‹ Nos poètesChapitre 5 sur 17 · M. SULLY-PRUDHOMME · texte numérisé non relu

M. SULLY-PRUDHOMME

Je crois bien que M. SuUy-Prudhomme est rame la plus candide et la plus noble dont se puisse honorer la poésie de ce temps. Le malheur est qu'il n'ait qu'une âme. Avant lui, nous étions accoutumés à ce qu'un poète eût un corps, et même des yeux. M. Sully n'en a point. Il est de ceux pour qui, comme disent les Concourt admirablement, « le monde extérieur n'existe pas.» Tout ce qu'il sait des roses, c'est qu'elles ont « la douceur du velours » (1). On dirait qu'il n'a que des impressions de tact, à la façon des aveugles. Il ne regarde qu'en dedans (2).

Quand l'œil du corps s'éteint, l'œil de l'esprit s'allume (2).

(1) Les Chaînes (Stances et Poèmes).

(2) Victor Hugo {Contemplations, livre!).

Il semble eïi effet que le regard intérieur de M. Sully ait pénétré d'autant plus de choses que son regard extérieur lui en révélait moins. Nulle vision matérielle ne l'a distrait ; nulle imagination ne Ta troublé, et il s'est trouvé plus apte que personne à suivre patiemment et à débrouiller les fils du sentiment et de la réflexion. Pas une de ses chansons qui n'ait été longuement « méditée », comme dit le mot latin. Pas une de ses petites pièces qui ne soit pleine de choses. Sa poésie est scrupuleuse entre toutes. Là, point de ces mots ambitieux qui masquent ailleurs la faiblesse ou le vague de la pensée. Tout part d'une âme sincère, et tout vise à la perfection. Chez nul autre poète, vous ne trouverez à la fois tant d'art, et si peu d'artifice.

Mais en France, nous excluons volontiers de Part que nous pratiquons quiconque ne nous ressemble pas. Musset, comme on parlait de Laprade à l'Académie, disait à l'oreille de Sainte-Beuve : «Est-ce que vous trouvez que c'est un poète, cela?» C'est que la poésie de Laprade différait grandement de la sienne. La poésie de M. Sully-Prudhomme, étant extrêmement intelligente, diffère de celle de beaucoup déjeunes gens. Ces jeunes gens vont jurant leurs grands dieux que l'auteur

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des Épreuves n'est point un poète ; et je m'en afflige. Il ne faut rien tant dédaigner. On peut, certes, faire de beaux vers sans idées (et nul n'admire plus que moi, vousTavezvu, l'œuvre ingénue et magnifique de M. de Banville). Mais on peut aussi avoir des idées, et faire des vers qui méritent qu'on s'y arrête. Virgile savait sa philosophie. Il avait étudié sous Siron. C'était une manière de Normalien. On l'appellerait a pion » par le temps qui court. Il a tout de même laissé des hexamètres passables.

Mais les jeunes lyriques protestent. « Les vers ne sont point faits pour dire quelque chose. C'est rabaisser la divine poésie que l'employer à un office. Elle se suffit à elle-même. » Et eux, sont-ils tant sûrs de ne rien dire ? Pour vide que semble leur poésie, elle a pourtant une matière et un fond. Chez tel, dont les vers ne paraissent d'abord qu'un bruit, vous trouverez, en y prenant garde, des sensualités perverses, des rêves de Néron ou d'Héliogabale. Ceux qui ont de tels rêves pourront bien s'intéressera ces vers pour ce qu'ils disent, pour auire c/iose que les vers mêmes... Que les jeunes lyriques ne se flattent pas de cette illusion qu'ils ne disent rien ! Ils disent tout bonnement des choses moins nobles que M. Sully, ou moins intéres-

santés, ou intéressantes pour moins de gens. La théorie de l'art pour l'art est inapplicable. Si elle a été appliquée jamais, ce n'est que dans cette strophe mémorable du vieux Hugo (qui fut, à ses heures, le plus audacieux des Décadents) :

Sarlababi, mirlababo, Mirliton ribon ribette, Mirlababi, surlababo, Mirliton ribon ribo (1)

Les reproches des lyriques intransigeants n'ont point ému M. SuUy-Prudhomme, et, dans ces dernières années, sa poésie est devenue plus intellectuelle encore. Sa manière s'est d'ailleurs transformée notablement. Elle est devenue moins égale à la fois et plus puissante.

