‹ Nos premiers siècles littérairesChapitre 15 sur 61 · CÉSAR ET LES CHHUKMJL'ES 1>E MOYEN-AGE · texte numérisé non relu

CÉSAR ET LES CHHUKMJL'ES 1>E MOYEN-AGE

arrêté aux apparences, pour se mettre en arrêt contre les moulins a vent de Lucius de Tongres.

Ma tache est plus modeste. L'histoire littéraire n'a pas ce droit au dédain, ni cette prétention à la science. Elle est quelquefois forcée de feuilleter les savants en us; mais elle s'en dédommage bien vile en appelant à elle ces enfants charmants qu'on nomme les rêveurs, les conteurs et les poêles. Lucius de Tongres n'est qu'un romancier, dit à son tour M. de Reitfenberg. Eh! M. Michelct ne donne pas un autre nom à Plutarque! Les romans sont aussi des œuvres de l'esprit humain et ils appartiennent à l'histoire; j'aime les romanciers qui nous parlent de la patrie.

Ecartons donc toutes les plantes parasites du moyen âge; aussi bien, le temps me manque pour m'y arrêter, eussé-je 20 pages académiques h remplir; écartons celte ivraie d'anachronismes, et voyons l'àme de la légende, cherchons la forte séve de l'histoire et les parfums sacrés du patriotisme.

La science moderne, appuyée sur les écrivains grecs et latins, constate quatre grands faits historiques qu'il n'est pas sans intérêt de retrouver dans les fables d'une époque d'ignorance. Ces faits sont connus : ce sont d'abord les luttes incessantes des peuples de la Gaule contre Rome et la Grèce qu'ils terrifient. Puis, viennent les incursions des peuples d'outre Rhin, qui envahissent ou traversent la Gaule, assujettissent ses habitants ou les refoulent sur le Midi. Enfin, ce sont les conquêtes de César, et les misères de la domination étrangère. Cette division, donnée par l'histoire, peut s'appliquer au roman.

Dès les premiers siècles de son existence, cette Rome, qui prétendait à dominer le monde par les armes, trouve devant elle des peuples qui disent aussi porter leurs droits à la pointe de leurs épées et qui crient au capitole le Fœ vklis. La terreur dura des siècles et les écrivains romains en sont tout pénétrés. «Jours maudits! s'écrie Lucain, en parlant de la première rencontre. — Jamais, dit Florus, le courage ne fut mis à une telle épreuve ; on eût dit que les Dieux voulaient s'assurer, par une expérience suprême, si Rome était digne de l'Empire du monde. — Ce n'est point pour la gloire que Rome combat alors, dit Sallusle, mais pour la vie. »

Une heure vint où les Romains voulurent renoncer à

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Rome et partirent ; sans des efforts désespérés, sans l'intervention céleste, dit-on, et la parole d'un centurion prise pour un oracle m extremis, la ville qui devait se dire éternelle tombait, à peine née, abandonnée par son peuple. Ln panique passée, toute guerre avec ces barbares fut réputée un danger public; un trésor fut fondé exprès contre eux, comme un approvisionnement permanent de la défense nationale. Camille pour les avoir vaincus est appelé un second Romulus; Manlius, pour avoir conquis un collier (Torquis) sur un de leurs géants, porte dans l'histoire le nom de Torquatus ; Valerius, pour avoir été aidé dans un combat semblable par un corbeau.se glorifie du nom de Corvinus,et Anliochus les ayant arrêtés reçoit de la reconnaissance des peuples le titre de sauveur : Antiochus Soler! Rome ne respirera que lorsqu'elle croira ces ennemis anéantis ou domptés ; mais elle doit les rencontrer partout et toujours : avec Annibal et avec Mithridate; à Carthage et en Grèce, en Espagne et en Gaule. En vain César s'emparera du trésor gaulois qu'il déclarera inutile; la révolte sonnera l'alarme dans les Gaules pendant des siècles et de nouveaux barbares en descendront pour écraser Rome î

Telles sont les données de l'histoire, et bien des fables déjà s'y mêlent. MM. Amédée Thierry et Michelet signalent plusieurs épisodes comme des inventions populaires et des embellissements romanesques, et M. Michelet, sur l'autorité de Polybe et de Suétone, va jusqu'à contester à Tile Live une grande scène et à Rome une grande victoire. Ces fables des Romains sont classiques. Voyons celles de nos ancêtres.

Tout d'abord, messieurs, vous allez rire. Vous imaginezvous où se réfugient les partisans de Rémus après le fratricide de Romulus? Dans la ville de Rémus, àRheims, et à Belgis; où Tarquin le superbe cherche des vinqueurs? à Belgis encore, et ainsi les Romains excitent eux-mêmes les Belges contre Rome. Mais la première fois Tullus Hoslilius rappelle aux Belges leur commune origine troyenne et les engage à se venger plutôt des vainqueurs de Troie. Mais la seconde fois les Belges refusent tout secours à un roi détrôné pour ses crimes. Cependant la lutte, qui a failli commencer pour la vengeance de Rémus, ne tarde pas à s'engager. Depuis qu'Ursa avait vengé les druides, sans restaurer la théocratie, ses des-

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cendants avaient occupé le Irùne des Belges, en laissant aux prêtres le sacerdoce. Mais Servius Tullius, pour réprimer une révolte dans Rome, appelle à lui les peuples d'outre Rhin. Celle innombrable armée de Germains ravage la Suève, la Saxe, la Dacie, prend Cologne et Trêves, se trouve en présence de l'armée des Belges, qui est vaincue; assiège, emporte et pille Belgis, se fixe dans la Belgique, en adopte le culte et les mœurs et y Tonde la dynastie nouvelle du roi Camber. Le nouveau Roi donne à Servius Tullius 00,000 Belges pour soumettre Rome, enjoint au reste des Belges majeurs de chercher d'autres demeures et règne dans sa nouvelle patrie. Cette dynastie étrangère ne se maintiendra pas longtemps; elle-même doit marcher contre l'orgueil de Rome et les Belges suivent leur prince étranger à la victoire. Mais les nobles et les prêtres se rallient en vain à des rois qui ont respecté leurs privilèges et adopté leur culte; la ville se soulève contre l'étranger; le duc est assassiné et le peuple vainqueur choisit lui-même son chef, dans son sein. Ces chefs populaires, nommés d'abord à vie, restaurent le passé à leur profil, usurpent le sacerdoce, renouvellent les rites, rétablissent le cannibalisme et exercent la plus grande tyrannie. Pour un moine, comme Lucius de Tongres a dû l'être, c'est là l'idéal de la démocratie. Ces ducs sont renversés et la République Belgique, gouvernée par des ducs annuels, va durer plus d'un siècle, plus de vingt-six olympiades, dit le chroniqueur. C'est sous celte république que Lucius de Tongres place l'expédition de Brennus contre Rome.

L'expédition elle-même est racontée en peu de mots; mais les circonstances qui la précèdent reçoivent de grands développements dans ces chroniques.

Les Beiges libres ont formé une ligue contre les Saxons et les Romains, pour se venger d'une première domination étrangère. Leur armée va d'abord rétablir en Bretagne Brennus dépossédé par son frère. C'est Misscnus le duc des Belges qui conduit l'expédition et gagne la victoire. Mais son mandai va expirer, cl les citoyens de Belgis le somment de rentrer dans la cilc pour y résigner solennellement ses pouvoirs, selon l'usage. Brennus intervient et réclame arrogamment un délai. Au terme fatal, le duc est déposé et banni avec tous ses soldas. Alors le Roi breton entre dans une grande

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