II. i
Ce lieu était creusé profondément dans la terre, et juste sous le château. Un immense escalier à larges dalles et à plus de cinquante marches y conduisait. Puis, il se divisait en deux caveaux élevés, voûtés, mal éclairés par deux soupiraux grossiers.
L un était destiné à la prière. Au pied d'un autel, couvert d'un long drap noir et semé de larmes çà et là, on déposait le corps mort, et l'on suppliait Dieu qu'il reçût l'âme au sein de son infinie miséricorde.
L'autre rètlférinait les tombes... , les tombes des seigneurs , ai-je dit, et, en outre , celles des serviteurs intimes attachés à la maison ; puis encore celles de tous personnages un peu marquants décédés durant leur séjour au château...
Elles étaient là, rangées par ordre. Car l'orgueil , chez les grands , leur survit.
Au milieu était le tombeau du dernier seigneur...
C'était un lieu à faire peur!
Et neflfiire Gaspard, cependant, s'y était rt*fuf^ir, portant en main une torche, et se parlant airi'^i :
tVeogeaace, venf^eance! ont -ils dit, et en inAme temps ils poDêsaieat dea cris de liberté... ; et ils se battaient comme dos lions... Do par toui les saints , voilà qui tombe mal !... an moinrut
jusip on je méditai-* notre af^randissoment !
Mais, patience! j'aiirai bientôt r«'*paration.. . Ah! vilains , votre révolte vous coûtera rhrr! Vouloir m'arrachor la douce jouissance d'iniposor à vos tètes une autorité do mon poùt, voyor un peu !... Batailler, «lonc ; faites-vous bien écharper ! puis , à la tin , ceux qui auront échappé au glaive de mes archers mettront bas les armes, courberont devant moi lour tète, et je n'aurai point pitié ! Leurs chairs seront meurtries k coups de fouet; tonl leur corps sera broyé î... et, s'il leur reste isses de vie pour conib;ittre , je les enverrai faire la guerre il ce soigneur dont la puissance me porto envie...; et, chose piaisantol mi Heu d'être privé do mon ehûioau et du net •errei comme ils Icusseiit voulu , grAce à leurs bras j'en aurai moitié plus!... Los insensés !.. . Mais c'est moi , c'est ma porvmne surtout qu'ils vou-
draient saisir... Eh donc, qu'ils lessaient !...* qu'ils viennent en cet asyle de mort ! Personne ne le connaît ; personne ne sera tenté de le connaître : car ils ont oui raconter qu'en ce lieu funèbre des bruits de chaînes se faisaient parfois entendre comme roulant parmi des ossements; que des voix poussaient de plaintifs gémissements... Pauvres sots 1 crédulité stupide!... Moi, je ne vois ici qu'un abri contre la colère armée des vivants, plus à redouter que les stériles lamentations des morts, et je m'y tiens... dans le danger... »
Il finissait à peine, que quelque chose se prit à ricaner non loin de lui...
Puis une voix lui arriva dans l'oreille , criant :
« Gaspard !
— Par l'enfer, dit-il , quelle est cette voix ?
— C'est la voix du tombeau ! »
Et vous l'eussiez cru , en effet , tant elle était profondément rauque , gutturale , inouïe , mystérieuse !
Elle reprit , la voit ;
— 229 ~ • Gaspard, as-tu donc pensé que, la viclime une fois imrooloe , son sanp ne crierait pas vengeance?... Il criera ! le sang criera : «Vengeance ! •
— Ah , je voudrais sortir !
— ^ avance pas, seigneur comte! seigneur comte, n'avance pas! lu glisserais dans le sang...; ce sol en est tout humide , tu le sais bien !
— Oh! mon Dieu, mon Dieu ! Mais j'ai peur !.. . Si j'appelais!
— Appelle , appelh' ! et la voix de tes victimes le répondra seule... Ah ! ah ! messire , beau messire , le jour de la justice est venu , et enûn tu vas savoir tout ce cjue pèse un remords! Il acharnera sa main de ffr à retourner ton ctrur, le déchirera par lambeaux , et le jettera tout palpitant devant le tribunal de Dieu !
— Ah ! on dirait que la main des sorcières me tord le cœur!... Mais tais-toi donc, taistoi !
— Pauvre seigneur, tu crois encore commander à tes vassaux ? Ils t'obéirent . eux, jusqu'à ce que leur coupe d'amertume et de colère fût emplie... Mais commander à des morts, tu n'en as pas h' pouvoir !... Ecoute , écoute !...
— Te tairas-tu , enûn ?•
Et le messire , plein d écume par toute la bouche et tout le visage , s'avançait , s'avançait toujours , frappait çà et là d'estoc et de taille, et criait :
« Te tairas-tu , te tairas-tu ?
— Me taire !... Oh, oh ! le crime peut longtemps dormir dans l'ombre ; mais il n'y dort pas toujours.., »
Et , venant une porte souterraine à s'entr'ouvrir, la torche qu'avait en main Gaspard tomba et s'éteignit...
