‹ Nos plaies socialesChapitre 50 sur 133 · II. — Aidez-nous · texte numérisé non relu

II. — Aidez-nous

Aidez-nous, Messieurs, et travaillez avec nous à christianiser la nation. Ensemble appliquons-nous à cette besogne, non moins patriotique que religieuse.

1° Pas de découragement!

a) A quoi bon gémir et nous décourager ? Le pessimisme, le décoaragement n'est pas une doctrine, ni même une opinion, ni même une méthode. C'est une paralysie. C'est l'excuse des inactifs. C'est la maladie des vaincus.

b) Le découragement n'est pas seulement inutile et dangereux. Il est injuste. Sans doute nous sommes malades, parce que le sang chrétien s'est appauvri dans nos veines; mais nous ne sommes pas morts ; la force religieuse palpite encore dans notre sein. Comme Lamartine, ce siècle pourrait dire : ( J'ai été élevé dans le christianisme; j'ai été formé de sa substance; il me serait aussi impos-

sible (le m'en dépouiller que de me dépouiller de mon individualité, et si je le pouvais je ne le voudrais pas, car le peu de bien qui est en moi vient de lui et non de moi ». Non, Messieurs, l'idée chrétienne n'est point éteinte. A cette heure môme, elle reprend son empire dans les portions supérieures de notre littérature. Nos hommes les plus intelligents et les plus honnêtes retrouvent les chemins de la croyance. Tous ceux qui réfléchissent proclament que c'est fini de rire, que le moment n'est plus aux amuseurs et aux sceptiques, et qu'il faut revenir au christianisme, moyen unique et nécessaire de santé et de guérison pour les âmes et pour la société. Les idées comme les pluies descendent des sommets. L'idée chrétienne descendra d'étage en étage jusque dans la plaine, et elle ira imbiber et vivifier l'immense multitude. A nous, Messieurs, l'honneur et le devoir de précipiter l'idée chrétienne, de la mettre en circulation, de lui donner sa plénitude, son rayonnement, son universalité, sa prépondérance définitive.

2° Par nos exemples, par nos paroles, par nos démarches, par notre apostolat.

Ce n'est pas assez que les prêtres soient apôtres, il faut que les laïques le redeviennent. Personne à l'heure présente n'a le droit de se désintéresser des destinées de la religion. Ceux qui la poursuivent ne la ménagent pas. Ceux qui la professent, peu-

vent-ils rester neutres, inertes, impassibles? Ce n'est pas possible. Il ne nous suffit pas de rendre hommage au bien que l'Eglise catholique a fait dans le passé, et de la laisser dans le présent se tirer d'affaire comme bon lui semble. Il faut mettre à son service notre activité, notre courage, notre générosité, notre enthousiasme. Il faut ne lui marchander ni notre adhésion ni notre concours. Il faut la faire resplendir dans notre vie publique comme dans notre vie privée.

.Jamais la religion n'a été plus nécessaire que de nos jours. Soyons ses disciples. Mieux que cela. Soyons ses apôtres. Faisons-la rentrer dans les lois, dans les mœurs, dans les institutions, ayons une foi, non pas languissante et solitaire, mais ardente et communicative. Ensemble travaillons à christianiser la nation.

LA

PREMIERE CONFERENCE

Le chemin suivi et à suivre.

Je voudrais vous expliquer aujourd'hui le plan de nos conférences dominicales depuis onze ans, et vous annoncer le sujet particulier qui va nous occuper désormais jusqu'à la fin de la présente année.

I. Depuis onze ans nous avons ensemble remué beaucoup d'idées, nous avons fait beaucoup de besogne.

Pendant un an nous avons étudié Dieu et son œuvre — pendant deux ans, Jésus-Christ et son œuvre — pendant quatre ans, l'Eglise et son œuvre.. Puis encore pendantquatre ans, l'Eglise au XIX* siècle. Enfin, cette année, j'ai ouvert une nouvelle série de conférences sous ce titre : Nos grandes plaies sociales. Et déjà, de nos grandes plaies sociales,

j'en ai scruté et analysé deux : la profanation du dimanche et l'alcoolisme.

