‹ Nos premiers beaux joursChapitre 3 sur 17 · s'arrêta une minute ,Lois<' toujours le re{;ar · texte numérisé non relu

s'arrêta une minute ,Lois<' toujours le re{;ar

- 24 ~ liant , et bien attentive et bien curieuse du reste. •

« Ensemble, reprit-il dune voix bien émue, ensemble nous avons lu les grands livres sacrés; nous nous sommes élevés à la vaste parole de Dieu , au génie des saints docteurs de la foi chrétienne; nous avons pleuré avec Jérémie et saint Augustin ; au pied du fleuve de Babylone, nous avons déploré Jérusalem déchue ; et alors je cessais mes chants , et elle suspendait sa harpe!. ..Puis sous nos yeux tombaient parfois les amoureuses élégies des doux poètes profanes: et elle reprenait sa harpe , et je reprenais mes chants!...

« Et d'autres fois il arriva qu'autour de nous chacun dormait, que la flamme était mourante dans le foyer, que la lampe jetait ses dernières clartés, que partout s'endormait la nature !...Et aussi il arriva que ce mélancolique spectacle portait à notre âme le trouble, je ne sais quel trouble bien délicieux , et ensuite du délire en nos sens

«Je l'ai connue, cette femme! Et j'ai connu en

même temps que les jouissances de l'esprit ue sont rien; que l'orgueil satisfait, l'amhition satisfaite, les hommaf^es du monde, que tout cela n'est point le bonheur —

• Le bonheur, c'est l'amour, c'est un canir tendre : pour quoi mon boniieur n'était qu'en elle.....

Il s'arrêta de nouveau : se remémorant sans doute tant de plaisirs... Il s'arrt'la, et une larme lui vint, qu'il essuya vile. Mais ses yeux pourtant ne reprirent point leur éclat; ses yeux demeurèrent mornes , ses traits abattus profondément. Tout son front se couvrit d'un nuage sombre

Dont Lojse bien affligée :

* Oh , donc! dit-elle, ce bonheur s'en est allé?

— Oui , enfant I

— Kspérez en la miséricorde divine! Ce bonheur vous reviendra

— Jamais! »

Si brèves réporiM's firent bien voir .i i.t>isc

qu'en effet cet homme n'avait pins d'espérance , et même n'en pouvaitplus avoir. Alors elle baissa k tête....

Mais , lui ;

« Notre amour, hélas! bientôt ne fut plus un secret. Le parent et tuteur de ma bien-aimée me poursuivit de ses menaces, et dit à sa nièce qu'elle eût à cesser de m'aimer, que je n'étais point digne de son amour, que j'étais la plus méchante créature qui soit sortie jamais des mains du bon Dieu ! »

Ici il pleura amèrement.

C'est une horrible chose , en effet! Un homme ne vous plaît pas pour votre fille : vous lui direz d'abord, à votre fille : « Enfant, cet homme n'est pas riche , cet bonne n'est pas beau ! » Et, si elle répond : « Yous dites vrai , père , il n'est ni beau ni riche ; mais il a une âme admirable : pour quoi

je l'aime » Vous ajouterez : «Bah! il te l'a

dit, mais il t'a trompée.

— Mon père , je l'ai vu de moi-même.

— Tes yeux donc s'égaraient.

— ^on, père : c'est mon sens intime qui l'a vu.

— Tu es si bonne, si facile, et l'impressionnes si vitemcnt ! Ce damoisel , enfant , t'aura devinée tout ainsi faite , et de toi aura abusé. C'est un hypocrite, un menteur.'... Oui , un monteur: car il t'a paru bon , et il est méchant...; car il l'a paru charitable, et il crache sur le pauvre en passant...; car il l*a paru bien aimant son pays, et il nVst qu'ambitieux...; car il t'a paru éloquent, et il n'est que phraseur. Knfant! cet homme rt millr défauts, et point de qualités. »

Eh , donc ! estimable parent, qui vous a si bien instruit? D'où savez-vous tout ce que vous dites? L'inventez-vous? Oui?... Eh bien ' je vous le répèle , c'est affreux !

Vous ne voulez point que votre fille aime ce damoisel. Pourquoi? Dites vos raisons..., vos raisons ; uiais , par (;rûce , ne char(;ez pas le pauvre jouvencel de tous les mille défauts qui vous passent en tète. Faute par vous de le connaître , pourquoi chez lui supposer le mal plutôt que le bien? Pouniuoi presser, pressurer notre natun* humaine! de façon à n'en faire sorlir que des vi-

ces ? Pourquoi s'inj^énier à la trouver méchante , la rapetisser comme à plaisir? Pourquoi souffler impurement sur tout ce qu'elle a de beau , avec intention de le ternir?

Eh , mon Dieu ! la réalité visible est assez désolante bien des fois pour qu*il y ait une jouissance véritable là où elle nous apparaît sous un jour meilleur. J'aime mieux , oh ! bien mieux celui qui se laisse aller aisément et de tout son cœur à sa première impression favorable , dût-il être dupe , que celui-là qui se défie toujours 1

Et d'ailleurs , qui vous dit , bon père , que le jeune homme ne possède pas toutes les qualités qu'a vues votre fille chez lui ? Or donc , alors , quel regret d'avoir broyé aux lèvres de cette chère enfant une coupe où elle eût puisé tant de bonheur !

