II. i
-^ 210 — Pour notre folle, elle regardait, riant plus fort...
« Hé, hé, hé, hé!... il sera sauvé, lui :bien!... Mais elle! Ouvrez donc la porte, ouvrez-la donc!. .. Hé ,hé , hé ! »
Elle faisait pitié, cependant, cette malheureuse femme !...
« 0 ma dame ! lui dit l'autre (bonne mère ! ) ; ma dame , cette enfant est le fruit de vos entrailles, votre plus grand trésor , tout votre bonheur sur terre..., si vous voulez ; ma dame , rouvrez-lui votre cœur, et dans l'orage bercez sur votre sein sa tête ! Mon Dieu , regarde cette pauvre malheureuse femme en compassion ; guérisla de son mal par de l'amour que tu lui remettras en l'âme pour sa fille! Sainte Marie, patrone de toutes les mères , battez de l'aile au-devant de cette créature si tombée, et ramenez -la au bon chemin I... »
La folle hocha la tête , murmura entre les dents :
« Non , non , non , non ! »
Puis s'en alla.
Etl^jard , ccpoiidant , était presque enlièremenl hors lie ilan(;cr. Le sang ne coulait plus ; va blessure, réellement peu dangereuse, était pansée; les couleurs reparaissaient sur ses joues tout a l'heure si pâles, les forces par tout son corps revenaient. ..
Sa mère alors voulant l'emmener :
• Viens, ômon enfant, le reposer. Le Ciel fera le reste.
— Mais elle , ma uirrr , <ju«- voici là?, ..•
I^oise l'inlrrronipit :
• Va, mon amour, va î Ouand tu seras guéri , alors tu reviendras (*t me tireras d'cnlre les mains des méchants... Va, lùlgard ! j'attendrai m patience ;... je songerai à toi, mon ange; et l'exil me sera bien doux! Va... je l'en prie! ■
Le jeuuf liunime réfléchit «ju'rn effet c'était des deux ))artis le meilleur... ; le meilleur |>our elle surtout. Car. s'il restait là, près de la |Mirto .
épuisé, malade..., il ne la tirerait point de sa prison ; et, au contraire , s'il allait vite se rétablir, , il reviendrait mieux en état de la sauver. Puis il songea qu'il allait voir de ses amis; qu'il les enverrait ou se placerait lui-même à leur tête ; que tous feraient le siège de la tourelle, et ainsi viendraient bien à bout de délivrer l'enfant...
Il se laissa donc emmener, non sans avoir baisé encore une fois la main de Loïse, qui la lui tendait en souriant.
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Ps.il.Mlvii:.
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Le projet y couru par Jacc|iie!) eladoplé par le roi , avait été uii.s iinfiii'tiiateineDt à exécution.
Or, pasM* trois lois \ingl-<jualre heures, les
ir.ixaiji (iiri'nt tt-nninéâ.
hl noiox (|ue, durant leurs opérations , les asv'./.,.,. ...f. 'Mifnl i'Xi A sup|M»rter une |;rMe inrc>-
santé de pierres et de flèches que sur eux faisaient pleuvoir les assièges.
Oui ; mais ils avaient eu courage , bon courage ;. . . mais ils avaient déployé tant de zèle , tant d'activité , tant de dévoûment !
Puis il faut bien convenir que la terre, en cet endroit, se prêtait singulièrement à la réalisation heureuse de l'expédient qu'avait avisé Jacques : le sol était naturellement creusé... , creusé en dessous..., et la couche de plain-pied qui recouvrait ces excavations avait fort peu d'épaisseur...
Donc, les travaux terminés, notre maître Jacques, toujours sous les ordres de sa seigneurie le roi , dont il ressortait, fit mettre le feu aux pièces de bois, et lesdites pièces , ma foi ! brûlèrent bel et bien...
