II
fois passés ces jours de tourmente révolutionnaire et si on vous laisse le temps, vous consoliderez votre grand œuvre , et la France se mènera d'elle môme, paisiblement heureuse. Gloire à vous î je le veux dire, dire encore, et toujours...; car nul , hélas! de bien long-temps ne vous tiendra compte du sang répandu et du courage qu'il y aura eu à le répandre ; nul , de votre désintéressement , de votre intégrité , de la simplicité de vos mœurs, de ces mille vertus si rares quand on est si haut, etdont vous aurez donné, vous pourtant, l'exemple à toute la terre. Vous dressera-t-on un temple , des autels? ou seulement, donnera-t-on à votre mort une larme , un soupir, un regret?... Non. On poussera des cris de joie. On dira au peuple que ses tyrans ne sont plus. On trompera le peuple : car ce sont ses vrais dieux que les abominables pharisiens auront crucifiés. On traînera leurs corps par la voirie, on crachera à leurs visages, on dansera sur leurs tombes; on les déclarera infâmes, on le fera crier par les rues , on l'affichera sur les murs , on l'écrira dans les livres, on le dira sans relâche et partout; on voudra vouer leurs noms à l'exécration de la postérité... Eh bien ! cela ne sera point. La postérité, au contraire , les bénira. Et tout le premier, moi qui ne
suis rien, rien au monde, cfavancc je !«•* b«•hl^ , je les aime, el je le ilis , el je suis aiM? île le din-, et je voudrais, oh! je voudrais avoir ma j^rosM» voix pour que chacun sur la lerre m'entendit , pour qu'ils m'entendi«^sent , eux . du ciel où ils iront, et fussent consolés!...
^e faites pas fi sur moi , je vous prie; car, vovei- ▼ous , je suis bon, tout lium.^in , ut ne m'amuse point delà (guillotine... ; loin de lu, je vous nssure, si loin que je ne puis voir mourir un oisoati. In oiseau qui soulfre et se déhat dans ses plumer . oh, le pauvre oiM.'au! oh, «ijc le puis atteindre, comme vile je le réchaulTerai I... Mais, encorenn coup, il aura fallu du sauf; en ce tenips-l.î...
Qu'eussiez-vous fait a leur plac«» , ô rmbnront politiques que d'ici j'entends criailler? Ayant i démolir tout le passé, oq^aniser h* présent, et préparer l'avenir ; avant à dos, dans l'intérieur le cler[»é et la iiohIesM'et mille partis divers, à l'citérieur foute l'Europe,... qu'eussiei-vou» fait? En une lutte si (générale , s\ lon(;ue et fti vivace , aura-t-il été possible d'éviter l 'effusion flu Minf;? i^>ur sauver la vie à vio};! mille hommes, aura*lon dû taire dilliculté dVn envoyer dix il la mort?
L'ancien édifice s'écroulant, le nouveau n'aurat-il point dû se ressentir de la commotion produite par la chute de ses décombres?... Il aura péri des innocents , soit ; et encore pas autant qu'on le voudra faire croire. Mais, de bon compte , aura-t-on pu échapper à ce malheur en un brouhaha semblable? Puis rendez, s'il vous plaît, à chacun ce qui lui appartient : que la responsabilité de certains excès pèse seulement sur les agents subalternes, sur les proconsuls, qui auront dépassé leurs instructions...
Ehl mes sires, sans les constituants , vous auriez été encore àlacorvée !. . . Mais, direz-vous, que n'en sera-t-on resté là? Parce qu'alors seront venues les résistances; et, sans les terroristes, vous fussiez devenus Russes peut-être! Or, le knout vous aurait-il agréé? Vous fussiez-vous arrangé d'aller vous morfondre, et geler, et mourir en Sibérie : le tout selon le bon plaisir d'un autocrate absurde et méchant , aussi brute bien souvent, aussi fauve que les animaux qui peuplent ses déserts?
Eh ! mes sires , vous serez, sur ma parole, bien plaisants avec vos haut-le-cœur, vos simagrées-' Vite du vinaigre à ces messieurs! Le souvenir.de
— iyS — la terreur, rien que le souvenir les fait tuinbrr eo s)Dcope..