Autre chose encore :

Je veux que cet homme soit réellement criblé de tous les défauts qu'il vous plaît lui donner..., je le veux. Mais, çà , ne savez-vous point que l'amour a souvent chanf]jé le vice en vertu ; qu'une

— ^'9 — voix ilo t(*mme adoucit un lion ; qur ses yeux lui l'ont venir aux yeux des pleurs ; que sa main , posée sur la tôte du plus superbe, la fait fléchir? ^c savez-vous qu'un de ses sourires, ou son sein qui lentement se soulève , ou son cou qui se balance , ou sa bouche , ou ses cheveux , éveillent au cœur de ces sentiments inconnus jusqu'ici , et qui, une fois éveillés, jailliront sur tout un homme en mille étincelles de vertu ?

« Si bien , reprit le malheureux, qu'un

soir on vint me surprendre , seul, chez moi, et qu'on me mutila , et qu'on dé(;radn toute mou existence d'homme... »

Oh î sans doute , Loisc ne comprit pas. Seulement elle vit bien que cet homme était une {grande victime.

Kt , jiisque la suspendue tout entière a ses lèvres, elle ne trouvait encore nulle réponse à tant de douleur.

Il l'aida, lui, à sortir de rv premier étonn«'nieiit.

a Tu as pitié de moi, bonne jeune fiHe... , n'est-ce pas?

— Oui, et aussi de celle qui fut votre compagne.

— Hélas , tu as bien raison ! car elle est à plaindre, elle surtout... Elle n'avait, ma pauvre maîtresse, que son amour! Et moi, j^avais avec mon amour l'ardente ambition de servir les hommes et la puissance de mener à fin mes hautes vues ; j'avais de la gloire acquise , et cette gloire me reste. J'en veux chercher encore , et j'en puis trouver... Pour elle..., oh! elle aussi est dévorée de toutes ces magnifiques idées... Mais, ces idées-là tuent quand on ne peut les produire, ces idées-là vous étouffent quand on ne peut les jeter hors de son âme...; et elle ne le peut, car elle n'est qu'une femme... Même elle ne pourra plus les verser en mon sein , car je ne dois plus la voir...

— Maintenant donc , qu'allez-vous faire?

— Me réfugier au sein des solitudes profondes, là où le ciel n'a point de nuages , où point ne brillent les éclairs qui aveuglent, où point ne gronde le tonnerre qui tue, là bas..., bien loin..., là où tout dort dans le cœur, hormis l'amour de Dieu...

— M;ii«; \o souvenir «le collt* (jiic vous avcx aimée...

— El que j'aime encore, jeune fille, que j'aime encore...

— Ce souvenir donc vous poursuivra...

— Oli î oui , oui... ; oh, je le demande bien à mon divin Seigneur Jésus!... Mais ce souvenir, ô jeune fdie , sera cliasle , lout épuré des désirs terrestres, tout confondu avec mon amour du Ciel. J'aurai de l'amour encore, mais comme d'un aD{;e pour uu autre an^e...

— Alors , tant mieux !

— Oui , et pourtant ils n'ont pas, les infâmes ! ils n'ont pas détruit ma chair en la torturant; en éteif^nant en moi la faculté de satisfaire les passions, ils n'en ont point éteint \v besoin; ils m'ont réduit à l'impuissance de satisfaire l'amour, mais non point à l'impuissance d'en ressentir les atteintes...

— Malheureux !

— Oh î oui, bien malheureux, je \ous assure !

— Mai"» iJieu vous défend-il <!•• la revoir jamais ?

— Non . ÎVen ne le défend pa«i. Mais les hom-

mes , ma fille , les hommes me le défendent 1... Et d'ailleurs, vois-tu, c'est un bien. Elle est si belle, si parfaite en tout son corps... Et vois! je suis jeune... C'est un bien , te dis-je ; car l'aimer, l'aimer de tout près , ce serait atroce pour moi , qui ne suis plus un homme.

— Ne pourrez-vous, au moins , vous communiquer vos intimes pensées, vous dire par lettres vos chagrins..., et vos plaisirs peut-être quelquefois?...

— Ohî oui, oh! nous nous écrirons. Ensemble encore nous élèverons notre âme , nous conviendrons de nos lectures , nous ouvrirons à la même page les livres saints ; nous y rechercherons les passages qui nous émurent tant , lus ensemble ; et , si des larmes çà et là souillent la page , nous nous souviendrons qu'autrefois aussi nous pleurions... Le regret, jeune fille, vaut mieux pour les âmes tendres que l'oubli... »

Puis soudain un éclair traversa son grand œil noir, son front s'épanouit , et ensemble tous ses traits ; ses joues revêtirent une teinte rouge et vive ; et, toutplein alors d'un magnifique enthousiasme :

• 0|i ! oui . «lit-il . ji' l'iiifTKT.'ii <lii |)itMl tli's saints talxTnacIcs , ci Us pompes de* rc{;lise ne leront rpu* soleniiisri- vi (léifuT mon amour ; je l'aimerai sur l'aulol de noire Dieu, et notre Dieu l'illuminera de ses rayons infinis ; et alors , oli î .dors , elle sera mon amour éternel romme lui . noire Dieii I •

lu poursuivirent silencieusement leur route; et, traversées encore beaucoup de petites rues, arrivèrent en lace d'un édifice bel et [;raiid...

• Voici, ma damoiselle , l«- palais du mi I

— Ht il est là , lui , le roi ?