Ici je dois encore faire observer que la terre , en celte partie de la France , et plus particulièrement à la place où se trouvait bâti le château du comte Gaspard... ; que la terre , dis-je , enfermait en son sein abondance de cette matière
bihiminciise , noire , luisante , csscnliellemcnt conil)Ushl)le , que nous appelons liouiUe ou cluirhon de terre.
Parlant , vous comprenez le ilegrr de violence où dut arriver en assez peu de temps l'incendie.
Il eut bientôt fait brèche, percé le sol... ; cl il gaj^nait . {;a(;nait en .illant , tant à la Gn qu'il menaça de se communiquer aux bâlimcnls. ..
iù alors ce furent, de la part desassir(;eants, de i;rands cris de joie; de (;pands cris de douleur, de la part de assiégés... , et des jurements à faire crouler tout le château, à faire tomber tout le ciel .sur leurs tètes î
i>c furent de |;rands mouvements partiiul . p iiloul un (;rand bouillonnement , parloiif unr horrible confusion !
Elles Hammes montaient , montaient !...
Kl ce fut ensuite , dans le cliAteau , un*- horreur profonde ; au camp du roi . une profond.^ pitié !
Puis des scènes vives, animées, terribles, plaisantes, funèbres et bouffonnes tour à tour, tour à tour et à la fois... pittoresques , dramatiques !
Puis , les bâtiments secoués , ébranlés dans leurs fondements ! les pierres qui lune après l'autre s'en vont ! les murailles qui petit à petit s'éboulent! des trouées! des crevasses 1...
Et le sang qui coule, qui coule comme l'eau des fontaines ; car les assiégeants lançaient toujours flèches et javelots I... Le sang qui coule, et autre part se coagule , s'incruste suf la dalle I... Des cadavres.,., isolés tantôt, tantôt pêle-mêle; ceux-ci étendus tout du long, ceux-là à demi renversés , sur le dos , sur le ventre , à genoux , debout quelques uns ! un bras, une jambe , une tête mutilée î des morceaux de chair ! d'horribles blessures, long-temps saignantes !...
Une blessure y nue , toute nue , vue de près : oh, c'est affreux! Que la mort estpâie, mon Dieu! Est-il possible que ce soit là ce beau corps qui tout à l'heure vivait d'une si forte vie , marchait, courait, se baissait, se tournait de mille manières, comme il voulait? Sont-ce là ces yeux tout à
rheure si aoiuiés; cette bouche d'où sortaient, avec de (grands cris, des piMisées hrùlanles? Celte face , est-elle dtTij^iirce! Que c'est laicl , mon Dieu, (jue c'est laid! O mort , comme tu nous arranjresl
Et, parmi tout cela , Albcrtine rentrée à Tinlérieur du château par une porte basse dont elle avait le secret...
IJIr (lait la, notre pauvre misérable châtelaine , isolée au milieu de tout ce monde tant ému. errant de corridor co^ corridor; tantôt chantant ballad(> plaintive aux moments de stupeur silencieuse , tantôt s'a(;enouiIlanl, attachant son front aux larpes dalles humides . articulant ri peine une lente prière et qui venait surse>l«*vres mourir ; puis M berçant en de molles rêveries, 8C vovant reine d'un tounifù, essuyant au front d'Kdf^ard la|;loriense poussière du champde bataille . lui tressant une couronne et la plaçant sur sa tête, lui donnant rendez-vous sous le tilleul de la vallée , et sur l'écorcc de I arbre entrelaçant son chiffre et celui de son amoiireux si b«'au . montant avec lui coursier rapide , et , après une lon(;u(> course à l'aventure, s'é(;Hrant au bois... avec lui, uh ! s'in-
— 2i8 — ondanl de toutes sensations les plus voluptueu ses, imprégnée d'amourcomme d une petite plu.e de perles fines...
Elle était là, dis-je, ainsi faite, parmi tant d'horreur !
Et puis, et puis venait un brutal guerrier à la heurter en passant, et, dans son désespoir irrespectueux, à la saluer d'une injure...