El cepondanl, mes mijanr«*s, vous saurez la goûl du sang! Vous dc tuerez pas , il esl vrai, pour sauver la France ; vou!* luen*/ pour la vendre ou la perdre. Ils auront exécuté, eux, forcément : vous serez, vous, des bourreaux salariés! Ils auront pleuré: et vous ferez des (jor(»es-cli lude>. Ils auront lo(^é ù un cinquième étage : vous aurez, et pour vous seuls, de magnifiques hôtels. Vous tuerez en trois mois, ajïrès toutes lesépouvantaliles lenteurs d'un procès, après toutes les tortures d'un cachot , selon toutes les règles de l'agonie : ils auront tué du coup. Vous assassinerez, à la nuit, dans lencoignurc d'une rue, dans une prison , nu moyen d'un sergent de ville ou d'un espion lialnlté comme un Français : ils auront guillotiné en plein midi... Etlescpiels, d'ailleurs, auront tué le plus de momie? Or, je le répèle : c'aura été , eux, pour sauver la Francsern,V(nis, jinnr la perdn* !...
Soutieiidra-tH»ii que loul ce grand lioulefcrsèment n'aura st*rvi à rien?
.Vrien!... Et pourquoi?
— 2g4 — ... Mais toujours se rencontrent, sur la [grande route des révolutions et parmi leur plus grand train , de ces cahols imprévus qui rejettent le char en arrière... Consolons-nous toutefois! Cette secousse à reculons donne au char presque toujours une impulsion nouvelle, et bien aisément il recouvre le terrain qu'il a perdu. En d'autres termes, et comme dit certain proverbe un peu trivial , cest reculer pour mieux sauter.
Donc, voici parmi ces hautes intelligences se glisser de méchants petits roquets, politiques nains, et tout dévorés pourtant d'ambition, fâchés de ne travailler qu'en sous-ordre, offusqués, jaloux de plus grands qu'eux. Pour quoi ils préméditeront dans l'ombre un attentat dont l'exécution, hélas! sera consommée... Que cela ne nous étonne point : un insecte, long-temps piquant, suçant, rongeant , vient bien à bout d'un lion.
Donc voici s'en aller..., s'en aller notre pauvre république: tombée d'abord aux mains -de ces myrmidonsdont j'ai tout à l'heure parlé, misérables escamoteurs , ne sachant que faire bientôt de la toute-puissance si indignement friponnée.
— ^9^ — jouant à qui l'aura, perdant leur Ieiii|j9 en .Mjltr» récriniinalioUN , pitovahle^^ réactionnaires qui aboliront les (grandes nioMires à l'aide de.«qurlle$ les victimes de thermidor auront Kanvé la patrie.
Deî>cenilue riKsiiitc , notre |>diivn' r''piiblir|iie » jnscpi'au Directoire y en majorité si corrompu, ti faible , si mou , si inca[>able ;
Puib , abaissée jus(|i] .1 une sorte de tunsfiiat, pure niaiserie, duperie ; un \rai miel , de ce miel dont on allriande les mouches pour les attraper;
El eolin, de de|;rin|M»|jde en de(;rin[;ola<le . toule rapeti.s!>ée . toute rabouf^rie , s'abymant dans I Empire !
I/Kmpire!... l'humiliante chose , ô mon Dieu, que voila !
Que me font les hauts faits d'armes, ô emp«* reur !
Ah! tant f|ue vous re|H>usM*rt*E l'af^reftâion é* tran(;ère, vous serei béni.... bien béni. Il vA beau d'èlre là, sentinelle avancée ; là» sur 00s frunli^
res, l'arme au bras, arrêtant d'un signe les hordes barbares , et de la bouche leur criant : « Notre terre est une terre de liberté. Si vous venez chercher un abri sous ses grandes ailes , entrez , peuples: il y a place pour tous!... sinon, on ne passe pas! » Il est beau de montrer aux rois notre sublime révolution d'une main, de l'autre un glaive ; beau de leur dire : « INous avons préparé le bonheur du monde. En voici le premier gage dans cette main ; et voici dans l'autre de quoi vous punir, si vous essayez de soumettre notre pensée! » Et, s'ils l'essaient , il est beau de se battre et de vaincre...
