II
tanies, des messes; et brûlaient toutes sortes de cierges, les plus beaux et les plus grands.
J'ai, dans un autre endroit de mon livre, attaqué autant qu'il était en moi rimbéciilité de ces prêtres qui s'assemblent par pacotille de deux ou trois cents, et vivent hors d'un monde où Dieu leur avait dit : « Yivez! » Et j'ai flétri de ma pauvre petite voix faible leurs dérèglements de tous genres, leur niais fanatisme , leur abrutissement...
Mais ici il m'est doux d'entonner un hymne de louange en Thonneur de ceux-là qui vivent dans le monde pour le servir.
Suivons-les , parcourant les rues de Paris qu'on dit pestiféré , visitant les malades dont on dit l'approche contagieuse , pensant des plaies dégoûtantes, prodiguant à tous les soins les plus rebutants; et, si le mal ne laisse plus d'espoir, consolant le moribond , s'efforçant de lui adoucir son dernier passage, lui parlant du ciel , et le lui montrant avec toutes ses joies; et, s'il agonise, récitant des prières au pied de sa couche; et, s'il meurt, inhumant sa dépouille terrestre, sup-
pliant Dieu qu'il reçoive son âme! Voyons-les, qui brisent une existence tranquille, et s'en vont, pleins de joie, affronter mille fatifjues, mille dangers, mille douleurs, et peut-être la morl ! Voyons-les , qui portent à tous et partout de douces paroles de paix, qui accompa{;rient le mal depuis sa naissance jusqu'à sa fin , qui partagent les angoisses du malade , raniment son courage , le fortifient !...
Oh ! oui, voilà bien le disciple de Jésus, l'apôtre d'une religion d'amour, le grand-pri^tre de Dieu !
Réconcilier les amis brouilU-s , lirerdu vice ciui s'y est jeté , arrêter sur le bord qui se précipite , réparer les torts, consoler les affligés, allég<»r la misère, prêcher et instruire les riches, tous les puissants de la terre: voilà, voilà encore la mission du prêtre ! Gloire à lui , s'il la remplit bien î
Lors donc de ce fameux mal des ardents, nul reproche uv leur est à faire: ils furent si dévoués qu'il est donné de l'être à créature humaine.
Dévoués... Mais, hélas! la volonté du luailn*
est plus forte toujours que celle des disciples.
Et le mal allait , allait !... Et le mal frappait ici et là , de tous côtés !
Écoutez le son éloigné du glas des églises... Ce tintement monotone et si triste,... les gémissements des parents, des amis, tantôt sourds et pleins tantôt d'affreux cris!... Écoutez toutes ces rumeurs déchirantes!
Voyez aux cimetières toutes ces fosses ; et combien à l'avance creusées!... Voyez ces chariots qui par les rues cheminent , chargés de morts et couverts partout de draps noirs... Ils ne cheminent pas assez vite, ils sont trop petits ou en trop petit nombre. Et aussi des maris portent à bras leurs femmes, des femmes leurs fils, des fils leurs pères!... Voyez, au matin, cette lampe qui brûle au chevet d'un mourant: le mourant, ce soir, sera mort! Tel qui marche encore dans toute sa force , voyez-le : dans une heure il tombera, demain sera mourant, et mort aprèsdemain I...
Le fluide ilc Loisc lui raconta ces détails, tlk pleura , reniant !...
Elle pleura, et dit :
« Sans doute l.i fin du monde est proche!
— D'aucuns rimaginenl , enfant ; mais ils sont égarés. Tous ces grands lléaux, qui depuis lon- (jucs années tombent sur nous comme grêle, sont dus à la féodalité. Les sci;;neurs en cent et cent parties de la l'Vancc entretiennent des guerres presque conlinuplles, incendient les villages et les récoltes, ôteat ainsi à la culture plusieurs vastes étendues de pays, ruinent ainsi l'agricuU tun*, pillent les voyageurs, pénètrent <lans li.\s villes et dépouillent les mari.hands , tuent de celle façon le commerce et l'industrie, portent la comliustion , le désordre, la misère partout... De là les famines et la peste I Mais ce temps, ô jeune lille! passera : Dieu seulement nous i*[)rouve. ..»
Or, a l'endroit où ils amvtiit.-iit tout ri\ ( ausaiit, un fort (;roupe était amassé, <jui >'incliua à leur p4Mage.
Il répondit, lui, a Unt de saluts.
Loïse?... oh! elle comprit bien qu'ils ne s'adressaient point à elle, inconnue qu'elle était et pour lors si misérable. Seulement sa curiosité s'éveilla ; et, si elle eût osé, elle aurait demandé à son conducteur pourquoi il était l'objet de tous ces hommages...
Son conducteur, heureusement , la devina ; et, bon homme, lui dit ;
« Oui, jeune fille, c'est moi qu'on salue ainsi. Car, vois-tu, je les prêche, ces hommes, quelquefois; et ils ont pris goût à mes enseignements, pour quoi ils m'aiment.
« Je les prêche, car de bonne heure je me suis livré à l'étude des sciences et des belles-lettres; et bientôt je savais tous les orateurs anciens, tous les poètes, tous les philosophes, et , par dessus, les saints pères de l'Église; je savais grande partie des langues, soit vieilles, soit modernes.
« Je les prêche , et tous accourent aux sources de la vraie vie. Tous, enfouis dans une ignorance profonde, veulent saluer la renaissance des lettres, assister à celle aurore qui annonce un so-
leil loiil nouveau. Ils sont rmcrveillrs , me ballenl des mains, me proclament urt de ces èires que la Providence a char(;és d'une mission poulies hommes , et devant moi inclinent leur tète.
• Voici donc alors ma vie : des respects et des Uommaj^es, des adorations; autour de mon front une auréole ; mon esprit incessamment cultivé , flatté , encensé; des jouissances pleines de {^rand hruit...
• Oh I pourtant, la vie n'était point là... Ecoute.
■ Un jour vint à mes leçons une lemme. JJIc était jeune, elle était belle; et, pendant que je parlais, ses yeux semblaient d'un anj^e qui écoule un prophète d'Israël et applaudit . El tout à coup je fus arrêté, moi, dans mon vol! En extase tout à l'heure sur le sommet des hautes monta(;nes et si près du ciel , je retombai vers la terre et restai béant devant Tine femme !
«Je voulus la connailre..., et je* l'.ii connue , 4'nfant! »