III. Le repos dominical
L'homme a besoin d'un jour de repos sur sept. Et ce jour doit être le dimanche. Gela, Messieurs, vous semble tout naturel. Mais les beaux esprits de la libre pensée ont une peur horrible du dimanche, et leur impiété pudibonde se croirait souillée rien qu'à prononcer ce mot sacro-saint. Laissons-les. Et avec le bon sens, avec le genre humain, avec la religion disons que le jour du repos doit être le dimanche.
D'abord le joui' du repos doit être le même pour tous. S'il variait suivant les usines, les professions et le bon plaisir de chacun, ce serait la ruine de tout travail économique sérieux, et de toute vie de famille. Les chantiers sont désorganisés, si les ouvriers se reposent, les uns le dimanche, les autres le lundi, ceux-ci la samedi et ceux-là le
jeudi. — Il n'y a plus de foyer domestique, si la mère va travailler aujourd'hui dans une fabrique, le père demain dans une autre, et les enfants aprèsdemain dans une troisième. Il faut un jour de repos déterminé, le même pour tous. Lequel sera-ce? Le dimanche évidemment. Parce que la loi divine désigne ce jour, est-ce une raison pour l'éviter ?
D'ailleurs, tous les peuples civilisés sont ici d'accord avec la loi divine. A la dernière Exposition tenue à Paris en 1889, un Congrès international s'est prononcé sur cette question. Ce Congrès était composé de gens de toutes nations et de toutes ^'oyances. Or, lorsque ces hommes venus de tous les points de l'horizon eurent à prendre une résolution commune, ils décidèrent : 1° que tout homme, tout travailleur avait besoin d'un jour de repos par semaine ; 2° que ce jour de repos ne pouvait être autre que le dimanche.
Il n'y a pas à hésiter là-dessus. D'autant plus que le dimanche offre à l'homme non pas un repos quelconque, mais le repos moralisateur et religieux. Et ceci est capital. Le corps ne saurait être vraiment soulagé, quand l'âme demeure accablée. Le délassement physique n'est possible et complet, qu'à la condition d'être accompagné du délassement moral, c'est-à-dire de la liberté de l'esprit, de la joie du cœur, de la paix de la conscience, trésors insépa-
rables de la fidélité à Dieu el au dimanche catholique. La chose est prouvée, 11 faut au corps de l'homme le repos périodique, le repos hebdomadaire, le repos dominical... on me fait une objeciion. J'y réponds.
On mange tous les jours; donc il faut travailler tous les jours.
i° Si c'était vrai, ce serait peu glorieux pour notre siècle et lamentable pour tous.
Gomment? Je l'ai dit, dans les écuries bien tenues on donne réglementairement un jour de repos sur quatre à un cheval de travail. Et l'homme, pour manger tous les jours, devrait travailler tous les jours? Qu'il demande alors à être cheval? Il aura un sort meilleur.
Gomment? Nos pères trouvaient le moyen de sauvegarder la liberté de leur dimanche, et nous, nous aurions fait dix révolutions pour aboutir à la pitoyable nécessité du travail ininterrompu? Comment? Il avait donc raison le socialiste de 1848, Pierre Leroux, qui disait : « Je propose de graver sur le Panthéon, au-dessus de l'inscription : Aux grands hommes la patrie reconnaissante, celle-ci : La Révolution est venue, et l'ouvrier a été obligé de travailler un jour de plus par semaine pour vivre? » On mange tous les jours, donc il faut travailler tous les jours. Si c'était vrai, ce serait
i)our notre orgueilleux xix' siècle la pire des hontes, .♦lais non,
2° Ce n'est pas vrai, du moins en règle générale.
D'abord, bieii malacquis ne profite jamais. Le jour
|ue vous prenez au Seigneur ne vous profitera pas non
)lus. « Je connais deux moyens bien sûrs de de-
ymiT pauvre, dit le curé d'Ars, c'est de travailler le
iiimanche et de prendre le bien d'autrui. » Gela s'est
vu, Messieurs. Cela se voit encore. Dieu ne bénit
pas le travail du dimanche.
Et puis à travailler tous les jours, même le dimanche, on s'use avant l'âge ; à force de surmener la pauvre machine humaine, on en brise les ressorts. Bientôt on s'aperçoit que pour manger du pain tous les jours de sa vie, il eût mieux valu n'en pas semer le dimanche, et qu'en somme on a dévoré l'avenir à force de se préoccuper du présent. Quelle pitoyable sagesse! On mange tous les jours, donc il faut travailler tous les jours, disent les prudents du siècle. Et moi je vous dis avec une prudence plus éclairée, parce qu'elle est fondée sur la parole de Dieu et sur l'expérience universelle : on mange tous les jours, donc il faut se reposer le dimanche.
De grâce, Messieurs, donnons à l'ouvrier, à l'em-. ployé, à tous, donnons-nous à nous-mêmes le dimanche, le dimanche tout entier, le beau dimanche avec sa pure et douce matinée, avec son
réveil paisible que ne hante point le cauchemar du travail forcé. Et, en sauvant les corps, qui sait si on ne sauvera pas les âmes? Tout se tient. Oh ! que la religion est donc belle et bienfaisante ! oh ! qu'elle est utile à tout ! Aimons-la. Pratiquons-la. Elle est notre meilleure amie! Elle est la clef d'or qui délivre ici-bas les esclaves du travail, et qui leur ouvre là-haut la porte du ciel !
Amen!
SIXIÈME CONFERENCE