‹ Nos premiers siècles littérairesChapitre 16 sur 61 · CÉSAR ET LES CIIHO.MOI ES DU MOYEN-AGE · texte numérisé non relu

CÉSAR ET LES CIIHO.MOI ES DU MOYEN-AGE

fureur, il veul marcher conlre la lière république qui fait respecter ses lois, même par un vainqueur à la lêlo de son armée.

Jusqu'ici le récit n'a rien d'invraisemblable. César rapporlc que les Eduens élaienl gouvernés par des magistrats annuels qui ne pouvaient sortir du pays. Mais que va faire le duc deposé, le général oflensé, le vainqueur banni? Missénus ne veut pas être un Coriolan ; le roman lui prèle un langage de citoyen. Puis Missénus va en exil venger sa pall ie contre les Saxons et lui reconquérir de vastes territoires. Ce qui prouve bien que tout cela n'est qu'une fable. J. de Guyse ajoute que, pour avoir rendu le bien pour le mal à leur patrie, ils furent estimés par tontes les nations. Mais Brennus ne se soumet pas aussi facilement. Eu vain son frère s'écrie : si les Belges veulent marcher avec nous contre Borne, nous ferons volontiers alliance. Biennus jure de venger Missénus malgré lui. Alors, voyant les Bretons menaçants et une ligue se former en faveur des Romains, les Belges concluent un traité avec leurs rivaux les Senonais S'ils doivent renoncer à la république et ;i la suprématie religieuse pour marcher contre Borne, ils reprendront encore des rois et partageront les dieux. Le traité est ainsi conçu :

< La première condition fa telle ajie, de tout le reaime et de toutes les cités de la Gaule Belgique, la tierche partie de leurs hommes expers et eonvegnables à bataille se mettroient aveue les Senouiens, et iroient en leur compagnie pour combatre et subjuiguier tous ceulx qui leur seroieut ou voldroient estre adversaires et par especial contre les Romains et les Grecs. . .

> La tierche condition que cbascuuc des nations d'icclles sera contente de sacrifier à leurs propres Dieux.

» La quarte condition que Léo, jadis fils de Missent?, duc des Belges, aultrefois encacbiet de la cité, seroit couronné à Roi... et plus ne useront de leurs Dues renouvelez d'an en an ainsy que ilz soloient. »

Ces nécessités de la lutte subies, le traité conclu, les alliés remportent une grande victoire et marchent sur Rome :

« Quant les Senoniens eulrent combatu et descoufi leurs adversaires, ils se partirent d'icelles places et fondèrent, en celle marche des Reciens, ung très sollempnel castel pour y avoir leur refuge, se nécessité les constraindoit. Lequel castel

»:ksaii et les cimon iules du moyen âge.

ilz appelèrent en latin Burgum senonensium , et maintenant on le nomme Bruxelles, Et la rivière qui là prent son cours, ilz nomèrent Senonain ou Sœcanan, qui vault autant à dire comme Seenne. Et de là se départirent et en allèrent assiegier Louvain et ' Anvers et pluisors aultrcs citez et castaulx de ce territoire. Et tinablement, aprez pluiseurs travaulx et pluiseurs batailles et rencontres, ilz subjuguèrent tout le pays à leur seigneurie et à grant victoire, ilz s'y hivernèrent tout river en paix et tranquilité et instituèrent en chascune cité nouviaulx ducs et princes et imposèrent à tout le pays autour aultre nom que il avoit lors, car la contrée oui estoit nommée Rechienne, ilz appeltèrent à l'occasion des Jeux sillabes premières des noms de leurs rois Bremus et Brennus, Brabant, et ordonnèrent que de là en avant elle fuyst ainsy nommée. * « Puis s'en partirent et... subjuguèrent devant eulx toutes nations, terres et citez jusques à ce que ilz parvinrent à la cité de Rome là où ils eulrent moult de batailles et où ilz souffrirent moult de paines et d'adversitez et eulrent très grand multitude de leurs gens mors et ochis avant que ilz la eussent subjuguie. En la tin ilz la submirent à leur obéissance et puis conduisirent leurs batailles en Gresce. »

Il y a dans ces récits, messieurs, quelque chose qui ressemble à ces vieux tableaux sans perspective, où les personnages de la Bible portent les costumes du moyen âge, et où l'on voit le Christ en chaperon et Dieu le père en casque. Mais, fable pour fable, malgré tout ce qu'il y a d étrange à entendre, plusieurs siècles avant l'Ere moderne, parler de Bruxelles, en Brabant, et sauf enfin le style de Tite Live, — ce général vainqueur qui subit la loi de l'exil et met son armée bannie au service de son pays, ce peuple qui fait respecter ses institutions, mémo à une armée victorieuse, mais qui renonce à la république, à l'unité du culte, a ses antagonismes politiques, pour marcher contre Bomç, ne nous intéressent-ils pas autant que le corbeau de Corvinus, le collier de Torquatus et les oies du Capitole? Pour moi, j'y prends plaisir comme le bon Lafonlaine au conte de Peau d'Ane, n'en déplaise à l'Académie!