Et alors elle disait :
a Merci de ma vie ! Où donc s'en est allée cette bonne galanterie , si fort en honneur jadis?»
Les rares officiers parsemés dans le château, et qui de leur mieux et qui en mille sens s'agitaient , pour maintenir l'ordre chez les assiégés et bon courage, qui suppléaient à l'absence de Gaspard réfugié depuis un peu de temps déjà on ne savait où... , les officiers eurent compassion de leur duchesse.../
L'uu d'eux s'avança...
— ^-«9 — c Oh ! lit -elle dniiloiireusement , n'iipproclie pas !
— Emmenez-la, dit l'autre à d'aucuns de ses {;ens , et liez- la quolcjne part; elle n'a plus M raison.
— Grâce, grâce î ne me faites point de mal!...!
On l'emporta...
Or, l'incendie cependant marchait son (jraiid train ; les flammes montaient, montaient sans relâche...
(là donc, ô flammes , montez ! Hrùle , château si ma(;iiitique d'un si ma{;niri(pie soigneur! Hn'ilez , tours et tourelles , c»ii la méchanceté a croassé le soir av«*c la chouotte, d'où la méchanceté a plané le jour tout au loin ! Hrûlez , donjons où s*cst tant de fois promenée une pauvre femme triste et solitaire, où l'innocence a tant de fois gémi ! Brûle , coule à gros hotiillons, et descends par les airs en gouttes étincelantes, ô cloche du hcdroi , dont le rauque rt monotone tintement a si souvent annoncé un nouveau crime à lalern* ! Rrùlez , ponts-levis où si souvent les pas bruirent d'un homme alLmt m m il ■'< l'heure de
la nuit..., quand tout dormait! Brûlez, voûles sombres où du sang a coulé I Brûlez , ô corridors si vastes où se sont processionnellement déployées tant de vanités splendides, où un seul se logeait , et où mille eussent trouvé place qui n'avaient qu'une cabane ouverte à tous vents î Et vous aussi, brûlez, longs appartements où , tout racontant les miracles du saint sépulcre, le pèlerin a volé or et argent, séduit femmes et filles, prêché les croisades et poussé des bataillons chez les Sarrasins nos frères! Et vous aussi , petites chambrettes de pages et d'orgies. . . ; et vous aussi , armoiries. . . ; et vous , livrées , écussons , grands portraits de famille..., brûlez, brûlez!...
Et que ne peuvent , oh ! que ne peuvent avec vous tomber ces temps bardés de fer, où la guerre est partout, où d'horribles cris de sang partout se font entendre , où tout est rude , farouche , sauvage !...
Et que ne peuvent en place , et tout de suite, luire ces temps de la promesse , où l'humanité doit avoir ses plaies guéries , ses larmes séchées; où l'humanité , du milieu des décombres qui marqueront la place de son antique servitude ,
dressera sa iMe libre ; où riuimanil/- respItMnllfâ (liins le sein d'une ('[^alitr parfaite '
lit , dans le camp du roi , oh ! cVlait une bravoure... , une activitr ! CV'lail , vous aî-je dit, un peu de pitié pour les malheureux habitants du château ; mais aussi une grande joie de voir on méchant homme bientôt puni !