Autrefois, c'étaient des nuances délicates de sentiment qu'il s'appliquait à fixer en de petites pièces d'un travail curieux et souvent achevé. Tout était chez lui ténu et menu. Il se féminisait un peu et s'énervait; et il semblait s'y complaire. 11 ne disait point aimer; il disait chérir (le mot a quelque chose

(1) Les Misérables ,

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de plus intimement tendre, et comme d'ouaté et de caressant.) Il craignait le bruit. Il se parlait à demi-voix, comme on parle aux malades. Le souffle lui manquait. Il avait Tair résigné facilement à n'en point avoir. Il coupait son style en de petites phrases égales et brèves, comme s'il eût du les mesurer à sa respiration ; et il y avait dans ces timidités je ne sais quel charme de lassitude et de maladie. Sûrement, il n'attachait point de prix à faire partie de cette « aristocratie des poumons » dont Volney parlait à propos de Mirabeau. Il semblait au contraire qu'il mît quelque coquetterie à bien montrer qu'il avait la voix faible; et d'aucuns pensaient que d'être à la fois aveugle et poitrinaire, c'était tout de même trop pour un seul poète. Seulement, cette voix, si elle était faible, était si juste! Ces petites pièces étaient d'une grâce si savante, d'une forme si sûre et si pure !

....Partout scintillent les couleurs, Mais d'où vient cette force en elles?

Il existe un bleu dont je meurs, Parce qu'il est dans les prunelles.

Tous les corps offrent des contours, Mais d'où vient la forme qui touche?

Gomment fais-tu les grands amours, Petite ligne de la bouche ?

Partout Tair vibre et rend des sons, Maisd*où vient le délice intime Que nous apportent ses frissons Quand c'est une voix qui l'aniine?

J'ai dans mon cœur, j'ai sous mon front,

Mon àme invisible et présente.

Ceux qui doutent la chercheront,

Je la répands pour qu'on la sente, (i)

Celui qui faisait de tels vers, on ne Teùt point justement appelé un grand poète, mais le plus délicieux des poetœ minores.

Les temps sont loin de ces petites pièces parfaites. Dans les dernières œuvres de M. Sully, vous ne trouverez rien qui les rappelle. La transformation date, je crois, des Vaines Tendresses, Le poète, tout d'abord, a des ambitions plus hautes. Il s'est persuadé qu'on pouvait confier au vers « outre tous les sentiments, presque toutes les idées,» et, au contraire de ce qu'il faisait jadis, illui confie aujourd'hui plus d'idées que de sentiments. Les courtes pièces d'analyses intimes cèdent la place à de longs poèmes métaphysiques. Et la sûreté de main du poète l'abandonne dans ces tentatives. Où est-il,

Le délicat Sully qui fit les Solittides? (1)

(1) Stances et Poèmes, p

(1) Paul Bourget, la Vie inquiète.

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Que de taches à présent ! que de naïvetés et de gaucheries, et (je le dis tout bas) de platitudes ! Le caractère particulier de M. SuUy-Prudhomme (et son grand charme) a toujours été la candeur. Cette candeur fait maintenant tort à son style. Comme M. Sully ne songe jamais à se moquer, il n'a point non plus de crainte qu'on se moque. Il manque tout à fait du sens du ridicule. Cela est sympathique, mais chanceux. Il en arrive à écrire tout naturellement « les lions les plus gros » et à s'écrier :

Oui, le suprême arbitre en peinture, c'est l'œil! (i)

Je n'aurai point la cruauté de me mettre en quête d'autres exemples pour Ten accabler. Je me contente de ceux qui me viennent à l'esprit. Mais la Justice en fourmille, et aussi le Prisme et le Bonheur, M. Sully veut nous dire qu'il y a des moments où, tout de même, tandis qu'il découpe la viande en famille, il oublie son pythagorisme spéculatif, et ne se soucie plus des souffrances des espèces animales ; et il écrit gravement :

Parfois je prends l'acier, j'en avive le fil,

Et je tranche la chair en convive impassible (3).