— Oui , pour I heure.

— Oh , merci, merci î... Tenez , prenez ces menues pièces î

— Hall, vous riez !... Pensez à moi seulement î Je m'appelle Ahailard : pour rpioi, ('niant . je vous ai comprise. »

Il la lai.ssa.

'CJiA'j'jTJia n^

Cour, endroit d'une ferme où sont le» bestiaax , les votaillet el le fumier ; endroit d'une capitale où sont le rui, »e« officiers, et le reste.

Le DicriuNNAiBi:.

ila conr De i^xance.

Le palais on taisait le roi sa résidence liahituelle était situé dans la Cité , à l'end roi l ({u<' nous appelons aiijoiird'liui le Palais Ue Justice.

Si je ne vous en fais point la description , vous me le pardonnerez , n'est-ce pas? Il m'a sen)l>lé,

eu conscience , que c'était chose bien inulile à mon sujet.

De même il ne me paraît pas qu'il y ait nécessité absolue pour vous et moi d'arrêter nos regards sur les lois, coutumes et modes qui réagissaient la cour.

Seulement, et si vous le voulez bien, je vais vous traduire les plus marquants d'entre les dignitaires d'alors..., à savoir :

Le sénéchalj qui présidait Thôtel du roi , avait autorité sur ses recettes, visitait forteresse et château , opérait mutations dans le service des gens d'armes , plus particulièrement dressait les tables et faisait choix des mets à servir ;

Le chambellan j qui soignait le linge et toute la garde -robe ;

Le bouteillicr, qui était chargé de la coupe et de toute la sommellerie ;

Le connétable ^ auquel était spécialement affecté le service des écuries ;

Lv marécluil , tlonl les l'oiiclioiis cullbi^laicllt il Icrror les chevaux el leur tlouucr niédcciur ;

Le cliancclicr^ {jardicu ilii soel , teneur lU's ar- «liive.s vi «les livres où s'inscrivaient les revenu^ royaux.. .

Il V avait, disal^-jt •, aulrcs (iij;nitainv>> que « riix-là , et en assez bon nombre. Mais nVtanl ni liistorio{;ra|)lic asseruieiilé près les cours, ni tai- >eur fi'alnianaclis , ni académicien, ni rien d'ap- |U'Ochanl , je vous prie bieo, lecteur mon ami . de vous cou tenter du peu que je \ous oflVe , ou , .si vous êtes tant curieux, de recourir aux (jros tlocteurs savants qui traitent la matière l'espace de huit à dix torts \oluuies in-fitiio. (l'est une élude très récréative , et qui sûrement vous donnera le {^oûl des grandeurs !...

l'.n cilct , n elait-il pas bien {;l<»rieu\ tie la\er au roi ses uiains, de le servir .1 lablr, de porter devant lui sa loupi». de soi|;ner ses écuries, pauser se» chevaux, «»lc. ' i'it je vous assure cpie hiutes ces places étaient lort bri{;uées, loil ct»urues, disputées bien des lois jusqu'au sanj; ! lin d'aucunes laniilies . on batailla quebpie vuit;t

ans à savoir qui décrasserait les doij;ts de Sa Majesté ; et plus d'une aujourd'hui se vantera hardiment d'un ancêtre, lequel avait charge jadis de déboutonner au roi sa culotte dans les cas pressés...

Et maintenant un mot, s'il vous plaît, sur la famille royale de ce temps-là.

Lois avait été marié, en premières noces , à la fille de Guy de Rochefort, grand-sénéchal.

Mais ce mariage ne fut point consommé, bien qu'il dura un certain temps..,. Il ne fut point consommé , et voici pourquoi : C'est qu'à l'heure de son hymen, l'épousée avait à peine onze ans, et qu'elle était à peine nubile à l'heure de sa cassation. Et pourquoi il fut cassé, le voici: Grand nombre de riches et puissants seigneurs jalousèrent Guy de Rochefort, que ce mariage élevait si haut; et, dans leur dépit, imaginèrent mille moyens de rupture. On savait que Lois avait une conscience fort délicate et une parfaite soumission aux règles canoniques. Or ces règles prohibaient très rigoureusement tout mariage entre parents; et l'Eglise, à cet égard, était

bobie «!«• dispenses. Donc, un sf mit en quête lies alliances de la maison de Rocliefort , des alliances de la maison royale ; on se porta aux recherches les plus minutieuses; et , à la tin , on découvrit une parenté, telle quelle, sans doute passablement éloi(;née, entre la jeune comtesse et Lois. La questioii fut soumise au pape, le- (juel cassa le iuaria(;e...

En secondes noces , Lois épousa Alix de Savoie, fille de Huinbrrl II, comie de Maurienne et prince de Piémont; lequel comte et prince Humbert avait lui-même pour conjointe la comtesse Guille de Buur|jo{jrie, sœur dn pape (lalixte II.

Je vous initie, mon lecteur, à ce dernier petit détail , pour vous donner le secret «le la bonne amitié cjui ré(;na au tenq)s de Lois entre sa cour et la cour du pape, l'assi-slance (pTelles se prélèreiit mutuellement en des circonstances (graves , les conciles un peu fréquents tpii se tinrent vers cette époque, le rel"u|;c? ouvert chez nous et à diver*<*s fois au prince de rK;;lise.

