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JACQUES PORLIER

des chandelles, il donnait des leçons d’écriture, de lecture ou de calcul aux enfants de Pierre Grignon et de Domitille Longlade. C'est lui qui enseigna le rudiment au jeune Augustin Grignon, futur mémorialiste de la carrière de son grand-père Charles Langlade et historiographe des débuts du Wisconsin.

Jacques Porlier fut incontestablement le premier instituteur de l’état du Wisconsin. Le titre est noble et beau. Il mérite à son détenteur le respect et la reconnaissance des générations successives. Nous, Français d'Amérique, nous ne pouvons oublier que l’école du soir, au foyer de Pierre Grignon, se faisait exclusivement en français, et que les souvenirs livresques auxquels Jacques Porlier faisait appel remontaient au séminaire sulpicien de Montréal. Qui pense à ces choses, aujourd’hui, dans le beau et prospère pays du Wisconsin ?

Dans l’hiver de 1793, Jacques Porlier, satisfait des conditions de vie que lui offrait sa nouvelle patrie, résolut d’y fonder un foyer. Il épousa Marguerite Grésie, fille d’un Français traiteur. Plusieurs enfants naquirent de cette union. Le mieux connu est l’aîné, Jean-Jacques, qui prit une part active aux mouvements militaires de la campagne de 1812-1814, comme lieutenant dans la compagnie du capitaine anglais Pohlman.

L'un des amis et protecteurs de Jacques Porlier, au début de son entreprise de commerce personnel, fut le traiteur anglais Robert Dickson, établi à la Prairie-du-Chien, dans la partie sud-ouest du Wisconsin. Colonel au service de l’Angleterre pendant cette guerre anglo-américaine de 1812-1814, Dickson compta Porlier parmi ses meilleurs auxiliaires, dans sa tentative de chasser les Américains du territoire des Grands Lacs. Il obtint quelques succès. Mais le traité de Gand de 1814, suivi de la convention Rush-Bagot de 1817, assura aux États-Unis la possession définitive de ces riches territoires explorés d’abord par des pionniers canadiens.

La belle réputation de droiture et de parfaite intégrité dont jouissait Jacques Porlier au pays des Grands Lacs, réputation accrue par sa culture d’esprit, l’avait fait désigner au double poste de capitaine de milice et juge de paix de la Baie Verte, au temps du gouverneur George Prevost. Le changement d’allégeance s’uopéra sans heurt ni difficulté considérable. Les Américains avaient besoin, pour se protéger contre les astucieux Indiens, de l'influence des Canadiens fixés au pays. Le comté de Brown ayant été constitué au fond de la baie Verte en 1819, Jacques Porlier, déjà enseigne de milice sous l’autorité américaine, fut nommé, en septembre 1820, au poste important de juge en chef de ce nouveau comté. À ce titre, et à la satisfaction générale — ce qui n’est pas peu dire ! — il administra la justice, tant au civil qu'au criminel, pendant une quinzaine d’années. Il résigna ses fonctions en 1836, lorsque fut régulièrement organisé le territoire du Wisconsin destiné à devenir un état de l’Union en 1818.

Notons que d’autres Canadiens de l'Ouest, jouissant d’une autorité morale sur les tribus indiennes, furent revêtus de la dignité judiciaire, à des degrés divers, dans le vaste territoire du Wisconsin. On peut mentionner Joseph Rolette, François Bouthillier, Michel Brisebois, Nicolas Boivin et ce Charles Réaume qui, après avoir aidé les premiers pas de Jacques Porlier dans l'Ouest, termina sa carrière un peu extravagante par une mort solitaire dans sa cabane, à soixante-dix ans, en 1821.

L’historien des Canadiens de l'Ouest, Joseph Tassé, nous fournit une liste des principaux habitants canadiens de la Baïe Verte, au temps de Jacques Porlier. On aimera peut-être la retrouver ici. Nommons Louis Gravel, Barthélemy Chevalier, M. Duchesneau, Pierre Chalifou, Jacques et Nicolas Viau, Pierre Charbonneau, Alexandre Gariépy, Louis Beaupré, Prisque Huot, Joseph Ducharme, Jean- Baptiste Langevin, Amable Normand, Jean-Baptiste Lavigne, Augustin Bonneterre, Joseph Boucher, Antoine Le-

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