Mais foin de toi , ô empereur ! quand tu ramèneras tout à un calcul égoïste, quand tu n'auras d'autre but que celui d'une personnelle ambition 1
Que me fera l'agrandissement de la France? A ceux qui à ce propos te porteront aux nues je répondrai :
« Oui, sans doute, il agrandira la France; mais il l'asservira. Mais il établira les conscriptions, les droits réunis, d'effroyables impôts. Mais il créera des cours prévôtales, la censure
contre la presse, rendra secrètes les séances dc*s corps (gouvernants, et ainsi introduira dans IVtal un épouvantable arbitraire. Mais il recomposera des distinctions, des privilc{;es, une nitblesH* béréditaire, des liefs, des vas<»aux; reconstituera une aristocratie ; replantera l'inégalité. Mais il singera, lui tout le premier, les mœurs \c plus bêtement féodales: descendant a mille inonifries, à mille capucinailes , se faisant sacrer, se fai>ant oindre cérémonieusement par notre Saint-Père le pape. l^Iais il contrariera son tempérament , violentera toute sa nature, fera flécbir toutes ses babitudes pour jouer le grand seigneur : lui . plébéien dans 1 ame ! .Mais il s'entourera de i;ardes , de pages, de gentilsbuwmes , de marécbaux, de cbambellans; aura une cour, avec tout son attirail, avec toute sa bruyante
et ridicule représentation ridicule «piand
elle s'attacbe à un seul bominc !... Uni , sao* doute, il agrandira la Franct> . mais pour a\oir plus d'esclav<*s I •
O ma France ma pdii>r«- i rnucc, «jn»* mtji^-Iii alors? Tonte petite dans te.% mains, «i oiécliant Corse;... elle, si bien levée droite il y aura alor^ dix ans;... «*lle , si bien marcbant st*ul«* !
Et, si quelque bonne chose arrive durant son règne, esl-ce Ini réellement qui la fera...; lui, ou les soldats et tons les hommes que lui aura léjjués la république? Il sera bien heureux, sur ma parole I d'arriver juste à l'heure où perdra contenance ce stupide Directoire. Il n'aura qu'à se baisser et à prendre; il se baissera, et, nouveau-venu dans la révolution , la prendra..., la prendra pour lui seul , au détriment de tous!
Ses armes, je le veux, porteront la révolution française jusqu'aux dernières bornes de l'Europe, jusqu'en Asie , jusqu'en Afrique... Mais la repu-» blique ne l'aurait-elle pu faire tout comme lui? Ohl sans doute, et bien mieux ; bien mieux! parce qu'alors qui se sera battu? toute la nation ,... et non pas quelques milliers d'hommes tirés au sort; parce qu'elle se sera battue pour elle, et non pour un seul; parce qu'il y aura eu chez elle un chaud et saint enthousiasme, de l'enthousiasme non pour un empereur, mais pour la patrie; et, avec cela, de la conscience; et, avec cela, des vertus! Et certes, les canons de la république auront déjà bellement signifié la constitution aux roiis faiseurs de sourde oreille! Et ses guerres auront eu cet effet , non de soumettre les peuples et
deleiir im|>oser des rois, mais ili* leur apprendre à aimer 1 1 liber?»' «l romineiit l'on se fait libre!
Oh mais ! par bonlirnr, qnaod on n'est pas verlueux, j'enlends, quand ce n'e&t pas l'amour du pays qui nous fluide, on ne va pas bûu. Aussi, la nation à la lin se lassera de vous , empereur! Oui , après avoir été qutrlque temps fascinée . après s'ùlre quebjue temps pas^^ionnée pour vos victoires, elle verra que son bonheur n'est point là... Oui , enfant de la révolution, vous ne pourrez durer que par elle; et , si la lerraMei , n'ann^z plus «le base où vous asseoir...
Profitant de cet aifaisseiueut , l'ennemi reviendra à la cban'^e, et cette fois rennemi vous vainrra.
Voyez iil<»rs rv cjur \(iu»« aiirr/ l.nl '
iù , si nous retournons votre rôle ;... si, nu lieu de ccmquérir, vous di-fendei S4*uleinent le territoire; si, au lieu d'Atre empereur , vous ret^t le« général; si, au lieu de f;ouveriier la France despoticpierneiil , voiin restei dans les ranj^s de l'armée pour la servir :... jamais point ne viendront les Covaqui's'
— 3oo —
Et, je le dis, soyez conquérant, empereur, despote :... voici les Cosaques venir I
Les voici, et en croupe un roi, et avec le roi tant de privilégies pouris, lesquels se prennent à agiter leurs joies fanatiques et terribles, lesquels osent démentir l'évidence à ce point de prétendre que leur noble maître et seigneur n'a point cessé de régner pendant vingt-trois ans : attaquant ainsi tous les droits, compromettant toutes les fortunes, proposant l'annulation des lois, jugements, contrats passés durant cet intervalle, sous le prétexte que les législateurs, les magistrats, les officiers publics n'ont point tenu leurs pouvoirs d« l'autorité légitime!... Les voilà qui se proclament les seuls véritables Français, les seuls Français purs ; ajoutant que tous les autres sont des rebelles , qui doivent s'estimer trop heureux d'obtenir leur pardon; flétrissant du nom de traîtres ceux-là qui tournent leurs regards vers un passé déjà lointain , en sentent plus vivement le souvenir se redresser en leur âme , de là portent les regards sur le présent , et pleurent; poursuivant même de leurs injures et de leurs menaces sanglantes ceux-là qui ne protestent point tout haut de leur dévoûment à la dynastie déjà
— 3oi —
chassée du sol ci renlrre sous l'ail*» d»» IVn-
nemi !