Le comte gémit profondément dans sa poitrine et se voila la face !...
Et alors un grand linceul Blanc marcha vers lui...
Et alors le tonnerre au ciel grondait.. ^,^ et des éclairs vifs , rouges et bleus , s'engouffrant par les soupiraux, jetèrent leur blafarde clarté parmi ces voûtes sombres...
Gaspard , levant les yeui t
• Ho , lio î fit-il , napprorlif pas ! •
Puis, reculant devant la foriiiidablo apparition, il s'accroupit dans un coin.
Ainsi a fait sans tlonte devant son maître ëteriiel le premier homme pécheur.
L'immense apparition lui prit la main , l'amena vers IVndroit d'où elle sortait , disant :
« Allons, re[;arde ! le fen chi ciel t'éclaire — ; rej^arde !...
• Vois-tu ce san(; qui (joulle à (;oultc suinte des murailles? Vois-tu ces ossements épars ? Vois-tu ces débris de chair?... Allons , regarde ! Uej^.irde donc î CVst là ton supplice !... Dis-moi, (iaspard, si tout cela allait reprciuir*- forme humaine et t'apparaître?...
— O l'épouvantable vision!... Mais toi , toi . ombre maudlti* , «pii e.s-tu ?
— 1 u le sauras. . . »
Va alors il le saisit plu* rudement par Ir bras,
le jeta de vive force sur ses deux genoux , et le tint là sous la toute-puissance de la peur.
Et d'une voix plus haute et terrible :
a Gaspard, je suis l'envoyé de Dieu , ton grand juge éternel; je viens remplir ma tâche... Aidemoi 5 Gaspard , car ma tâche est lourde ! Voyons , qu'as-tu fait?...
— Je... je n'ai rien fait, ô mon maître..., rien qui vaille la peine de vous être conté...
— Bah ! tu plaisantes ! IN 'as-tu pas volé , pillé , assassiné ? Et n'est-ce là rien , dis ? Rien ? mais que te fallait-il donc , monstre ? Allons , allons ! confesse-toi ! »
Gaspard sentait en lui mille mouvements divers qui tous le tenaillaient, le torturaient; c'était tour à tour de la colère , puis de la rage , puis après un peu de douleur amère , puis une sorte d'épouvante indéfinissable...
11 balbutia :
« Je m'accuse... »
— Eh bien ! eh bien ! poursuis...
— D'avoir conspiré contre les seigneurs met ▼oisins...
— C'est pou de chose ; car ils conspiraient , eux aussi , contre toi?
— Vous croyez , mon seigneur ?
— Eh ! messirc , j'en suis sûr ! et c'est bien fait, vraiment !... Alaiâ va, va toujours! De quoi encore t'accuscs-tu?
— D'avoir volé l'éghsc de Laun...
— Après?
— L'égh'se de Soissons.,. , de Compiégne... Pour celh»-là, mon seigneur Satan, je ne l'ai pas pillée seul,... jias pillée seul, je vous assure! Le vieux duc de Rochccave m'a prôté la main...
— Bon, boni W. vieux duc «i son tour j»'en confessera... Continue, Gaspard! car ce o'e«^ point là tout... Ou'as-tu volé encore , voyons?...
— Le monastère de Saint-André à Novon..,s mais c'était peu de chose, messire diable, Lient peu de chose , en vérité !. . .
— Va donc , va donc !
— Le couvent de Saiut-Jos^*pli. . .
— Combien de f<iis''
— Deux fois au plus, mon seigneur...
— C'est très généreux!... Et après?
— J'ai volé un voyageur par-ci par-là...
— Et trois , et quatre , et vingt !. . . Va toujours !
— Un peu ma famille , un peu mes voisins , un peu mes vassaux...
— Dis donc beaucoup, misérable l... dis donc que tu leur as tout pris, et toujours; que tu as pris leurs moissons, leurs fruits, leurs femmes et leurs filles; que tu as pris toutes leurs sueurs, toutes leurs joies , et toutes leurs consolations dans leurs peines , et leur soleil quand tu l'as pu, et l'air qu'il est donné à chacun de respirer, et leur vie..., et tout enfin! Dis donc que tu ne leur as rien laissé , pas même l'espérance!...
— Je ne dis pas non, mon seigneur !. . . Et alors, ayez pitié !
— Pitié...? eh! tu plaisantes! Est-ce que le prêtre absout avant que ne soit achevée la confession?...
— N'ai-je donc pas fini, mon maître? Il me semblait que c'était tout...
— Tout...? Mais tu n'es pas venu jusqu'au ' sang !
— Vous le bayez donc, nioii maître..., que j'en ai versé?
— Oui, Taî
— J'ai... j'ai... »
11 hésita , ma foi !
L'ombre le secoua rudement :
t Kb bien , va , va donc! La coupe est versée: il faut la boire!
— J'ai tué... Eb , mais! ne le savez-vous pas, TOUS qui savez toutes cboses?
— Sans doute ; mais redis-le-moi ! car tu m'amuses...
— J'ai tué le ebevalier Grimoaid...