Voulez- vous me permettre, Messieurs, de vous faire remarquer le caractère spécial de cet enseignement? Ce n'est point un enseignement vague, sentimental et purement théorique; c'est un enseignement très précis, très positif, j'ose le dire, très pojnilaire. Rarement je vous ai fait voyager dans le domaine de la spéculation; presque toujours j'ai mis des faits et des réalités sous le regard de votre intelligence. Nous venons de traverser deux siècles de rationalisme échevelé. Au sortir de ces orgies notre raison est mal à l'aise. Systèmes, raisonnements, hypothèses, architectures personnelles, nous n'en avons cure. Nos générations meurtries, brisées, sans équilibre ni certitude, ont soif de lumière simple. Il m'a paru que le meilleur moyen d'instruire et d'intéresser était d'exposer tout uniment le christianisme dans sa splendeur nue, et dans ses trésors vrais, avec la voix du siècle, avec son accent imparfait et son allure. L'enseignement que je vous distribue depuis onze ans est un enseignement positif, très actuel et très moderne. Quelques-uns, ceux qui ne viennent pas, m'en ont fait un reproche. Je n'en suis point ému, et je reste convaincu qu'un prêtre qui vit à la fin du xix* siècle ne doit point prêcher comme on prêchait vers 1830, vers 1780, comme on prêchait à la cour du grand roi. Je reste convaincu que de tous les genres le

plus détestable est le genre ennuyeux, et que la première qualité de la parole publique est d'être intelligible, donc adaptée aux besoins de l'auditoire, donc actuelle et moderne. Les tailleurs ne font pas des habits pour les gens du moyen âge. Les prédicateurs d'aujourd'hui doivent parler pour les gens d'aujourd'hui. La vérité ne change pas, mais le vêtement d'un jour que nous lui donnons se diversifie sans cesse. Depuis onze ans j'ai abordé dans cette chaire les questions les plus vitales et les plus actuelles.

II. Pendant cette douzième année je vais continuer mon œuvre. Je vais continuer devant vous l'étude de nos grandes plaies sociales. Après vous avoir parlé de la profanation du dimanche et de l'alcoolisme, il me reste à vous entretenir delà désertion des campagnes. La désertion des campagnes... je crois bien que ce sujet à lui tout seul va nous retenir longtemps.

i° La désertion des campagnes... voilà un sujet bizarre ! àïroni peut-être quelques-uns.

Pas si bizarre que cela. Je l'étudié depuis longtemps. Je le porte depuis longtemps dans ma tête. Originaire de la campagne et voué depuis 22 ans à l'apostolat dans la ville, je suis efltrayé du déplacement de population qui se fait journellement des champs à la cité. 11 y a là un phé^omène singulier

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qui a plus d'une fois sollicité mon attention et éveillé ma vigilance. Ce phénomène, je viens de le considérer de très près, j'y ai découvert je ne sais combien d'aspects, certainement capables de vous intéresser autant qu'ils m'ont fait réfléchir moimôme. Tenez... que je vous cite une parole autorisée.

Au mois d'août dernier j'avais l'occasion de faire une visite à l'archevêque de Paris. Le vénéré cardinal m'accueillait avec ce sourire de paternelle bienveillance que tout le monde lui connaît, il engageait avec moi une longue conversation sur la situation religieuse de la France en général et de Paris en particulier, et à la fin il me disait avec un accent de conviction émue qui m'a beaucoup frappé : « Oh! monsieur le curé, Paris est de plus en plus envahi par la province. Dites bien aux paysans et aux ouvriers que vous pouvez connaître de ne pas venir se fixer dans la capitale. La désertion des campagnes est un mal incommensurable. » Voilà, Messieurs, une parole grave dite par quelqu'un qui s'y connaît. Je me suis promis, en l'entendant, de vous la redire. C'est fait.

J'ai encore un autre témoignage à vous citer. Ces jours derniers, je recevais la visite d'un jeune lieutenant, admirable d'intelligence et de dévouement. Il me racontait les industries et les efforts de son zèle à l'égard des hommes de sa compagnie. « Je voudrais, me disait-il, leur ennoblir la vie do

caserne, leur continuer la vie du foyer domestique, leur donner un idéal, leur insuffler l'enthousiasme patriotique. Je voudrais les déprendrt des faux prestiges de la ville, et souvent je leui répète : vous, hommes des champs, restez ans champs. La désertion des campagnes est un fléau qui menace de tuer la nation ». Qu'en dites-vous, Messieurs? ne trouvez-vous pas que le sujet que je vous propose vaut la peine d'être étudié?

