‹ Nos plaies socialesChapitre 49 sur 133 · I. — Le fait est certain · texte numérisé non relu

I. — Le fait est certain

Dans une série d'articles intitulés : la Lutte

conti'e l'alcoolisme^ notre illustre compatriote, Jules Lemaître dit : u Le plus nécessaire, ce serait de réveiller ou de créer chez ceux que menace l'alcoolisme, une force spirituelle capable de lui résister. » Voilà qui est parfaitement vrai.

1° L'alcoolisme ne peut être vaincu que par une force spirituelle.

Vous montrez à l'alcoolique les conséquences désastreuses de son vice. Mais ces conséquences ne sont pas à ce point fatales qu'il n'espère y échapper. Il vous dira que certains buveurs d'alcool sont morts très vieux et que certains buveurs d'eau sont morts très jeunes. Il vous dira que, la maladie et la mort étant inévitables, il aime mieux la vie courte et gaie que longue et sans plaisir.

Vous essayez de prouver à l'alcoolique qu'il ne se fait pas seulement tort à lui-même, mais qu'il fait tort à sa famille, à sa descendance, à son pays. Il vous dira : Tant pisi Après moi le déluge! » Je ne sais plus qui a dit que l'égoïste mettrait le feu à la maison de son voisin pour faire cuire un œuf. Ainsi l'alcoolique. Sa passion est irréductible, si elle est affranchie de tout frein moral. L'alcoolisme ne peut être vaincu que par une force spirituelle.

2° Cherchez la force spirituelle capable de vaincre ralcoolisme.

Vous nommez le sentiment de la dignité humaine

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le sentiment de la solidarité familiale et nationale, la bonté, la charité naturelles. Certes, toutes ces nobles idées ne sont pas à dédaigner, et on ne saurait trop les faire flamboyer aux regards de l'homme que la passion sollicite et entraîne. Mais il y a plus. Ily a mieux. Il faut autre chose.

Il faut mettre dans l'homme une force spirituelle, plus haute que l'homme, et supérieure à ses instincts, la force religieuse. En effet, l'abstinence exige des sacrifices. Au nom de quels principes se les imposer à soi-même et les imposer aux autres? Pour se sentir obligé de défendre sa race et soimême contre un empoisonnement qui dégrade, mais qui plaît, il faut avoir conscience d'une loi morale supérieure, et croire qu'il y a des raisons de vivre haut. Il faut avoir une foi, une croyance, un idéal. Il faut posséder en soi la force religieuse.

C'est ce que proclame l'illustre savant J.-B. Dumas, parlant du sujet qui nous occupe : « Il est nécessaire de réveiller chez l'homme le sentiment de la responsabilité morale, le respect de lui-même, l'amour de sa famille, l'idée de la patrie, et la crainte de Dieu ». J.-B. Dumas se rencontre ici avec l'evêque de Liège, qui, s'adressant à ses prêtres, leur dit : « Le remède par excellence est le remède religieux. Les autres ne sont pas à négliger, au contraire, mais, sans celui-là, ils n'auront qu'une efficacité restreinte ».

En somme, Messieurs, il faut en revenir au

Catéchisme. « Qu'est-cequelatempérancechrétienne? dit le catéchisme. — R. La tempérance chrétienne est une vertu qui nous fait user de toutes choses avec modération et selon la loi de Dieu ». Faisons des chrétiens, bien pénétrés de leurs devoirs envers Dieu et envers eux-mêmes, et l'alcoolisme sera arrêté, refoulé, sinon tout à fait vaincu.

3° Non, objectent quelques-uns,\at.ioTceTe\.i^iQ\is& est impuissante devant l'alcoolisme, comme d 'ailleurs elle est impuissante devant les passions de l'homme.

A cela je réponds trois choses :

à) D'abord l'homme est /z'ôre. La religion respecte sa liberté. Elle aide la bonne volonté, mais elle ne sauve pas ceux qui refusent obstinément d'être sauvés.

h) De ce que la religion n'arrête pas infailliblement les passions humaines, est-ce que cela prouve qu'elle ne les arrête jamais? Selon Montesquieu, dire que la religion n'est pas un motif réprimant, parce qu'elle ne réprime pas toujours, c'est dire que les lois civiles ne sont pas un motif réprimant non plus.

c) Est-il juste d'accuser la religion d'impuissance, quand on la prive de sa liberté d'action, de sa pleine indépendance? Que n'a-t-on pas fait dans ce siècle pour contrarier la force religieuse, pour la comprimer, pour la paralyser, pour la supprimer même? On nous reproche de ne pas faire assez

pour moraliser la nation. Qu'on nous permette donc de la christianiser. C'est là, Messieurs, qu'est le nœud de la question sociale; c'est là qu'est le secret du relèvement national; c'est là qu'est la solution de tous les problèmes qui nous préoccupent et nous agitent.

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