceau de tissu fixé aux hanches et tombant jusqu'à mi-cuisse. Maintenant, grâce ànotreinfluenceet aux efforts des missionnaires, les hommes portent une chemise et un pantalon, les femmes une chemise ou gaule en indienne^ dont la couleur, qui obéit aux caprices delà mode, est le plus souvent bleue ou ronge. Quelques élégantes donnentleton, et aussitôt une nouvelle couleur lancée par elles, toutes les autres s'empressent de l'adopter servilement. :

Nous avons dit que les femmes portaient leurs cheveux flottants sur les épaules et sans aucun* ornement. Les hommes ont une coupe de cheveux fort irrégulière: les uns portent la moitié delà tête rasée, d'autres ne conservent qu'une touffe sur l'occiput, d'autres enfin laissent croître une mèche sur le milieu du frontet lanouHûentpo^; ce signe indique qu'ils ont

une vengeance à satisfaire. Ils portent aussi des ossements humains attachés à leurs cheveux ; il est facile de deviner la signification de cet ornement, car nous avons remarqué qu'il accompagne toujours le poe. Dans les grandes cérémonies, ils se coiffent d'aigrettes blanches nommées pava^ retenues au front par une couronne de dents de marsouin appelée Heikohio. Cette parure, d'une grande valeur, ne coûte pas moins de trois à cinq cents francs. Ils portent encore sur le sommet de la tête une sorte d'éventail en plumes de coq semi-circulaire, et haut de quarante à cinquante centimètres.

, Les habitations, bien bâties, sont en général très élevées. Elles n'ont pas moins de sept à huit mètres de hauteur. On emploie pour leur construction l'arbre à pain {mei) et le cocotier ; la toiture se compose de feuilles de cocotier tressées. Les casesdesgens riches sont recouvertes avec les feuilles du latanier. Le lit est le meuble principal ; il occupe toute la longueur de la pièce et a un mètre vingt de large. 11 se compose de deux troncs decocotîer,le toutgarni d'une natte supportée par de petits galets; c'est, on le voit, peu confortable. Lorsqu'ils se couchent, les indigènes appuient la tête sur un des troncs,et le mollet sur l'autre. Le popoi et le poisson sont la base de la nourriture des indigène?, les bananes et autres produits de l'île n'étant regardés par eux que comme mets superflus. Le popoi sert de pain; il se fait avec le fruit du mei, que l'on cueille avant son entière maturité. Les fruits sont pelés, et un ou deux jours après ou les iléi).i rasse de leur noyau , on les entasse ensuite dans une fosse d'un m^tre cinquante à deux mètre»

de profondeur, intérieurement garnie de pierres et de feuilles de Ti. Quand la fosse est pleine, on la recouvre et on laisse les fruits fermenter pendant trois ou quatre mois. Le produit que Ton retire de cette macération s'appelle ma; il se conserve pendant plusieurs années, et on l'apprécie d'autant plus qu'il est plus vieux. Le ma est ensuite battu dans un pilon, entouré de feuilles d'hibiscus et cuit dans l'eau; c'est le popoi.

En général, à l'exception du homard, des crabes et de quelques rares espèces, le poisson se mange cru, et salé avec l'eau de mer; on l'aime mieux avancé qne frais, et on attend quelquefois la putréfaction presque complète. Les indigènes mangent avec les doigts, mais proprement; avant de commencer leur repas et pendant sa durée, ils se lavent fréquemment les mains dans un'^ koka pleine d'eau placée près d'eux à cet effet. En mangeant, ils ne boivent que dereau,etc'est seulement entre leurs repas qu'ils absorbent le kava. Cette liqueur est faite avec les racines d'une plante qui porte le même nom. Voici comment on la fabrique :

Les racines sont mâchées, en général par des jeunes gens, déposées dans une koka où on les lave à grande eau , puis elles sont malaxées ; le liquide qui en sort forme le kava. L'abus de cette boisson produit chez ceux qui s'y livrent une sorte d'engourdissement et d'abrutissement qui, même après que l'ivresse est dissipée, laisse des traces difficiles à détruire.

Le KokOy au contraire, rend furieux, et c'est toujours sous rinfluence de l'ivresse produite par cette liqueur que se commettent les assassinats.