Celaient des acclamations , des fanfares... . des chants guerriers , bien milles et bien én<*rfçiques, entraînants , étourdissants , sortant de larges poitrines et vastes et sonores; c'étaient partout des faces animées , des yeux brillants , d<» gros bras , de grosses mains, s'agitant, levées en l'air. . . , de grosses tîntes sur de grosses épaules , des formes rudes et atldétiques... , une grande et sainte populace ! C'était partout un enthousiasme, une fièvrede liberté..., mais une fièvre sans déraisoo, sans excès le plus |>elit ! Ceux qu'on fit prisonniers, on ne les égorgea point ;reux <jui fiivai<'nl, on ne les poursuivit point ; ceux qui se carhairat, on ne les chercha point 1. . . Lnv générosité inouio partout ; une délirnl«»sse , un désintéressement sublime-... une admirable piété dans les derniers devoirs rendus aux morts, on vainqueurs ou v.iin-
eus! Une fosse estcreusée, la même pour tous : car, pourquoi distinguer, quand lamort, elle, ne distingue pas? Tous donc sont enterrés sous l'assistance du prêtre , qui répand sur chacun part égale de bénédictions. Et la foule , tout en armes , découvre son front, ploie le genou, écoute le prêtre dans un profond recueillement, et répond aux versets... !
Car Jacques était là ,... là, les brascroisés, la tête haute , dominant toute cette foule !... Oh ! sa figure , voyez-la ! Elle sourit , sourit seulement, non comme le diable si tombe une âme dans ses griffes , mais comme le bon Dieu pourrait faire quand il sauve une âme du péril !
Et tous du peuple étaient là , tous comme en un jour suprême : les jeunes gens et les hommes d'âge mûr pour souffler le feu et lancer des traits ; les femmes pour ranimer les blessés et relever les morts;... et même les petits, petits enfants, pour, si possible, jeter des pierres;... puis les vieillards, en habits de fête , portés à bras ou sur leurs sièges, pour enflammer leurs fils... I
Les assiégés, cependant, si fort montraient^
ils «le coiira{»e , si bien ivsoluinciil se battaientils, virent enfui (jne leur caus»? était clés<»s|>énM'. Va alors ils furent saisis d'une épouvantable consternation .... et qui les torturait , les tenaillait , les comprimait comme masses de fer tirées roupes de la fournaise , et jetées à la dent perpétuellement tournante d'un cylindre !...
Pour quoi ils commirent de nouveau endépntation mons bailli... , lequel se lit tirer l'oreille un peu , mais se rési[;ua pourtant.
Donc , il partit...
< Ton maître ton maître?,... lui cria de loin le roi.
— Ce n'est point le comte Gaspard, ô sire..., qui m'envoie...; il ne sait rien encore de ce «pii se passe — : car il est pour l'heur^' aux toud>es de ses ancêtres...
— Qui médite sans doute sur la fra(;ilité des {;randeurs humaines?... Va-t'en, bailli î »
JacqiK^ tvait entendu
Il «se tourna vers l'abbesse. . . Mlle «'tait venin l«
tirer d'inquiétude au sujet d'Edgard , au sujet de Loïse ; mais bien s'était gardée de lui dire qu'Edgard était souffrant , malade , alité ; que Loïse était enfermée : car elle eût peut-être appelé sur deux points une attention et des forces dont la concentration sur un seul était , alors surtout , éminemment nécessaire.
Jacques, disais-je , se tourna vers l'abbesse, et lui parla ainsi à mi-voix :
« Sainte femme , Dieu a-t-il défendu à ses créatures , victimes échappées par miracle à la vengeance d'un homme, d'épouvanter son âme , et de le forcer ainsi au repentir ?
— Non , si d'ailleurs on peut épargner du sang...
— Eh bien , venez avec moi ! »
(laïAii'j;^^ jjii.
Der Thùrtner d«r «chaut ra mitten der nacht
HiDâb auf die Graber in Lage ;
Der mond der bat ailes in'a Belle geb racht
Drr kirch lioferrr iiegt wie am Tag.
Da regt »ich »iD Grab und ein anderes dano
Sie KoM— n benror, ein Weibda , ein roann ,
In weÏAaen uod »cbl eppcnden Hemden.
Gornix.
^(viiûUoni
Or il élail d'usaj^c, en ce tcrops-lÀ« d'cntrplcnir ;'i f^ros frai^t un lieu cl(v^tin<* k recueillir la dépouillp mort«'lle de nos ujaîlres sci(;ncur«.