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CHHONJuUES DU MOYEN-AGE.
Messieurs,
Il y a presque témérité à poursuivre l'élude de Lucius de Tongres. Taot qu'il ne sortait pas de l'histoire légendaire, comme la primitive théocratie, comme la lutte de la caste guerrière, alliée aux Germains, contre la caste sacerdotale, représentée par les Celtes, et ce changement d'institution consacre par un déplacement de capitale; nous avions les coudées franches, les critiques eux-mêmes nous montraient le roman conforme aux formules générales de l'histoire, et j'ai pu suivre à mon tour le chroniqueur dans celte route et le voir symboliser, en de curieuses scènes, un lait constant : la fidélité religieuse des femmes, complices des prêtres et dernières auxiliaires de la théocratie qui tombe.
Mais, si je risque un pas de plus, nous sommes en présence des écrivains latins, en opposition peut-être avec l'histoire écrile par nos vainqueurs. Ceci devient grave, délicat, dangereux. Nulle précaution oratoire n'y peut suffire; j'aurais beau protester de mon respect pour les lettres antiques qui ont donné au monde Homère et Platon, Lucrèce et Tacite. Je vois se dresser sur le seuil de l'histoire les savants, les cri-
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-2 CÉSAU ET LES CIlHOMyLES 1)1! MOYEN-AGE.
tiques, les historiens, les érudils, les archéologues, les académiciens; nrmés de redoutables in-folio ou l'épée flamboyante de la science à la main, ils repoussent du sanctuaire ces contes ineptes, ces misérables fables. Où U profanum vvlgus eturceo!
Une chose me rassure, messieurs : nous ne sommes pas ici à l'académie, et Lucius de Tongres peut très-bien rester à la porte.
Un savant Belge a pris plaisir à relever, chapitre par chapitre, les absurdités du vieux chroniqueur, et l'académie, heureuse de couronner ce mémoire, s'est donné la peine de le publier. Plus de 20 pages in-4° ! C'est trop d'honneur pour Lucius de Tongres et M. Sehayes a raison, très-raison, trop raison. Oui, c'est une fable de faire descendre les Belges de Bavo, cousin de Priam. Mais Flavius Josephe fait bien descendre les Gaulois du tils ainé de .la plie t, frère de Sem et de Chain ; mais César se disait bien issu du roi Ancus Martius et de la déesse Vénus, et qui donc s'avise de prouver que ces faits ue reposent sur aucun fondement historique? Oui, Lucius entasse les anachronismes, confond les époques, amalgame les souvenirs des divers temps et des différents peuples, transporte à plusieurs siècles en arrière les noms, les armes, les mœurs, les magistratures, les villes du moyen âge, et donne à tout ce qu'il voit autour de lui des explications fabuleuses, des origines impossibles. Mais il tic vivait pas dans l'âge d'or de la critique historique, et quel siècle n'a pas ses fables de la vanité nationale et ue prête pas ses idées et ses mœurs aux hommes cl aux choses du passé, depuis Tite-Live qui produit sérieusement l'histoire apocryphe des premiers rois de Rome, depuis César qui latinise les noms et les magistratures des barbares, jusqu'à la tragédie française, avec ses héros grecs du siècle de Louis XIV; jusqu'à Walter-Seoll lui-même qui fait parler le flamand aux Liégeois? S'il faut tourner en ridicule le vieux chroniqueur d'une époque d'ignorance et de naïveté, pour avoir prêté une civilisation avancée cl des palais de marbre aux Belges avant César; que dira-t-on des savants modernes qui représentent les Germains comme des modèles d'ulupie, des socialistes avant terme, ou qui leur attribuent «• des coupes d'ambre et d'ivoire, objets de prix où la main de l'arti>te mil indubitablement son empreinte. » (Van Hasselt, I, (il).)