‹ Nos poètesChapitre 14 sur 17 · M. PAUL VERLAINE · texte numérisé non relu

M. PAUL VERLAINE

Je suis venu, calme orphelin, Riche de mes seuls yeux tranquilles Vers les hommes des grandes villes :

Ils ne m'ont pas trouvé malin, (l)

Ainsi chantait un jour, naïvement et bizarrement, à son ordinaire, un poète dédaigné longtemps, qui s'est mis lui-môme au nombre des « maudits », et qui a trouvé à son nom le charmant et mélancolique anagramme de « Pauvre Lelian. » Mais voici qu'on commence à juger M. Verlaine malin; et c'est justice.

(1) Sagesse.

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M. Paul Verlaine n'est pas un « jeune. » Il a aujourd'hui quelque quarante-cinq ans. Et il n'est pas non plus un débutant. Il a publié ses Poèmes Saturniens en 1866. Ilfutunmoment, avecM. Mendès et M. Ooppée, Tun des poètes les plus reinarqués du Parnasse. Ses Fêtes Galantes surtout furent bien accueillies. Sainte-Beuve s'intéressait à lui. Hugo lui exprimait son admiration. Monselet écrivait à la garde de son exemplaire cette note qu'un bibliophile me signale : « Paul Verlaine est jeune, peh*f(?), d'une physionomie bizarre. Il a beaucoup de talent... » M. Zola suivait, dit-il quelque part, M. Verlaine et M. Ooppée avec une curiosité égale, se demaiîdant lequel irait le plus loin. M. Verlaine disparut subitement peu de temps après la guerre, et Ton fit quinze ans le silence sur lui. Depuis quelques années seulement, il est rentré dans la vie littéraire. Il a une école maintenant, et, en dehors même de son école, il a des dévots.

Ce ne sont pas ses premières œuvres que ces dévots préfèrent ; et je pense qu'ils ont raison. Les Poèmes Saturniens sont un livre de jeune

homme. La mode était aux impassibles. L'œuvre se ressent de leur influence. Il est plaisant de voir ce poète, le plus sensuel et le plus troublant qui soit, affecter la sérénité olympienne à ses débuts, et calquer docilement les professions de foi de M. Mendès :

Est-elle en marbre ou non, la Vénus de Milo ? (l)

Rien de moins verlainien aussi que ces longues tirades d'alexandrins dissertatifs (façon Hugo), ces étalages de noms barbares (Hugo encore, ouLeconte de Lisle) ; cette recherche de la rime très riche (Banville) ; ces pièces de sujet impersonnel, et même historique, comme la Mort de Philippe IL — Plus tard, le poète ne dira plus que ses rêves j et il répudiera les procédés de ses maître comme trop grossiers. Déjà, dans lesPoèmes Saturniens, on sent que cette lourde jonglerie de la rime riche le fatigue, que sa rapidité et sa mobilité de sensations s*en accommodent mal.Çà et là, il s'en tire par la première cheville venue, qu'il ne prend guère au sérieux :

Une connezité grandiosement aime,

Liait le Kchatrya serein au guerrier calme...

(1) M. Mendès avait dit :

La grande Mase porte un péplum bien sculpté, Et le trouble est oanni des âmes qu'elle hante... Pas de sanglots humains dans le chant des poètes!

214 LES ÉCRIVAINS d'aUJOURD'hUI

Et c'est dans ces « fumisteries » que M. Jules Lemaître a cru voir des ingénuités prétentieuses d'illettré.

Les Fêtes Galantes sont un recueil de plus d'intérêt. Imaginez le thème de la Fête chez Thérèse de Hugo, repris et développé en de petites pièces dans le genre de celles des Sérénades de M. Mendès. Seulement, les madrigaux de M. Mendès sont calmes autant qu'habiles ; et ceux de Verlaine sont déjà tout pleins de troubles et d'étrangetés. Lisez ces vers sensuels et mystérieux :

Le soir tombait, un soir équivoque d^automne. Les belles, se pendant rêveuses à nos bras.

Dirent alors des mots si spécieux, tout bas.

Que notre âme, depuis, toujours tremble et s'étonne...