Pour r«*venir. Alix et Lois faisi<ieiit. assure-

t-on , bon niénajje, et je le crois d'emblée. Pourquoi n'aimerait-on pas sa femme, si l'on est roi? Pourquoi pas son mari, si l'on est reine? Se peut bien, que les tracasseries de la grandeur prennent forte partie de leur temps; mais, à l'heure qu'est venue la fatif^ue , il doit leur être doux, à lui de reposer sa tête sur le sein d'une femme , à elle de faire couler au cœur d'un mari le calme des sentiments d'amour. Un roi et une reine sont, comme nous, des créatures mortelles ; ils dictent des lois , mais en reçoivent une de plus haut, à laquelle tous feraient bien d'obéir. Ils commandent à tout, hormis à leur cœur; ils ont empire sur tout, hormis sur leurs sens...

Aussi Alix et Lois avaient eu déjà (jrand nombre d'enfants.

L'un d'eux, à l'arrivée de Loise, était malade : pour quoi c'était beaucoup de désolation par tout le palais, et notamment de la mère.

Pauvre mère I elle élait bien fort occupée de son fds Hurjues , son cher petit Hujjuettin , qui s'en allait mourant I Elle disait à tous sa peine.

à ses (lames d'aloiir, à ses (;eiililsli(>iiiines, a .m'> éclivers cl varlels , au roi son mari , quand elle lo n'iiconlrait ; elle la disait aux passants, au premier venu.. .

Loise lui étant tombée sous la maio , elle la lui dit vitement.. .

Puis, après, elle ajouta :

«Vous m'apportez sans doute un bon spécifique, ma jeune lille?... Alors, soyez la bien-venue I... ^e me trompez pas, d'abord! J'en ai tant vu de ces aventurières cjui m'ont donné de méchants remèdes!... Venez, ma fille I... je vai> vous le faire voir !.. . H est au lit, ce cher enfant!.. . et il n'a pas quinze ans... : ju^'jez !... Il serait duc bientôt!... Quel malheur pour la l'rance , s'il allait mourir !... Allons, venez I »

Kl, reme de l'ranee, elle prit la mam de Loise, simple héritière d'un ehAleau , et (pii .limail un serf î...

Auprès du malade étaient un pri^tre . un astroloj^tle et deux mé^jceilis.

Le prêtre était là pour l'admiiiistration des secours spirituels ;

Les deux médecins pour l'administration des secours corporels.

Et l'astrologue?...

A propos de l'astrologue, vous savez qu'en ce temps-là on croyait fort aux enchantements, aux sortilèges , à la magie , el autres opérations advenues ou à advenir par le moyen du diable. On croyait le plus fermement du monde que tel s'était donné, corps et âme , à ce malin Lucifer; qu'avec lui il entretenait de longues conférences; que de lui il recevait des conseils et une aide toute-puissante dans la direction de mille et mille intrigues; qu'il en recevait parfois des images, parfois un anneau..., lequel anneau avait l'infaillible vertu de guérir grand nombre de fortes maladies...

Or notre astrologue , qui cumulait et Vart de la nécromancie et l'étude des astres, était là au chevet du malade , prédisant que sa mort arriverait à quelques minutes de là...

Ce qui arriva juste comme il l'avait prédit...

Doue je ne sais trop pourquoi la mode s'en est allée des astrologues, sorciers, possédés, nécromaociens. Celait uu vivant baromètre, et bien assuré... , comme on voit!

La mère , qui était reine pourtant , se désola {jrandemciit.

Puis ({uelqu'uu lui «lit niaisement de se consoler, qu'elle avait d'autres fils et une tille , cpi'dlc en aurait encore..., encore sans doute...

Hllc |)bMira, nonobstant; et aussi Loîse , bonne Il Ile pour tons.

l'uis flic dit bien a la r«'ine qu'elle n aurail pu em()ècber ce malheur, cprelle n'entendait rien aux sortilé{;es, cju'elle était venue à la cour pour toucher le roi au sujet d'td(;ard ( toujours son Kd(;ard ), et (ju'elle la suppliait, cljr la reine, de la taire inlroduir»* près de son au|just<* époux.

J.a renie alors manda un héraut d'armes qui U concbiisil.

EiiATa^juiLK m.

Tout est perdu , c'est fait de l'élat ; il est du moins sur le penchant de sn ruine. Comment résister à une si forte et ti pj^nérale conjuration ? Quoi moyeu de suiiirt- • tant et d(* <i pui^vini^ ennemis"*

La Briyêre.

li y avait une lois un bon ministre; non pas encuri* qu'il eu port;U le nom (Su(;er nr Int (t'iiliorii ré(;ent et eosiiitu ministre c|ue sous Luis VU , dit U Jeune) , mais parce rpi'il t'u exerçait la clios<'.

Et comment, le voici :

Philippe le Bel ^ suivant la coutume des rois ses prédécesseurs, avait fait élever son fils Lois en l'abbaye de Saint - Denis. Alors c'était une opinion très accréditée qu'une abbaye était un répertoire d'honneur, de science , de toutes vertus; que là mieux que partout un enfant recevait une bonne éducation chrétienne ; que là encore on était à l'abri contre tant et de si fâcheuses impressions ordinairement produites sur l'esprit d'un jeune prince par le spectacle d'une cour mondaine ; que là il s'accoutumait à une vie rangée et convenablement rude ; que ne venait point l'oisiveté amollir son cœur ; qu'en son cœur, au contraire, germaient les semences premières de la crainte de Dieu ; que point en une abbaye ne se rencontraient ces mille écueils terribles contre lesquels on se brise dans le palais des rois.