Çà donc , des listes à ces messieurs ! Ors tMcs aux {jrosscs couronnes de riùirop<? , comme f;age de sécurité ! Voici par la France un tas de mauvais brif;ands qui oe st* font pas faute d'aimer la liberté et la (;loire... : vite qu'on s'en défasse! Si vous n'avez des crimes à leur imputer, forcez-
en!...
Aux autres, j'rntrnds à ceux qui auront émigré , apostasie , qui auront pris les armes contre la France, qui l'auront vendue . livrée...; V'à vile qu'on leur donne tout , di{;nités , places»
arf;enl tout sans concurrence ni partif^e !
Qu'on leur rende les ordres privilégiés , les parlements, les dîmes , les cliamparts, les droits féodaux , tout..., tout , comme au bon temps !
Messire le roi , certes, ne demandera pas mieux. Mais, en y réfléchissant, il verra que , s'il use d'abord d'une grossi* rigueur, il n'en tirera rien de bon ; et , [>our se conquérir les bonnes grâces de certains esprits un fH»u harf'uem, il r»rtrnier.i à son peuple un»* «li irti-. .
L'autre, cependant, reviendra: grand coup sans doute , mais qui n'aura pas de suite ; car alors ce sera fini de lui ; il n'aura plus que l'enthousiasme réchauffé d'un petit nombre , non le cœur de la nation... Donc il y aura un Waterloo, et le roi rentrera...
Le roi rentrera!... et cette fois, oh! cette fois, il frappera forti et ce sera, je vous assure, une pauvre terre que notre pays , une terre bien maudite ! Et il s'ourdira sur le irône et tout autour une conspiration secrète , mais vivace , mais permanente, fermant toutes voies de rapprochement entre la nation et le roi, enrayant comme par plaisir la nouvelle machine politique! Et tous ces Cosaques à l'envi travailleront à ce qu'il n'y ait plus de France bientôt.
Le roi nonobstant aura, comme j'ai dit, octroyé à son peuple une charte...; charte , du reste , bien restrictive , bien incomplète , ne s'accommodant guère aux besoins de l'époque ! et encore pourra-t-on remarquer une tendance continuelle à sortir des bornes tracées par cette charte : notre octroyeur étant bien décidé à la rogner morceau par morceau, et revenir, ainsi rognant.
au rt'^^iiiM' àvs aucieo> jour» ! Kl eocore loiil ce cjui srra su«iCfplihlc (l'iiit(*r|>r('(a(i(>n sera-l-il interpréU* dans le sens le plu.*» liiiiilatifiioiir non».., I10U6 , le peuple !...
liais , tant seri niisi'ralde cette façtin de gonverner, le sire aura-t-ii an ninins le bon esprit de IX- point frapper lirn!»<|uenient nn ccnip délai.
Le frère sera plus hMe. Après avoir nn peu lAtoniié , il ne jettera dans nn parti extrême. Je ne <lis pas qu'il »»(>rtira <le la charte. Non , qu<»i qu'on puiss(> dirr , il n'en Mirtira pas. S'il chan(;e par des ordonnances les lois ««leclorales el les loi<k sur la presse , ce sera en vertu d'un article formel du pacte fondamental. Mais cet article , tombé en désuétude depuis quinze ans , eût du re»ler élernrllement oublié : car il sera contre le pro[»rès une menace trop tlirecte el trop violente.
Donc, « la France me soidève , ee ne sera poini de sa part résistance l^(pile, mais bien révolutitm. . . ou du moins reprise cl continuation de la riW«»Uilion de 8()... Oui, car jn^qne là la n*volnlion de 89 se sera continuée) sounlemenl. Ri, lorsqn'on voudra la museler de ln»pprJ»s, elle lèvera la t«^fr.
