V. — Le clergé et les catholiques en première ligne
Nous sommes en retard. Sur [le terrain de la croisade antialcoolique les protestants nous ont devancés. Gela peut s'expliquer de deux façons : 1° D'abord le clergé et les catholiques ont généralement une peur exagérée de se mettre en avant. Ils ont peur des coups. Ils préfèrent les douceurs de la paix aux hasards de la lutte. Ils sont plus habi-
tués à l'obéissance passive qu'aux initiatives aventureuses ; 2° Et puis ralcoolisme ayant sévi d'abord dans les pays du nord qui sont de religion en majorité protestante, c'est là que se sont fondées les ligues antialcooliques, auxquelles tout naturellement se sont ralliés les protestants français. Mais aujourd'hui que le mal nous a gagnés à notre tour, la question est mûre pour tout le monde, et il importe que le clergé et les catholiques entrent vigoureusement dans le mouvement.
Le clergé doit s'y mettre. « Dans ce grand combat déclaré à l'alcoolisme, dit Léon XIII, il est nécessaire que les prêtres marchent à la tête de tous ». Ce n'est pas un conseil, c'est un ordre que le pape nous donne. Veuillez bien. Messieurs, ne pas me reprocher d'apporter dans la chaire un sujet en apparence étrange. J'obéis à mon chef". Oui, le devoir du clergé est ici évident. 11 doit étudier avec la plus grande attention cette très grave question de l'alcoolisme. 11 doit favoriser les sociétés de tempérance etleur susciter des adhérents. Il doit s'élever avec force contre Falcoolisme pendant les retraites et les missions, dans l'enseignement du catéchisme, dans les patronages, dans les réunions d'hommes, de jeunes gens, de mères de famille. C'est ce que l'essaie de faire, Messieurs.
Que tous les catholiques fassent plus et mieux encore. Qu'ils s'émeuvent. Qu'ils parlent. Qu'ils agissent. Que chaque jour devienne plus nombreuse
L'A.LCOOLISME 165
et plus ardente la légion des chrétiens décidés à combattre et à vaincre le fléau envahissant, le fléau corrupteur et homicide, le fléau destructeur de toute civilisation.
Conclusion.
Je vous ai dit le devoir de l'Etat et le devoir des particuliers. Je pourrais m'en tenir là... Non. Je sens que je n'ai pas été assez précis. Je veux aller jusqu'au fond de cet important sujet. Je veux poursuivre l'alcoolisme et vous montrer à l'atteindre dans ses causes, dans ses sources. Nous ferons cette étude dimanche prochain. Encore un peu de patience, et je vous dirai tout. Que Dieu bénisse ma parole, afin qu'elle reste courageuse et qu'elle ne soit pas tout à fait inutile !
SEPTIEME CONFERENCE