A Saint-Denjs, Lois connut Suger.

Le premier, j'entends le futur roi, était de visage assez beau. Ses cheveux étaient blonds, bouclés, pendant jusque au-dessous de l'oreille. Ses façons étaient passablement gracieuses et engageantes.

Jeune encore, il avait déjà un oinbunpoinl confortable : d'où le surnom qu'on lui a donné cians l'histoire.

Le second, j'entends Ir futur conseiller du trône , était vif, {jai , enjoué , d'une humeur toutà-fait a[;réable. De plus, il avait reçu de la nature {;rande puissance intellectuelle; et il l'avait encore soif;nensement cultivée.

Pour quoi il plut tout d'abord à Lois, assez bon jU|;e du mérite; et Lois le rechercha. Ce fut à < (• point bientôt rpi'il ne sut plus se passer de lui un s<nil instant.

Ce que voyant , messire Suger réunit tous ses t'ilorts pour se inéna{;er lon(;-lenips, aussi lon[;temps qu'il pourrait, cet immense avant.i|;e. Par toutes sortes de manières honnî^tes et soumises, par toutes sortes de déférences à projxis rendues, par certains petits fours d'esprit qu'il savait au {'oût du prince et qu'il mettait en a*uvn? liabilement , par mille moyens, il captiva la bienveillaiirc de son rompaf^non de classe, vi la captiva tellement , pénétra si fort avant dans ses bonnes

(grâces, que dès lors son clevalion lut assurée pour l'avenir.

En effet, Lois fut à peine rentré à la cour, qu'il y manda Sufjer.

Et là plus rien ne se fit où auparavant le moine de Saint-Denis n'eût mis son nez. Il remplit tour à tour plusieurs charges importantes , soit dans l'intérieur du palais, soit dans le royaume çà et là, soit même à l'étranger. Plus d'une fois il fut député aux conciles, eut mission plus d'une fois de traiter avec les puissances , et fit plus d'une fois la guerre.

C'est que notre moine, voyez-vous, était capable grandement. Il était, vous disais-je, insinuant dans ses manières, affectueux dans son langage 5 et, de plus, ferme dans les occasions difficiles. Puis il avait fait voyage en Italie, et là encore s'était perfectionné dans la science politique. Il avait étudié avec soin le génie de ce peuple , son adresse en affaires, ses raffinements et toutes ses roueries; il avait étudié, et appris de science certaine qu'un bon courtisan doit avoir l'esprit souple , composer son visage sur ie

visaf^e rhi maître, revAtir mitant de formes qu'il arrifede chanj^ementsen la coar. Kn outre, il s'rtait instruit à lon<l dos forces, des vues, desseins, intentions de l'élranf^er sur la France ; où bon crédit était à espérer ; où il fallait avoir contiiinellement et bien en drfiance l'œil ouvert- Apres quoi il était revenu, possédnnt ati \)\\\^ haut de{jré le lalerjt délicat des négociations . l'art de saisir adroitement toutes les circonstances en apparence» les plus insif^nifiantes, et de les exploiter au profit du trône.

Et, comme par des>u.'> il venait d'être nomnx* abbé de Saint-Denis (poste qui lui donnait pins lie relief et d'influence en maintes rencontres ), Lois se l'était davantaf^e altaché.

Fous deux, à l'heure qu'arriva Loiseati palais. étaient en |;rande conférence politlrpie.

Pour vous mettre plus a intime de coniprendr< la suite, je vais, si vous le voulez bien, vous initier de la plus courte façon que possible aux al faire*, de France en ce temps-là.

Henri, fils puîné de Giiillaume-le-Conquérant, avait été élu par les étals régent du royaume d'Angleterre , et devait exercer ces fonctions tant que durerait l'absence de son frère aîné Robert, lequel pour lors relevait en Terre-Sainte le tombeau de Jésus-Christ.

Il revint, Robert ; et demanda à Henri sa couronne.

Henri, qui s'en trouvait bien, j'imagine, ne voulut pas la rendre.

De là une guerre, où fut vaincue, ainsi qu'il est arrivé plus d'une fois, la vraie justice, où fut l'injustice triomphante. Robert fut saisi par Henri, lequel , bien loin de lâcher le prétendant, le détint en prison perpétuelle; et, de plus, lui éteignit la vue par le moyen d'un bassin ardent où il lui fixa les yeux jusqu'à ce qu'ils fussent brûlés.

Ainsi maître de l'Angleterre, Henri voulut l'être de la France. Ce que c'est que de nous , voyez î

Donc, pour mener à fin son beau projet, il

commença par attirer dans son parti tons ces milliers de tyranneaux qui fourmillaient aux alentours de Paris, et, pour s'a{jrandirsoit d'un Lour|;, soit d'un simple château, ne se seraient fait faute de combustionner toute la France. Il les attira par de petits cadeaux en arj^ent ou monnaie quelconque, par de nia[;iiiriques promesses , et principalement par les {;rosses flatteries dont il cnjola leur ambition.

Entre autres qui jetèrent feu et flammes, il faut compter Guy de Rochefort, outré d'ailleurs de la répudiation de sa Glle, de la démission de sa char^je, et de la porte d'un beau chîlteau où il se gober{;eait jadi<.