— Oui , parce qu'en un pas d'armes il remporta sur toi le prix de la lance...
— J'ai tué plu.sicur.s de mes vctisios...
— Sur les {grandes roules ou en parties de cbasse pour avoir leur or... Aprè.s**
— J'ai...
— Allons, allons!... vru&-lu que je l'tidc un peu?... »
Et , disant cela , le grand blanc linceul lui prîl les cheveux, à lui comte, et le traîna ainsi, lui comte toujours à genoux, jusqu'au pied de plusieurs lombes, et lui dit :
« Ces trois vieux sépulcres renferment les restes de tes prédécesseurs suzerains. Ils moururent de mort naturelle... : tu ne vivais pas encore!... Mais n'importe ! il faut t'humilier : car tu as sali leur nom, leur mémoire, et tout leur sang... Il faut t'humilier, Gaspard, et de tes lèvres baiser la terre où ils reposent !... Allons , baisse la tête , , et mords dans la poussière. »
Le comte s'humiUa, baissa la tête , et lécha de sa langue la terre...
« Ici repose le baron de Chamouny!... Il te disputait la possession de l'un de ses domaines, et tu n'as pu le vaincre l... et il est là, mort assassiné !... Gaspard, baisse la tête, et mords dans la poussière ! »
Le comte s'humilia, baissa la tête, et lécha de $a langue la terre...
€ Ici Matliuria (larlande !... C'rtait un pauvre vieux serf qui un jour le surprit an milieu d'un crime. 11 allait te dénoncer à la justice du roi ou aux ven{;cances du peuple :... et il est ik, mort assassiné!... Gaspard , haïsse la tt^.te, et mords dans la poussière ! >
Le comte s'humilia . l)ais';a la tMr , et lécha de sa lan{jue la terre. .
«Ici, Berlhe de Mauléon î Celait une hellc jeune femme autrefois ; tu lui fis de sales offres ; elle les rejeta , et , pour vengeance , voici ce que tu lui as fait: Elle était mariée, tu jetas non mari dans les prisons; elle avait un fds, tu le Gs exposer ; elle seule , ce beau fruit desséché , restait pour la soif...: tu la poursuivis, et, ne pouvant la joindre, tu commandas sur elle un assassinat. Le varlet, qui avait le choix ou de rap> porter un corps mort ou d'ôtre pendu, t'apporta une magnifique tombe toute clouée, et tu la ûs descendre parmi tant d'autres... Gaspard , la voici!... •
El . disanf r*^^ m'^f'^ . il toiirha la tombe , qui s'cnir'ouvril...
Et...
« 0 mon Dieu ! mon Dieu ! hurla Gaspard , empêche que cette infernale apparition ne s'acharne à me poursuivre ! »
C'était une ombre, encore une ombre qui se dressait devant lui..., vêtue aussi d'un long linceul blanc , mais moins haute un peu que la première —
« Me trouverais-tu toujours à ta guise , mon seigneur?... dit l'ombre, d'une toute petite voix flûtée... Autrefois, ^tu me trouvais jolie et me tenais doux propos d'amour...; aujourd'hui , estce que tu ne m'aimes plus?... Voyons, fais-moi la cour... Tiens, prends ma main ! Fut un temps, sire comte, où elle te semblait blanche et bien polie... »
Or, en mêm« temps, elle l'allongeait... C'était un bras et une main de squelette..., oh! à faire peur !
Il eut peur, en effet , monseigneur!
1/ombre poiirsuivil :
€ Allons donc! prrndvla , je le l'abandonne'. Ah! Gaspard, tu n'es plus f^alant conioie jadis... Mon beau pctil , allons! cède, sois mon fiancé! 11 est si ennuyeux de rester fille!.. . Laisse-toi attendrir, voyons!... Et si tu sarais, ami, comme je suis belle!... Tiens, vois plutôt!... »
Or, en même temps, elle ôta de sa face son blanc linceul...
Oli ! l'horrible face!... bien horrible , je vous a.ssur^l... : un |;rand orbite profond, creusé et vide!... plus de chairs!... en place, des os!... un crâne nu , jaunâtre , luisant , fuyant !... de.s denth lon(;uus , vacillant d.iui» leurt» alvéoles !... des ani;le8 saillanLs, et partout!...
<> .Ml! (îaspnnl, reprit df^ deux oinbr(.*s la plut (;rande , que ti je voulais défiler le chaprlet de tefi crimes, il serait Iod(; !... Mais S4*ulement , viens , viens encore un peu l ►
Kt, toujours enl rainant de vive force le comte, 4|iii toujours était i^ (genoux :
« Ici repose le duc Léon, ton frère ! Plus âgé que toi, il était un obstacle à ton ambition ! Il te fallait, n'est-ce pas, son cadavre pour piédestal?... Pourquoi, aidéd'Albertine, tu l'assassinas..., lui, ton frère , et son époux à elle!... »
Ohl alors plus que jamais Gaspard tressaillit , et bien plus convulsivement...
