‹ Nos premiers beaux joursChapitre 10 sur 17 · II. i;i · texte numérisé non relu

II. i;i

sage qu'il avait fait presque toute sa vie durant en ce fameux métier des batailles.

Donc, nonobstant, le château résistait..., résistait toujours, quand tout à coup Jacques :

« Il est à nous, dit-il , il est à nous ! » Lois le regarda —

Et lui, Jacques, avait avancé la lèvre inférieure, baissé les yeux; Jacques réfléchissait...

Lois-le-Gros, Lois-rEveillé s'impatientait fort, mais pourtant n'osait interrompre le grand homme en ses méditations....

Jacques releva la tête :

« Oui , reprit-il , à nous !

— Et comment?

— Laissez-moi faire, sire roi.

— A votre aise , ami - »

Or , voici l'expédient qu'avait avisé notre maître Jacques :

Il fit avancer rjuanlit»'* tic pclils rliariols , quantité (i'instrnmonts de culture soit à une soit à «leux roues , quanlilc d'autres machines analo- {^ues, tout autant enfin qu'il en put trouver dans Chaunv et aux alentours; fit jeter là-dessus des fa(;otsdV*pineslort sèches, et, parmi , des huiles, des praisses, du san(; de bœuf, toutes sortes de !)onnes matières combustibles. En outre, il fit amasser beaucoup d'ais , de vieillrs portes ci autres (jrosses pièces de bois.

(le ({uifut assez vite fait, vu le {;ran(i nombre d'hommes mis à réquisition, fuii do bras, tant de zèle et d'ardeur partout.

Cela fait donc et la bise venant à souiller dm , Jaccjnes fit mettre le feu à tout ce las de bois. Kt ses Rens et les troupes du roi poussèrent devant euxlesbrùlols,et, h la faveur des flammes qu'emportait le vent contre l'ennemi, avançaient (gaillardement juscpi'au pied des muraille^:.

Co fut un rude assaut, je vous assure ; et , tant par les flammes ((u'autrement , (îrand noinbn d'hommes périrent.

Nul des assiégés ne pouvait approcher du parapet, la flamme leur donnant dans les yeux.

Puis la fumée d'ailleurs les empêchait de parer les coups qu*on leur portait.

Pour quoi ils commencèrent à trembler fort, et résolurent d'envoyer un parlementaire. Le bailli fut désigné , comme étant le discoureur le plus habile

Il s'était bien dit, pourtant , notre très aimé bailli : « Un moment encore tenons-nous coi : c'est d'un homme prudent! Attendons que le temps soit au beau , et alors seulement nous hasarderons de sortir le nez ; puis , tout naturellement nous irons nous placer où luira le soleil, pour que ses rayons tombent sur nous... un peu I »

Force lui fut de partir, néanmoins.

Il partit , arriva vers le roi et Jacques : suivi de douze gens d'armes. Or , je vous assure que , tant fût grande sa peur, il était extrêmement gonflé de l'importance du rôle qu'il avait à jouer.

Il eiposa :

t Qu'il saisissait siinpIemiMil de s'ent^Mulre; que sûreuienl tous claieut d'acconl quant au fond ; qu'une bataille donc était chose inutile , pour ne pas dire plus ; que tel était sans doute Tavis de sa sei{;neurie le roi de France , lequel passait pour uu très bon prince, et l'était en effet..., etc. »

En conséquence de quoi il proposa :

« De poser bas les armes de part et d'antre ; que le jeune serf qu'on appelait Kd[;ard serait amnistié , et à l'avenir ne serait d'aucune façon recherché ni inquiété ; que monsei|;neur Gaspard adoucirait un peu sa manière d'ôtre à l'égard de ses vassaux; qu'en revanche ceux-ci ne murmureraient plus , et ne seraient plus sans cesse criaillant contre leur suzerain de droit et de fait; (pi'iU se laisseraient rendre paiMblemenl la justice ; que monsei(;ncur, de son côté , la rendrait de son mieuT et tout-à-fait dans sà conscience ; qu'il s'(>ii portait (;arant , lui bailli, aux j^ai^es dudit seij;neur, etc. »

tt il conclut par de trèibelh's f;roMfsphrasp^.

et un bon baiser qu'il appliqua à la sandale de sa seigneurie le roi de France.