Après lui venaient I!u(;ues de Crécv, Hu(;ues du Puisct, Thibaut de (ihampajjne. Thomas de M cl rie , Ku<les de Corbeil, Milon de Moullhérv, Avuioii Vairevache , ot d'autres, et beaucoup d'autres encore.

Lois VI les avait tour à tour réduits : bataillant conln? eux en personne , les poussaot tantôt dans les pleines canipaj^nes , tantôt les assiégeant dans leurs propres châteaux.

Même il avait été oblif;é de combattre et avait pareillement réduit Philippe de Manies, son frère.

Au bout de tout quoi encore il n'avait point son repos assuré.

L'Anglais, à l'heure où nous sommes, reprend de plus belle ses menaces, et vient nous apporter la guerre.

La Flandre presque entière s'insurge, tant les seigneurs contre leur roi que les vilains et serfs contre leurs seigneurs.

De même une grande portion de la Picardie.

Tel était alors l'état des choses.

Contre lequel de ses ennemis le roi pousserat-il d'abord ses troupes? Voilà une difficile question, où pour le moment Lois Yl et son conseiller Suger contendaient toutes leurs forces d'esprit.

Suger était d'avis d'une prompte expédition.

Le roi, lui, voulait bion I V\|HMlilion , mais pas iminrdiale —

Sii|^er insistait :

« Sire , sire, ne perdons pas de tnnps !...

— Kh çà î crois-tu que le roi de France n'a pas son attention fix»'»' sui- tout ce qui le touche?... Si l'on m'appelle Lois-le-Gros , mailre Su{;er, on m'appelle aussi Lois-l'Èveillé , Loisle-Batailleur!...

— Donc, il faut justifier ces {jlorieux surnoms! Autrement la postérité jugerait (ju'ils ne furent point mérités, et que, seuls, les vils flatteurs île cour vous en t>nl baptisé...

— Tu as raison, Su|;er, bien raison...; inii^ il liut voir, ami, il faut voir encore un peu... ■«

lu héraut iiunonça une jeune fille.

(Clli\T'JTJO! XT>

C'eil dans la multitude dei avis que plt la sûreté.

La Bible.

(.fomm^nt un roi Doit pr<fnJ)r^ consciC ^t ions.

Elle accniinit nn\ |)i<(ls du mi . rt lui dit : « .Moiisc'i(;ueui. .. ! »

SiJi'cr riiil<Troiii|)i( . «'Jissaiit .i son tM'^ill»' : • l)ile.> Stre. »

Elle remercia de la tête , puis repn'l :

« Sire , je viens de Chaiiny...

— Qu'est-ce que Ghauny?

— Sire, dit Suger, cest une petite ville de votre France i...

— Eh , mais ! je suis donc bien ricbe?

-- Oui, sire. Pour quoi il faut prendre garde qu'on ne vous vole ! ;)

Maître Suger, comme on voit , ne perdait nulle occasion de rappeler au roi ses devoirs. C'était un bon maître-conseiller, je vous le dis I

Loïse continua :

« Sire , je viens de Chauny pour vous parler d'Edgard...

— Ah, ah!

- Oui, sire , d'Edgard... C'est un bien bon jeune homme, je vous assure, et qui n'a jamais lait de mal, jamais de mal à personne I... Il a v'n«t ans, sire! Jugez donc... vingt ans!... Et dadleurs, il .n'aimait; et, à cause de cela, il n aurait jamais vouhi tuer Conrad ni n'importe

f|ni... Ce Conrad , vovez-vous , rlail ini méchant lioinme... , j'en répondrais, sire^uu méchant homme !... On bien , on Tarait trompé; ou bien... entin...; je ne sais, moi... mais, pour sur, Ed(;ard n'a pas commis de crime : c'est tout-à-l'ait impossible. Je vous dit cjuil m'aime..., et moi aussi, je l'aime : vous entendez?... Cela durait depuis bien lonfî-temps, ô mon roi!... presqu'au sortir de la première vue... Sire , est-ce que vous n'aimez pas quelqu'un, vous? Oh î si fait, n'estce pas?... Vous avez femme, d'ailleurs , et enfants... Puis, c'est si b(»ii d'aimer î Et voyez î c'est pour cela que je suis venue de Chnuny...

— Oui-dà?

— En vérité.

— Eh bien! mon enfant, c'est on n«- peut mieux..., mais lu vas recommencer ta kyrielle : car Diru me damne <;i jVn ai comprît un seul

mot !

— C'est tout simple, pourlanl.

— Possible. Mais tu vas, tu vis!... tii vas vraiment Ir diable, «t tu nirh-s toutes cho.ses. Hicn malin qui le suivrait! Le |;rand César, IrqurI .Tvait (dit-on) sept liouchcs pour parirr. .1 pour ••nlendix* sept oreilles... le ijiand (!ésar. ma mie ,

ne comprendrait rien d'une histoire si vilement racontée... Soyons, enfant, calme-toi! je suis bon prince, et t'éconte de toute mon âme...

— Je vous disais donc , mon bon prince , qu'Edgard était mon amoureux... ; qu'on l'accusait d'avoir tué Conrad... ; que, s'il l'a fait ainsi qu'on l'en accuse , c'a été sûrement pour se défendre...

— Qu'est-ce que Conrad, ma fille?