Nous avons dit qae les Marqaisiens ont le caraotère doux et affable; ils sont aussi indolents, quoique d'humeur gaie. Réunis en troupe, ils causent beaucoup, rient bruyamment et bien souvent sans savoir pourquoi. Intelligents et adroits, ils excellent surtout dan? les travaux de charpentes. On demeure frappé d'étonnement quand on voit les ouvrages qu'ils ont pu exécuter autrefois, alors qu'ils ne possédaient que des outils de pierre ; ils avaient su, il est vrai, leur donner un tranchant aussi fin que celui de Tacier, et à Taido de ces outils ils sculptaient des os de cachalot avec une délicatesse merveilleuse.

Leurs notions scientifiques sont très bornées, suitout en ce qui touche les nombres. Pour compter, ils ont pris 40 comme unité de calcul: ils comptent dix fois quarante et obtiennent le nombre 400, qu'ils répètent encore dix fois. Mais là se borne tout leur savoir; arrivés auchifi*re 4000, ils s'arrêtent, c'est leur maximum; au delà de cette somme ils disent: mea-nuij mea-nuiy beaucoup, beaucoup. Leur année, puni, se divise en dix mois (meama) de vingt-huit nuits (po). Ils ont cependant une idée de la division des jours en séries de sept, comme nos semaines; chacun d'eux a un nom. Il y a chez ces indigènes encore une autre année, mais ils en parlent rarement: c'est la meî-nui, quia vingt meama et vaut deux puni. Ce qui a fait établir cettj année double dans la manière de compter le temps, c'est que sur deux récoltes de fruits de l'arbre à pain, il y en a toujours une plus abondante que l'autre (mei, pain; nwi, beaucoup).

Tel est en résumé ce peuple canaque, hospitalier et bon, mais auquel on a reproché avec raison son

ancienne anthropophagie. Il est certain qa^antreîbîs ces indigènes se livraient an cannibalisme. Ils ne faisaient pas de la chair humaine leur nourriture habituelle, ils se contentaient de manger leurs prisonniers. Depuis bien des années ils ont abandonné cette coutume barbare, progrès dû surtoutàl'influencedes missionnaires.

Tous les voyageurs sont d'accord pour reconnaître que cette population ne ressemble en rien à celle des îles voisines, et que les Marquisiens forment dans Tarchipel un peuple asolnment à part.

Le climat est sain et agréable. Le jour, le thermomètre se tient toujours entre 25" et 28", et la nuit entre 20^ et 24^. L'air est sans cesse rafraîchi par la brise de mer, et le soleil, quoique chaud, n'est pas dangereux; les insolations ne sont jamais à craindre. La saison des pluies se divise en deux parties : la première arrive en janvier, ei la seconde dure de mai à août.

Les principales productions naturelles de l'île sont:

Le Mei, dont le fruit, comme nous l'avons vu, constitue la principale nourriture des habitants ; le Cocotier, dont on tire le coprath et dont le bois est employé pour la construction des cases ; le Mio^ ou bois de ro3e, très estimé dans l'ébénisterie ; le Toa, ou bois de fer; le Ihi, dont le fruit aplati, gros comme un œuf de poule, cuit sous les cendres, ressemble au marron ; le Puahi, bois de santal ; de nombreux orangers^ des citronniers et des bananiers.

La Kumaay ou patate douce, était autrefois très soignée, mais depuis 1868 la culture en a été complè* tement abandonnée.

Les missionnaires ont importé dans les îles le coton-

nier, quî se multiplie par les soins des colons et de» Chinois immigrés, dans une telle proportion, que sous peu l'île Nu-hiva sera entièrement couverte de cette plante si utile.

On ne rencontre pas d'animaux féroces dans les îles; il n'y a que les cochons sauvages, espèces de sangliers armés de défenses, qui soient à craindre. Les animaux domestiques sont les porcs, les bœufs, •très nombreux, introduits par les missionnaires, les moutons, les chèvres. Quelques chevaux, mulets et ânes, mais en petite quantité, et considérés plutôt comme des animaux de luxe.

A part lés moustiques {mono), les fourmis, les araignées et les myriapodes, les insectes sont inconnus.