Or il s était démené ferme, mons bailli. Lesyeux lui sortant de l'orbite et s'ëlançant au ciel en manière de prophétie ; ses joues enflées tantôt comme un ballonnet tantôt creuses à y fourrer la main; sa bouche large et fendue quasi jusqu'aux oreilles, lesquelles se dressaient et montaient plus haut encore que de coutume ; son geste tombant et retombant fréquent sur l'avant-cuisse ; sa voix tourbillonnante, discordante à l'avenant, et tant soit peu rocailleuse : voilà pour l'heure son état !... Il était beau, je vous le dis!...

Mais, hélas ! ce n'est jamais impunément qu'on se met en pareils frais d'éloquence. Quand il eut bien débité toutes ces phrases bouffies et à grand fracas, lancé toute sa bordée, il avait chand, le pauvre homme! Il suait, soufflait..., ahî... était rendu, ni plus ni moins que s'il venait d'escalader le ciel!...

Lois, qui aimait çà et là à s'éjouir , rit un peu eu regardant ses officiers.

Jacques, lui, était loiirmcnté de si hautes pensées , qu'il n'y sonjjea pas.

H fallait répoiuln» cepeiulaiit au gracieux paileuieulaire. Le roi, qui, tout eu riaut beaucoup, ne manquait pas de cet esprit d'à-|>ropos pi(|uaut et à la fois couvenaLle..., le roi s'en char(;ea...

« Bailli, dit-il, vous n'avez dit mot des intentions de votre maître sur la couronne de France... Lui en veut-il toujours , voyons ? veut-il toujours , ce bon sei{;neur Gaspard , marcher sur Paris en tùte de ses {jardes , prendre de force les sentinelles du palais de son roi , et là trôner comme il trône à Chauny?.... Bailli, serer-vous son ministre... , son premier ministre?... Voyons dites-nous-le! Nous sommes bonnes gens, en vérité , et nous rirons entre nous... tout simplement... Allons , bailli , contez-nous votre pensée franche!...

— Sa seipueuric veut rire sansdoute?

— Par ma foi! oui... »

Puis il Si' prépara. Ir roi. a [jarL-r plus jjraMmeut...

Le bailli baissa la tête , pour mieux ouïr... sans doute.

a Ton maître Gaspard veut-il laisser tranquille ce jeune homme, qu'on appelle Edgard?

— Oui, sire.

— Veut-il déserter ses éternelles conspirations contre nous qui sommes roi?

— Il ne me l'a pas dit, ô sire ; mais je le pense. ■■'K — Tu penses?

-;— Qu'il fera ainsi que vous dites...

7— Quelle caution ?

-joi oi

— Moi...

^..., — La caution est belle!... Qu'en dites-vous, messire Jacques?... Autre chose, bailli : le roi d'Angleterre médite pour l'heure contre nous une expédition qu'on dit formidable... Je suis Français, moii toi aussi, n'est-ce pas?... et aussi ton maître?... Or, il faut qu'il engage sa parole : savoir, qu'il habillera, armera , paiera tous ses gens, lesquels ici ne sont bons à rien... ; de plus, qu'il revête sa cotte de mailles et tous ses parements de guerre, puis qu'il marche, moi en tête, au-devant de l'ennemi de la France... Bailli, mon ami , c'est très sérieux , entends-tu ? Le roi d'An-

gleterre dès long-temps travaille sous main contre nous, et tout iiutant qu'il peut fait travailler en mt^me sens les antres pni<'^:»rK:es d'Europe... L'empereur d'Allemagne est avec lui, di'-jà!... ^lous vaincrons tout cela , entends-tu ? tout cela» c'est bien sur...; mais il faut, pour atteindre ce fjrand hnl , qu'il n'y ait en France que des Français... Ton maître , l'ami, esl-il de France?

— Né à Chauny, sire, il y a quarante-cinq ans.

— Marcliera-t-il avec moi?

— 11 ne ujc l'a pasdiL..