Ou cette piécette d'une bizarrerie inquiétante :

En dépit des destins jaloux.

Mourons ensemble, voulez- vous?

— La proposition est rare.

Le rare est le bon. Donc, mourons Comme dans les Décamérons...

— Hi, hi, hi, quel amant bizarre I

Bizarre, ]e ne sais. Amant Irréprochable, assurément.

Si vous voulez, mourons ensemble ?

— Monsieur, vous raillez mieux encor Que vous n'aimez, et parlez d*or ; Mais taisons-nous, si bon vous semble.

— Si bien que ce soir-là, Tircis Et Dorimène, à deux assis

Non loin de deux syl vains hilares,

Eurent l'inexpiable tort D'ajourner une exquise mort...

— Hi ! hi ! hi ! les amants bizarres !

Verlaine est là presque entier, avec ses frissons, sa conviction que le bon c^est le rare, ses rêves de « mort exquise ». Il est sur le chemin de la folie sensuelle. La Bonne Chanson y marquera un temps d*arrêt.

Ce sont de courtes pièces d'amour, assez voisines de celles de M. Coppée. Ce qui les distingue, c'est la sincérité continue , l'enfantine candeur d'âme. La divine image que celle-ci :

Isolés dans l'amour ainsi qu'en un bois noir. Nos deux cœurs, exhalant leur tendresse paisible Seront deux rossignols qui chantent dans le soir...

Et quel élan de joie dans ces vers !

J'ai depuis un an le printemps dans Tàme»

Et le vert retour du doux floréal, Ainsi qu'une flamme entoure une flamme, Met de l'idéal sur mon idéal.

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Le ciel bleu prolonge, exhausse et couronne LMmnriuable azur où rit mon amour.

La saison est belle et ma part est bonne.

Et tous mes espoirs ont enfin leur tour...

Cette délicieuse pureté de forme et de fond, jamais plus M. Verlaine ne la retrouvera. Il a beau se promettre de rester le même à travers toute la vie, de « chanter des airs ingénus », pour charmer a les lenteurs de la route ». Ils le sont joliment, ingénus, les airs qu'ils a chantés depuis ! Il s'est dérobé au pouvoir de la <c petite fée », et il est tombé aux mains d'un Génie méchant et subtil, qui lui a appris beaucoup de choses perverses. Après la Bonne Chanson, il n'a plus fait que dire la mauvaise : et tantôt ceux qui Taiment s'en afiligent, et tantôt aussi ils n'en savent plus que penser, parce que la mauvaise leur paraît plus intéressante encore que la bonne.

Le caractère essentiel de la seconde manière de M. Verlaine, c'est la sensualité aigûe, la perversité : mais une perversité nullement voulue, con-

certée ni acquise, toute sincère, et si Ton pouvait dire, naïve... Aux perversités du fond, répondent mille étrangetés dans la forme. Elles ne sont point mises là dans le dessein d'étonner, ni au hasard non plus. Le poète obéit à un instinct merveilleux. Une sorte de divination particulière lui fait trouver à tout instant quelque forme insolite qui rendra mieux que toute autre ce qu'il a senti. Ces étrangetés, je n'en essaierai point une étude méthodique. J'en note quelques-imes, un peu au hasard. — Comme le poète est agité toujours, il préfère aux vers de nombre pair, plus solides et plus calmes, ceux de nombre impair, dont l'allure a je ne sais quoi de dévié et de troublé. Il aime surtout le vers de onze syllabes et celui de treize, qui ne sont point rythmiques en euxmêmes, qui n'existent, si je puis dire, que par allusion à l'alexandrin. Le vers de onze syllabes est un alexandrin incomplet, inquiet, tressautant. Il est admirablement propre à exprimer les inquiétudes sensuelles :

Cesi la fête aux sept péchés. quelle est belle ! Tous les désirs rayonnaient en feux brutaux.

Les appétits, pages prompts que Ton harcèle, Promenaient des vins roses dans des cristaux...

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Et la bonté qui s'en allait de ces choses Etait puissante et charmante tellement Que la campagne autour se fleurit de roses Et que la nuit paraissait en diamant (1).