L'ombre reprit , impitoyable qu'elle était :
et Donc , il était seigneur , ton frère. . . , et tu voulus l'être à sa place î Tu l'as été , imbécille ; et que t'en est-il revenu?... De la gloire? Tu n'as pas même rencontré de flatteurs pour oser t'en parer... Des richesses? Malgré l'immense fortune dont tu héritas par tes crimes , malgré tes vols dans les églises et sur les grands chemins , malgré tes fiscales vexations, malgré tes dettes, tu as toujours été gueux... Du plaisir? Tu n'as jamais éprouvé que l'inévitable ennui d'une grossière débauche... De la puissance?... On s'est jusqu'au bout moqué de tout ton vain appareil de grandeur. Et à l'heure même, tes vassaux sont là, aux portes de ton château , venant te demander compte de tout le mal que tu leur as fait!...
— Ah ! (iasparci , dit la voix de femme . tu devrais bien eoipOcher cela...
— 11 ne tient qu'à lui ! ajouta l'horome au linceul. Qu'il dise seulement : cJe laisse mon chàteau, et me retire en un coin ignoré du monde. 1» Le sanf; aussitôt cesse de couler ; sa vie , à lui, est sauve!... Gaspard, dis, le veux-tu?
— Moi, moi, quitter mon château!.. . va , je ne suis pas si près de mourir; et, de par le diable , tu mens! •
Et, à ces mots, il s'était redressé GèreiB6iit, noire noble comte !
« Ciaspard, dit l'autre voix douce, tu ai tort de l'obstiner ainsi... Allons, décide-toi! fais ui\ pèlerinage en Terre-Sainte , passe le reste de les jours dans la pénitence : et Dieu pourra encore te pardonner!... Décide-toi : après les af^ilations de la richesse et les combats de la puissance , l'obscurité est douce et la pauvreté f»st uq bieo!"«
— Non, non , jamais ! ji* resterai srif»nenr!... Vous avei menti tous deux! Olez-vous de ma vue, échappés d'enfer !
— De l'emportement! reprit le plus fjraiid II i6
linceul.... Eh mais! c'est plaisant!... Pauvre Gaspard, tu n'y gagneras rien!.. Oh! bien loin de là , en vérité ! ta prompte et éternelle damnation n'en est que mieux assurée !... Mais seulement regarde, regarde encore!... Eh donc, ne frissonne pas ainsi!... Il n'est plus là, ton frère!... Tiens, vois plutôt! sa tombe est vide... »
Et , disant cela , le linceul entr'ouvrit la tombe ...
Rien ! . . .
« Grand Dieu! cria Gaspard, que signifie cela?
— Eh! eh! mon seigneur, on a vu plus d'un coup manquer son effet!... Tu le sauras, fratricide , tu le sauras !... »
Et ce linceul, puis l'autre, disparurent parmi les ombres, répétant à l'unisson : << Fratricide , fratricide! »
C'était une chose épouvantable!... d'autant qu'il semblait à Gaspard que cette voix..., cette voix, c'était de Léon!...
Il tomba la iace contre terre; et, bien profondement humilie :
■ Léon, (lit-il, ô Léon, mon bon frère, aie pitié.'.. Re{;ar(le : je suis à f;enoiiXy et je t'implore mains jointes!... 0 monsei|;neiir, de f;n1ce, ne me faites point de mal... Je quitterai le château et tousses domaines, j'irai en Terre-Sainte, j'enfouirai mes derniers jours en une méchante (;rotte, et je pratiquerai une austère pénitence..., une austère pénitence, 6 moosci(;neur, je vous le promets! »
Mais ni l'un ni l'autre des deux fantômes nVlait plus là. A leur place était Alwin , son varlet, son serviteur, son esclafc!... Mt lui , dis-je , était ii f^enouz et mains* jointes!
• Alwiii '... vive Dieu ! > Et, ne relevant vilement :
• Oh î oh ! cria-t-il, je n'ai rien promis!... Leurs paroles n'étaient (|u 'impostures!... Lux-ménies n'étaient que de vains f.intômes !... tout cela
n'était qu'un rêve.., un délire de mon imagination!... Non, non, je n'ai rien promis! »
Puis , à son varlet :
« Alwin, tu n'as rien entendu, tu ne sais rien!... Par la mort, Alvin , tu ne sais rien!
— Venez , seigneur , venez ! Les rebelles ont bientôt forcé toutes les portes....
— Eh donc , pourquoi venir me tirer du souterrain qui me servait de refuge? »
Et c'était alors par tout son visage et tout son corps le plus profond abandon de lâcheté. Et il se parlait ainsi à lui-même :
« Je ne me sens plus !.. Ah ! cette voix tout à l'heure disait vrai : le remords est lourd! Volontiers j'échangerais maintenant mon écusson contre un morceau de pain!... Un écusson, une châtellenie , ma foi ! toutes ces choses ne m'ont rien rapporté qui valût la peine d'être criminel!... »
Puis encore à Alvin :
• Tu vois bitMi que ces gens-la in'eD veulc»nl ; ils me tueront î
— Messire, vous étiez tantôt si curieux de voir par vous-nirme les pro{»rès de la révolleî.. . Car vous êtes seifjneur , noble comte....
