LABBÉ SUGER ET LE NOTAIRE GALBERT
vent, assis sur l'escabeau où elle posait ses pieds et comme fasciné par ses enchantements, il obéissait à ses ordres en aveugle ; ce qui suffisait à enorgueillir cette femme et ses fils. Toute cette famille avait l'espoir que, si par quelque accident le roi venait à mourir, son frère adultère Philippe lui succéderait, et que la famille admise au partage des honneurs et du pouvoir élèverait sa tête orgueilleuse jusqu'au trône de France. »
Suger en mourant affirma son œuvre encore :
« Aimez l'Église de Dieu, dit-il, dans sa dernière lettre au roi, prenez la défense des veuves et orphelins, soyez le vengeur des innocents opprimés... Voilà mon conseil. Gardez soigneusement cette lettre, puisque vous ne pouvez plus me garder, et faites-vous une loi d'observer ce qu'elle renferme, c'est pour votre intérêt que je parle. »
Suger avait le droit de parler avec cet aplomb magistral : il avait servi la société et la monarchie. M. Guizot, en publiant une collection de mémoires sur l'histoire de France qui ne contient pas moins de trente volumes et comprend les Grégoire de Tours, les Eginhart , les Guillaume de Tyr, a pu dire avec raison :
« Parmi les historiens dont cette collection comprend déjà ou comprendra les ouvrages, Suger est sans contredit le plus illustre. Peut-être est-ce le seul auquel appartienne une place dans l'histoire générale de la France et qui ait vraiment influé sur ses destinées. Une telle gloire ne s'usurpe point, et qui la possède l'a méritée. »
Quand les hommes qui ont servi une politique écrivent l'his- .toire, comme César ou Comines, ils ont trop souvent en vue de légitimer leur œuvre. Pour ces théoriciens du succès, pour ces panégyristes d'eux mêmes, tout ce qui s'est imposé aux peuples est le fait du génie, représentant les besoins d'une époque et les desseins de la Providence.
Doctrine funeste, doctrine sacrilège, messieurs.
Il est diverses manières de représenter son époque, au pouvoir. L'une est bien connue, son secret est de faire appel à tous les intérêts mauvais, à tous les instincts criminels, d'offrir un point de ralliement à tous les vices, pour l'exploitation d'un peuple, et de régner par la force et par la ruse, sur ce