— Un serviteur du comte Gaspard de Colombières, seigneur de Chauny...

— Bien! voilà qui se débrouille un peu... Et ton amoureux, ma fille, quel est-il?

— C'est Edgard , sire : je vous l'ai dit.

— Qu'est-ce qu'il fait, Edgard?

— Il est vilain, vassal, ou serf de monseigneur. . . , je ne sais pas lequel au juste.

— Il a donc refusé de payer sa redevance , de labourer les champs , ou de planter la vigne, ou toute autre chose que le seigneur comte Gaspard a droit d'exiger?

— Oh, nenni! car du soir au matin il travaillait... Et d'ailleurs votre seigneurie sait bien qu'on ne doit jamais faire mourir son prochain...

— Autrement que par les lois... Tu as raison , enfant !

— C'est pour autre cause , dit Suger... Votre sei(;neurie ne voit-elle pas que cette jeune fille est jolie?... •

Loise s^inclioa vers l'aLLé , disant :

• Vous êtes bien lion, raonsei{;neur !

— Eh, non, par ma foi ! dit Lois tout (jaimenl ; notre révérend est justr , rien que juste... El puis, vois-tu, il a des yeux, notre révérend... , des yeux qui parfois visent ailleurs qu'aux sacrés évan(;iles...

— Sire, écoutez, je vous prie! vous i^tes roi...

— Au diable le sermonneur- Mais çà ,

jeune fille, le beau seigneur de Cliaunv jamais ne t'a-t-il fait ramonr*^

— Sire, il est mon oncle...

— Ah, diable î... Et quel est donc ton père ?

— .Mort seigneur avant le comte Gaspard.. . 11 était duc, lui, et sappi-l.iit J^éon de CoImnbitTes ; bleu aimé ( dit-oo ) tant (|u il vécut . et encore depuis.

— Le duc..., le duc Léon de Colombières. .. Mais, seigneur abbé , ce nom-là me revient.

— A moi aussi. On a fait courir sur sa mort mille bruits qui , plus d'une fois , occupèrent vos dames, Sire, en leurs soirées d'hiver.,. Plus d'une fois aussi on nous a entretenus du comte

' Gaspard comme d'un très méchant homme , et dangereux!...

— Dangereux?... Eh, eh! tout ceci mérite attention...

— Oui, Sire, dit Loïse...; oui, ceci mérite attention... C'est qu'on le tuerait, entendez-vous? Huit jours encore , et on le jugera !... Le juger ! Je vous assure , mon bon roi , qu'il n'a jamais fait de mal... »

Lois attira Suger vers l'embrasure d'une fenêtre , et là ils parurent chaudement converser.

Ce pendant , notre pauvre fille de Chauny les regardait de ses deux grands yeux tout ouverts : bien assurée au fond qu'il s'agissait d'elle et de son amoureux, épiant de son mieux les signes qui se produisaient extérieurement au visage des deux interlocuteurs, ne songeant à rien autre, en vérité !

La conversation (liploinali>jno . pourtant , s'animait et se prolon{;rait. ..

Su[]cr, bon liuinnu! , voiihil calnicr un peu l'impalience <lr Loise. Donc, se tournant vi»rs elle :

« Jeune fillr, dit-il, le roi s occupe de v#u>...

— Oh I je le savaishien... Poursuivez, inessei-

{jneurs, poursuivez! Je ne m'impatiente pa^

Kl d'ailleurs je ne suis pas une princesse..., pas une princesse, vraiment! Puis, l'on sait Lien qu'un roi a toujours une loule de petites choses auxrpM'Iles sonf;er. .. Continuez, mes beaux sci- {;neurs, je vous prif ! Quo je ne vous fjènc pas !... »

Ils reprirent leur conférence, et alors s'échaulfèrent à ce point de parler très haut... Pourquoi 1/OÎse put entendre ce fra(;mefit d«* dialojjup :

• Je vous le disais bien, sin* : I.» «-onspiration est flaiçrante, et presque f'énérale...

— Par la lumière <lu Ciel, re n'est <pir trop vrai !

— It faut en finir...

— Finissons-en.

— Et commencer par ce seigneur de Chauny. Votre intérêt, en cette occurrence , ne paraîtra point votre premier mobile. Le despotisme outré que fait peser le comte sur ses vassaux sera le prétexte apparent : et sûrement il vous en reviendra mille bénédictions...

— Tu es un bien grand malib , seigneur abbé î. . . et nous ferons ainsi que tu Tas dit...

— De plus , nous aurons rendu à cette jeune fille son amoureux..* C'est quelque chose !

— Sans doute , sans doute , interrompit Loïse tout heureuse... Et puis, à mon tour, je rendrai de petits services à mon roi.

— Hein !... Que dis-tu, enfant?

— Que j'ai vu aux portes de Paris foule de vos grands-vassaux qui regardaient en dessous les troupes de votre seigneurie, aux portes de Senlis tout autant qui semblaient animés d'une grosse fureur et voulaient marcher sur votre palais, et d'autres encore ailleurs...

— Et qu'en dis-tu?

— Qu*il serait sage à vous d'apporter le holà,

et leur prouver à tous que vous ùles roi df Franrt»...

— .Nou> yson{;ion<, ma mie! Mais par où commencer?

— Prenez vos (;ens, marchez en tôle, marchez seulement, et vous dompterez rien qu'en passant chacun de vos ennemis...