— Seigneur, seigneur..., oui, sans doute, je suis seigneur!... Eh donc, pourquoi ne le seraisjeplus?.. Allons, évanouisser-vous, scrupules de conscience!... remords, va te promener : je ne crois pas en vous!... •
Et il se disposa à remonter le long etealier foo*
terrain
lîJiiiyj'jji'jK jz.
¥.»l-rf donc un dtiWt. . , un diAble ,
SllAKAri.ARK.
^n^^nfi on s'dttrn^ bifn.
L'incondi<' « ccpendanl , avait marchi* , (;r.iiuli . iiiarclié» (;raiidi... , et , à force . fait crouler l'une .sur l'autre les pierres, riit«-l)oiiler les lerrei,|>or« iles voûtes M>uterraiiies... Aussi laut-il dire que inilN" liras avaient aid»' ineessannnenf au |>ror»rè"»
des flammes , avaient battu le terrain , arraché les maçonneries, taillé, coupé, travaillé..., travaillé I...
Or donc, en ce moment, l'incendie s'engouffra dans une vaste ouverture qu'il s'était , par sa violence et par le secours de tant de bras , pratiquée ; puis , de ses grandes et larges flammes il inonda toute la sépulture de nos maîtres seigneurs.
Alwin , lui , avait déjà remonté les cinquante marches, et, une fois en haut, sans doute avait trouvé moyen de s'échapper...
Mais Gaspard , le pauvre malheureux Gaspard, tout faible , abattu , brisé , quasi mort , n'avait pu suivre son varlet ; et l'incendie avait fait son irruption immense que lui, Gaspard, n'avait pas franchi la moitié de l'escalier.
D'épouvante, alors, il tomba, roula de son long , puis vint comme un lourd poids s'abattre au pied de la tombe où Léon , son frère , devait reposer , et où Léon , son frère , ne reposait pas.
Et au-<les.su.s de lui avaieul rrpani les tlfux {grands hiaucs linceuls.
Et plus encore au-dessus, dans le lointain . sur un tertre élevé, le roi et ses troupes, puis tout le peuple...
« Victoire ! criaient -ils ; France et joie î. . . Victoire î •
C'était bien , je vous assure , un des plu> hranx spectacles qu'on ait jamais vus !
'EJliiyj'JJii A.
Pilié , «lonc , |»iii» !
^nabfni
Or , vous souvient-il que Loise , coiir cIm'tp enfant , a été par &a mère jetée tlan.^ cell»' p«'lile tourelle que voici s'élever là-bas..., I.i-has. j l'extrémité occidentale d«* la cour?
Or, celte tourelle , la V(»yer-vous' Vovei-vouv qu«' la flamme est l.i tout au pied . l't qui montr .
monte?... car ce n'était pas là le point principal , le point où devait se diriger d'abord l'attention des hommes chargés d'éteindre l'incendie...
La flamme 5 dis-je , est là qui monte 1...
O mon Dieu , mon Dieu !... Mais c'est fait d'elle , notre chère enfant !... Mourir ainsi , oh î ce serait trop affreux!... mourir! Mais qu'a-t-elle fait 5 qu'a-t-elle donc fait ? Elle a chéri votre loi , ô mon Dieu , et les hommes ses frères ; elle n'a fait que le bien jamais !... Mourir ! si jeune ! si belle ! brûlée ! quand Edgard lui est rendu!...
« Oh 1 » fit-il , lui qui tout à l'heure s'était dérobé à la surveillance d'une femme chargée de lui prodiguer ses soins, qui était accouru, et tout d'abord s'était inquiété deLoise... ; « oh! » fit-il, la voyant encore à la tourelle....
Et tant qu'il eut de force il courut...
Vite, vite , notre ami ! Ami, cours vite ! Car la flamme..., vois-tu la flamme ? aux barreaux , vois-tu ? Vois-tu par cette lucarne de noirs tourbillons qui s'engouffrent ! Le feu, le feu!... O
Ëd{;arci , Edgard , liatc-tui , ou tu n'aurai plu«. bientôt que des cendres à recueillir... Ed{;ard , ïiAle-toi I
On la vit d'ahord , elle , qui se dtMnenait ; puis qui tombait tùle en avant sur la lucarne...
Puis, ô bonheur! on vit Edward bientôt qui la prit à travers corps et l'enleva...
Puis il la descendit..., oh I bien aussi vite qu'il était monté, l'assit sur une pierre, dans la cour, criant :
« Elle est sauvée!... 6 ma Loisc 1... *
Sauvée , oui..., mais évanouie toujours !
« Loise , mon amie!... mon amie , oh ! reviens... ; ouvre les yeux... ; (»arlc !... Elle est froide !... 0 mon Dieu , mon Dieu ! »
Et il la baisait de toutes ses forces pour la réchauffrr !... Et il prit de IVau, en jeta sur la fijjure de son amie , en b.iif;na m's tem|>es , son front . IVnlrée de sa bouchr ; lui frappa dan*; Ips m.TÏfK;
l'agita..., doucement d'abord... , puis plus fort; bien désespéré , hélas!...