— 3o4 — hurlera, grincera, et tant fera, en trois jours , des ongles et des dents , qu elle redeviendra reine , reine comme devant, notre reine à tous!... Oui , ces deux révolutions n'en feront qu'une ; oui , ce ne sera qu'un seul et même drame , dont le premier acte se sera passé en 89, et le dernier en 1800...; le dernier, car l'inégalité alors sera vaincue; et tel aura été le nœud du drame, tel le but...
Le dernier?... hélas! non, non encore...
Car un cri tout à coup s'échappera : « A nous, à nous ! » un cri maigre, flûte , mais incisif et ricaneur;... s'élancera à travers tout le grand enivrement de la victoire, et viendra s'abattre sur le peuple...
Or, de qui viendra-t-il, ce cri?... d'une centaine de tripotiers , qui durant la bataille se seront tapis au fin fond de leurs caves, ou tout au plus auront assisté les bras croisés au cartel vidé par le peuple dans la rue ; qui, voyant le danger passé, auront mis le nez dehors, puis, travestis en sauveurs de la France , s'arrogeant cette qualité à titre de privilège et par brevet d'invention ,
— 3o5 — saH'iiblant de palriuti&aie, les WAncheft rvtruu«sées jusqu'au coude , iU ballottrnint, peloteront, joueront à passo-pavse l'avenir du pav* , s'efcrtueront à empocher la révolution ; et, après mille tours de f^obelet tous fort joliit et p&v^ablement adroils: « A nous, dironl-iU, m nuu»l •
El de s élever vite et tôt , uioutés sur les cadavres de ceux du peuple comme Nur un piédestal, l'un sur l'autre éclielonnéi», levant li;iut la main, ouvrant (grande la bourlie, |;rands les yeux, tirant la langue, suant, MUilll.iot... Du pouvoir, du pouvoir! il leur en l'aut ! Mais la prt>micre place , qui l'aura? Tous la voudront, mai» iuus ne U pourront amir. T*n riti douc ! inaiâ où le prendre ?
Bah! leur coup ne tera-t-il pas monte: vt do lonf;ue main?... Kh! oui : depuis mainte» années, ils auront travaillé pour une coterie, l'auront poussi'e, chauffée ; aunmt arrangé un bon petit (jouvernenient entre eux et pour eux... Or, ton* 5e tenant prùts, ils auront mnis la main un Ikmu-
me lequel leur aura (jraisst* la patte dejj . et
dont iU atlenilront encore mont* cl merveilles: pivot branlant qu'ils voudnmt fixer |M>ur rtiutilr II. un
s'y accrocher comme les insectes aux branches d'un arbre.
Donc , ils iront chercher cet homme , kii pose* ront une couronne sur la tête, lui diront: « Rèpnel nous te donnerons de l'or, tu nous donneras de l'or, tu nous donneras des places, beaucoup d'or, beaucoup de places!» Puis, ils se cramponneront aux marches du trône , et ils seront maîtres sous le grand maître !... Et allez!
Et d'abord on singera une sorte de légalité, ou mieux, on jettera sur l'illégalité un manteau qui la puisse dissimuler un peu. Ainsi , ils donneront d'abord à l'homme qu'ils voudront investir de la royauté le simple titre de lieutenant-général; se feront apporter la vieille charte de i8i4; et, après l'avoir lue , revue, tordue , tortue , saupoudrée en têle de quelques grosses phrases ronflantes à l'usage du populaire ; après l'avoir rajustée, parée, pomponnée, la présenteront à l'acceptalion de monseigneur le lieutenant-général..., lequel viendra jurer sur ladite charte ( deuxième édition, format in-7>2 , se distribuera gratis chez M. Bérardj, arrangeur principal ^ à la direction générale des ponts et chaussées^ et chez cent vingt-
neuf autre $ particulière , èditeurt-amjointt. Se trouvera aussi a Saint-Ouen, imprimerie de sa majesté très chrétienne l jouis \nil , sauf deuz ou trois ratures et quatre ou cinq lignes sur la marge; comme pareillement dans un canon de fusil franfais trouvé dans les plaines de fFaterlott , k soldat n'ayant rien voulu conserver de l'ennemi.,. ); lequel inonsei(;nc*ur , dis-je, viendra jurer sur celle cliarle qu'il l'observera el la fera observer. Sur quoi on applaudira. l*ui> : < Vrux - lu ùlrc roi?* El lui, boidiomme, dira : • Je le veux bien ! • On le courtuinera roi ; el lui, bouliouimCy se laijvsera faire ! El la France apprendra par les journaux (|u'elle a fail une constitulion, el un roi par-dessus. El l'un dira au peuple : c Tu êenê heureux î »
Puis... baissez la loile !