Telle est la description de ces îles. Quand on les aperçoit du large avec leurs côtes abruptes, tombant à pic dans la mer, d'une hauteur de trois ou quatre centsmètres, couronnées de hautes montagnes, on devine qu'elles sont d'origine volcanique ; les falaises qui les terminent font supposer de^ scissions brusques et des convulsions de la nature fractionnant un continent en plusieurs groupes d'îles.

Lasimilitude des terrains et la couleur desroches ne laissent aucun doute à cet égard; Topinion scientifique est d'ailleurs d'accord avec les légendesqui parlent d'îlots disparus, ou d'îles brusquement séparées. Telle, par exemple,Nu-hiva,qui,selon les habitants,fut un jour séparée de Uapa par le génie Tapa. Il suffit de considérer la -couleur des roches de ces doux îles qui se font vîs-à-vîs, pour être convaincu qu'une séparation a eu lieu en effet^ et à une époque relativement peu éloignée.

Ces îles que nous venons de décrire forment, avec les autres établissements de la Polynésie, un des poinis les plus importants pour la colonisation de l'avenir. Il serait à souhaiter que l'on pûty diriger des colons le plus tôt possible. Ils y trouveraient, sous un climat «alubre, au milieu do populations douces, que Ton pourrait rendre laborieuses, des terres très fertiles, où poussent avec une vigueur incroyable lo cotonnier, le caféier et la canne à sucre; ils s'emploieraient facilement dans le petit nombre d'établissements déjà créés, car on y manquede bras, et on est réduit, comme d'ailleurs dans la plupart.de nos colonies, à recourir aux immigrés chinois. Ils en créeraient surtout de nouveaux, à la condition toutefois d'être aidés. Le prochain percement de l'isthme de Panama appelle ces différents points à, devenir des stations navales et des centres commerciaux de la plus haute imuortance.

ARCHIPEL DES TUAMOTU

L'archipel de Tuamotu (îles lointaines) a mérité le surnom de dangereux à cause de son hydrographie demeurée imparfaite, et des récifs de corail qui eu rendent l'accès difficile. On l'appelait aussi Pomotu DU îles soumises ; les habitants , quand ils ont accepté le protectorat de la France en 1842, ont demandé que cette appellation ne soit plus employée.

Ces îles, au nombre de quatre-vingt-six, font, avec es Gambier, partie d'un contmetit snbDaexgé, et ne «ont que les sommets Ml nui coà-

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vraient ce continent.- Escarpées, et presque inabordables du côté de la mer, elles s'inclinent au contraire en pente douce vers l'intérieur, et circonscrivent un lagon central. Elles sont gardées par des récifs madréporiques constituant une barrière continue où, de temps à autre, se rencontre une interruption qui forme une passe. Quelques-unes n'ont point de passe, et restent inaccessibles même aux plus légers canots; on est forcé de soulever et de porter les embarcations pour franchir la ligne des brisants.

Il n'y a pas d'eau douce dans ces îles, si ce n'est à Anao, où le résident a fait construire une citerne qui fournit une petite provision. On n'y voit que des cocotiers et quelques arbres à pain.

La population des îless'élève à 7,270 habitants. Eux aussi étaient autrefois anthropophages^ et on prétend même que le cannibalisme subsiste encore chez quelquesuns. A cela près^ils ont main tenant les mêmes coutumes que les Tiutiens. C'est Anao qui la première s'est relativement civilisée: des Maoris chassés parla guerre vinrent s'y installer et modifièrent ses mœurs en y apportant les usages de Taïti, qui bientôt se répandirent dans tout l'archipel.

Le copzaih occupe le premier rang dans le commerce des Tuamotu. On y traitait d'assez importantes affaires de nacre et de perles, mais l'activité de ces transactions a considérablement diminué. Les petites goolettes appartenant aux maisons de Taïti viennent bien toujours dans l'archipel prendre des chargements de ces précieuses marchandises ; les naturels qui les recueillent en connaissent maintenant toute la valt'ur, et les commerçants se montrent moins

empressés à Tachât, parce qa*ib ne réalisent plus les mêmes bénéfices qn'aatrefois.

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