On accourut à son aide... ; mais elle ouvrit les yeux enûn !
t Ah! te voilà !... C'est donc toi , toi î... Ils ne t'ont donc pas tué I... Et moi, ma mère m'avait enfermée I... Et puis ils ont mis le feu !... Tiens, regarde !... ma robe, elle est brûlée î... — Pauvre ange î » fit-il.
Et la prenant, toute faible encore qu'elle était, dans ses bras , il l'apporta sur les ruines du château , comme son plus beau trophée parmi toute cette grande victoire.
Dieu tout piii««ant , combieo m iai« ble c«t homme cr«-^ a ton ima|^! eoauaa il M trahit lui-même ! Glorieui et coolîaDtJ dam notre prupre force , oubliant trop l'ennemi qui nou» turvrille , nous riront galment tur le* borJi fleurit de l'abyme , crojant à notre gré |K>ufoir revenir lur net pat ; maii le «ent terri- Ue d«t pataiont a'élèire ; la tempête noua dérobe U «•• daa cieua. Rapidcmcot entraînât dans le TMte Océan , nous déplorout trop lard notre coaûance étourdie. Les vaguet irrité»* BUfiaaent autour de nout ; U lerrr tVlôtfne.et l'onde •oua engloutit.
Fbioii.
Parles soins de*» \ainqucijr> , cependant, l'incendie |)«ti à f)eii ft'était ealmé, aiïai.sW'; puis Ic'
boulement des terres, 1ji chute des pierres, avaient contribué à 1 étouffer... ; si bien qu*à la fin on put voir clair parmi tout ce chaos d'hommes et de choses, chaos jusqu'ici tant embrouillé.
Donc, pour revenir, gisait parmi les tombes à demi ruinées, au pied d'une tombe vide,... gisait là , étendu , Gaspard , seigneur de Chauny;
Sur sa tête , deux linceuls ; sur sa tête encore , mais plus loin , sur une éminence , du peuple et un roi :
Tous ses juges!
Et il vint à rouvrir les yeux.
Et le grand blanc linceul se découvrit la face : et c'était alors simplement une tête d'homme , J une tête d'homme qui vivait!
De même l'autre... L'autre était une vraie femme 1 . . .
Nul d'eux ne parla : ils se comprirent des yeux tous trois.
Puis cet homme el celle lemme rejoi|;Diniii , par la f^rainlc brèche, les aulrcs vaiinjunirs.
Lui reslail, hi-aul dcvanl loiite cette foule el cellr immense ven[»eancc suspcDiiiie*» ^''r s.i lôlc. . .
El vinrenl douze (;ens d'armes, bailli en trie , qui le lièrent si étroitement quQ possible, l'emmenèrent plus mort que vif, cl rallaclièrent à l'une des murailles presque d/h nifis de <;rni rhàteau, où tous se rendirent.
Celait alors un ()auvre , bien p.iuvre el bien misérable chAleau , que le château de monsei- (;ueur Gaspard d»* ('olombières !
IMus d'arbres dans l'avenue! On les avait coupés el brglés de la façon et pourl'usaf^e que von» avez vus. Plusieurs seulement, qui n'avaient point servi , étaient encore étendus an travers du chemin... IMus de verte pel()U*»e, mais en plar^ une mer de vase toute noire produite parle piétinement des hommes el le piaflement des chevaux !... plus de portes, si n'esl la porle principale...; et encore ne lenait-ellr plus qu'.i im S4*iil
"ond!... les créneaux abattus!... les tours et douions démolis abonne moitié !... plus d'étendard sur les murs!... aux fenêtres plus de volets!... les meubles épars çà et là , ou à demi brisés, ou tout-à-fait en pièces!... les armoiries dégradées!... tout pillé, dévasté, saccagé!... plus rien que beaucoup de cendre et des murailles noircies !...
Et quelle grande désolation parmi ces ruines ! Des morts ici , puis là ! ici et là des mourants ! des mères qui pleurent leurs fils! des filles, leurs pères! des filles encore, leurs fiancés! des épouses, leurs maris!...
Or, parmi tout cela, dis-je , Gaspard..., Gaspard enchaîné!
a Comment, bailli! vous mon geôlier î
— Que voulez-vous , messire ? La force des choses...
— Oublies-tu donc , misérable , qu'il n'y a qu'un instant je te commandais et que tu étais à ma merci? Oublies -tu que je t'ai grassement nourri; que, si tu as un brin de terre, c'est moi
qui te l'ai donné? Un geôlier! a moi '..?. Eh î n<» suis-je donc plus maître ici ? »
Il fil un ellorl [>onL s «lauccr ; mais ses icrs le retinrent.. .