Revenons à l'histoire et écoutons César parler des Belges :

t César apprit que la plupart des Belges étaient originaires delà Germanie, qu'ils avaient à une époque antique passé le Rhin (nous venons de voir le récit de cette invasion), qu'ils s'étaient fixés dans ce pays à cause de la fertilité du sol , et en avaient chassé les Gaulois, ses anciens habitants. Qu'ils étaient

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les seuls qui, lorsque la Gaule était ravagée par les Cimbres et les Teutons, les eussent empêchés de franchir leurs frontières, ce qui leur donnait une grande autorité et de grandes prétentions dans l'art de la guerre. ••

Une partie de ces Cimbres, on le sait, après la vicloire de Marius, s'était fixée sur le territoire des Belges, ce sont les Aduatiques. C'est un Druide des Rémois qui renseigne César sur ce point; ce Druide n'a pas voulu fléchir devant une invasion nouvelle; il appelle les Romains de César contre les Germains d'Arioviste. Ces invasions des premiers Saxons, puis des Cimbres, puis des Teutons d'Arioviste sont admises par l'histoire, et les historiens sont d'accord pour penser qu'elles ne se firent ni en une seule fois ni d une manière suivie : Neque vno neqtte perpétua tmpetu, dit un écrivain latin. Mais, sauf ces quelques faits, dont le premier remonte à deux siècles avant l'ère vulgaire, et le dernier au temps de César, les détails manquent et l'histoire est restée dans l'ombre.

La chronique comble hardiment celle lacune et dissipe ces ténèbres. Nous avons vu déjà l'expédition du roi Camber sous Servius Tullius et comment sa dynastie fut renversée. Les Commentaires de César étaient attribués au moyen-âge à Julius Celsus. Jacques de Guyse emprunte à Vincent de Beauvais les chapitres de Celsus qui concernent Arioviste ; mais il les fait précéder de l'histoire d'Ansanorix, père d'Arioviste, d'après Lucius de Tongres et Hugues de Toul :

« En ces tampz que les Cymbriens par vainnes et par faintes promesses menèrent ung peuple innumérable hors du reaime de Belges, par conquerre Italie environ le cent et "Oc olimpiade après la victore que les Tongriens eulrent sur les Romains, regnoit lors ou réaime des Saxons Ansignorix, lequel a son couronnement avait juret par les saintetéz des dieux que il destruiroit et metteroit à perpétuelle ruyne le reaime de Belges. Car longtampz avoit qji'ilz avoient oenis son oère, son ave, destruit sa terre et sa lignie, les quelz griefs fais et damages il ne pooit plus porter en son corage sans en prendre vengance. Et pour ce faire et accomplir, il assambla grant multitude de peuple de divers roi al m es et de diverses nacions et contrées par pluisors ans et fist toutes ses provisions corne à son ost pooit apartenir. Et quant le terme fu venus que toutes ses besongnes furent aprestées, il parti de son roialme et passa la rivière du Rin à une très grande et

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excessive puissance pour en aler vers Belgis. Quant Léo, roy de Belgis, fil de Léon, cognult et fu acertainez de la venue et grant puissance des Saxons, il fist son mandement au plus efforciement que il puelt et assambla les Belges nerviens, serviens, mercuriens, réciens, tongriens et plui.seurs aultres et ordonna ses ostz et bataille, et se parti de son reaime pour venir au devant des Saxoins. »

Ansanorix somme le roi des Belges de réparer ses loris, de lever le joug de la conquête, de se contenler des tributs religieux et de jurer paix éternelle aux Saxons. Le roi L<V> ne peut contenir sa colère, il se jette aussitôt sur l'armée ennemie. Trois jours dure la bataille. Léo est tué le second jour, mais ses soldais révèlent un des leurs des attributs de la royauté et maintiennent le combat. Le troisième jour, l'arrivée d'un nouveau corps de Saxons qui prend l'armée belge par derrière, décide la victoire par le massacre. Ansanorix alors assiège le château de Valcnciennes, s'en rend maître par la faim, la pesle et la mort, et y laisse des troupes.

« Et par successions de générations, dit Lucius, tinrent les Saxoins, la dite ville léament en faisant guerre aux Belgiens et à tous leurs adversaires jusques au tampz de Julius César.

A Famars, la ville de Mars, le vainqueur s'arrête; il y entre, la télc découverte, les pieds nus, y sacrifie des lions, des loups et quatre de .^es parents. Puis, il reprend le cours de ses conquêtes, ravage tout le royaume des Belges cl rentre dans son pays, chargé de gloire, de prisonniers et de butin. Mais, avant de passer le Rhin, le roi n'a permis qu'aux Saxons de le suivre; les autres peuples de cette ligue guerrière se donnent un chef cl recommencent à ravager la Gaule Belgique. Les plus puissants des peuples belges les arrêtent, les Germains se dispersent, quittent les armes et se fixent dans le pays.

« Et moult de ces Herciniens se retraïrent aveuc les Eburiens, Analdiens et Bethuaniens et prinrent les coustuines et les lois des Belges et là demourèrent paisiblement. »

La trombe avait passé; mais elle ne devait pas tarder à revenir." L'histoire rapporte que ce lurent des querelles intestines qui appelèrent de nouveau la tempête. Ces querelles furent religieuses, ajoutent les chroniques :

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