Le vers de treize syllabes est un alexandrin allongé, abandonné, et, si Ton osait dire, vautré. Il exprimera merveilleusement l'espèce d'abandon où Ton se plaît après les excès des sens :

Ah ! vraiment c'est triste! ah I vraiment, ça finit trop mal!

Il n'est pas permis d'être à ce point infortuné:

Ah ! vraiment c'est trop la mort du naïf animal

Qui voit tout son sang couler sous son regard fané. (2)

— Comme le poète a des instants d'infinie langueur, il lui arrivera de faire rimer les mots avec eux-mêmes; et cette négligence calculée aura je ne sais quel charme de nonchalance et d'épuisement.

— Comme il passe rapidement et par sauts d'un sentiment à un autre, il fera volontiers alterner dans ses pièces un quatrain de rimes toutes masculines avec un quatrain de rimes toutes féminines. — Comme sa pensée est extrêmement mobile, il supprimera toute liaison entre ses phrases ; et, comme toujours quelque secousse subite le

(1) Crimen amoris (Jadis et Naguère).

(2) Sonnet boiteux (Jadis et Naguère).

traverse, il les coupera d'exclamations imprévues. — Enfin, il introjiuira dans la versification française un procédé nouveau pour elle, ou à peu près : l'assonance. Il aura des assonances mystérieuses, qui achèveront la pensée comme en un rêve :

Voici que la nuit vraie arrive :

Cependant, jamais fatigué D'être inattentif et naïf, François-les-bas-bleus s'en égaie... (i)

lien aura d'exaspérées^ où palpitera toute la folie du désir :

Dans un palais, soie et or, dans Ecbatane,

De beaux démons, des satans adolescents,

Aux sons d*une musique mahométane

Font litière aux sept péchés de leurs cinq sens, (s)

J'oserai dire qu'il est, avec Ronsard et Hugo, le plus grand inventeur que nous ayons eu dans le rythme et la langue. Seulement, les inventions de Hugo et de Ronsard étaient bonnes pour tous ; et les siennes ne sont bonnes que pour lui. Elles ne sauraient servir qu'à exprimer des états très spé* ciauxj des frissonnements de tout l'être, des alanguissements absolus. Merveilleuses entre ses

(1) Romances tans paroles,

(2) Crimen amoris.

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mains, elles sont inutiles à tout autre. C'a été la folie de toute une école que de les vouloir employer.

Quelles furent les aventures du poète ? Jusqu'où le conduisit son goût des étrangetés et son besoin de frissons nouveaux ? Ce n'est point mon affaire de m'en enquérir, et je n'ai pas à scruter son existence intime. Mais ce qu'on peut dire, puisque aussi bien cela est attesté par cent allusions éparses dans ses vers, c'est qu'il s'attira de rudes expiations. Le « préïnce » de Tartarin ne connaissait qu'un seul côté de Tarascon. Il y a des villes aussi que le subtil et divin poète de la Bonne Chanson ne connaît que par un côté...

Quelles qu'aient été d'ailleurs ses fautes, les bonnes âmes les lui pardonneront, parce qu'il a chanté son repentir très doucement. Lisez ces adorables stances qu'il écrivait dans une de ses solitudes forcées :

Le ciel est par dessus le toit

Si bleu, si calme!

Un arbre par dessus le toit

Berce sa^palme.

La cloche dans le ciel qu*on voit

Doucement tinte.

Un oiseau, sur Tarbre qu'on voit,

Chante sa plainte.

Mon Dieu, mon Dieu, la vie est là

Simple et tranquille.

Cette paisible rumeur-là

Vient de Ja ville.

— Qu'as-tu fait, ô toi que voilà,

Pleurant sans cesse.

Dis, qu^as-tu fait, toi que voilà,

De ta jeunesse? (i)

Et celles-ci ne sont-elles pas bien douces encore ?

Un grand sommeil noir Tombe sur ma vie :

Dormez, tout espoir!

Dormez, toute envie!

Je ne sais plus rien.

Je perds la mémoire Du mal et du bien.

O la triste histoire!

Je suis un berceau Qu'une main balance Au creux d'un caveau.

Silence! Silence! <t)

( 1 ) Sagesse, (2) Id.