— Tu arran(]os fort bien les choses , sur ma parole î...

— Eh donc ! 6 mon roi, n'aurez-vous point pour vous tous ceux qui souflVent sous ces méchants roitelets? Or le nombre en est grand , voyez-vous? Et puis, ne savez-vous le courage que met la liberté au cœur de ceux <jui la défendent, quelle exaltation dani» Ja tôte, quelle force dans les bras? ^fe savez-vous le fanatisme* des âmes oppressées qui veulent de l'air?... Nous sommes prôts , ô mon n»», [)ret»; à vainere fout et partout î...

— Tudicu! ma commère, comme vous y allez!....

1-n eliet, ce devait Mn* merveille d'entendre une toute j(Mme fdie parlerai fort, si bien : d'autant qu'elle ne .5 'était point montée à un ton doc-

toral, sec ou emphatique ; mais, au contraire, avait la phrase simple, la voix douce... , douce et grave à la fois , et chaleureuse, et pénétrante! Ce devait être merveille surtout de la voir si calme, si pleine de dignité et de noblesse, portant si haut la tête, si haut les yeux : elle d'habitude si timide ! de la voir haranguer, sans trembler ou sourciller le moins du monde , un roi et un conseiller de la couronne : elle qui eût rougi... pour bien moindre chose , ma foi!...

Le roi donc :

« Tudieu ! que vous voilà bien éprise de votre affranchissement!... Mais que me tlonnerezvous en retour, s'il vous plaît?

— Nous vous aimerons.

— Par Dieu! j'entends bien... Mais un roi de France , ô jeune fdle , ne se dérange pas pour si peu... Qu'en pense monseigneur Suger?

— Que bonnes sommes d'or iraient bien à notre bourse, sire, pour le moment.

— Tu entends, ma mie? Le roi de France est à sec : il a besoin d'argent...

— Sire, nous n'en avons pas, et beaucoup chez nous meurenl de faini...

— Bail! ils le font exprès... Où diable passeraient tant de beaux revenus? Les seigneurs sont j^ueux comme des rats...

— On dit, sire roi, que les Anglais ont profité de nos fautes...

— Race de chiens!... voleurs!... (jtiulusl... Toujours, toujours demander : voilà leur vie î

Toujours empiéter, toujours [jrendre ! sur

terre, sur mer, partout !...IIs d<»ivent ^trebicnricbes, ces An{jlais !... Or. en vérité, former alliance avec eux est chose bien impraticable : ils se voleraient eux-mômesl... à plus forte raison leur» alliés... Il faut en finir pourtant... , les battre une bonne fois, et qu'ils n'y reviennent plus ! Autrement les coquins seraient toujours là , vous harcelant. ..

— Bien, sire ! répartit Sn^jer, très bien!

— Oui, Su(jer, mon ami, nous les battrons...

— 11 vous sullit, sire, de le vouloir^... .Mais auparavant il faut as.surrr le calme à l'intérieur, abaisser l'audace incessamment menaçante de vos i;rands-vassaux, oUrir la paix, et, s*'ûs nVu veulent pas, les vaincre, les attacher h votre char de

il. il

victoire; puis, ainsi attachés, les contraindre à venir vaincre l'ennemi commun...

— C'est cela, ditLoïse, c'est cela!

— Çà donc , jeune fille, dit le roi en souriant. . . ; puisque tel est ton avis, nous le suivrons ; et ton amoureux, enfant, te sera rendu !... Ah ! mon seigneur Gaspard , vous aussi , vous conspirez? vous, l'un de nos vassaux les plus chétifs; vous, misérable châtelain d'une misérable bicoque ! Chauny, Chauny ! Qui est-ce qui connaît Chauny?... Ah ! ah! et vous conspirez contre la couronne de France?... Ah ! sire, ah! joli sire! ah! le sire de mon cœur, vous me le paierez..., vous me le paierez pour tous les autres î...

— Mais Edgard , Edgard..., ô mon roi, dont vous ne parlez plus déjà?...

— Vous me paierez cher vos projets d'envahissement !

— Eh bien, oui! mais çà vite, allons! marchons î

— Oui, enfant; car il faut le punir, n'est-ce pas ?

— Lui tirer les oreilles , oui ; mais d'abord sauver Edgard, et avant huit jours. Voilà ce qu'il faut faire , vous, grand roi !

— Tii in'aniiiso.s, petite , en vérité!

— Tant mieux, sire; et (piand vouî» aurez rendu à Loise son amoiireui, Loîse vous amusera bien plus, ma foi I Loise, mon sei{;neur, vous chantera des noëls. .. Aimez - vous les noels?... Loise vous élèvera des faucons, vous brodera de la tapisserie , et pour vous priera Dieu... Mais , çà vite . nh ! rà vite , marchons! t

Pauvre enfant!... (Ju'est-ce donc pour le roi qu'un homme de moins dans sou royaume?... Kl, d'ailleur.»», le roi connail-il Kcl{;anP Ou'est-ce cju*Kd{jard? un srrW Ou'esl-ce (ju'un serf? eh ! mon Di'Mi , rien...; une machine, tout :iu |)lus , dont on use pour labourer les champs.

L'ordre i\u départ, n/'aumoius. fut ii l'iiist.uit donné.

Aux (»enoux du roi, Loise pleurait de reconnaissant* pour lui , d'amour pour Ld(;.ird et pour tout son prochain.

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