‹ Nos plaies socialesChapitre 91 sur 133 · I . Le progrès de la vie industrielle · texte numérisé non relu

I . Le progrès de la vie industrielle

Notre siècle pourrait être appelé le siècle de la

houille, le siècle du fer et le siècle de la machine, tant ces trois éléments ont été, depuis 50 ans, actifs et prédominants.

Ce qui s'est consomme aer /e/- uepuis 25 ans seulement est invraisemblable. On a employé le fer comme autrefois pour les épées, les casques et les armures. Et, de plus, on Fa employé et on l'emploie tous les jours pour les fusils, pour les canons, pour la charpente et la cuirasse des navires. On emploie le fer pour les chaudières, pour les machines, pour les outils sans cesse multipliés. On emploie le fer pour les chemins qui ont pris le nom du fer, pour ces innombrables rails qu'on fait toujours plus lourds pour résister à des vitesses toujours accélérées. On emploie du fer pour les ponts, que nos aïeux faisaient en bois ou en pierre ; du fer pour les maisons, pour les palais, pour une foule de constructions qui font semblant de ne pas être en métal, et qui ne pourraient exister sans le métal. On emploie du fer pour les télégraphes, les téléphones, les colonnes qui soutiennent le fil conducteur des tramways électriques... pour les bicyclettes, les automobiles, les boîtes de conserves et de biscuits, les instruments de chirurgie et de physique. Toutes ces choses vont se multipliant à notre époque. Il faut donc en fabriquer à outrance. On construit des cuirassés partout, on installe des voies ferrées partout.

Et qui plus est, voici que le fer fait alliance avec

le ciment. C'est une vraie révolution dans l'art du bâtiment. La pierre, la brique, la tuile, l'ardoise sont supplantées. Du fer! donnez-nous du fer, des poutres de fer, des murailles de fer, des toits de fer, des cloisons de fer! Les artistes sont inquiets et disent songeurs : Comment allons-nous faire du beau avec cet utile? Quelle architecture nouvelle va sortir de ces cataractes d'acier en fusion, dont les éclaboussures, diversement solidifiées, fournissent désormais le moyen de jongler avec mille difficultés qui désespéraient jadis les architectes? Mais cela n'arrête pas les ingénieurs, et l'industrie métallurgique bat son plein.

L'industrie métallurgique n'est d'ailleurs que la servante des autres industries, et avec ses muscles d'acier la machine partout s'installe. Elle se meut, elle travaille, elle produit. Jadis le chanvre et la laine étaient filés au coin du feu, pendant les longues veillées d'hiver, par la jeune fille qui chantait le printemps de sa vie, et par la grand'mère qui racontait à ses petits-enfants les histoires du temps passé. Aujourd'hui la mère et la fille sont rangées devant des broches, qui tournent avec un bruit assourdissant, dans un air épais et humide, 011 les plus belles joues pâlissent.

Et auprès de la grande industrie fonctionne le grand commerce^ qui en est l'annexe et la consé-

quence. Autrefois les étoffes et les denrées étaient débitées au public par de petits marchands, assis dans de petits magasins, à côté de leurs femmes qui faisaient la soupe, et de leurs enfants qui jouaient sous le comptoir. A la place de ces milliers de foyers heureux et indépendants, un grand magasin enrégimente, et caserne des centaines de jeunes gens et de jeunes filles, qui ne connaissent plus la vie de famille, et s'exténuent du matin au soir à vendre à la hâte tout ce qu'un client peut désirer pour se vêtir, se meubler et se distraire.

Le grand commerce tue les petits magasins. L'industrie centralisée détache la population du sol et l'entasse en des agglomérations malsaines, sans prendre soin ni de sa santé, ni de son éducation morale. Le progrès de la vie industrielle est patent.

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