‹ Nos premiers siècles littérairesChapitre 37 sur 61 · LE COURONNEMENT RENART. — RENART-LI-NOUVEL · texte numérisé non relu

LE COURONNEMENT RENART. — RENART-LI-NOUVEL

Messieurs,

Le 6 juin 1251, un grand tournoi rassemblait, à Trasegnies, la chevalerie du Hainaut et de la Flandre. Marguerite de Constantinople régnait alors sur les deux pays. Jean d'Avesnes, qui devait être comte de Hainaut, et son frère Bauduin, qui devait écrire une chronique qui porte son nom, présidaient à la fête. Guillaume de Dampierre, leur frère d'un second mariage, qui portait déjà le titre de comte de Flandre, revenait de la Palestine, couvert de gloire. C'était un vaillant chevalier.

Le comte était sur tous puissant Chevalier, et des mieux faisant Qui fût alors dans tout l'empire.

Il voulut paraître à ce tournoi dans tout l'éclat de sa jeune renommée, dans tout l'orgueil d'un comte de Flandre. Il se jeta dans la mêlée avec une impétueuse violence, telle que la joute ne tarda pas à se changer en un combat meurtrier. Tout fléchit d'abord devant lui ; mais bientôt ses Flamands furent foulés aux pieds des chevaux et, quand on releva les cadavres, on trouva parmi les morts le jeune et bouillant comte de Flandre.

Vous connaissez les querelles des d'Avesnes et des Dampierres, ces deux familles ennemies, issues d'une même mère. Ces querelles venaient d'être apaisées par une médiation.

LE ROMAN DU RENARD

Louis IX avait adjugé le Hainaut aux d'Avesnes et la Flandre aux Dampierres. La mort de Guillaume raviva toutes les haines et ralluma la guerre. Dans l'excès de sa douleur, Marguerite accusa les d'Avesnes ou leurs partisans d'avoir assassiné son ûls préféré, l'héritier de la Flandre. La poésie prit parti; malheur ou crime, la mort du comte Guillaume donna naissance à un poème du Renard d'une nouvelle espèce, qui ouvre la seconde période de ce cycle littéraire : le Couronnement Renart.

Ici, messieurs, le traducteur est forcé de prendre toute sorte de libertés. J'ai pu rendre exactement en vers le Reinart de Vos; j'ai dû choisir, dans l'abondance verbeuse, mais plastique, du Reynardus Vulpes, les vers latins à traduire exactement. Ici, comme dans la poésie des Trouvères, la langue n'est pas faite; sauf chez quelques rares poètes, le style manque. On est obligé d'élaguer, d'abréger, de traduire enfin ou plutôt d'imiter comme on défriche : la serpe à la main.

Le comte de Flandre, Guillaume, Etait le plus preux du royaume, Si généreux et si courtois Qu'il méritait le rang des rois.

Il y serait parvenu, certe, Si la mort n'eût tramé sa perte, Parce que le bon comte aimait Toutes les vertus qu'elle hait.

Car le noble comte de Flandre Jamais ne voulut rien entendre Qui ne fût conforme à l'honneur.

L'envieux fuyait ce seigneur; Chez lui, l'orgueil n'eut point de place, L'avare n'obtint jamais grâce, Et la médisance jamais Ne pénétra dans son palais :

Contre la gent vile et couarde Son portier faisait bonne garde.

Donc, Médisance, Envie, Orgueil Jamais ne franchirent son seuil; Mais ces traîtres le pourchassèrent, Et tant allèrent, tant cherchèrent Que, dans un tournoi le trouvant, Ils le tuèrent lâchement.

Pour sa vaillance, en tout l'empire, Le comte, entre ceux qu'on admire,

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