Les auteurs? on saura leurs noms . cl l'on t'en souviendra.
7m seras luunuj !
Hélas! les {;rands docteurs de la loi prendront place sur leurs banquettes rembourrée» ; le» fa-
miliers de la tribune souffleront leur petit mot tour à tour; les applaudisseurs officieux on à fjages lâcheront cinquante très bierij trente bravo, battront vingt fois des mains, six fois des pieds , trépigneront leur soûl , tomberont en cinq ou dix ou quinze pâmoisons assez bien conditionnées, fourniront enfin tout leur contingent d'enthousiasme ; les dormeurs dormiront leur sommeil... Puis, après cette grave délibération, leur président proclamera l'adoption d'un projet de loi sur la pêche fluviale : résultat sublime de tant de génie et d'éloquence I Puis ils seront essoufflés et se reposeront...
Or, vous voyez bien qu'en effet le peuple sera très heureux, et avec lui toute l'humanité qu'il aime...
Oh ! mais ceci ne durera qu'un temps , et ce temps sera court... , nous l'espérons !
De hautes vertus, nées dès le commencement, surgiront tout à coup immenses, ramasseront dans le bourbier cette pauvre nation perdue , et la relèveront , et la replaceront sur son magnifique char de triomphe!...
Oui , «les Ikuiiiik'n apparailnMil , lc>i|MrU jcllc ront lin voil«* sur lanl fie luq^itudo, vu «Iciiiaiidr roiit pardon .1 Dieu, et rétabliront loule» tboftrs uu ellf^ étaient au Mjrlir de leur» tnn?* grande jour»
El ils déifieront enfin cette Milite é|;alilé . proclamée dès quarante ans ; iU la déifieront , cliei eux d'abord , puis clirz tou^ les |>euples.
Et fassent sounle oreilli* ijii«* demi^loiuain#» de rois, ils iront chex «mii planter leur drafM>an et autour de lui se i;r>upeio'it les masses natii>-
nalt'N...
Et alors , uli ! alors vof;iions vers rateiiir î I.vent souille pur... . |*ur et frais, titkns nos voiles.. Vo|;uon>! l'avenir est à dent pii'«... .Nous y Ion clioiis... Nouii allons l'attrindre , et luius réfu(;i«*i sous S4*s ailes !... Voguons 1
\.\ le jcuir bien sûrement tiendra t\€ la (grande confédération iiniver*«*lle î
— 3io —
Et je vois un temple , avec
son fronton , son portique et ses colonnes de marbre !... Et je vois un arbre aux verts rameaux, aux feuilles toujours fraîches , à Tombrage tutélaire , aux fruits savoureux et nourrissants..., au pied duquel nous reposons tous!...
Et je me figure que les peuples , voulant un jour célébrer l'anniversaire de leur union en une seule famille , se donneront rendez-vous dans notre belle France !... Je les vois qui accourent , par leurs ambassadeurs , des contrées où le soleil sort chaque jour du sein des ondes , et des contrées où il va s'éteindre !... Et je vois une innombrable foule qui se répand çà et là par les places , par les boulevarts , par les rues, qui afflue de toutes maisons î... J'en vois grimpés sur les toits I...
Puis des fleurs partout, sous les pieds,
sur la tête; des drapeaux flottant aux croisées... ; des batelets voguant sur la rivière , avec banderoles et guirlandes ; de jeunes filles, blanc-
— 3ii —
velues, belles, modestes, deux j deux, portant sur la tèle des corbeilles d'osier cliar;;t'rs de fruits...; de petite enfants, îles an(;es. .. ; uq ciel bleu , cbaud , brillant , tout superbe... ; de la musirpjc , des voix qui cliantent , des acclamations; des banquets en plein soleil... ; des YÎeillard-s en robe {jris-de-lin... ; une lumière pure partout... ; partout une joie douce et pleine de majesté...; je ne sais quoi de céleste qui roule a tous les cœurs comme un torrent de la divinité mt'^me ; je ne sais quc»i qui fait qu'on est lieureux , et qui fait qu'on le S4'nt!... Et je vois chacun qui est roi, ef n*a pas de tn»ne!... Et je vois que les fronts n'ont ni couronne ni diadème, mais l'empreinte de Dieu î...