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Et comme il suppliait tendrement celle qu'il avait offensée !

Ecoutez la chanson bien douce Qui ne pleure que pour vous plaire :

Elle est discrète, elle est légère :

Un frisson d'eau sur de la mousse !

La voix vous fut coftnue (et chère?) Mais à présent elle est voilée Comme une veuve désolée, Pourtant comme elle encore fière,

Et dans les longs plis de son voile Qui palpite aux brises d'automne Cache et montre au cœur qui s'étonne La vérité comme une étoile.

Elle dit, la voix reconnue, Que la bonté c'est notre vie, Que de la haine et de l'envie Rien ne reste, la mort venue...

Accueillez la voix qui persiste Dans son naïf épithalame. • Allez, rien n'est meilleur à l'âme Que de faire une âme moins triste!

Elle est en peine et de passage, L'âme qui souffre sans colère, Et comme sa morale est claire!...

Ecoutez la chanson bien sage (1).

(1) Sagesse.

Mais ces gémissements divins et ces divines prières, nul ne les écoutait ; et quel isolement que celui où le poète dut vivre pendant des années !

Quand Oircé eut changé en pourceaux les compagnons d'Ulysse, croyez-vous que ces pourceauxlà fussent tout à fait pareils aux autres ? J'imagine qu'ils avaient quelque chose de plus soyeux et de plus lumineux, et qu'on les sentait comme baignés de je ne sais quelle atmosphère divine. Ils inspiraient aux marins d'Ithaque une horreur sacrée; mais les autres pourceaux aussi devaient les craindre, et s'inquiéter à leur approche, et les sentir étrangers à leur famille.

Ainsi de ceux que le rêve a conduits à la folie sensuelle. Nul ne les comprend, ni ceux dont ils se sont séparés, ni ceux au niveau desquels ils ont voulu descendre. Ils marchent seuls, durant toute la vie; et les corps de pourceaux qui emprisonnent leurs âmes sont de merveilleux ouvrages où se reconnaît la main d'un dieu...

224 LES ÉCRIVAINS d'AUJOURD'hUI

Pour augmenter encore cet isolement, M. Verlaine eut ringénieuse idée de se convertir au catholicisme. Et il passa six ans quelque part, dans les Ardennes, à prier devant des statuettes de la vierge Marie. Ame tout instinctive, pour oublier le mépris des hommes, pour recouvrer sa propre estime, et le droit à l'orgueil que rend l'absolution mystique, il avait senti le besoin de croire ; et tout de suite il avait cru. Cette conversion lui inspira un recueil de poésies chrétiennes (Sagesse) ; et je crois bien que ce sont là, avec ceux de Villon et de La Fontaine, les seuls vers chrétiens de notre littérature. Comme M. Verlaine est sincère dans ses repentirs, et dans ses effusions à Dieu ! (Qu'on les compare seulement à celles de Hugo). Comme on sent revivre dans le poète l'âme de ces pauvres gens de Palestine, couverts de toutes les fautes et de toutes les souillures, qui suivirent Jésus sans longs raisonnements, parce qu'il leur semblait beau et qu'il parlait bien, et que sa douceur les relevait à leurs propres yeux ! Quelle foi sincère et ardente dans ces litanies admirables ! (Re-

marquez qu'il n'y a point de rimes, et que les vers sont divinement harmonieux).

mon Dieu, vous m'avez blessé d'amour

Et la blessure est encore vibrante,

mon Dieu, vous m'avez blessé d'amour.

mon Dieu, votre crainte m'a frappé Et la brûlure est encor là qui tonne, mon Dieu, votre crainte m'a frappé....

Noyez mon âme aux flots de votre vin, Fondez ma vie au pain de votre table.

Noyez mon âme aux flots de votre vin.

Voici mon sang que je n'ai pas versé.

Voici ma chair indigne de souffrance.

Voici mon sang que je n'ai pas versé.

Voici mon front qui n'a pu que rougir.

Pour l'escabeau de vos pieds adorables, Voici mon front qui n'a pu que rougir.

Voici mes mains qui n*ont pas travaillé.

Pour les charbons ardents et l'encens rare, Voici mes mains qui n'ont pas travaillé.