— Âh! il ne te l'a pas dit:'... Lii bi<*ui va lui dire, toi , que Lois sixième e!>t là, aux portch de son château , Lois qu'on a surnommé le Batailleur, et qui en effet sait se battre ; qu'il a résolu de le démolir, son beau cliàtcau , jus([u'à la dernière pierre, et de l'en expuls«*r , lui seijjncur, honteusement, et ensuite de le faire pendre... Va, va dire à ton maître ce que c'est cpj'un roi de Franc» '

Jacques prît la |)aroli' :

• Sire, vous ne parlei p;i^ de nous, vilains el

serfs l...; vous ne parlez pas de nous L.. et pourtant nos bras sont rudes..., rudes à la peine, et pourraient fort vous aider dans celte grande lutte de peuple à peuple... Or, comment compter sur nous, si du soir au matin nous avons la tête courbée vers la terre , le dos et tout le corps battus de verges, de l'inquiétude pour nos familles; si nous avons à trembler sans cesse pour nos biens, sans cesse pour notre vie?..... Sire, la Providence vous a fait roi pour que vous soyez juste, pour que vous aimiez le peuple et l'aidiez quand il souffre î... La Providence vous a fait roi pour nous, non pour vous. 0 sire! songez un peu à nous , je vous prie î voyez-nous, sire : nous sommes bien malheureux I »

Sa seigneurie Lois sixième eut presque envie de se fâcher; puis, venant à penser qu'il ne pouvait être mal de trancher un peu du bon roi :

0 Sans doute, sans doute, dil-il, nous y songeons I Bailli, va dire à Gaspard qu'il se tienne bien !... »

Donc il fut décidé, d'une part, que l'attaque

serait contiauéc, cl, de l'aiilrc , tjnc la ilêfeose serait continuée éf^alemcnt.

Et l'on besogna sur nouveaux frais...

Et la flamme monta, monta de plus belle...

Oui; mais, si elle gt^nait les assiégés, elle donnait aussi dans les yeux des assiégeants et les empêchait de monter à l'assaut.. .

«Diable! ■ se dit-on...

Pourtant, il est bien à croire que le feu eût à la longue brûlé les palissades, et de celle faron pratiqué brèche suflisaiite pour faciliter au moins l'entrée des assiégeants.

Mais, voyez le niallirur!

Vnc pluie tout a coup survint : petile pluie, l)ien fine, mais telle néanmoins qu'elle contraria beaucoup les progrès de l'incendie. De plu:», le vent souflla mc»ins rude et dan» une direction mauvaise. ..

Les travaux et peines de messire Jacques étaient donc perdus... ou à peu près.

Pour quoi il avança de nouveau la lèvre inférieure, de nouveau réfléchit...

Et l'idée alors lui vint de creuser fort avant la terre, et vers le château... , tout prenant soin , dans la crainte que ne fussent les travailleurs accablés par les terres , d etançonner ces terres au moyen de grosses poutres bien solides; puis, au fur et à mesure que serait le sol creusé , de combler les vides par des fagots et toutes sortes de bon bois sec , d'y mettre ensuite le feu , etc.

Cette idée, d'abord, amusa le roi... un peu.

« Eh! dit-il, maître Jacques..., c'est une besogne à nous tenir là tout un mois durant!

— Pas tant, sire, pas tant... : cinq jours et cinq nuits bien employés, et la voilà toute faite, cette si longue besogne l

~~ Par la lumière du ciel , je ne m'y entends donc plus?

— A D'wu ne plaise, sire! Pour ers sorics de choses, notre roi est un Lod roi!

— Mauvais donc pour le reste?

— Nous en reparlerons, sire, si vous le voulez bien...

— Mais ça , manant , sais-tu que tu me déplais fort?...

— Sire, faites-moi pendre î »

Le roi sourit... 11 y avait quelque chose au fond de ce roi-là, quelque chose pour le peuplr.

Jacques reprit le fil de son idée , et le déroula tout jusqu'au bout : calme, profond, convaincu;... si bien que le roi ne se moqua plus , mais au contraire lui dit :

« Voyons encore cet essai î »

Jusque là , cependant , le combat s était poursuivi , déchaîné , terrible...

Beaucoup de part et d'autre étaient tombés, beaucoup; et, dans le nombre, ({uelcju'un <jue vous savez...

lillATJ'JJa 73.

klcirco ego plorani.

JtRKMIC.

($nirr txnx J^es.

Or, qui clait ainsi tombe dans In bataille ?

Citait iiii jeune darnoisri..., tout jeune , di*je . et blond î...

Il rtait tombé , mais non pas mort, mais bles&é seulement.