(1) Le Prisme.

(2) La. Justice,

Et Sully s'évanouit. Et il ne reste plus que Prudhomme.

Mais n'allez point sourire (ou vous affliger) trop tôt. Voici que dans ces vers inégaux, et de forme souvent initiale, des accents éclatent où nous n'étions point habitués. Je crois bien que M. Sully est maintenant, çà et là, un grand poète (le plus incomplet, si Ton veut, d'entre les grands). Sa voix s'est affermie et virilisée. Il a des éclats, des grandiloquences, des amertumes. Il laisse bien loin derrière lui les gentillesses de ses premiers recueils. Comme son âme est inquiète et troublée dans les admirables stances Sur la Mort t (2)

.... Ah! doctrines sans nombre, où l'été de mon âge Au vent froid dd discours s'est flétri sans mûrir, De mes veilles sans fruit réparez le dommage; Prouvez-moi que la morte ailleurs doit refleurir.

Ou bien qu'anéantie, à l'abri de Tépreuve, Elle n'a plus jamais de calvaire à gravir. Ou que la même encor sous une forme neuve, Vers la plus haute étoile elle se sent ravir!

Faites-moi croire enfin dans le Néant ou l'Être, Pour elle, et tous les morts que d'autres ont aimés ; Ayez pitié de moi, car j'ai soif de connaître ! Mais vous n'enseignez rien, verbes inanimés!

(S) Les Vaines Tendresses.

Ni vous, dogmes cruels, insensés qae vous êtes,

Qui du Juif magnanime avez couvert la voix;

Ni toi, qui n'es qu'un bruit pour les cerveaux honnêtes.

Vaine philosophie où tout sombre à la fois ;

Toi non plus, qui sur Dieu résignée à te taire. Changes la vision pour le tâtonnement, Science qui partout te heurtant au mystère, Et n'osant l'affronter, l'ajournes seulement.

Des mots ! des mots ! Pour l'un la vie est un prodige, Pour l'autre un phénomène. Et que m'importe, à moi ? Nécessaire ou créé, je réclame, vous dis-je, Et vous les ignorez, ma cause et mon pourquoi. . .

— Puisque je n'ai pas pu, disciple de tant d'autres, Apprendre ton vrai sort, ô morte que j'aimais. Arrière les savants, les docteurs, les s^pôtres ! Je n'interroge plus, je subis désormais.

Quand la nature en nous mit ce qu'on nomme Tàme, Elle a contre elle-même armé son propre enfant. L'esprit qu'elle a fait juste au nom du droit la blâme ; Le cœur qu'elle a fait haut la méprise en rêvant...

Sa loi qui par le meurtre a fait le choix des races. Abominable excuse aux carnages que font Des peuples malheureux les nations voraces, De tout aveugle espoir m'a vidé Tâme à fond.

Je succombe épuisé, comme en pleine bataille. Un soldat, par la veille et la marche affaibli. Sans vaincre ni mourir d'une héroïque entaille. Laisse en lui les clairons s'éteindre dans l'oubli.

Pourtaat sa cause est belle; il est si doux d*y croire Qu'il cherche en sommeillant la vigueur qui l'a fui ; Mais trop las pour frapper, il lègue la victoire Aux fermes compagnons qu'il sent passer sur lui.

Ah! qui que vous soyez, qui m'avez donné l'être, Qu'on vous nomme Hasard, Force, Matière ou Dieux, Accomplissez en moi qui n'en suis pas le mattre. Les destins sans refuge, aussi vains qu'odieux !

Faites, faites de moi tout ce que bon vous semble. Ouvriers inconnus de l'inûni malheur !

Je viens de vous maudire, et voyez si je tremble : Prenez ou me laissez mon souffle et ma chaleur...

Et si je dois fournir aux avides racines De quoi changer mon être en mille êtres divers, Dans l'éternel retour des lins aux origines, Je m'abandonne en proie aux lois de l'univers.

Quelle amère éloquence dans les strophes schopenhauériennes du Vœul (1) Et jusque dans ce poème du Bonheur, — si fâcheusement inégal, où vous trouverez de la physique et de la chimie versifiées d'étrange façon — la sublime prière que celle des chercheurs à la Vérité !