Voici mon cœur qui n'a battu qu'en vain. Pour palpiter aux ronces du calvaire.

Voici mon cœur qui n'a battu qu'en vain.

Voici mes pieds, frivoles voyageurs.

Pour accourir au cri de votre grâce.

Voici mes pieds, frivoles voyageurs. ..

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Dieu de terreur et Dieu de sainteté, Hélas! ce noir abtme de mon crime, Dieu de terreur et Dieu de sainteté,

Vous, Dieu de paix, de joie et de bonheur Toutes mes peurs, toutes mes ignorances.

Vous, Dieu de paix, de joie et de bonheur,

Vous connaissez tout cela, tout cela, Et que je suis plus pauvre que personne, Vous connaissez tout cela, tout cela.

Mais ce que j*ai, mon Dieu, je vous le donne.

Et quand vient la rechute, quand les tentations l'ont emporté, et que le poète est retombé pour jamais dans ses fautes, quels accents prodigieux de définitif abandon !

Je ne peux plus compter les chutes de mon cœur (l)«

Je suis Tcmpire à la fin de la décadence

Qui regarde passer les grands barbares blancs (2).

Ah! tout esi bu, tout est mangé, plus rien à dire!... (3).

(1) Amour,

(2) Jadis et Naguère.

(3) Id.

VU

L^étrange poésie que celle-là ! Elle est à la fois la plus sincère et la plus égoïste qui soit ; et comme elle est différente de toutes les autres 1 Jamais de sujet impersonnel, ou simplement déterminé.

Point de développements d'idées, ni d'artifices de rhétorique. Nul souci du lecteur, nul désir de Tétonner, nul besoin même d'être compris par lui» Mais ces vers, qui ne nous sont point destinés, comme ils nous touchent pourtant ! On aime en leur auteur le plus naïf des hommes, en même temps que le plus compliqué des artistes ; un poète presque unique, qui partage avec le vieux Villon cette gloire singulière d'avoir uni une absolue et enfantine sincérité d'accent à une merveilleuse habileté de facture; une âme charmante jusque dans le mal, comme celle de Villon lui-même, mais plus étrange, toujours vibrante et frémissante à quelque vent, traversée de secousses subites, agitée d'inquiétudes et de tressaillements qui viennent s'exprimer sans effort en vingt rythmes tressaillants et inquiets; une sorte de phénomène attirant et mon*

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strueux ; et, si Ton veut, rhomme-frisson de la poésie contemporaine ...

Le malheur est que des adolescents mal avisés ont voulu, comme j*ai dit, imiter le poète (1). Je me rimagine volontiers comme une sirène chantant entre deux écueils, dont Tun est Théliogabalisme, et Tautre le vers de onze syllabes, et qui ne mangera point les petits jeunes gens qu'aura séduits sa chanson miraculeuse (elle n'est pas si féroce), mais qui les laissera fort bien se noyer sans se soucier d'eux... — Sans métaphore, je souhaite de grand cœur que les imitateurs renoncent à leur besogne, et que le maître poursuive son œuvre.

Continuez, ô poète, à chanter candidement vos tristesses, vos perversités et votre folie ! Et si beaucoup aujourd'hui dédaignent la chanson et le chanteur, ne vous irritez pas et ayez confiance. Plus tard, lorsque après tant de vaines agitations, vous aurez fermé vos yeux lassés, et que, pareil à

(1) Je n'entends point condamner en bloc tous les jeunes poètes qui se sont réclamés de M. Verlaine. Je parlerai plus loin de M. Charles Vignier. Je fais cas des vers trop rares que je connais de M. Charles Morice.

Nisus, vous vous reposerez dans la mort tranquille, votre œuvre, que vous-même voilez aujourd'hui, apparaîtra ce qu'elle est, et sera jugée suivant ses mérites. S'il faut alors que tout soit dit sur votre vie, il se trouvera de bonnes âmes pour le dire dans un esprit de sympathie et de douce pitié ; et vous serez compris et plaint, et presque aimé, ô homme simple qui avez eu des aventures si compliquées ! ô poète de la Bonne Chanson, qui êtes devenu celui de Jadis et Naguère, — pauvre, pauvre Lélian I

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