II. Les inconvénients du fonctionnarisme
Tant au point de vue de la nation qu'au point de vue des individus.
1° Le fonctionnarisme est un danger pour la nation.
En multipliant outre mesure les aspirants aux fonctions publiques, il diminue l'activité productrice... il discrédite et dégarnit les situations qui exigent l'effort, l'initiative et qui exposent à des aléas, comme l'agriculture, l'industrie et le commerce. Et ainsi la société se trouve encombrée d'intellectuels sans emploi, de diplômés sans ouvrage, d'une masse d'individus dont l'ambition est incapable de se contenir et de se satisfaire.
Et puis le fonctionnarisme est une charge énorme pour le budget national. En 1846, nous avions 188.000 fonctionnaires, et la somme des traitements atteignait seulement 245 millions. En un demi-siècle
nous avons marché. En 1896, nous avions 530.000 fonctionnaires, et la somme des traitements atteignait 616 millions. Aujourd'hui nous avons plus de 600.000 fonctionnaires... Et comme il a fallu à tout prix faire de la place pour caser tous les postulants, on a de plus en plus mis à la retraite d'office et abaissé la limite d'âge. Aussi le chiffre des pensions civiles qui figurait au budget en 1853 pour une somme de 23 millions, y figure aujourd'hui pour plus de 70 millions. Le nombre des fonctionnaires a seulement doublé, tandis que le chiffre des pensions se trouve avoir plus que triplé. En somme, le fonctionnarisme impose au budget une dépense annuelle de plus de 700 millions.
Permettez-moi une comparaison. Le budget des dépenses ressemble à ces jets d'eau mobiles que les jardiniers déposent sur les pelouses. Le jet se pulvérise en s'échappant. Chaque brin d'herbe de la pelouse n'a qu'une ou deux gouttes pour lui; mais les brins d'herbes sont innombrables, et cela fait au total beaucoup d'eau répandue. Gela fait au total au moins 700 millions qui se pulvérisent et qui vont arroser 763.700 fonctionnaires en activité ou en retraite. C'est énorme, mais si vous faites le partage de ce grand arrosage, vous constatez facilement que la quotité qui revient à chacun esl assez médiocre. En même temps qu'il est un'danger pour la nation
LA DÉSERTION DES CAMPAGNES 3o3
2° Le fonctionnarisme n'est pour les individus qu'une maigre satisfaction.
On a tellement créé de places et inventé de sinécures, que, pour ne pas trop surcharger le budget, on a été obligé de faire très petite la rétribution des sinécures et des places. C'est ainsi que M. Neymarck, qui était, en 1896, président de la société de statistique nous affirme, chiffres en mains, que sur 600.000 fonctionnaires il y en a près de 200.000 dont la moyenne de traitement ne dépasse pas 766 francs, moins de 42 sous par jour, puis un peu plus de 100.000 qui atteignent juste 1.170 francs, environ 3 francs et 4 sous par jour. Avouez, Messieurs, que ce n'est pas merveilleux et que le fonctionnarisme ne mène pas toujours à la richesse, ni même toujours à l'aisance.
Et de plus il constitue souvent un véritable esclavage... esclavage de la fonction. Tous les jours il faut exécuter la même consigne, tourner dans le même cercle, piétiner sur la même place, avec la régularité d'une toupie automatique. Souvent aussi esclavage de la conscience. A certaines heures, le malheureux homme qui est pris dans l'engrenage du fonctionnarisme est obligé de s'observer quand il rencontre son curé et de ne le saluer qu'en réponse seulement et avec un air de distraction voulu. 11 est obligé de s'observer quand il rencontre monsieur le maire, ou monsieur le notaire, ou le monsieur du château. Le dimanche il va à une
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messe matinale, la plus petite possible, ayant soin d'entrer après tout le monde et de sortir avant que personne soit sorti. Il n'est pas toujours libre d'élever ses enfants comme il le voudrait. Il faut qu'il considère la liberté comme un bien de retraité. Il y rêve; c'est tout ce qu'il peut faire. Malheur à lui si ses fillettes chantent des cantiques sur la route départementale n° 27! 11 peut être dénoncé, privé de tout avancement, peut-être mis à pied. C'est un esclavage qui fait pitié.
Pères de famille, qui m'entendez, réagissez contre la passion, contre la rage du fonctionnarisme. Faites de vos filles de bonnes maîtresses de maison, de bonnes ménagères, de bonnes ouvrières, et, si c'est leur vocation, de bonnes religieuses. Faites de vos fils de bons agriculteurs, de bons industriels, de bons commerçants, de bons ouvriers, et, si c'est leur vocation, Je bons prêtres. Faites de vos enfants des citoyens indépendants et de courageux chrétiens. Faites-en des hommes de foi, des hommes de labeur, des hommes d'initiative... el en laissant après vous une postérité croyante et forte préparez le relèvement de la patrie et de la religion.
knien !