Austère Vérité, du fond de tes abîmes Réponds au long appel de tes pâles victimes Qui t'implorent obstinément;

(1) Les Vaines tendresses.

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Jalouse Vérité, laisse tomber ton voile.

Dis-nous rage et le lieu de la plus vieille étoile Qui vit l'essor du mouvement.

Rèvèle-nous au loin la première pensée, L*effort originel qui l'ont un jour lancée

Dans l'infini désert et noir, La cause unique, Amour, Nécessité, Caprice, Toute-puissance aveugle ou Raison créatrice, Qu'il nous faut nommer sans la voir!

Tout semble s'écouler : dis-nous ce qui demeure. La forme est l'apparence, et l'apparence un leurre;

Le fond, tâté, s'évanouit; Et, sentant l'être en nous, si nous y cherchons l'âme, Notre intime regard vainement l'y réclame:

En nous comme ailleurs il fait nuit.

Donne enfin son salaire à la tâche si dure Qu'impose le mutisme ingrat de la nature

A tes amants laborieux!

Exauce enfin leur noble et fidèle prière !

Mets à nu ta splendeur, fût-elle meurtrière,

Dût-elle leur brûler les yeux !

L'entendez-vous monter de strophe en strophe, cette voix triste et fervente ? Et comme tout cela est sérieux, sévère et grave ! Comme il serait impossible d'y retrancher un mot! Quelle haute conscience cela respire, et quelle passion de savoir, et comme l'impression que Ton en reçoit est religieuse! Dans ces strophes émues et nues,

M. Sully-Prudhomme a mis toute son âme, « noble et fidèle » comme celle des chercheurs qu'il fait parler. Rappelez-vous maintenant les « songeurs efiFarés » de Hugo, et faites la différence. N'est-ce pas qu'auprès de la poésie de M. Sully, il y a des heures où celle de tous les autres poètes ne parait qu'un jeu d'enfant?

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M. FRANÇOIS COPPEE.

Y a-t-il quelqu'un qui ne goûte point du tout M. Coppée ? Je crois bien que tous ses lecteurs l'aiment, à des degrés différents seulement, et pour des raisons diverses...

Il conte en vers des histoires dramatiques dont les héros ont de beaux sentiments : et cela lui vaut Taffection des simples. — Tous ses poèmes ont « un commencement, un milieu et une fin » ; il construit et compose à ravir, il écrit une langue très saine, très pure et très claire (mérite qui n'est point banal, même chez les maîtres) : et cela lui concilie Testime des esprits sages et des universitaires. — Il est le plus amusant et le plus roué des rimeurs ; sa phrase souple et fine, qui touche sans cesse à des choses triviales, sans devenir jamais triviale

elle-même, serpente et se glisse, avec une surpre- ' nante aisance, à travers les sinuosités des coupes et des enjambements (quelles merveilles d'habileté technique que la Marchande de journaux ou VEnfaut de la halle!) (1); il a fait des ballades excellentes ; il eût fait les meilleurs poèmes à forme fixe du siècle s'il Peut voulu : et cela lui attire la vénération des bons versificateurs et des parnassiens impénitents. — Enfin, ce poète de la vie familière a je ne sais quoi d'aristocratique et de patricien dans sa façon de sentir ; il est nerveux et délicat comme une femme : et cela lui assure Tamour des âmes affinées, tendres et maladives, comme est la sienne...

L'heureux homme! Il a de quoi retenir à la fois les lecteurs de M. Mendès, ceux de M. Sully, ceux de M. Verlaine, d'autres encore. Il a pour lui tout le monde.

Je me trompe. Il y a tout de même des lyriques et des « symbolistes » qui s'exclament à son nom seul, et ne peuvent pas le souffrir. Son dernier recueil, surtout, les a exaspérés. De quel air ils

(i) Contes et Récits en vers.

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infligeaient au poète de V Arrière-Saison l'épithète de « bourgeois » ! (suprême injure, à leur gré).