Une femme l'avait vu , qui s'approcha de lui , le souleva , et, lui s'aidant un peu , le mena hors de la mêlée.

Puis de là elle le conduisit jusqu'au pied de la tourelle..., vous savez, juste en face de la petite porte grillée , l'y déposa bien précieusement , tourna sa tête vers l'intérieur, passa sur ses yeux sa main, les ouvrit aussi larges que possible , et s'en alla, toujours riant, toujours riant comme un démon...

En regard l'un de l'autre se purent voir alors, Edgard mourant , Loïse sortie à peine d'un évanouissement qui avait brisé toutes ses forces !

Savez-vous , dites-moi..., savez-vous au monde pire position ?

Voici une femme, enfin; la voici..., là , dans dans une prison, enfermée!... vous le savez — Oh ! non seulement vous le savez ; mais cette femme..., cette femme, vous la voyez de vos yeux... , de vos deux yeux bien grands... ; vous la voyez qui souffre, qui agonise, qui meurt... Or, vous voulez la sauver, n'est-ce pas? Tout en vous ,

n*est-il pas vrai , se dresse ; et vos pieds , el \•^^% mains , el votre poitrine ; puis votre cou , puiN votre tête (grande... Vous avancer : rien î Vous irappez h coups redoublas la porte : nen î Vous reculez..., vous reculez douze pas, prenez élan , tombez de toute la force d'une course d'homme fUr la porte maudite : et,., rien! la porte maudite ne cède pas... Et alors, oh I alors, ma foi ! ▼être poinf; se porte sur vos dents, vos dents grincent... ••» vous maudissez Dieu '..

Bien cein . him !. . .

Mais si cette ieinnie vous i aimez?... Oui, si un .soir cette femme vous est apparue..., Ià-I>as , .sous le vaste dAme d'un chêne, au clair de lune, souriant aux étoiles, méditant vers le ciel, recueillie , (jrave ; si vous êtes allé , vous, lui prendre la main et lui dire : < O ma damoiselle , moi aussi je souris aux étoiles; moi aussi je médite vers le ciel! Oh! c'est beau , n'est-ce pas, et bien (;rand ? Oh! commo tï>ut dans la nature s'harmonie délicieusement ! Comuie cette simple contemplation fait la vie douce et poétique!... Oh ! mais aussi , tout cela ne nou^ dit-il point d'aimer? ^e somme.s-nous point, nous, partie inlé- II. i3

grante de cette nature où tout se marie si admirablement? 0 ma damoiselle ! nous deux qui sentons cela ; nous deux à qui sans doute le cœur bat à même mesure , qui avons la même pensée , qui sourions et pleurons aux mêmes choses. . . , nous deux, ô ma damoiselle, aimons-nous! » Et si alors cette femme a dans votre main laissé tomber sa main ; si elle a dit : « Je t'aime I » si ce mutuel amour, né vite , mais vite grandi , est venu à ce point bientôt de ne plus finir (à la seule condition de suivre, mais sans transition douloureuse, les modifications nécessairement apportées par 1 âge)...; si (je reprends) si vous la voyez... là..., dans une prison..., enfermée; si elle est là, qui va mourir; si cette porte est grillée... de barreaux... en fer..., bien lourds, bien durs, massifs... ; et si vous êtes , vous aussi , agonisant... : dites, dites , savez-vous au monde pire position ?

Or, voilà bien comme était Edgard !...

Voilà bien comme était Loïse !...

Il se soulevait , notre pauvre malheureux jeune homme, puis retombait; se soulevait, retombait ; s'allongeait de tout son corps, de ses bras ,

de ses main:», de ses pied> . voulait l>altr«* l.i porte, r-f no le pouvait pas...

Loise ? oh! Loise .., c'était bien pis! car sur £d(;ard elle voyait du sauf» : et toute fenuiie d'abord en a peur!... tlle voyait du sanj; qui coulait , et emportait à son amoureux toute sa vie , et à la fois toute la sienne , à elle !... Du san^^ qui coulait, coulait , et ne s'arrêtait pas!

