II. Le recul de ia vie agricole
N'est pas moins visible. Une évolution s'accomplit non seulement en France, mais dans les pays de l'Europe occidentale. La France et l'Europe se déruralisent, et, par suite, s'urbanisent de plus en plus.
L'industrie va vers les populations rurales. Les usines se multiplient, envahissent des coins de campagne qui prennent désormais des physionomies
392 CONFÉRENtiES AUX HOMMES
citadines; oîi l'on avait laissé un bocage, on retrouveune longue cheminée. Ce qui était pleine campagne devient banlieue, et ce qui était banlieue devient rue. L'Angleterre, où l'évolution est plus avancée que chez nous, n'est déjà plus qu'un grand jardin maraîcher, entremêlé de parcs et de maisons de plaisance. Tout y est subordonné à Londres et à quelques autres grands centres. La campagne fruste, libre, non ralissée, non civilisée, un Anglais ne la cherche plus dans son île. Il va la chercher au loin, dans les colonies, dans ces pays neufs que lesexplorateurs sillonnent à qui mieux mieux depuis un quart de siècle. C'est de cette campagne-là que l'on fait venir les denrées que l'on demandait jadis au sol national, tandis que ce sol national se voit envahi, en raison de l'accroissement des villes, par les jardins de maraîchers, par l'industrie laitière, par l'horticulture et Tagriculture de luxe, auparavant confinées dans les banlieues... Nous n'en^ sommes pas encore tout à fait là, et la vieille Francerenfermé encore bien des coins où l'on se sent dans la vraie campagne, loin du monde affairé et civilisé. Mais qu'on ne s'y trompe pas : nous marchons vers un état social où la ville dominera de plus en plus la campagne, où la vie industrielle empiétera de plus en plus sur la vie agricole. L'industrie va vers les populations rurales, et d'un autre côté
Les populations rurales vieniient à l'industrie^
Elles sont alléchées par les places à prendre autour des machines, par les salaires en apparence magnifiques, par la facilité des plaisirs et des distractions qui abondent dans les villes. Et puis les déplacements sont si commodes, et les transports si peu coûteux ! Ne va-t-on pas de Paris en pleine Sologne aussi vite que l'on allait jadis de Paris aux petits villages suburbains? Et ne va-t-on pas en Algérie ou en Tunisie aussi rapidement que l'on allait jadis de Paris en pleine Sologne? Courir à la grande ville... c'est devenu un jeu. Rien d'étonnant à ce que la physionomie économique du pays se ressente d'un pareil bouleversement dans les communications. Rien d'étonnant à ce que nos populations rurales émigrent vers les centres industriels. Rien d'étonnant à ce que le vide se fasse dans les campagnes, tandis que l'enceinte des grandes cités craque sous la population qui s'y entasse. Il y a là un phénomène naturel contre lequel on ne peut rien, ou à peu près rien.
Le développement de l'industrie est une caus*' nécessitante de la désertion des campagnes.
VINGT-SIXIÈME CONFÉRENCE