Le bailli, les lui montrant :
« Maître ? dit- il : vous voyez bien que
non —
— Lachr ! Et tu te ris de moi , parce que je suis captir ! Mais |;are , bailli , |;are î je briserai mes cbaînes.
— lié , lié I elles me semblent faites d'un bon fer... Mais si vous devez rester ici jusqu'à ce (ju'oii ait décidé de votre sort , vous plail-il , messire , que je vous apporte de l'eau et du pain , un peu de paille?... Ab ! certes , il ne faudra pas dire cjue je manque d'humanité ; car je tous [jûte, au moins. •
Ouchju'un vers lui s'avança :
« Oh , par ma foi! mous bailli , tu mérites bien cpie je te caress<* les dr'ux oreilles avec ma da];ue! Kicauer ainsi te sied à ravir, vraiment! NVsl-ee
pas toi qui toujours te traînais à sa queue , toujours caressais ses manies de cruauté , et t'en faisais ensuite l'infâme exécuteur?... »
Le bailli humblement s'inclina.
« Allons , allons , ne te baisse pas tant ! je n'aime pas cela... »
Puis cet homme se tourna vers Gaspard.
Le roi, qui un instant avait quitté la foule pour converser avec ses fjrands-officiers, se rapprocha , et prêta attention...
L'homme dit :
a Noble comte découronné , me reconnaistu?... Je suis Jacques, Jacques Brunamont , le serf de la vallée , le vassal de ta seigneurie !... Je suis le fantôme du souterrain!... Tu as eu bien peur, n'est-ce pas ? bien peur : car le crime est superstitieux , et une apparence de squelette le fait trembler. Je suis le fantôme... , et autre chose encore... Je suis... , tiens , Gaspard, regarde ! »
Ht , liécouvranl ^a poitrine :
« Reronnais-lu ici la trace d'un coup de poif^Dard?'
Gaspard h.'iiv^a la lOlcv
Maisello..., Albertine, qu'on avait tout <i riiPiirc liée comme folle , qui s'était échappée et venait d'accourir dan^ tout le désordre qui stiit une lutte violente..., elle, aux dernières paroles de Jacques, se précipita vers lui; et, reooouaisf»ant Mir sa poitrine la trace du coup de poignard:
«Ali! lit -elle en criaot... « Léoiu... mon ^poux!... ob dis! est*ce toi. rst-ce hirn loi?... NVs*tu pas mort, vraiment?... Veux-lii me faire peur, dis?... Allons, totoiis, parle-un »! !... un mol dur, »i tu tcux!... mais parle-moi, je l'en prie'.... »
£t elle l'examinait sous les yeux , par toute la taille , devant , derrière : lui, auiêi plein dii majesté qu'un Dieu qui écoute sa créature pour emsuile lui pardonner , et la foul« ref^rdanl.
«Oli! continua-t-elle , c'est bien luil... Et il n'est pas mort!... C'est lui, messire Gaspard, c'est ton frère Léon, tu sais?... que nous avons tué nous deux. . . , un soir que tu m'aimais. . . , oui, et dont tuas pris la couche, toi...; la couche où il était mort..., et que j'ai partagée, moi, sa femme!... C'est lui, Léon, ton frère, mon époux!...
Et, se tournant vers toute la foule :
« Je ne suis pas folle , entendez-vous? oh ! pas folle, vraiment!... et je sais ce que je dis... Cet homme , c'est le duc Léon , votre seigneur, que vous devez aimer tous, parce qu'il a été bon pour vous, parce qu'il a sur vous répandu autant de bien qu'il était en lui, parce qu'il vous a tous aimés et de toute son âme. . . ; c'est lui. . . , lui, qui m'a aimée, moi aussi, qui m'entourait de ses soins , et de ses mille attentions , et de plaisirs chastes, purs, bien doux... ; c'est lui!
— C'est moi, dit l'homme. »
Edgard s'avança :
a Ohl dit-il, mon seigneur, retirez-moi tout ce
(jiie vous m'avez doniK-..., tout! niais que je sois votre fils encore!... •
Le duc l'embrassa ; puis , lui roontrafit un vieillard décharné, assis là tout près aux genoux de Berlin* de .Mauléou :
€ Oui , je t'aimerai toujours, enfant î Mais ton vrai p«^re , le voici! »
Ed(;ard avait reconnu le vieillard dr la prison. . Il se jeta dans ses bras.. .
• lu toi, Loise . lu n»' vi»*ji'- pt*^^ »
Loise était la, à ses |jenoii\, «jn! pi ••'• .;• fie voir sa mère ainsi faite...
Quand Léon l'eut relevée, et montrée a Albertine pour toute Ten^jeance , la malheun'us** châtelaine porta tour à tour ses regard.s sur sa fille , sur son époux, sur Gaspard et toute la fouie ^ poussa un cri à déchirer ; puis, dans un mouTe-^ ment indéfinissable de désespoir , alla se jeter par l'une des meurtrière^ p**l«'«* ouv«'rtf sur la cour.
« Morte , crièrent d'en bas plusieurs voix , morte ! »
Et Loise :
« Oh! dit-elle, ma mère! »
Puis elle cacha sa tête entre le sein et l épaule du duc.
