II. La profanation du dimanche n'enrieliit pas la France
Voici d'abord un fait significatif. En 17^9, on était fidèle chez nous à observer le dimanche, et nous avions 4 millions de pauvres sur 26 millions
d'habitants. Aujourd'hui le dimanche est violé, et sur 35 millions d'habitants nous avons 7 millions de pauvres. Qu'en dites-vous? Trouvez-vous que la profanation du dimanche a enrichi la France?
Encore un autre fait, non moins significatif. Comparons la France non plus à elle-même dans le passé, mais aux autres nations dans le présent. La loi du dimanche est respectée en Suisse, en Allemagne, en Angleterre, aux Etats-Unis, et dans tous ces pays, l'industrie et le commerce sont plus prospères qu'en France. \J Allemagne ^ à l'heure qu'il est, nous fait subir des défaites économiques plus lamentables peut-être que nos défaites militaires de 1870. Son exportation dépasse de plus en plus la nôtre. Dans nos colonies elles-mêmes, au Tonkin et en Gochinchine, ce ne sont pas nos produits qui dominent, mais ceux de l'Angleterre et de l'Allemagne.
IS Angleterre et YAmérique sont certes deux nations très puissantes. Elles couvrent l'Océan de leurs pavillons et les terres de leurs colonies. L'Angleterre, du fond de sa petite île, s'est fait un empire plus vaste que celui d'Alexandre et de César. Elle compte 175 millions d'hommes qui lui obéissent. Les Etats-Unis font sentir jusqu'au cœur de la vieille Europe la puissance redoutable de leur commerce, de leur industrie et de leur
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agriculture. Or, chez les Anglais et chez les Américains, le dimanche est observé. Ces deux peuples si actifs, si pressés, pour lequel le temps est de l'argent, dès que la cloche a annoncé le jour du Seigneur, s'arrêtent respectueux et obéissants. Plus de bruit d'enclume, plus de roulement de charrettes, point de poste, à peine quelques trains de chemin de fer. Regardons d'un peu plus près V Angleterre. Oii le commerce est-il plus actif, l'industrie plus florissante que dans cette île aussi jalouse qu'enviée de ses voisins — oii mille voiles apportent chaque jour les tributs des deux mondes, que mille autres navires courent ensuite distribuer à tous les peuples de la terre — oii des milliers de puissantes machines, servies par des millions de bras, fabriquent plus d'étoff'es qu'il n'en faudrait pour vêtir tous les enfants d'Adam, répandus sur la surface du globe habité? Or, dans cette perpétuelle activité de la pensée et de la main — dans ce tourbillon de projets, de craintes, d'espérances, dans cette lutte et cette concurrence fiévreuse d'intérêts qui rendent cette terre plus mobile et plus agitée que ne le sont les flots qui baignent ses rivages — il est inouï qu'un jour de dimanche un seul atelier, un seul bureau, un seul comptoir soit ouvert, qu'un seul magasin blesse le regard chrétien par l'étalage de ses marchandises, qu'on fasse ostensiblement ce qui s'appelle une affaire.
Dernièrement arrivait dans le bassin de la Ro-
chelk un steamer anglais avec un chargement de houille. C'était un samedi soir. Dès le lendemain matin dimanche les grues à vapeur étaient sous jression, les manœuvres arrivaient en grand j, ombre pour le déchargement, lorsque le capitaine, îiglais et protestant, se présentant sur le pont, (déclara qu'il ne permettrait à personne de décharger son navire le dimanche. « On n'est pas habitué, dit-il, dans mon pays, à travailler le dimanche. On n'a jamais travaillé à bord ce jourlà, on ne commencera pas aujourd'hui ». — <( Nous, Anglais, disait Macaulay à la tribune de son pays, nous ne sommes pas plus pauvres, mais plus riches, parce que depuis des siècles nous donnons au repos un jour sur sept. Cette journée-là n'est pas perdue. Pendant que l'industrie s'arrête, que la charrue se repose dans le sillon, que la Bourse est silencieuse, que la fabrique laisse éteindre ses fourneaux, il se fait un travail tout aussi important au bien-être des nations que celui qui s'accomplit dans les jours
0 vrables. L'homme, cette machine des machines. ré[ are ses forces, se remonte et retourne le lundi à son travail avec l'esprit plus lucide, le cœur plus satisfait et une nouvelle vigueur physique. »
Cela, Messieurs, est remarquable. Chaque di-
1 nanche, l'Angleterre, cette nation industrielle, dont on peut dire que toute la pensée est dans le calcul et toute l'àme dans l'ardeur du gain,
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s'arrôte brusquement comme un vaisseau qui s'asseoit sur ses ancres. L'Angleterre protestante donne à la France catholique, de qui elle devrait la recevoir, cette leçon de respect pour le jour dont la religion a consacré le repos. Elle n'en est que plus riche. Non, Messieurs, la profanation du dimanche ne peut pas enrichir un peuple. La profanation du dimanche n'enrichit pas la France.
Encore un mot : Ne sont prospères que les nations que Dieu bénit. Dieu a des droits sur les sociétés, et, comme les sociétés n'existent plus dans l'autre vie, c'est ici-bas que Dieu les châtie ou les récompense. Sans donc être téméraire, on peut affirmer : 1° que la prospérité des nations protestantes s'explique en grande partie par leur fidélité au dimanche ; 2° que Dieu ne saurait bénir un peuple qui, habituellement, publiquement, officiellement, foulerait aux pieds la loi du dimanche, loi essentielle, loi divine par excellence. La profanation du dimanche compromet les intérêts moraux et les intérêts matériels de la nation. C'est prouvé.
Conclusion,
En somme la profanation du dimanche est une de nos grandes plaies sociales. Elle est un crime et une infortune dans la société contemporaine. L'homme de ce siècle, égoïste et sans religion, se
démène et se surmène, dérobant à Dieu tout ce qu'il peut et ne tenant nul compte des lois du Créateur. Mais aussi en s'agitant de la sorte contre Tordre éternel, il s'use le corps et l'âme — la race s'affaiblit — Dieu s'en va. Et nous voyons des peuples en pleine activité tomber en décadence et mourir de vouloir trop vivre. Gare à nous, Messieurs ! Que telle ne soit pas notre histoire ! Revenons à la sanctification du dimanche. Là est le salut du corps et de l'âme, de la religion ou de la famille. Là est le principe fondamental de l'ordre public et de la prospérité sociale. Que faire alors? Je vous le dirai dimanche.
Amen!
NEUVIEME CONFERENCE