Elle dccliira sa robe, la gaze qui voil.nt >()n sein , les fanfreluches nouées sur .son cou , tout ce qu'elle avait de vi^lements, tout !... les jeta par lambeaux à Kd{;ard ; ne parlant pas , mais faisant des sij^nes, épouvantablement agitée, convulsive , se tordant par tout son corps î...

lùlgard comprenait, mais ne pouvait panser sa l)lessure : tant peu dr forces il avait! Kt , d'ailleurs, il songeait bien plus à Loise qu'à lui...

Kt personne ne vfMiait en aide , personne ! Car la tourelle était , comme vous savei , si.sc à l'extrémité occidentale de la cour , à l'endroit juste où nul parmi les a.ssiégfants u 'avait intér/^t à <liriger son atta<pir , où, partant , nul d<*s a<»-

sièges n*avait intérêt à se mettre en état de défense , où pas âme qui vive , disais-je , ne se rencontrait...

A la fin donc , nos pauvres enfants, tout épuisés, se rési{^nèrent...

« Donne ta main , Loise !

— Tiens , ami ! voici ma main...

— Loïse , mon ange , il faut mourir !

— Oui, mourir..., là, nous deux! L'heure venait, pourtant, du bonheur... Je le crois, Edgard...

— Moi aussi , Loisè. . .

— 0 ma mère , ma mère ! »

0 les parents!

En assez de façons déjà ils contrarient le pui amour de leurs enfants ! Ici un père qui dit à sa fille : « IN 'aime pas ce jeune homme ! il est pauvre ; n'aime pas ce jeune homme ! il est de la roture...» Là une mère qui dit à son fils : «Cette femme est trop jeune ;» ou bien : Cette femme est trop vieille; «ou bien encore : « Cette femme

ne sait |>a*> ilausir , |>aN sourire , pas caiisor, pas se l(*nir en uu salon... > Puib, <1 aucunes fois, pcTc ol mère voudront souuieUre et faire captive 1 auie <le leur enfant , soit parce qu'ils sont en brouille avec la faroille de l'olijet aimé , soit parce que celle alliance ne leur rapporterait pas, à eux, iionneurs et profitas ; pour mille causes , eniju , tout au.sâi profondes 1... Puis, d'autres £oib , m leur pauvre lille a été ntal mariée , mariée à un luiuime dont l'àiue n'a point compris la sienne; si vient uu autre honime qui devine toute la portée immense de celte enlanl , qui lui prend la main et la conduit sous le soleil , lui rap|>ellc le ma(«ninc|uo but «le sa création, la rend à sa nature; qui fait à cet anf;e tombé remonter le ciel...^ lié bien, hé bien , (jue verront-ils là , les parents? Déslionneur pour leurs fronts. O abaissement ! Oh 1 iU ne com|>renuent pas les saintes lois de réternelle Providence ; ilsoe comprennent même pas... ou ils ne comprennent plus commeut e»l fait le cieiir, le caMir vrai , lo cœur d'amour ; que la fortune? , la noblesse , la beauté , le plus ou moins tU- jeunesse , ne sont pas les conditions sincères d'un altacheuienl tendre; qu un alla- ( hement tendre et véritable ne se fonde sur rien de tout cela , mais siuqdement »ur la beauté spi-

rituelle, sur la beauté de lame; qu'autrement, l'amour n'est jamais que pur caprice... Ils ne comprennent pas. . . , ne comprennent plus rien de toutes ces choses... Et ils brisent, les malheureux, le bonheur à leurs enfants!... Et ensuite ils vous diront qu'ils les aiment!... Vous auriez pensé 5 vous , en bonne logique , que la vie par eux donnée à leurs enfants était au profit de ceux-ci ? Eh bien ! non : c'est pour eux , pour eux-mêmes, pour leur amusement, tout à leur bénéfice, qu'ils mettent au monde des enfants... O abaissement ! ô égoïsme î...

Or, que sera-ce si la mère défend à sa fille d'aimer, parce qu elle aime , elle aussi , l'objet de ses adorations? Aimez, aimez (car je ne veux pas , moi , mesurer à la créature son temps d'amour); aimez... ; mais si votre fille est préférée , laissez-lui , par grâce , le sentiment qui fait en ce monde toute sa joie ! et consolez-vous par ce qu elle est heureuse l

Or, que sera-ce encore si la mère fait à sa fille la vie dure ; si elle la poursuit sans cesse, sans nulle cesse , de sa jalousie , de ses imprécations , de ses menaces, de ses coups ; si elle l'enferme. . . ,

là où est Loi se , dans une lour.... , (grillée

verrouillée ; si elle la délieul là... , seule

hors de la portée des secours — , el si jeune enfant ?