« Ma fille , dit celui-ci en la serrant bien fort sur son cœur..., tu retrouves un père qui t'aime! Sois heureuse ! »
Et se tournant vers le comte :
« Mon frère, lui cria-t-il, vois ce que tu as fait,
— 0 malédiction!» grinça l'autre...
vois!
Et il fit un effort violent... ; les chaînes, qui le retenaient, ébranlèrent le pan de muraille. . .
La porte basse, qui menait au souterrain, n'avait pas été refermée...
La pierre , dctactiée de la muraille, emmena de tout son poids le noble et pauvre comte , qui celle fois encore roula les cin(]iiaiiU* f^randes marches, alla de nouveau s'abattre au pied de la tombe vide , et là mourut...
• 0 mon Dieuî dit l'abesse, que les coups sont terribles!
— Ils sont justes , ma sœur! ■ répondit Jacques.
oiATTmj: Ajj,
El nuoc inUUigite , erii'limini . qui judicalis terrain
9fn sngn^ttr tn moins <i nnf cliar(< en fini.
Le jour tombait.
Va voici rjuc vint \o cnr/' <le Chauny, cl avec lui tonte la lon|;u(' hiérarchie île sou é|;liM , s'étal.int avec am|ileur, (;ravc . oudovaiite . bicarrée , chantant !.. .
Oh ! c'était un psaume lent et mesuré , austère et profond , un psaume où sont les gloires et les félicités temporelles traitées comme choses vaines 5 fragiles et périssables ; où la créature apparaît bien corrompue en face de l'incorruptibilité du Très-Haut; un psaume tout dédaigneux de la terre (cette boue ! cette vallée de larmes !), tout aspirant vers la cité sainte , vers la Jérusalem céleste , asyle de Dieu , asyle où Dieu juge chacun , où il admet les bonnes âmes , d'où il chasse les âmes mauvaises !... C'était un admirable psaume î... c'était un admirable chant I Admirable par sa tristesse onctueuse , résignée , pénétrante î... C'était tantôt un abaissement vers les humbles choses de ce monde , et tantôt un élancement vers cet autre monde qui ne finit pas ; tour à tour le désespoir sans remède et l'espérance qui console I... C'était, oh! c'était une pompe
magnifique, imposante , et pourtant bien
simple 1
Et la procession solennellement défila , s'achemina par la brèche vers le corps mort , torches en tête.
Et des hommes , pendant la prière qu'il» sui-
vaienl ;i voix basse , jett'renl sur le malhenreiix un linceul , puis le clouèrent dans la tombe on Léon son frère drrait reposer , et où lx*on son frt're ne reposait pas.
Et tous , là-bas , sur Imminence , étaient ik penoux , priant ; car le Seigneur ci'en-baut a dit : « Priez pour chacun, pour le pécheur surtout!»
Et Jacques (oh I pour nous qu'il soit toujours ce Jacques hien-aimé , cet homme si éleT<5 el plus que saint, cet homme de la Providence venu sur la terre au profit et à la gloire de l'humanité), Jacques dominant de toute sa haute taille la cérémonie funèbre et la foule , dres>ant au ciel son vaste front . ses veux , ses mains :
« Fa.s.>i j^ui u .«>a créature notre (Créateur! qu*îl 1(11 pardonne comme je lui ai panlonné î »
Et alors :
• Dur! dit à Jacques le roi..., ce chilleau est à vous , et tous ses domaines . et tous les droits qui en dépendent ! »
La foule acclama...
Mais lui :
t J'ai vécu panni le peuple, et je l'aime!... Je continuerai de vivre parmi le peuple , ô sire î peuple comme lui ! »
La foule encore acclama.
a Sire , reprit Jacques , nous relèverons de vous , de vous directement , et point d'un autre... Quand vous nous direz : « Enfants , un ennemi de la France est là qui nous menace ! » nous marcherons. Seulement , ô sire ! et en revanche , donnez-nous une garantie écrite que nul ne pourra nous inquiéter dans nos biens ni dans nos familles ; que nous sommes libres en tout ce qui ne nous sera point défendu par notre roi !. . . »
Lois dit :
« Je le veux bien !» ^
Et il leur vendit une charte {vendit ^ vous com-
prenez , el moyennant bonne somme...); puis, à peu d'heures de là, se remit en roule pour vaincre.
Une charte!... Celait |)en de chose , sans doute ; c'était simpl(*ment le «Iroit laissé a la commune de s'administrer elle-même , sous la surveillance de telles ou telles autorités supérieures...
C'était peu de chose...; cl néanmoins ce fut un premier pas. Puis l'insurrection de Chauny aura du retentissement ; pareils exemples sont conla- [jieux ; d'autres communes s'insur};<Tont... ; à la loD{;ue , el à force de tirailler, l'une obtiendra une charte pareillement ; puis l'autre , puis une troisième , puis une quatrième... : une charte plus ou moins restrictive...
C'était peu de chose!... Mais patience !