Je dirai toute ma pensée. Peut-être bien qu'ils n'ont pas eu tort tout à fait, pour la première fois. Mais quand ils appelaient « bourgeois » le poète des HumhleSy comme ils se trompaient I Les artistes ont été bien injustes pour M. Coppée. Ils ont affecté de ne point saisir ce qu'il y a chez lui de moquerie et d' « humour ». C'eût été le moins, cependant, qu'ils lui en tinssent compte, car je sais çà et là des « bourgeois » impénitents qui sont tout disposés à le lui reprocher. Bourgeois, lui ? Tenez pour assuré qu'il ne le fut jamais. Toutes les choses triviales auxquelles il touche, comme il y touche délicatement, du bout des doigts, et en les retirant tout de suite ! Quels étonnements de mandarin, dans les curiosités qu'il a de la vie des humbles ! Souvent (et M. Jules Lemaitre Ta très bien vu) (1) il a des ironies toutes proches de celles du vieux Flaubert :

Aux mystères de l'art on put Tinitier.

Il avait ce qu'il faut pour un bon épicier ;

Il était ponctuel, sobre, chaste, économe... (2).

()) Les Contemporains, r» série.

(2) Le Petit Epicier (Les Humbles).

Visiblement, son héros lui paraît un être bien étrange. « Monsieur est épicier ? Peut-on être épicier? » Et quand Tépicier se dégoûte de la vie, le poète s'exclame.

Ou de pareils dégoûts vont-ils donc se nicher? (i). Ses bourgeois le surprennent beaucoup.

Ils boivent du cassis, innocente liqueur 1 (2).

Il a, en se penchant sur eux, les étonnements et Textase ingénue de Micromégas entendant raisonner les nains terrestres. Il a toujours Tair d'un homme qui vient de s'apercevoir que les épiciers, les merciers et les petits rentiers sont, à peu de chose près, des êtres pareils à nous, et qui n'en revient pas, et que sa découverte amuse infiniment. Il garde avec ses « humbles » je ne sais quel ton d'ironique et d'indulgente supériorité où Pon sent qu'il se trouve bien bon de s'intéresser aux joies et aux douleurs de gens point initiés aux raffinements parnassiens, qui ne font pas de vers, et qui, s'ils en faisaient, les couperaient tout bonnement à la sixième syllabe. Non, tout cela n'est

(1) Le Petit Epicier (Les Humbles),

(2) Petits Bourgeois (Les Humbles

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point bourgeois. Ou cela n'est bourgeois qu'au mauvais sens : cela l'est, si, comme l'a dit M. Brunetière parlant de Flaubert, et comme j'incline à le croire, rien n'est plus bourgeois au monde que de montrer tant de fierté de ne l'être pas. Que les lyriques dédaigneux pardonnent à M. Coppée î II est de leur famille. Comme il est loin de la simple et profonde cordialité des poètes anglais, et quel •parallèle instructif on ferait, en rapprochant *du Petit Epicier la Grand-Mère de Tennyson!...

Mais tout cela, qui était vrai naguère, l'est moins aujourd'hui. Oui, le poète de V Arrière-Saison ne se a garde » presque plus, et ne songe plus à se moquer. Il a bien plus de franchise et de bonhomie que le poète des Humbles, Je l'avoue volontiers à ses ennemis. Toute la différence d'eux à moi est qu'ils Ten raillent et que je l'en félicite...

Me suis-je trompé sur chacun des maîtres dont je vous ai parlé ? Est-il vrai, comme il m'a semblé, que les derniers poèmes de M. Leconte de Lisle sont d'un accent plus sincère et plus ému? Que la poésie de M. de Banville est devenue de plus

en plus largement et aisément optimiste, et par là de plus en plus humaine? (car n'est-ce point une poésie humaine au meilleur sens que celle qui est bienfaisante pour les hommes?) Que M. SuUy- Prudhomme lui-même, qui n'avait certes rien à gagner en sincérité, s'est montré ces temps-ci plus simple et plus fort, et, sinon plus humain, du moins plus viril ? Et qu'enfin, le Coppée de l'Arrière-Saison tend à se dépouiller de ce qu'il y avait d'ironie étroite et stérile dans le Coppée des Humbles ? Si tout cela est vrai, l'enseignement s'en dégage seul. Les maîtres vont de plus en plus au simple et au vrai. Il faut les louer de cette évolution, et il faut souhaiter que les disciples les suivent.

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