CÉSAR ET LES C1IR0NIQUES DU MOYEN-ACE
Oui, l'histoire du roi Lear et de sa fille Côrdelia est apocryphe, on le sait de reste; mais est-ce bien une raison pour fermer les yeux a ce « véritable tableau d'antique épopée » comme M. Raynouard appelle cette page de Lucius, qu'il cile toute entière dans le Journal des Savants, et faut-il que la science nous rende plus diiïicile que Shakespeare?
Pour moi, messieurs, la critique littéraire, malgré les anaclironismes de Racine, de Shakespeare et de Waller-Scoll, admire dans ces écrivaius une grande poésie, une peinture sublime du cœur humain, un seuliment vrai des mœurs des uni ions. De même, la critique historique ne peut pas s'arrêter à la superficie d'une œuvre et s'en tenir au faux vernis d'une époque; elle doit percer ces nuages de la légende et y chercher le ciel de l'histoire; elle doit déblayer ces broussailles et pénétrer jusqu'au sol des vieilles traditions ou des lois générales du genre humain.
Les savants peuvent se moquer des coules du passé, je ne m'y oppose point, sauf à me permettre de m'amuser de leurs bévues. Mais le rire s'attaque aux apparences et la science va nu fond des choses. Ce que la science peut chercher dans ces misérables fables, je laisserai un savant vous le dire :
< Ces récits, dit M. Raynouard, tout fabuleux qu'ils sont, présentent des détails nombreux, relatifs aux institutions religieuses et aux institutions politiques,, au gouvernement et à l'administration, aux lois civiles et criminelles, aux mœurs et aux usages; sous ces divers rapports, l'ouvrage mérite un examen spécial et il ne peut être sans intérêt pour les personnes qui s'occupent des écrivains du moyen âge. »
Ce que la critique peut y chercher pour l'histoire de nos luîtes contre Rome, ce sont des confrontations, des rectifications, des détails nouveaux, négligés ou contrefaits par les anciens et qui compléteraient ou redresseraient des récils intéressés. L'académie avait demandé : « Quelles ressources on trouve dans les écrivains du moyen âge pour l'histoire de In Belgique avant et pendant la domination romaine. » L'élude que j'indique, sorte d'enquête contradictoire sur les récils de nos vainqueurs, n'eût pas été bans fruits et elle était bien l'.tite pour tenter un érudit comme Sebayes. Mais ces malencontreuses fables lui ont fait oublier le reste; il s'est