D'ailleurs, à première vue... qu'est-ce que la campagne? qu'est-ce que la terre? n'est-elle pas aussi indispensable à l'homme qu'à la plante? n'est-elle pas la condition indispensable de la production de ses aliments, de son vêtement, de son habitation, et le seul bien matériel fondamental que Dieu ait donné à l'humanité? N'est-ce pas dans son sein que sont renfermées toutes les richesses minérales qui assurent le bien-être et la prospérité des sociétés? N'est-elle pas la source féconde et jamais tarie oii individus, familles, sociétés, puisent une force constante et toujours nouvelle? n'est-elle pas l'expression matérielle et la substance même de la patrie? D'autre part, la question agraire ne dominet-elle pas de son importance l'histoire de tous les peuples anciens et modernes? Et aujourd'hui encore, même chez nous, en dépit de la puissance fantastique de l'argent et du crédit, n'est-ce pas elle encore qui, de toute sa hauteur, domine la question sociale? Donc, cette question-là, la qucs-

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tien de la terre, la question de la désertion des campagnes, mérite bien les honneurs d'une sérieuse et minutieuse attention.

2" Mais un tel sujet convient-il à la chaire catholique ? diront peut-être quelques-uns. Pourquoi pas ?

Dans cette question de la désertion des campagnes de grands intérêts sont en jeu : un intérêt matériel, car il s'agit de la dignité et de la grandeur de l'agriculture, et par contre-coup de la prospérité générale de la nation — un intérêt patriotique, car il s'agit des liens de la famille et des principes premiers de la morale et de la vertu — un intérêt religieux, car il s'agit de conserver dans nos populations les trésors de la foi chrétienne et de sauver en France l'avenir de la religion. — Or aucun des intérêts des peuples n'est étranger au cœur, au ministère du prêtre. Un clergé qui se désintéresserait des questions vitales qui agitent la nation, qui resterait dans sa stalle quand les maisons brûlent autour de son clocher, qui n'aurait pour les besoins de son temps ni une pensée, ni une émotion, ni une parole, ni un regard... serait un clergé fini. L'humanité veut vivre, et elle a le droit de demander à son clergé les remèdes contre la mort, les lois de la vie et les secrets de la résurrection.

On dit que le monde est en travail d'un nouvel ordre de choses. Et c'est vrai. Il y a dans le monde

contemporain des aspirations et des transformations qui se précipitent à la manière d'un torrent. L'ingénieur ne se déclare pas indifférent et impuissant devant le torrent ; il met en œuvre toutes les ressources de son art pour discipliner ces forces dévastatrices, leur faire enfanter des merveilles... et, par une sorte de stratagème scientifique, il prendra au torrent lui-même la force dont il a besoin pour le dompter. Ainsi le prêtre en face du monde contemporain. Qu'il n'aille pas le maudire : ce ne serait ni sage, ni chrétien. Il doit l'aimer, l'étudier, le connaître à fond... pour l'améliorer et pour tourner au bien ce qu'il a d'inquiétant. La désertion des campagnes est une de nos plaies sociales. Le clergé a le droit et le devoir de scruter cette plaie, d'en approfondir les causes et les conséquences, et d'en rechercher les remèdes. C'est ce que nous allons faire ensemble pendant une année, si une année entière nous est nécessaire pour épuiser le sujet.

Conclusion. — Venez et faites venir.

Un certain nombre de chrétiens ont une sainte horreur de la prédication et se contentent le dimanche d'une simple messe basse de 20 à 25 minutes. Ils trouvent nos grands offices trop longs. Ce n'est pas nouveau. Unedame se plaignait un jour à M^"" de la Mothe, évêque d'Amiens, de la longueurde la messe

du dimanche. « Ce n'est pas la messe, lui répondit le prélat, qui est trop longue, c'est votre dévotion qui est trop courte ». Cette spirituelle réponse conviendrait à pas mal de chrétiennes... et de chrétiens de nos jours : on ne peut pas faire à notre messe des hommes le reproche d'être trop longue; avec la conférence elle dure à peine 3 quarts d'heure. Venez et faites venir.

Ici on prie en commun. C'est bon à l'âme — Ici on s'édifie mutuellement. C'est doux au cœur — Ici on chante sa foi. Cela réchauffe les tièdes et réconforte les faibles et entraîne les indécis. — Ici on entend des choses très instructives, très variées, très intéressantes. Ici on entend une parole qui n'est pas toujours aussi préparée qu'elle voudrait l'être, mais qui, je vous l'affirme, est toujours très sincère et très désireuse de vous faire du bien. Cela peut être utile à tous. Restons unis, Messieurs, sous le regard de Dieu, dans le culte de la vérité, pour le plus grand bien de nos âmes, de notre pays et de notre siècle !

Amen!

DEUXIEME CONFERENCE

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