ALBERT WOLFF
Sans crier gare, Albert Wolff nous est arrivé un beau jour des bords du Rhin, et depuis il occupe une des premières places parmi les petits journalistes.
Son arrivée dans la capitale du monde civilisé date de 1857. Un journal allemand l'avait envoyé chez nous en lui confiant la critique du salon, à la condition de lui revenir immédiatement; Albert Wolff l'avait promis, jamais il n'avait eu la pensée de quitter sa blonde
patrie, mais malheureusement pour ses compatriotes, et heureusement pour nous, quelqu'un lui fit faire la connaissance d'Alexandre Dumas, qui l'engagea à rester dans les environs du boulevard Italien et à préférer à la
choucroute des tavernes allemandes les biftecks du café Véron.
Merci, monsieur Dumas, en trouvant à Wolff quelque instruction, en le nommant votre secrétaire, vous avez rendu à la presse parisienne un signalé service.
Le bruit a couru qu'à cette époque Albert Wolff était pour quelque chose dans une comédie que l'illustre romancier a donnée au Gymnase. Je signale le fait en passant, sans vouloir l'approfondir, cette collaboration ne me paraissant pas du tout monstrueuse, mais là, pas du tout.
Quand Dumas partit pour la Russie, Wolff perdit sa place, et, avec elle, l'espérance de voir son nom jusqu'alors inconnu briller sur l'affiche à côté de celui de l'auteur de Monte-
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Cristo. En effet, tous deux, le jeune écrivain débarqué d'hier et l'homme célèbre, collaboraient réellement cette fois, ouvertement; — de cette collaboration devait sortir une traduction des Brigands de Schiller, peut-être un chefd'œuvre, qui sait? Le départ de Dumas pour la Russie a interrompu l'affaire que plus d'un directeur de théâtre serait enchanté de voir se renouer à son profit.
En partant, Dumas avait donné quelques bons conseils à son jeune protégé, quelques bonnes recommandations.
Je le retrouve quelques mois après très-bien installé au Charivari, d'abord sous le pseudonyme de Charles Brassac, et, plus tard, sous son véritable nom.
Son passage au journal de M. Huart a été des plus brillants. — Je tiens de source certaine qu'il a l'intention d'y rentrer et d'y recommencer une collaboration régulière, — les abonnés ne s'en plaindront pas.
En même temps qu'au Charivari, Albert
Wolff entrait an Figaro par un article intitulé: Grandeur et décadence du sieur Billion, qui eut du succès. Le journalisme militant lui souriant, il s'y adonna corps et âme, et durant quinze mois, il fit au Figaro la besogne, selon moi, la plus difficile : les Échos de Paris.
• A cette époque, M. de Villemessant, qui se trompe quelquefois, le congédia, il croyait Wolff fini : il n'avait pas commencé.
Du Figaro, il passe à Y Europe de Francfort, où il rédige le Courrier de Paris en collaboration avec Henri Rochefort, puis son nom paraît dans le Nain jaune où sa campagne a compté pour une des meilleures. Dans le Nain jaune de Scholl, Wolff, comme au Figaro, était chargé des Échos. Ils y eurent un succès immense. Quand ce journal se transforma en journal politique, M. de Villemessant, qui avait changé complètement d'opinion, lui offrit alors la place qu'il lui avait retirée autrefois.
Malheureusement, il était un peu tard; un