« Ta mère , répliqua Edfjard 1... ah I je lui pardonne : pardonne-lui aussi , toi !

— Je vcuis pardonne , ma mèn» ?

— Pardonnons à tous ceux cjui nous ont offensés , à tous ceux qui nous ont méconnus , honnis , maltraités !...

— Comte Gaspard mon oncle , je vous pardonne î Mes.s<M{;n«'urs de la for^t de Cotia , je vous pardonne I Je vous pardonne , ô vous, moines de Saint-Ouen !

— bt que ceux-là aussi nous pardniinrnt . fpi<> nous avons oflcnsés !

— Edward, mon ami , avons-nous offensé quelqu'un... jamais ?

— Oh- oui, sans doute, ma Loise , sans le vouloir...

— Alors, pardon , bien pardon !

— Nous vous supplions, o notre Dieu, de jeter vos re(;ard> d'en haut sur nos frères d'ici-

bas I Ne souflVez point qvie la domination des méchants s'appesantisse plus long-lemps sur les justes ! Faites que les jours d'iniquité s'en aillent; que le bien arrive à ceux qui ont le cœur droit!.,.

— Et ne punissez pas trop rigoureusement les méchants , ô notre Dieu ! Donnez-leur du repentir et des larmes , et que leurs larmes apaisent votre colère ; ce que le commerce du monde , la fragilité humaine et la malice de l'esprit tentateur ont pu gâter en leur âme , épurez-le , renouvelez-le ! Faites rentrer dans le vrai chemin ceux qui suivent des voies corrompues! Ouvrez à tous la porte qui conduit au salut !

— Et de nous aussi prenez pitié !

— Pitié!

— Accordez-nous remise de nos fautes...

— De tous nos péchés envers vous...

— Envers notre prochain...

— Et envers nous-mêmes...

— Notre corps, ô mon Dieul n'est que poussière; vous l'avez pour un temps revêtu de peau et de chair; couvert d'os et de nerfs. Ce temps est passé... , et je dis au sépulcre : « Vous serez mon père ! »

— ¥a aux ver* : « Vous serez lua iiùtc el

ma sœur! •

— Je n'élais qnr de Therhe ; el l'herbe s'est séchée , ô mon Dieu! frappée de volrc souille... Tu n'élais qu'une fleur, ma Loise , el la Heur esl tombée, ô mon Dieu î frappée de voire souille... Mais loi, 6 notre ûme î sors de ce corps vil, ta prison! Sors de ce monde, <> notre àme! au nom de ton Dieu , au nom de Jésus sou fils, au nom de rEsprit-^aint , au nom des an^es et archanges...

— Des cliérubinsi des séraphins I

— Que la demeure, ô noire àmeî soit daos la sainlc Sion ; que l'essaim i;lorieux des anf^es accoure au-ilevanl d'elle; que le chœur des vierges, ô Lois<»î te conduiM> au palais du célesle époux!...

— Hue l'armée tnoinphaiih- d«'«^ martyr» » îi fid^rd! t'ouvre se» Mtfi^!

— Kl cjue r^llernel , pourlanl. ne nou/i aé^ pare jamais !

— Ohî oui, mon an(]e, jouissons enscfilblc* de ces délices immatérielles qu«* rien ne lroid>le; de cpii \ntuptés flhastns qui ne «ioiit puiiit d«' la

terre; de ce grand bonheur infini qui ne réside qu'au ciel.

— Au sein d'immortels cantiques de joie , au sein d'une musique éternelle ; sous un soleil qui jamais ne se lève et jamais ne se couche, qui brille sans nulle fin; sous la lumière des lumières...

— Et sur un lit de fleurs toujours nouvelles, toujours fraîches, bien odorantes et bien savoureuses; sous un arbre aux rameaux toujours verts...

— Loise, ma Loîse! je voudrais t'embrasser!... Oh! ces barreaux, ces barreaux sont bien durs. ..

— Edgard, mon ange, baise ma main!....

Et donne la tienne, que je la baise, moi aussi!...

— Ta bouche, ô amie! donne ta bouche....; donne tes lèvres à ton pauvre Edgardl...

