‹ Nos premiers siècles littérairesChapitre 40 sur 61 · LA NOURRICE ET LA TRUIE · texte numérisé non relu

LA NOURRICE ET LA TRUIE

A peine un enfant est-il né Que, de sa mère abandonné, On le livre à quelque nourrice, Sotte, malpropre, encline au vice Ou livrée à la passion, Ou de méchante extraction.

Mais que la mère y prenne garde!

Sait-elle ce qu'elle hasarde?

L'enfant brutal, ingrat ou faux, Suce avec le lait les défauts.

Un bourgeois eut de sa compagne Un fils qu'il mit à la campagne Chez une femme qui semblait Une excellente vache à lait.

Après quelques jours de service, Le sein tarit : Plus de nourrice !

Pourtant la pauvresse aux abois Veut garder l'argent du bourgeois !

LE KOMAN DU KENAKD.

Que faire? Ce malheur l'ennuie!

Sa truie avait mis bas : la truie Nourrira bien le marmouset!

Aussitôt dit, aussitôt fait!

L'enfant n'y perdit point courage, Et quand vint le jour du sevrage, Et qu'à sa mère il fut rendu, Il était beau, fort et dodu.

La mère l'admire et le choie, Elle ne se tient pas de joie ; Qui donc des nourrices médit?

De son choix elle s'applaudit.

Bientôt pourtant le petit ange Court et se vautre dans la fange; Trouve-t-il quelque trou malsain, Il y fouille en vrai marcassin ; En vain on le lave et l'essuie, On dirait l'enfant d'une truie.

Trop tard, la mère a compris la leçon : Telle nourrice, amis, tel nourrisson.

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