— Tiens, mon amour éternel, voici ma bouche, voici mes lèvres! »

Et, tout se baisant ainsi:

« 0 Seigneur, Seigneur! abaisse tes cieux, ei

ilescencls !... descends sur nous ; déploie les niles ^•t prends-nous sur too seinî »

C'était un beau drame a deux..., un l)ien beau draine , je vous assure..., là, près d'une bataille, au cri des vainqueurs , au cri des vaincus , à la lueur des flammes, parmi tout le vaste retenti'iseraent d'un siéf^e h morl !...

C'était quelque chose d'indicil)lement religieux, quelque chose de bien touchant, de bien profondément pénétrant pour I ame qui les eût écoutés de tout près , ou seulenienl vus de loin !

Or, sachez que nos pauvres amoureux si doux s'en allaient, s'en allaient ; (jue leur voix s'étei- {jnail peu à peu ; que toute leur longue causerie était entrecoupée , heurtée , interrompue par des cris d'irré.sistible douleur...

Et ils étaient heureux !

Heureux... ! car ils avaient pri«^ |>our leurs frères laissés sur la terre ; pour le> bons, et jHiur le»» méchants surtout; car, s'ils n'avaient point pri<'

pour Jacques , leur vrai père à l'un et à l'autre , c'est qu'ils le plaçaient bien au-dej>sus de toutes leurs prières; c'est que dès long-temps ils voyaient en cet homme un messie nouveau , un envoyé particulier, un prophète, une créature (je ne sais quelle) émanée , plus directement que toutes autres, de la divinité; une essence d'en-haut, tombée en notre monde d'argile pour un temps. . . ; car, si Egdard n'avait point prié pour sa mère , c'est qu'il savait sa mère tout-à-fait sainte , immaculée , oh! bien sans tache... ; que des oraisons seraient mieux acceptées d'elle pour lui que de lui pour elle : car tout leur devoir en ce monde mortel était rempli ; car ils| n'avaient plus à songer et ne songeaient plus en effet qu'à l'autre monde , à ce monde où l'on ne meurt pas; car là ils espéraient vivre... , vivre l'un et l'autre;.., Vun et l'autre ensemble, et sans fin ! Et ils peuplaient ce nouvel univers de toutes sortes de joies , dte toute poésie imaginable !... Et, par anticipation, ils plongeaient en cet immense océan de bonheur ; par anticipation ils nageaient au sein de ces jouissances si pures et si vraies !...

Une femme arriva... comme ils mouraient tous d«ux, si contents...; une femme arriva: Albcrtine !

— -^oS —

File riait , riail toujours , la folle !

Pais , venant à la porte (jrilléo :

« Tiens , ma fille , toîci du pain !... Maiij;r : il faut inanf;<»r |>our vivre... Mi»nj;e, ma tille!...»

lu , par les intervalles «les barreaux , elle lui jetait <lu pain. ..

l*uis , à Edjjnrd :

c Tu souffres, loi?... et moi aussi..., • ( depuis lonij-terops I. .. J aimais. .. •

Llle répéta, la folle , ou mot a mot , ou à peu près , tout ce que vous savez...

Ld{;anl et Loi<;e ensemMe rc-pondi; • ut :

• ()iir I)i. Il .. ma daine , ail |»il'- •' \ "M-

.Mais elle... ell<* , la l«»lle :

• Kli ! non , pa> de pilii- : je suis heureuse'... l»ien li<Mir«'U.se , en vériti*! Ils >ont mourir, «dl**

et 'lui ! Et alors. .., alors, vous concevez, enfants?... je suis..., je suis... Eh mais! je n'ai plus de rivale , moi I. . . J'ai mon amoureux... à moi... toute seule 1 Je l'attends... là-bas... aux degrés de la fontaine, ... là-bas., r sousTormel!... Et il vient : car je suis belle , bien parée , bien arrangée par tout mon corps... 11 vient..., vous entendez? et là il se donne , lui, tout à moi... ; etmoiaussi je me donne, moi, tout à lui..., corps et âme... Et nous jouissons de tous les plus grands plaisirs de ce monde... Voilà !... Ainsi , vous voyez bien..., je suis heureuse !... Mange*, petite ;... petite enfant , mange !...

— Ayez donc pitié , mon Dieu !... dit Edgard; ayez pitié d'elle !... 0 Loise , n'aie point de crainte !... Tu vois ! mon sang coule , coule toujours..., et ne coulera plus bientôt !... Je vais mourir, et tu mourras, n'est-il pas vrai,... afin qu'ensemble ton âme et la mienne s'envolent vers l'autre monde?... Oh! quelque place que notre Maître nous y réserve , il vaut mieux pour toi mourir... : car, de vivre après moi, tu serais bien malheureuse, ô ma pauvre enfant! ô mon pauvre petit ange si doux !... Je le vois bien maintenant...

— Oui , mon amour -

— Mon amour, mon an{;eî... inlerouipit la ln|- \c : eh mais ! tii ne vois donc pas que je lui lionne du pain..., du pain pour qu'elle vive? Et elle le man(;era , vois-tu ? Elle le man^^era : autrement, elle man{;erait ses deux mains, ses deux bras, son seio... ; autrement, elle te man^^ernit , toi ! (]'est une loi , mes enfants , une loi de nature , plus forte que toutes vos résolutions. . . Aussi , c'est bien sa faute , à lui ! S'il avait voulu m'aimer... Mais non , rien ! J'ai eu beau faire... Pourtant , je suis jolie encore , je suis {;rand«' , j'ai de la (; race en marchant, de la (;râce en dansaol... Tenez ! »

Et elle dansa...

« Edijanl , car c'est toi que voici... là... sous mes yeux... Je te connais, mon damoisel. . . , oh ! je te connais bien I... Tu aurais dû m'aimer, car je fus bonne pour loi... ; me donner ta main... seulement , ou ta joue , ou ton front à baiser ; et puis... O mou Dieu ! dire qu'il n'a rien voulu de tous ces plaisirs !... »

Arriva une autre femme , l«uii rhrrcliant dr l'œil en chaque petit reroin . font rn:iri'e . d«'-

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solée, pleurante...; elle arriva, les yenx en avant et inclinés, la taille ployée en deux, toute la figure et tout le corps tendus...; cherchant, disje, furetant , aux aguets partout

Elle arriva , se jeta sur Edgard :

« Enfant, enfant, ne meurs pas!... Enfant, je t'ai suivi dans la bataille, suivi toujours, et à la fin perdu!... Te voilà enfin!... Blessé, blessé, ô mon Dieu ! »

Ce fut un grand cri...; puis, plus de larmes! Ce fut un grand déchirement par toute l'âme de cette pauvre mère !

Pauvre mère, en effet! depuis quatre jours à peine elle avait connu Edgard comme son fils, l'avait baisé de sa bouche, de son cœur baisé, de son cœur caressé , choyé , fêté ; elle l'avait vu à la veille de mourir par jugement , et sauvé; l'avait vu aux prises avec une grande et sainte bataille, déployant le plus vieil et le plus beau courage, et jusque là sauvé... Or donc, elle avait remercié la Providence de tout ce bonheur qu'elle lui faisait, à elle, pauvre mère î

coup sar coup; et l'avait bien supplié de le lui continiitM. .. «Ticore... un pou, sur sos derniers jours. .. El, comme elle se berçait en cell«délicieuse pensée, comme elle se reposait, vWv aussi y des soins et rati{;ues du combat, tout à coup elle avait perdu de vue son fils; »l , saisie d'un bien alTreui pressentiment , l'avait cherché..., cherché; puis trouvé, hélas! presfpie mort...

Pour cpuji , Il r>l-il pu> w.ii, vous ima(^inez toute sa désolation profonde; et combien elle s'a^^ita , se démena ; et combien elfe prodi(^ua les soins , les attentions, les secours , tout ce qu'elle avait de science en l'art de {;uérir; et combien elle fut prompte, rapid* • î toujours, toujoucs eriant , ne pleurant plus...

Kd(;ard revint ....

Et aus.si LoiS4» , de voir revenir Edj;ardl... El cependant elle s'allli(;eait , notre amoureuse , dans sa joie î Oui , elle était pnvsque jaIou.se des soins, des attentions , des .s4»cours cpie pr(»<iif;uait a Edf^ard cette femme : il lui semblait fpie c'«*lail un vol qu'elle lui fai^ait, à elle !>a fiancée!

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